IV. | a
n'aiment pas l'incrédubité dans les femmes.
Tont liomme qui conmatt la nature bumaine regarde la douceur de caractère, et la sensibilité du cœur, comme liées dans votre sexe avec les sentimens religieux : au moins eonsidérons-nous toujours en vous. l'incrédulité comme un indice de cet esprit masculin et dur, qui: detous vos défauts est celui qui nous déplaît le plus. D'ailleurs les hommes régardent. la religion comme une des principales sûretés que vous puissiez leur fouriir de la conservation de cette vertu des: femmes, à laquelle ils mettent le plus grand. iñtérèt. Si un hénmimé prétend vous.montrer quelque attachement, et s'éfforce d’ébranler en vous les principes religieux, soyez assurées que c'est un étourdi, ou qu'il-a sur vous des desseïins qu'il n'ose avoner:
Vous vous .étoñinerez probablement de ce que-je vous ai élevées dané une autre église que la mienne. Voici: ha: raison. J'xi regardé: les différens. de nos églises (*) comrne n'étant d'aucune importance réelle. Votre mère avait été. élevée. dans la réligion añglicane, et: était ” fort attachée à se8 principes. J'ai toujberseu une prévention favorable pour tout ce- qu'ellé: a1mait.; elle n'a cependañt'jainais désiré que-vous
(*) L’anglicane et la presbytérienne.
fussiez baptisées et inétruités par un ministre de la haute église. Son attention délicate à écarter tout ce qui pouvait me nüiré aux yeux du monde , Fx plûsieurs fois fait insister auprès de moi poùr que je prissé le parti contraire ; mais je ne pouvais pas lui céder én ce genre de générosité. Qüand je laï éu perdue, je n’en ai été que plus déterminé à vous élèver dans les sentimens qu'ellé avait adoptés, parce que je sentais un plaisir secret à faire tout ce qui mé paraïssait exprimer mon affection et mon respect pour sa mémoire. Enm'efforcänt, comme je vaïs faire, de vousinidrquer les vertus que je souhaite que vous ayez, je ne vous traceraïi qu’un tableau bien faible et'hbien imparfait de celles dont cette excellente rère était douée.
Mœurs et Conduite.
Un des plus grands charmes dû caractère d'une fernme, est cette réservé modeste, et cette délicatesse amie de labscürité, qui évite les yeux du public, et que le régard même de l'admirätion déconcerte. Je ne veüx point que vous soyez insensibles’ à l4 louange , vous en’ vaudriez moins péuüt-être, et certainement vous -en seriez moitis amäbles : mas gardez-vous de Li vous laisser éblouir pr cétte admiration qui flatte si vivement le cœur des femmes. |
Quand une fille cesse de rougir, elle a perdu le charme le plus puissant de la beauté. Cette extrême sensibilité, dont la rougeur est l’indice, peut être une faiblesse et un inconvénient pour notre sexe, comme je l'ai trop souvent éprouvé moi-même; mais elle est particulierement séduisante en vous. Des pédans, qui se disent philosophes, demandent - pourquoi une femme rougirait lorsqu'elle n’est coupable d’aucun crime. Il suffit de répondre que c'est la nature elle-même qui imprime la rougeur sur vos.fronts, sans que vous soyez coupables , et qu’elle nous porte invinciblement à vous en ‘aimer davantage, précisément à raïson de cette aimable faiblesse. La rougeur est:si loin d’être la suite nécessaire de la fante, qu’elle est la compagne ordinaire de l'innocence.
Cette modestie’, si essentielle à votre sexe, doit vous porter naturellement à garder le silence en compagnie, surtout si elle est nombreuse. Les hommes de sens et d'esprit ne prendront jamais ce silence pour de la stupidité.
On peut prendre part à la conversation sans prononcer une syllabe ; votre maintien et votre contenance montreront que Vous savez écouter, etn "échapperont point à un œil observateur.
. Je souhaite que vous ayez en public de l'aisance et de la dignité, maïs non pas cette assu-
| 27- \ rance hardie, cette contenance qui he s'étonne de rien , et qui semble défier ceux qui ont les yeux sur vous. .
Quelquefois, tandis qu un homme vous parle, une autre personne d’un rang supérieur s'adresse à vous ; évitez de montrer alors pour le dernier une attention plus grande et une préférence marquée. Votre orgueil doit vous empêcher de tomber dans la petitesse où vous pousserait la vanité. Considérez que ce serait vous rendre ridicules, ‘et insulter! un homme, seulement pour .en élever un autre, qui pense peut-être qu'il vous honare beaucoup en daïgnant vous parler. ei Dans le commerce avec les personnes du plus haut-rang ; ayez cette dignité modèste qui éloigne toute espèce de familiarité } et qui les empêche de sentir qu'ils sont au-dessus de vous. … . Cette vivacité. et cette légèreté de l'esprit, que nous appelons quelquefois wit ,'est.le talent le plus angereux que vous puissiez avaix. S'il n’est pas continuellement guidé par la bonté et par la discrétion , il vous fera beaucoup d’en- | nemis. Îl n’est point opposé à la dauceur du caractère, ét à la délicatesse des sentimens ; et cependant ces qualités sont rarement unies.
