‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 3)Chapitre 2 sur 41 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Les lettres qu'on donne ici ont été écrites par un père tendre, pour l'instruction de ses filles ,

. dans un temps où $a santé s 'affaiblissait., sans

aucun projet de les rendre publiques. Cette circonstance peut donner plus de poids aux conseils qu’ elles renferment ; ; car, dans le commerce intime d’un père avec ses enfans, ‘on doit présumer qu il ne se fait point dé sacrifice aux préjugés, à la coutume et à la:-rnode des opinions. L'amour paternel « énonce ses véritables, sentimens, sans déguisement et.sans contrainte. Le désir qu'un père a de voir dans sa fille tout ce qui peut rendre une femme aimable, et. la crainte des dangers qui résultent pour elle du succès même de ses seins, lui dictent ses çOnseils , et lui ouvrent les yeux sur une infinité de petites grâces et de décences fines, qui échappent au moraliste le plus délicat, quand ses spéculations ne sont. pas soutenues par un intérêt pareil. Toutes les facultés de l'esprit sont en mouvement lorsqu'il. s'agit de. l'objet d'une si tendre affection. | | " La tendresse et la vigilance paternelle étaient

doublement excitées par les circonstances où se trouvait l’auteur de ces léttres. T était, à cette époque , la’ seule ressource de ses filles, qui avaient perdu une mére respectable quelque temps auparavant : l'état chancelant de sa santé lui donnait les plus vives alarmés sur leur sort ù venir; et quoiqu'il püt présumer que ses instructions et ses exemples laisseraient dans leu? # cœur des ; impressions durables, en prévoyant qu il pouvait les laïsser orphélines , H prenait tous les moyens. capables de nourrir en elles ces précieuses dispositions. |

L'éditeur. de ce petit traité (*) a té encouragé à le donner aù public » par l'accueil favordble qu ont éprouvé les autres écrits de son père. Céux qui ont. pour ti titres, Coinparaison de Homme et dès Animaux, et Essai ‘sur da pro-.

| fession ét les devoirs du Médecin +}, ont été ‘généralémént lus ; et si lespréventions de l'amitié'he sont pas tout-à-fait aveugles, il esten droit de croire que ces deux‘traîtés ont obtenu uRé apprébation' universelle. ‘

Dans quéïques uns de ses éuvrages , l'auteur $ est Proposé de perfectionner l'entendemènt et .

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(8) Me Grogorÿ , ‘fh de Pautéart. Mo tuenre ec (%%) The Comparative view of the:sture p mat and

other animdfs ;.et the Essay on the office and du ef a Ph Lysician. ‘

le gobt de son lecteur ; dans d’autres, de réformer son cœur, ou de lui enseigner le véritable usage de la philosüphie, en lui montrant comment 1l faut l'appliquer aux devoirs de la vie.

Dans tous ses écrits, il a tratailté pour le bien des hommes; et, comme ceux de ses âmis au jugement desquels il déférait le plus, ont pensé que celui-ci eutrdit datis les fnèhrés Yués'; et ne pouvait que faire hodineur ä sa mémoire, où a cru devoir céder à leurs désifs en le püblishi.

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LEGS .- . D'un Père à ses Filles, Mess cuères rires,

Vous ayez eu le malhéur de perdre votre mere à un âge où vous ne sentiez pas toute la grandeur de votre perte ; et où vous n'aviez pu retirer encore que peu de fruit de ses instructions et de son exemple. Vraisemblablement vous n'aurez plus de père, lorsque ce papier tombera entre vos mains. | |

Je ne puis penser, sans une grande inquiétude, à l'abandon où je vous laisserais, sl plaisait à Dieu de disposer de moi avant que vous fussiez en âge de penser et d'agir par vousmêmes. Je connais trop bien les hommes, leur fausseté , leur dissipation, leur froideur a remplir les devoirs de l'amitié et de l'humanité : je sais qu'ils s'occupent peu de secoürir l'enfance abandonnée. Vous trouverez peu d’amis assez désintéressés pour vous rendre de bons offices en vous voyant dans l'impuissance de leur procurer dés plaisirs , de contribuer à leur fortune , ou de satisfaire leur vanité.

