‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 3)Chapitre 26 sur 41 · QUELQUES REMARQUES · texte numérisé non relu

QUELQUES REMARQUES

Sur l'ouvrage de madame de Staël, qui a pour

titre , DE L'INFLUENCE DES PASSIONS.

ÏL n'y a rien de plus contraire aux progrès de l'esprit humain , dans chaque science, que les ouvrages où l’on multiplie les assertions sans développement et sans preuves, où l'on jetté avec profusion ce qu'on appelle des vues qui ne sont pas bien distinctes dans l’esprit de l’auteur lui-même, faute d’une analyse complète et d'une connaissance approfondie de la question et de toutes ses parties.

C’est en vain que, parmi ces vues, il s’en trouverait de justes et de vraies; elles ne peuvent avancer les progrès de l'esprit humain qu'autant qu'elles sont établies sur des fondemens solides, et ces fondemens ne peuvent être que des preuves et une analyse, seuls moyens d’opérer la conviction et d'élever une assertion au rang et à la hauteur d’une vérité. Sans ces conditions , le travail de écrivain le plus abondant eu idées est aussi stérile que celui des

.Danaïdes ; et ses ouvrages ressemblent à ees champs où les tiges pressées s’étouffent les unes” les autres, et où l'épi ne parvient pas à se former. Je sais qu'on accuse de pédantisme et de pesanteur le philosophe qui ne veut rien avancer que de prouvé, ni rien laisser derriere lui de ce qui tient essentiellement à. la question qu'il traite, , qui explique toutes les obscurités et résout toutes les objections; ce n'est pourtant que d'après un travail de ce genre qu'on peut admettre avec confiance une doctrine de quelque importance , que son évidence et sa simplicité ne dispensent pas de se présenter accompagnée de preuves propres à convaincre un bon esprit.

Et, quant à la pesanteur qu’on reproche au procédé du vrai philosophe, je dirai qu’elle est nécéSsaire pour assurer ses pas dans la route de la vérité, et que la philosophie a triomphé -de l'ignorance comme les Romains ont conquis le monde avéc leur courte et

lourde épée et leurs corps pesarnment armés.

L'un de ces’ lourds combattans a eu la pensée de justifier sa tactique en éssayant de discuter quelques-unes des assertions plausibles , légères, brillantes, répandues dans les dérniers ouvrages de madame de Staël, a

Nous allons essayer cette sorte de critique

sur quelques assertions de madame de’ Staëf

dans son introduction.

Avec le projet de conserver dans quelques écrits le souvenir des crimes de la révolution, je combattrai l'opinion qu'établit madame de Staël blâmant ceux qui ont pu écrire au milieu de la révolution mème pour la peindre dans toute sûün horreur.

Quelle époque ai-je choisie , deïnande madame de Staël, pour faire un traité du bonheur des individus et des nations ? |

Est-ce au milieu d’une crise dévorante qui atteint toutes les destinées ? |

Dans un temps où 1l suffit de vivre pour étre entraîné par le mouvement universel ?

Dans un temps où jusqu’au, sein même de la tombe le repos des morts peut être troublé, et les morts jugés de nouveau ?

Honte à moi, si durant le cours de ces deux épouvantables années, si pendant le règne de la terreur en France, j avais été capable d ur tel travail, si j'avais pu concevoir un plan, prévoir un résultat à l'effroyable mélange de toutes les atrocités humaines ! .

Je ferai d abord observer le vague, l'obscurité des expressions et deswaisonnemens mêmes.

… Qu'est-ce qu'une crise dévorante ? Comment

une crise dévore-t-elle, comment atteint-elle les destnées ? Se |

Pourquoi » dans les horreurs de la révolution , plus qu'en aucun autre temps, a-t-il suffide vivre pour être entraîné par le mouvement universel, ce qui est de tous les temps. Pourquoi être entraîné ainsi , serait-ce une raison de ne :pas écrire ? + |

Pourquoi, parce que le repos des morts peut être troublé, les vivans ne doivent-ils pas

écrire?

On pourrait müllplier les questions de ce genre, sans que madame de Staël y püt faire aucune réponse satisfaisante pour un. esprit droit qui veut entendre.ce qu'il lit et ce qu ‘on Jui dit.’ ….

Mais je vais examiner les raisons que donne madame de Staël, et qui ont dù, selon elle, la détourner d'écrire avant l’époque actuelle.

Je demande d'abord ce qu'il a pu y avoir de honteux à être capable d'écrire > pendant le règne de la terreur.

Gloire ; au contraire, , à celui qui, bravant cette tyrannie ; qui s'efforçait d'étouffer jusqu'aux soupirs de ses victimes ,. eût élevé la voix et se füt fait entendre d’un bout de l’Europe à l'aûître, pour dénoncer tant de crimes et susciter des vengeurs.

Page 1