C’est un’ don’ de la nature si flatteur pour la “vanité ; que ceux qui le possèdent s'en laissent
enivrer, et perdent tout empire sur eux-mêmes. Cet autre genre d'esprit, cette originalité piquante qüe nous appelons Aumour, fait rechercher ceux qui eji sont doués; mais il ne faut l'employer qu'avec beaucoup de précaution.
L’hurhour est souvent un grand ennemi de la délicatesse, et plus encore de %a dignité du caractère. Il obtient quelquefois les applaudissemens, mais jamais l'estime et le respect.
* Soyez réservées, même à mantrer votre simple bôn sens, de peur qu'on ne croie que * vous prétendez à quelque supériorité sur le reste de la compagnie.
Si vous avez quelque instruction , gardez-en Je secret, surtont aux hommes, qui, généralement parlant, voient, avec une sorte de jalausie et de malignité, les femmes qui ont de grands talens et un esprit cultivé. Un homme qui a véritablement du génie et de la simplicité, est hien éloigné de cette petitesse : mais les gens de cette sorte sont rares; et, si par hasard vous en rencontrez quelqu un en votre . chemin, ne vous empressez pas de lui. montrer toute l’étendue de yos connaissances ; il s'en apercevra bien vite, et de lui-même, pour peu qu’il vous fréquente ; etsi vous avez quelque . mérite, et que vous gardiez bien votre secret,
il vous en SAPpOSera plûs encore que vous w en avez réelleient.
Le grand'art de plaire dans la conversation, est de faire que les aunires y sorent contens d'eux-mêmes. Vous aïrtverez men plus facile-
. . ment à ce but en écoutant. qù'en parlant.
Évitez la .médisance , at surtont celle qui aurait pour objet les personnés de votre sage. On taxe généralement les femmes d'être plus adonnées à éB vice qué nous; je crois que c'est injustement. Les hommes s'en ‘rendent auss} facilément coupables des que: leurs intérêts sont én jeu. Mais comine ceux des femmes se trouvent plus fréquemment 6h opposition, et que leur sensibilité est pluavive , leurs tentations sont plus fréquentes. Respéetez donc toujours la réputation fes sutres femmes, surtout lorsqu'elles peuvent ét e vas rivales à nps yeux. Las hommes verront cette modération en vous, comme un des caractères les plus marquée d'une âme élevée.
Monttez une tendre compassion pout les
femmes malheureuses ; et surtout pour celles qui doivent leur riialhetr à la corruption des hommes, Dpanez‘ vous le plaisir, je. dirais
presque l'orgueil, d'être leur asilé et leurs .
amies , mais sans jamais avoir la vanité de vous laisser connaître camime telles.
LS
Regardez toute espèce de grossièreté dans le discours comme honteuse en elle-même, et comme révoltante pour nous. L'équivoque est de ce genre, La liberté extrême de l'éducation des hommes leur fait quelquefois trouver de l'amusement dans un genre de propos dont ils seraient choqués s'ils sortaient de votre bouche ; ou même si vous pouviez les écouter: sans peine et sans mépris. La chasteté est si délicate, qu'il y a des discours qu'elle ne pent ‘entendre sans en être souillée. Vous pouvez toujours écarter cette sorte de discours: il n'y à qu'un brutal ; ou un fou, qui puisse insulter à une femme pat une conversation dont il voit qu'elle souffré ; et même des gens de "cette ‘espèce 'n’oserorit pas prendre une sem- -blahle. icente auprès d’une femme qui ressentira l'insulte avec la vivacité convenable. II y a dans Ja vertu une dignité et une confiance intérieures qui imposent aux plus insolens et aux plus abandonnés des hommes. |
.Qn. vous reprochera peut-être de la pruderie. On entend ordinairement par ce mot l'afféctation. d’une grande délicatesse 'sur certains sujéts. Mars je ne veux pas que vous affectiez men. Gette délicatésse, je veux qué vous l'ayiez. Après tout , ik:vaut encore mieux être ridicule qu inspirer du dégoût.
Les hommes se plaindront de votre réserve ; ils vous assureront qu'avec une conduite plus libre, vous plairiez davantage. Mais, croyezmoi, en vous parlant ainsi, ils ne seront pas sincères, Je conviens qu'en certaines Occasions vous en seriez plus agréables comme société ; mais vous en seriez moins almables comme femmes : distinction importante que beaucoup de femmes ne font point. Enfin, je veux bien que vous mettiez dans votre conversation de
l'aisance et de l'ouverture ; mais je veux aussi que vous ne perdiez pas de vue les règles que je vous trace. |
Ayez un respect inviolable pour la vérité ; le mensonge est un vice si méprisable , et si bas. J'ai connu quelques femmes , douées d’ailleurs d'excellentes qualités, auxquelles on ne pou-
.vait s'en rappôrter sur la relation d’aucun fait, pour peu que l’histoire eût quelque chose d’extraordinaire, ou qu’elles en fussent les héroïnes.
“Cette faiblesse n'était pas en elles l'effet de la
” fausseté ,. mais de la vanité, ou d’une imagination déréglée. Je ne prétends pas cependant blämer les ornemens dont on embellit quelquefois un cante plaisant, lorsqu on n'a pour objet que de porter la société à une gaieté innocente.