Quelques pensées me soutiennent cependant

| 9 | contre ces tristes réflexions; la confiance en cette Providence qui a veillé jusqu'à présent sur , vous , les bonnes dispositions que je vous con- - nais, et enfin la secrète espérance que les vertus de votre mère seront un héritage qui passera à ses enfans. .

L'intérêt que je méts à | votre bonheur, m'a déterminé à à rassembler mes idées sur la manière dont vous devez vous conduire. Si je vis encore quelques années, je tâcherai de vous les rendre plus profitables, en les accommodant à la différence de vos caractères et de.vos esprits. Si je meurs plutôt , vous les recevrez telles que je vais les jeter sur le papier:, comme la dernière preuve de l'amour d'un père pour vous.

Je me flatte qu'en ne conservant aucun autre souvenir de moi, vous vous rapellerez tou- Jours ma tendresse , et que cette. seule pensée vous engagera à donner une attention sérieuse aux conseils que je vous laisse, Je l'exige de vous avec d'autant plus de confiance, que mes senitimens sur les points.les plus intéressans de la conduite .et des mœurs, n'ont jamais ‘été différens de ceux de votre mère, .dont j'ai tourjours respécté le goût et le jugement. : :

: Vous devez cependant regarder les conseils que je.vais vous donner comme bien*imparfaits encore, par une raison ; c’est qu'il y a dans

la conduite des femmes un grand nombre de delicatesses que la langue même ne sauraït ex-— “primer , et dont il n'appartient qu ‘à une ferme de juger.

L'écrit que je vous laisse aura du moins un mérite à vos yeux : vous entendres une fois : dans votre vie les véritables sentimens d'un homme qui n’a aucun intérêt à yous flatier , ou à vous tromper.

Je jetterai mes réflexions à la suite les unes des autres sans aucun ordre étudié. Seulernent, pour éviter la confusion , je les rangerai SOUS un petit nombre de chefs.

* Vous verrez dans un petit Traité que je viens de publier , les idées honorables que je me fais des femmes , que je considère, non comme des servantes soumises aux travaux domestiques , ni comme des esclaves de nos plaisirs, mais comme nos compagnes et nos égales , destinées à adoucir nos cœurs, à polir nosmœurs; et, comme le dit élégamment Thomson , à animer nos vertus, à nous aider à supporter les peines de la vie, et à rendre notre bonheur plus vif.

Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit sur ce sujet ; j'observerai seulement que, du caractère qe je donne aux femmes, et de la place que je leur assigne dans la société , résultent des

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règles de conduite particulières à votre sexé. Ce sont ces règles sur Losquell es ; Je me propose de vous exposer ma façon de penser , sans parc ler des devoirs généraux auxquels les deux sexes sont également tenns. |

Enfin , en mettant sous vos yeux le plan de conduite que je crois le plus propre à vous rendre heureuses et estimables à vos propres yeux, je ne négligerai point de vous entretenir aussi des talens et des qualités qui peus vent vous attirer le respect et l'attacheñient des hommes.

Religion.

Ls devoirs dela religion lient égalementiles deux sexes ; mais les hommes, par la dureté naturelle de leur cœur , ét la force de leurs passions , auxquelles la ‘Hcence de leur éducation donne encore plus de violence ; sont portés ä une plus grande dissolation de mœurs, et moins capables de certains sentimens délicats. H y'a à cet égard de grandes différences de votre sexe au nôtre. Le caractère général des femmes, une sensibilité plus grande, k inodestie , la sévérité avec laquelle ôn les élève ordinairement , éloignent d'elles jusqu'aux tentations de certains vices grossiers auxquels nous sommes sujets, rendent ces vices plus odieux

en elles, et les disposent naturellement : à la pratique des devoirs däns lesquéls le cœur est prineipalement intéressé. Par cette disposition, jointe à la chaleur de leur imagination , elles sont plus susceptibles que les hommes des séntimens religieux.

