‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 3)Chapitre 35 sur 41 · IV · texte numérisé non relu

IV

sions. l faut aussi rendre pauvres les sujets, soulever contre le tyran. I faut établir des subsides, c’est-à-dire, de grandes exactions et en grand nombre ; car c'est le moyen

bientôt pauvres les sujets. Le tyran doit aussi susciter des guerres parmi les sujets et même parmi les étrangérs, afin qu'ils ne puissent négocier aucune chose contre lui. Les royaumes se maintiennent par le moyen des amis; mais un tyran ne se doit fier à personne pour se conserver en la tyrannie. »

Les ouvrages de saint Thomas et sa théologie et sa morale seule, le mettent à l'abri du reproche qu’ôn a fait à Machiavel..d'avoir armé là tyraupie; mais on: ne pent. pas dire la même chose de Machiavel,

On trouve chez le politique italien, qui par là même semble se distinguer le. plus fortement de Tacite , une absence totale, dans ses écrits, de tout sentiment-de justice et. d'humanité:

Si dans le Prince, Machiavel traite de la manière de gouverner un état nouvellement. ac- quis, Jibre auparavant etvivant sousses propres. lois, on le voit prononcer: quil n'y a point. de moyen vraiment sèr.d'èn consérver la possession, que. de-le ruiner:et de le détruire, et: que sans cela le nouveau possesseür. lui-même.

serà bientôt détruit; mais én donnant cé précépte 11 ne montre ni mêtne n’insinue aucüné iiprobation dé cette horrible politique.

C'est avéc lé même säing-froid qu'après avoir exposé les môyéns par lesquéls César Borgia ,

‘après s'être rendu maître de là Romagne ét du

duché d’Ürbin, sÿ maintint par la spoliation et le meurtre ‘des Ofsini ét la dispérsion des | Colonnes ét par des cruaütés ét dés traliisons

sähs: nombre, il ajoute qué le duc avait dans

son caräcière üne'si grande audate ( dar c'ést lé

sétis du môtitalién ‘ferociä commit'il est ém-

ploÿé éïi cét endroit ) ét contiaisbaït si bien l'art de conservér son pouvoir sur les hommes...

qu'on’ né peut proposer un meilleur rivdèle'# tous ceux que la fortune’ ét la vittoire ont élevés à l'empire:

On ne peut lire sans indignation le pétit récit de Machiavel del modo tenuto dal duca Valentino per ammazzare Oliverotto da Formo, gli Orsini, etc., où l’auteur expose dans le plus grand détail l'infame trahison. par laquelle le duc les attira dans le piége et les fit massacrer , sans qu'il y'ait dans tout le récit un seul mot de blâme.

Le grand principe de Machiavel est que l'homme est né méchant, et il ne croit pas à la vertu.

Il expose et explique froidement les moyens qui amènent et assurent les succès du crime, et parait ne pas croire qu'aucun avantage puisse jamais être le fruit de la vertu. Or, c’est par là principalement que le politique italien diffère de l'historien romain. .

Tacite fait passer dans l’âme de ses lecteurs. l'admiration, je dirais presque la passion qu'il a pour la vertu et son indignation contre le crime. Il ne déclame point comme Salluste, et peint le crime avec toute son horreur. Quel sentiment profond de la vertu, que celui qui a conduit son pinceau tracant la mort dé Germanicus, la fin de Thraséas et la vie d'Agricola! Et je dirais volontiers qu’on peut mesurer la moralité des politiques et surtout des princes, sur la manière dont ils jugent et dontils sentent Tacite et Machiavel.

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