Il ÿ a une politesse d'esprit et de | manières
extrémement séduisante dans votre sexe ; mais gardez-vous de ces attentions qui nedistinguent personne, dece sourire insignifiant quis'adrèsse à tout le monde également , et qui est la marque de l'affectation ou d’une parfaite insipidité.
Un genre d'excès commence à s'établir. par-
" mi nous, je veux dire ceux de la table, dont
nos femmes sont encore plus éloignées qu’en aucun autre pays. J'espère, pour l'honneur du sexe, qu'elles ne s’y livreront jamais. C'est un vice méprisable dans les hommes ; mais dans votre sexe , il est grossier et dégoûtant au-delà de toute expression.
. Tout homme qui se rappelle aujourd’hui les années de sa jeunesse , doit être frappé du grand changement qui s'est fait dans la manière de traiter les femmes. Les attentions et le respect qu’on leur montrait sont bien diminués.. Leurs salons sant déserts. Après le diner et le sou per, les hommes attendent avec impatience le moment où elles se retirent. Ce n’est pas ici le lieu de rechercher pourquoi nous ne leur rendons plus ces devoirs auxquels la.-nature et, la politesse leur donnent tant de droits. Les révolutions dans les mœurs d’ nn pays dépendent de causes très-différentes et très eompliquées. J'observerai seulement que la conduite des femmes, dans le dernier siècle, élait pleine
de réserve et de dignité. On la regarderait aujourd'hui comme ridiculement sévère et empesée : mais, quoi qu’il en soit , elles en étaient certainement plus respectées. | Une belle femme , ainsi que tous les beaux ouyrages de la nature, a son point de vue sous lequel elle se montre avec plus d'avantage.
Popr trouver ce point, il fant un jugement droit el une connaissance profonde du cœur humain, Dans les mœurs actuelles des femmes, elles. semblent s proposer de regagner sur nous l'ascendant qu’elles ont perdu, en déployant tops leurs charmes , en se prodiguant à nos yeyx dans tous les endroits publics, en vivant avec nous avec autant de liberté et aussi peu ge réserve que les hommes en ont entre eux; en un mot, en s'eforçcant de nous ressembler d'aussi près qu'elles peuvent : mais le temps et l'expérience lenr montreront hientôt combien cat espoir est mal fondé , et L comhien cette conduite est folle.
= Le pouvoir d’une belle femimé sur le cœur de l'homme qui a Le plus de mérite, est encore audelà de çe qu'elle-même croit en avoir. Les hommes . s'aperçaivent bien qu'ils se livrent à une illusion agréable; mais ils ne peuvent n1 ne veulent la dissiper. La femme elle-même peut seule rompre le charme, et changer
l'ange que nous croyons voir en une simple femme.
: l'y a dans la modestie qu'on demande de votresexe une dignité qui est votre défense naturelle contre toutes les familiarités des hommes. Antérieurement à tôute réflexion , ‘une jeune fille sent qu’il est de son intérêt de ne se laisser jamais profaner par aucune liberté, quelque légère qu'elle soit. Une belle ‘personne a une infinité d’attrafts et de moyens de plaire, auxquels les langues ‘n’ont point donné de nom, et qui doivent être réserves à l’homme heureux qui possédera son.cœur. Mais ces charmes , il n’en sera plus touché ; pour peu qu’il ait de délicatésse, s’il.sait qu’ils ont été connus par d’autres hommes avant ‘hi: L'opinion qu’une -femme peutpermèttre toutes les libertés innocentes, pourvu: que sa ‘vertu soit'en sùreté, est aussi ‘grossière que dangereuse ; ét a été fatale à un grand nombre de personnes ‘de votre sexe.
Qu'il me soit permis mäintenant de vous recommander de -ne:pas négliger Ja‘ grâce , qui n’est pas ‘tant. une qualité elle-même, que h: perfection de toutes les autres qualités. C’est ‘elle qui répand ani charme inexprimable sur ‘chaque regard , chaque mbuvernent, et chaque môt. Sanselle la beañté ième ne peut plaire.
Elle est én partie acquise, en partie naturelle.
J'en parle ici en là considérant principalement comme une qualité de l'esprit. En un mot, c'est la perfection du goût dans les mœurs et dans les manières ; c'est le mérite et la vertu sous la forme la plus séduisante. | ;
Ne croyez pas, au reste,. que je veuille étouffer en vous tous les mouvemens de la nature, et vous rendre entièrement artificielles. Je suis bien éloigné de cette pensée. Je désire au contraire que vous soyez de la plus grande simplicité. Je crois que vous pouvez avoir de
. la dignité sans argueil , de l'affabilité sans bas-
sesse , et de la grâce sans affectation. C’est ainsi que Milton nous dépeint Eve : La grâce accompagne tous ses pas; le ciel est dans ses re-. . gards , et chacun de ses mouvemens respire la dignité et l'amour.
Des Amusemens.
| Cmaque age de la vie a des plaisirs qu lui sont naturels, et propres. Vous pouvez vous laisser aller à vos goûts dans la préférence que vous donnerez aux uns sur les autres, pouivu que voys vous teniez dans les bornes que vous prescrit la décence convenable à votre sexe. .