Les femmes se trouvent soûvent dans des circonstances qui leur rendent les motifs de la religion bien nécessairès pour se conduire | Avec. courage et d’une manière convenable.

Leut vie est quelquefois une vie de souffrance. Elles ne peuvent se jeter alors dans les affaires, ni se dissiper par le plaisir et la débauche, comme les hommes font lorsque le malheur les pressé. Elles ‘sont obligées de souffrir en silence des maux qu'on ignore , ou qu’on ne:

plaint point. Souvent elles doivent montrer un visage serein et riant , tandis que leur cœur est déchiré d’angoisses, ou plongé dans le déses- . poir : alors les consolations de la religion sont leur unique ressource; et c’est principalement ce secours qui fait qu'elles supportent les chagrins domestiques avec pres de courage que .nous. ,

Mais il y a d'antres circonstapces dans Pétat des, fernmes , à qui leur rendent :les sentimens de religion. encore.plus nécessaires, La vivacité, et peut-être la vanité , naturelles.à votre

sexe , vous portent facilement à une vie dissipée, qui vous trompe-en vous promettant des plaisirs innocens ; mais qui, dans la vérité, épuise vos esprits, détruit votre santé , affaiblit toutes les facultés de votre âme, et souyent entraîne la perte de votre réputation. La religion, en mettant un frein à cette dissipation, et à cette rage pour le plaisir, vous met en état de trouver plus de bonheur dans ces mêmes sources , d'où l’on ne retire que de la satiété et du dégoût , lorsqu'on y puise trop souvent.

La religion est de sentiment , plutôt que de raisonnement. Les dogmes de foi. les plus importans sont suffisamment clairs. Fixez votre attention sur ceux-là, et ne disputez jamais sur les autres. Si vous vous jetez dans ce chaos, vous ne pourrez jamais vous en tirer ; votre caractère s’en altérera, et.je suis bien trompé si le cœur mème ne s'en ressent. |

Éloignez de vous tous les livres et toutes les conversations qui tendent à ébranler votre croyance sur ces grands points de la religion . qui servent à régler la conduite , et sur lesquels sont fondées vos espérances d’une éternelle félicité dans une vie à venir.

Ne vous permettez jamais de méler le ridicule aux discours qui ont la religion pour objet, et n’autorisez pas les autres à prendre cette

libeité, y eu paraissant vous amuser de ce qu'ils disent. Cette froïdeur suflira seule pour arrêter en votre présence Jes personnes bien éle- | vées. | Je dégre que gous régliez vos opinions religieuses uniquement sur l’écriture. Embrassez celles qui y sont clairement révélées : ne cherchez point à vous éclaircir celles que vous n’entendez pas; traitez-les avec un silence décent et respectueux. Je voudrais que vous ne lussiez d’autres hvres, sur les matières de la religion, que ceux qui s'adressent au cœur , qui inspirent des sentimens pieux, et qui servent à diriger la conduite, en laissant tous ceux qui tendent à vous embarrasser dans le labyrinhe obscur des systèrnes et des opinions.

Ne négligez point les devoirs accoutumés de

la religion, le matin et le soir. Si vous avez. quelque sensibilité, ou quelque imagination , cette pratique établira entre vous et. l'Étre Suprème un commerce qui vous sera d'une utilité infinie. Vous y puiserez une serénité habituelle ; vos vertus en seront plus fermes, et vous vous: cenduirez avec plus de dignité et dé décence , dans‘toutes les circonstances de la vie.

- Je vous demande aussi d'assister régulièrement au service public, et de recevoir Îx communion aux jours accoutumés. N'omettez.

jamais les’exercices publics ou: particuliers de la.religion, si éen'est-pour rempliÿ quelqu'un de ces devoirs.actifs de la, vié qui doivent l portersur tout. Partez dans le temple un-recueil-. lement et une, gravité qui puissent: ÿ servir d'exemple.