1] y.a des amusemens qui contribuent à la . conservation de la santé , comme les différentes sortes d'etercices du corps; d’autres ont un
objet d'utilité ; tels sont les différens ouvrages des femmes, et le soin des affaires domestiques. Quelques-uns ont pour but l'agrément , comme la-parure, la danse , la musique et le dessin. 1] y en a d’autres qui ne sont dirigés ni à l’utile ni à l’agréable, tels que les différentes sortes de jeux; entin la lecture qui cultive la raison, qui étend les connoïssances et qui perfectionne le goût, doit être mise au-dessus des s simples amusemens.
Je vousrecommande surtout les exercices du .eorps qui vous obligent d'ètre beaucoup à Fair, comme la promenade et le cheval. Ils fortifieront votre constitution, et donneront de la vie à votre teint. Si vous vous accoutumez .
à sortir toujours en chaise et en carroése, vous vous énerverez tellement, que vous serez bien- ‘ tôt dans l'impuissance de vous transporter d’une autre manière. Ces commodités , introduites par le luxe, sont:, comme beaucoup d’autres, agréables quänid'on s’y livre avec modération;. mais insipidés ét faniestes si on er fait des habitudes. |
L'attention:à votté santé stunt derbi éü-, vers vous-même et vos amis. Læ rhativäisé:
santé manque raremerit d'avof# une influence fâcheuse sur le caractère. Souvent dés ferñmes de beaucoup d'esprit, et qui ont une dé-"
| 81 licatesse de constitution correspondante en quelque manière à celle des organes de leurs pensées , négligent trop le soin de leur santé. Leurs excès consistent à se livrer sans mesure à l'étude et à la veille, qui détruisent également la santé et la beauté.
Mais, quoique la -bonne santé soit un des plus beaux présens de la nature, ne vous en vantez-jamais; contentez-vous d’en jouir en silence. Nous associons si naturellement les idées de douceur et desensibilité dansles femmes, avec celle de délicatesse dans leur constitution , que, quand une femme nous parle de sa vigueur, de son grand appétit, de sa force à supporter une grande fatigue, sa description nous donne pour elle un éloignement dont elle pourroit. s’apercevoir facilement avec le plus petit degré d’attention.
L'objet qu'on s’est proposé, en vous enseignant les différens travaux des femmes, n'est point là valeur de ces petits ouvrages qui est bien pen de chose : on a seulement voulu vous mettre en état de mieux juger de leur perfec- tion, et dé les faire exécuter avec plus d’intelligenee par d’autres. Ces occupations vous serviront aussi à remplié d'urie manière assez agréable quelques-unes de ces heures de solitude que vous êtes nécessairement obligées de
passer à la maison. C'est un grand moyen de bonheur que les plaisirs solitaires et indépen= dans. En courant continuellement chercher des amusemens hors de chez vous, vous devenez à charge à à toutes vos connoiïssances, qui se trouvent importunées de vos visites, qu elles auroient recherchées si vous ne les aviez pas pro: diguées avec si peu de ménagemerit. A
L'économie domestique est la véritable et la principale occupation des femmes; elles y trouvent beaucoup d'occasions d'exercer leur bon sens, et leur bon goût. Si vous deyenez jamais mères de famille, consacrez à ces devoirs une grande partie de votre temps et de .votre attention : et ne croyez pas pouvoir VOUS ExXCU“ ser de votre négligence par la grandeur de votre fortune; car le seul avantage que la richesse puisse vous donner, est que vous vous ruinerez un peu plus tard. . rs
| Jene saïs guère quels conseils vous donner relativernent à vos lectures. Vous pouvez cultiver sans inconvénient l’histoire, et parmi les autres connoissances, celles pour lesquelles la nature ou le hasard vous ont donné quelque goût : le grand livre du monde est ouvert à vos yeux, et vous offre un nombre infini d'objets variés et intéressans. Si j J ’étois sûr que la nature vous eùt donné des principes de goût, et des senti-
mens assez fermes, pour n'être jamais altérés en-vous, et pour régler touté votre conduite future, je m’efforcerais, avec le plus grand plai: sir, dé diriger vos études de fanière à porter ce goût naturel au plus haut degré de perfection : mais quand je pense combien il est aisé d échauffer l'imagination d’une jeune personne , et combien diffcile d’éffecter son cœur d’un intérêt profond et durable; ayec quelle prompti: tude elle se livre à des sentimens recherchés, qu'elle sacrifie tout de suite à sa ‘vanité ou à son intérêt, je me persuade que ce serait vous”
rendre un mauvais service que de former en
vous un goût factice qui serait le fruit du tra vail et de l’art, et qui, ne voüs ayant pas été donné par la nature , ne servirait qu’à vous rendre incertaines dans votre conduite. Je ne désire point que vous soyez autre chose que cé que la nature ‘vous a faites; je ne veux que vous perfectionner en travaillant sur son plan: Je ne souhaite pas que vous ayez d’autres sentimens :
que ceux que vous tenez d'elle, et qui peu-
vent vous guider d'une manière uniforme et