Vous. trouverez. souvent. des. personnes. qui regarderont cette exactitude aux devoirs: de lareligion, camme,un. attachement superstitieux à de vaines formalités; mais, dans les. conseils que. je. vous donne à ce sujet, j'ai-en vue l'esprit dominent:et: les mœurs du siècle, Il ya dans. nos-mœurs tant de légèreté: et de dissipation ,. et: dans nos:sentimens- religieux, tant, de froideur, que ces vices ne peuvent manquer de.

vous infecter, si vous ne cultivez pas-el:si vous ne-fortifiez, pas. dans. votre-àme-les sentimens . opposés, en vous: dennant-ponp la dévotion.un goûthabituel: | | Évites tontagrimacest toueostentation dans la pratique. de-lareligions elles sont:le: masque. ordinaire de l'hypocrisie, et elles montrenttoujours la faiblesse et la petitesse de l'esprit. ‘ … Nefaiteb point ds:larreligion nn.sujetdeconversation-dana les sogiétés mèlées, Lorsqu'on:se jette sur. cette: makière, . cherchiez à: détourner le discours, En-même:temps ne-soufirez jamais qu’on insulte à.vos sentimens religieux par.an-

cune plaisanterie grossière ; et si cela arrive, montrez le même ressentiment que vous auriez si l’on vous insultait personnellement de toute autre manière. Mais le meilleur moyen d’écarter cet inconvénient, est de vous tenir toujours vous-mêmes dans une réserve modeste sur ce sujet, et de ne jamais attaquer les sentiméns religieux de personne.

Nourrissez dans votre àme'une charité étendue à tous les hommes, quelles que soient leurs opinions, en pensant que la différence des vôtres aux leurs, est probablement l'effet de circonstances que vous:n’avez pas ménagées vousmêmes, et dont vous ne pouvez tirer aucun mérite.

Montrez votre respect pour la religion par des égards pour tous ses ministres, de quelque secte qu'ils soient, pourvu que leur vie ne déshonore. pas leur profession; mais n'accordez jamais à aucun la direction de votre conscience, de peur qu'ilsne vouscommuniquent la maladie de l'esprit de parti, qui tache l’âme, et la rétrécit.

La meilleuredisposition que la religion puisse vous donner, est un sentiment d'humanité répandu sur tous les malheureux. Mettez à part une certaine portion de votre revenu, que vous consacrerez à des actions de charité : mais en

cela, comme dans la pratique de tout autre devoir, évitez soigneusement l'ostentation. La vanité tourne toujours le dos à son objet. L’estime publique est une des récompenses naturelles de la vertu ; ne-la cherchez pas, et elle vous suivra. Ne bornez pas votre charité à donner de l’argent : 1l y a une infinité d'occasions où vous pouvez montrer un cœur sensible et compatissant, et où l’on n'a aucun besoin de votre bourse, Certaines gens se laissent aller à un raffinement de sensibilité qui n’est hi vrai ni naturel, et:d’après lequel ils évitent la vue des. malheureux. Ne tombez pas dans cette faute ; surtout pour vos amis, Ou même pour vos simples. connaissances. Que les jours de: leur infortune où le: monde les oüblie et les évite-soient pour vous le temps d'exercer envers eux les.devoirs de. l'humanité et de l'amitié. La vue de la misère humaiñe adoucit le cœur, et le rénd meilleur. Ce spectacle abat l’orgueil de là santé et.de là prospérité ; et la peine qu'il cause est-arhple-, ment compensée; par le témoignage qu'on se:

rend d’avoir rémpli un devoir , et par le plaiäir. secret que la nature a attaché à l'exercice dela

| compassion. 4 Les femmes -$e trompent beaucoup. Jôrsqu’elles imaginent se faire estimer de nous par leur irréligion. Les incrédules eux - mêmes

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