constante, Si VOs cœurs y sont assez fortement
attachés pour qu'aucun motif ne puisse vi vous les
faire abandonner. |
L’habillement est une affaire importante de
la vie des femmes. L'amour de la parure leur IV. 3
34 | est naturel , et par conséquent raisonnable, Le ban sens réglera vos dépenses en ce genre, et le.bon goùt vous enseignera les moyens de ca: cher vos défauts, et de mettre vos beautés, si vous en avez, dans. le jour le plus favorable. Mais pour vous servir avantageusement de cs moyen , il fañt beancoup de délicatesse et de raison; une belle femme montre ses charmes à son plus grand avantage, alors. qu'elle semble les encer avec. le-plus de soin. Le plus beau sein du monde est au-dessous de celui que l'imaginahon sait se peindre. La psrure-qui a le plus d'élégance. et de grâce ,:est toujours celle quiest la plus: paturelle et la moins étudiée. “Ne bornez ps le soin de vous bien mettre, aux heures où vous. paraissez en public; accourtumez-vous à. une propreté çontinuelle, de sorte que, dans. votre déshabillé le plus né- 8higé: dans les. momens oi vous êtes le plus retirées, vous ne.puissiez jamais être honteuses de, vous montrer. Vous he pouvez pas once voir jusqu'à quel point nous jugeons du çaractère d'une femme pax son habillement. Nous. y
voyons sa vanité, sa légèreté, sa négligence ,
sa sptise , sa fake. Une élégante simplicité est pour nous une preuve de. délicatesse et de bon goût. |
La anse, demande. >. Sur toute chose, de
EN
l'aisance et de la grâce. Je voudrais vous voir danser avec intérêt. Mais ne vous laissez janraia trausporter par le plaisir qui accompagne eat exercice., jusqu'a oublier la décence débcate à laquelle vatre sexe est toujours soumis, Beaucoup de filles datisent gaiement et dans la sin plicité de leur cœur, qui laissant voir leur cas ractère sans s'en douter. |
Je ne connais point d'artiusement plus vif que le théâtre pour une personne qui & de ke sen sibilité ou de la gaieté; mais je suis fâclié da dire qui y a bien peu de pièces änghaises qu’une fémme guise voir sans choquer la dé:
cence. Vous n'imagines pas dvec quelle aften+ tion les hommes vous observent dans 6e occasions , et toutes les corjectures qu'ils forraent sur votre manière d'assister à tn spœtacle.
Comme Les femmes les plus déréglées sont sou vent celles qu'ils congaissent le mieux, ils ju gent les autres d’après celle-là. Une fille vertueuse écoute des mots grossiers sans erhbarras, parce qu'elle n’en comprend pas Île sens; mais des bommes sans délicatesse attribueront . latranquillité de san visage , à cette présence d'esprit qu’on prétend que vous possédez à une plus haut. degré que nous ;. ou des ebservateurs plus méchans y varront Fopssanen de l effromterie. |
36 | : Quelquefois une fille rit d'un mot libre, entraînée par l exemple et la contagion qui accompagne le rire , sans entendre la chose dont on rit. Qn ne manque pas de la croire alors plus instruite qu'elle ne l’est en effet. Si. elle entend , c’est encore pis; et elle se trouve dans
le plus grand embarras. Sa‘ modestie est forte- .
ment blessée en mème temps qu'elle a honte de laisser voir qu’elle sent l'insulte : le seul moyen d'éviter ces’ inconvéniehs , est de ne jamais aller à une pièce de théâtre où l'honnêteté des mœurs soit véritab#ment violée.
Les tragédies sont communément décentes.
Les impressions douloureuses qu’elles font naitre , élèvent l'âme et adoucissent le cœur. . Je n'ai que peu de chose à vous dire du jeu,
qui est presque inconnu aux femmes de ce pays-ci. C’est un vice ruineux, et ‘dont on ne L
se corrige point. Comme il met en mouve-
ment des passions méprisables et violentes, il
est plus odieux dans votre sexe que dans le nôtre. Je ne vous interdirai point cependant toute espèce de jeux; il en est que vous pouvez regarder comme des moyens de varier vos amusemens , en observant de n’y risquer jamais que ce que vous pouvez perdre sans le fegretter , et sans vous incommoder. |
En cela, comme dans les points les plus im-
37 Ce portans de votre conduite, que vos résolutions prises une fois soient inébranlables. Cette fermeté n’est point du tout contraire à la douceur et à la complaisance , qui sont un si grand . charme dans les femmes ; au contraire, un système de conduite arrêté , vous donnera encore plus d'égalité et de douceur, en même temps qu'il vous empêéchera de tomber dans l'insipidité. 11 vous rendra respectables à vos propres yeux , et votre caractère en aura pour nous
plus de dignité.
Amitié, Amour, Marge
LE luxe et la dissipation » vices si répandus aujourd’hui dans le monde, en corrompant le cœur à beaucoup d'autres égards , le rendent incapable du sentiment vif d’une amitié ferme et sincère, Un heureux choix d'amis qui pour- : ‘raient vous assister de leurs conseils et de leurs bons offices , serait de la plus grande importance pour vous ; mais les seuls plaisirs que amitié donne à un cœur ouvert et sensible, sont bien suffisans pour.vous engager à cultiver : cet aimable sentiment.
Dans le choix de vos amis, cherchez d’abord la bonté du cœur et l’honnèteté. Si vous trouvez en eux de l'esprit et du goût, leur société vous en sera plus agréable. Vous avez des rai- :
Sons particulières de donner votre confiance à ceux qui vous ont montré de l’intérêt dans vos jeunes ans , lorsque vous étiez dans l’impuissance de reconnaître leurs soins. C’est une obligation que vous ne saurlez sentir trop vivement. En lisant ceci , vous penserez naturellement aux amis de votre mère à qui vous devez | tant. - Si vousavez le bonheurde vousfaire ynami véritable, ayez pour lui une confiance sans bornes. C'est une des maximes du siècle de ne jamais confier à personne un secret dont la découverte puisse nuire à celui qui le confie ; mais c'est la maxime d'un petit esprit-et d’un cœur froid, excepté pour les personnes.en ‘qui elle est le résultat de l'expérience et de l’âge. Malgré les inconvéniens qu'une grande franchise entraine quelquefois » vous serez plus heureuses par un Caractère ouvert qui n’aille pas jusqu’à l'imprudence , que par une manière d'être réservée jusqu’au soupcon.. La froideur et la défiance ne viennent que trop. tôt. Ce sont des sentimens désagréables qu'il ne faut pas sppeler avant le temps.
| Quelque franchise que 2 vous conseille dans vos propres affaires , gardez inviolablement les secrets des autres. Ce sont des dépôts sacrés
| 39 quine voës appartiennent pas, etauxquels vous n'avez aucun droit de porter là main.
Il ÿ a un cas dans leqüel üme fille doit être secrète, moins éncôre par prudence ; Qué par délicatesse de sentiment. Quoïqu'il n’y ait fien de répréhensible dans l'aitachèment qu’elle peut prendre pour un homms de mérite, ce pendant la nature, dont l'autorité l'emporte sur celle de la philosophie, a lié uh sentient dë- honte àux prerhiérs moôuüvemnens de son cœur: Ï se passe même beaucoup de témps avant qu’uhé fille bien née s'avèue qu’ellé aime; ‘et quand toutes les subtilités de sn ésprit à se cacher d'elle-même sont enfin épniséés , elle: sent son orgueil bléssé et sa modestie vffensée. C'est au moins ce qui afrive toujôtirs, lorsqu'elle n'est pas assurée que son attachëment __ Séra payé de rétouf.
Dans ane telle situation , oùvrir son cœut à qui que ce soit , ttie paraît ‘être tine démiirthe qui s'actordé mal àvéc la déMéätesse des sentimeris d'une femme. Péut-étré ai-je tort ëñ ce point. Je vous dirai èn Même ternps qüé si vous avez quelque prudence , vous devez réflé- chir sur Îes suites d'une pareille tonifiatiée. Un secret de cé genré, quélque important qu'il soït à vos yeux , souvent ne paraltra pas tel à . votre ami , qui n'entrera pas dans vos senlimens,
Lo .
ou qui les regardera comme un sujet de plaisanterie. C’est pour cette raison que les secrets d'amour sont les plus mal gardés. Mais les conséquences. d'une. indiscrétion peuvent être
très-graves pour vous, parce-qu'aucun bomme
qui a quelque élévation et quelque délicatesse,
ne fera cas d'un cœur qui aura déjà connu l'a-
mbour pour d'autres que parr lu.
Si vous avez une amie à qui vous vouliez ou-
vrir votre âme toute entière, soyez sûre de son honnèteté et de sà discrétion ; que ce ne soit pas une femme mariée, surtout si elle vit bien avec son mari : il y a de certains mo-
mens où lon s’oublie , et où la plus digne et
la meilleure des femmes laissera entendre des | choses qu'elle : cacherait scrupuleusement en tout autre temps et à tout autre qu’à son mari.
Le mari lui-même ne se croit pas obligé au secret ausÿ fortement que sa femme, d'autant
que ce n'est pas vous-même qui le lui avez confié. Il ne se fait donc pas un grand-scrupule de le laisser échpper , surtout lorsqu'il s’agit de choses qu'on est accoutumé dans le monde à traiter légérement. .
Toutes choses égales, 1l vous sera très-avantageux à toutes deux de trouver l’une dans l'au-
tre une amie ; les nœuds du sang et un intérêt |
commun doivent naturellement ‘Vous porter à
41 L cetie étroite liaison. Si vos frères sont capables d'amitié , si ce sont des hommes d'honneur et . de sens, et d’un caractère sensible et vrai , ils doivent être les premiers.de vos amis. La confance que veus aurez en eux, ne sera sujette à aucune objection :' vous retirerez tous les avantages que l'amitié des hommes peut procurer ,. en même temps que vous éviterez des inconvéniens que votre sexe trouve trop souvent dans ses liaisons avec le nôtre. | *
Ne faites jamais vos confidens de vos ; domestiques. : La. dignité mal entendue . dégénère facilement en orgueil ; et l’orgueil, qui ne peut souffrir l'égalité, repousse” toujours l'amitié : il est-cependant si avide de flatterie, qu’il cherche à ‘en arracher même des gens qui sont dans sa dépendance. C’est pour cette raison qué les gens orgueilleux donnent commu nément toute leur confiance à des valets et à des femmes de chambre. Montrez la plus grande bonté à vos domestiques. Rendez leur situation aussi heureuse qu'il est possible ; mais $l VOUS en faites vos.confidens ; vous les perdez, et vous vous dégradez vous-mêmes,
Ne souffrez jamais que, personne s’'autorise “du prétexte de’ l'amitié pour s'écarter du respect que vous avez droit d'exiger. Ne permettez point qu'on vous presse trop vivement sur des
‘42 | sujets qui vous sont désagréables, ni qu’on cornbatte , avec trop d'instances , des résolutions. que vous avez prises avec’ conriaissance : de cause. Beaucoup de gens vous diront que l'atitié doit donner cette liberté; mais l'amitié même exige, ainsi que l'amour, une sorte de respect. Sans cela, vos amis vous aimeraient comme des enfans, et ‘non pas comme leurs égales.
Le caractère et la sensibilité des femmes les rendent plus susceptibles de se livrer à l'amitié avec promptitude et avec chaleur. Cette disposition naturelle est si forte en vous, qu'elle vous jette facilement dans des liaisons dont vous avez bientôt à vous repentir; et c’est ce qui rend aussi vos amitiés si chancelantes et si peu durables.
Un obstacle bien grand à la sincérité et à la constance de vos amitiés avec les personnes de votre sexe, est l’opposition des intérêts de deux femmes dans ce qui touche à l'amour, à l'amibition, à la vanité. Il paraît, à la première vue, que cette seule circonstance doit vous faire préférer les liaisons avec des. hommes. Parmi les avantages qui résultent du commerce des deux sexes , on peut compter ce désir deplaire, que l'un et l'autre y puisent également, et dont: l'effet est que chaque sexe emprunte et
43 | reçoit, au moins en parie, les bonnes qualités dé l'autre. Comme les intérêts ne sont pas les mêmes , il n’y a dans ce commerce ni jalousie, ni rivalité. L'amitié d'un homme pour une femme , mème älors qu'il n’y a point d'amour entre eux, est toujours mélée d’une tendresse qu'il n’a point pour un autre homme. Il a le sentiment du droit que votre faiblesse même vous donne ä ses bons offices et à sa protection. Il se croit plus fortement obligé de vous servir, de répondre ‘à votre confiance par un secret inviolable , et il s'honore de cette obligation.
Que ces avantages de l’amitié des hommes ne vous empêchent pas d’être circonspectes dans votre choix. Des milliers de femmes d’un excellent caractère et de beaucoup de mérite, ont été pérdues par dés hommes qu’elles ont approchés d'elles sous le prétexte de l'amitié. En supposant dans un homme la probité et l'honneur au plus haut degré, son amitié pour une femme tient de si près à l'amour, que si elle a quelques charmes dans’'sa personne, elle aura bientôt pour amant celui qu’elle ne voulait que pour ami.
Je dois, à cette occasion, vous prévenir contre cette faiblesse , si commune parmi des femmes vaines, qui leur fait regarder comme épris de” leurs charmes tout homme qui leur montre
TA
quelque attention particulière, Leur sottise se découvre dans ces occasions par les airs -ridècules qu'elles se donnérit , tandis que l’homme qu'elle se flattent d’avoir subjugué, n'a peütêtre pensé à elles que cette fois-la. ° Lyaunesortede galantgrie insignifiante que quelques hommes pratiquent , et qui est absolüument sans conséquence, comme vous vous en apercevrez bien vite avec le moindre discernement. Ils vous suivent aux endroits publics, et.vous sont de quelque utilité par. beaucoup de petites attentions auxquelles des hommes de. , plus de mérite ; ou n’entendent rien , ou n’ont pas le temps de sé livrer, ou dédaignent de se soumettre. Ne rejetez point ces petits égards . qu'ilsont pour toutes les jolies femmes qu’ils connaissent. C’est un genre de familiarité que vous . pouvez permettre, en conservant toujours assez de dignité pour l'arrêter, lorsque vous vous apercevrez qu'il pourrait aller trop loin.
1 y a d’autres hommes bien différens de ceuxlà,° dont. vous pouvez aimer et rechercher. la compagnie ; je veux ‘dire les gens d'esprit et de goût, dont la conversation est, à beaucoup d'é- : gards , bien au-dessus de celle que vaus pouvez trouver dans la société des personnes de votre
» sexe. Ce serait une sottise. de vous priver d'une liaison agréable et utile, uniquement parceque
des oisifs prétendront qu'an homme de cetté espèce est votre amant; car il peut aimer à vivre avec vous Sans avoir aucune idée d° amour en tête. S
Les personnes dont le caractère et les goûts ont quelque analogie, recherchent naturellement la société les uns des autres sans avoir aucun projet d'une liaison plus étroite. Maÿs comme ce rapport donne souvent naissance à un séntiment plus vif que celui de l'amitié, 1l est de la prudence d'une jeune personne de veiller beaucoup sur elle-même , de peur que son |, cœur ne se trouve engagé avant qu'elle s'en soit apercçue. Je crois pourtant, qu'au moins dans ce päys-ci, les femmes n'ont pas beaucoup de cette sensibilité qui disposé à à un pareil attachement : ce ‘qui est communément appelé amour pari vous 1 'est guère que de la recon=. naissance , et une préférence pour l'homme qui Vous a préférées: vous-mêmes. Vous n'avez sou“ vent qu’un peu d'estime, et une faible affection pour celui que vous épousez ; et, en effet ; il faut qu'une femime ait un grand fonds’de sènsibilité naturelle, et que le hasard et-la’ fortune la servént bien, pour Jui Rire faire un n mariage d'amour.® ve |
C’est une maxime reçue des fermés ét très sage en effet, que ce. n'est pas à éllés à com-
mencer d'aimer; qu’elles ne doivent éprouver ce sentiment qu’en conséquence de l'attachement qu'on a déjà pris pour elles. Maintenant si nous supposons une femme raisonnable et de bon goût, elle ne trouvera guère d'hommes qui méritent son estime. Dans ce petit nombre, c'ést un grand hasard si quelqu'un la distingue. L'amour, au moins chez les hommes, est infiniment. capricieux, et ne se fixe pas à l’objet vers lequel la raison voudrait le conduire. Enfin, si un hamme de ce caractère prenait pour elle de l'attachement, il est encore très-diffcile que ce soit celui pour lequel sc son cœur penche le plus. | | La nature ne vous donnant donc pas, comme à nous, le choix sur un grand nombre d'objets, vous a sagement douées d'une facilité plus grande à plier votre goût, et à diriger votre attachement. Quelques qualités agréables méritent à un homme, de votre part, un peu de bienveillanee et de cette amitié qu'on a pour beaucoup de personnes. Dans le commerce qui s'établit entre vous et lui, il prend du goût pour vous. Lorsque vous vous en apercevez, vous en avez de la recommaissance : cette reconnaissance vous conduit à lui accorder quelque préférence; et cette préférence, après un peu de temps, devient de l'attachement, surtout
si votre inclination est traversée par quelques obstacles ; car ce sont les obstacles qui animent et qui nourrissentT’amour dans les deux sexes, mais surtout dans le vôtre. Si l'inçlination des. femmes n'était pas exeitée par la contradiction, je crois.que sur mille , à peine en trouverait-on une qui eût le moindre amour pour l'homme auquel elle s'unit.
Un homme quia quelque délicatesse Spouse ordinairement uhe femme parce qu'il lime plus que toute autre. Une femme, avec autant de délicatesse, épouse parce qu'il lui a donné la préférence, et parce qu'elle l'estime. Mais si un homme s'attache malheureusement à une femme, dont le cœur est préoccupé d’un autre objet, son attachement, au lieu de lui obtenir un tendre retour, est un tort pour lui; et'sil persiste à vouloir la ramener, et à l'importuner de sa passion, il se fait haïr et mépriser.
Les effets de l'amour dans les bammes sont différens, d’après leurs différens caraçtères. Un
homme artificienx sait les imiter tous assez bien, pour tromper une jeune parspnag. d'un cœur ouvert, généreux et sensible, "Fout son esprit “et tout. son mérite. ne. sufirqnt ‘pas à. lui, faire éviter le piége. Une âme noble 'et élevée est dans limpuissançede soupçonner et de. déméler l'artifice dans l'obscurité dont il se couvre , et
. “48 dans les sentiers tortueux qu "1 suit poar arriver ësonbut. | ,
Voici; je crois ; ; les remarques les moins équivoques d'uné passion honnète, et les plus diff ciles à contrefaire. Un homme qui aimé avec ‘délicatesse, trahit souvent Sa passion par le trop grand soin qu'il a de la couvrir, surtout lorsqu'il n’a que peu d'espoir de réussir. Le véritable amour se cache toujours, et ne se flatte. jamais du succès. Lu rend’ l'amant nonseulérmént respectueux ; ‘mais exceësivement timide dans sa conduite avec la ‘femme qui en est l'objet. Pour cacher la crainte qu’elle lui inspire , il affecte quelquefois le ton de la plaisanterié; mais il la soutient mal et de rfauvaise grâce ,' et retombe promptement dans le sérieux, et même dans une espèce de stupidité, Il exagère dans son imagination toutés les perfections’ de Yobjet: qu'il adore , ‘est aveugle à tous ses défauts, ou les convertit en béautés. Comme un coupable ) il: cherche à tromper tous les yeux , et croit y réussir en évitant de remplir, envers la femme qu'il aime, les devoirs les plus communs de la politesse. |
Son’ cœur et son caractère s'améliorent par son ätlachement: ses manières en devierinent ” plus douces ; ét sa conversation plus agréable : mais c’est seulement loi des yeux de sa mai-
tresse : car en Sa présence, l'embarras ét la défiance de lui-même le font toujours paraître avec désavantage. Si le charme dure longtemps, son courage s’abat, son âme perd son activité , sa vigueur ; et tout ce qu'elle avait de mâle et de grand. Thompson , dans son Printerüps , à fait un tableau fidèle et touchant de cet état. :.
Quand vous aurez observé dans un homme les symptômes que je viens de décrire, pensez sérieusement à la manière dont vous voulez vous conduire avec .lui. Si son attachement vous est simplement agréable , laissez-vous aller à ce que vous inspireront la nature , la raison'et le sentiment. Si l'amour s'est emparé de votre cœur, ne le lui laissez jamais apercevoir tout entier, quand même vous seriez déterminée à l'épouser. Montrez-lui seulement la préférence que vous lui accordez; c’est tout ce qu'il est en droit d'exiger de vous. S'il a quelque délicatesse, il ne vous demandera rien de plus poyr l'amour de vous; et, sil est raisonnable, pour l'amour de lui-même. C'est une triste vérité; mais je dois vous la dire ; un amour violent ne peut subsistér, ou au moins ne peut être exprimé long-temps de suite des deux côtés. La satiété et le dégoût surviennent bientôt infailliblement, et sans qu’on s’aper-