ET DELIMITATION DANS LES ARTS
Etiam quedum nunc artes expoliuur, nuric cliam aüg'escunt. Lucret. lib. v-
et,
E, musique a sa poétique: qui mérite sans doute d’être recherchée. Il est bon de recon:' naître toutes les sources de nos plaisirs ; on parviendra peut-être à les rendre plus abandantes , ou du moins plus pures , en perfectionnant le goût qui n’est que lé sentiment éclairé des beaux-arts.
La carrière est trop longue pour que j'ose me proposer de la parcourir toute entière : je tenterai seulement d'y faire quelques pas. Je ne veux traiter ici que de l'expression qu’on attribue à la musique.
La musique est une succession ou un ensemble de sons mesurés dans leur durée ; succession dans la simple mélodie , ensemble dans l'harmonie.
Je regarde commes synonymes , au moins
dans la question présente, les termes exprimer
et peindre (qui peut-être le sont toujours ) ; et
comme. toute peinture est une imitation, dermander si la musique a de l'expression , et en
quoi cette. expression consiste, c'est demander
si la musique imite , et comment.
On pent distinguer deux sortes. d'objets que la musique entreprend de peindre et d'exprimer, les objets physiques , leurs diverses actions,
leurs mouvemens, leurs effets, et les passions.
ou, plus: généralement toutes les affections du cœur humain.
Recherchons les moyens qu elle à a pour Ces |
deux espèces d'imitations., en commençant par la première. .
La musique dexéentant par le méme organe
que la. langue parlée, et affectant le même sens, devient, elle-mème una langue. Il; peut donc être utile de rechercher d'abord si les.langues expriment et imitent lesobjets physiques,
et par quels moyens elles exécutent cette
imitation.
L'imitation des objets physiques, p par l'organe.de la parole, paraît avoir guidé les hom-
mes dans la, formation de toutes les langues.
Presque tous les mots qui signifient les objets. sensibles. et leurs diverses actions, les peignent. en même.temps, .en. imitant. le bruit qu'ils font:
entendre, ou le mouvement qu'ils ont, ou la figure qu'ils affectent , ou les effets qu'ils produisent, etc.; tels sont les noms donnés aux objets qui font du bruit ou qui ont du mouvement, au tonnerre, au vent, aux fleuves, aux animaux, aux actions de piquer , de percer , de creuser , de voler., de glisser, de briser , etc.
Les termes qui exprinrent ces idées sont imitatifs dans toutes les langues du monde, et cette
imitation se reconnaît au travers de toutes les
altérations que les langues ont subies dans les
progrès des sociétés.
- Cette vérité est trop connue pour qué nous soyons obligés de la prouver par des exemples qui se présentent d'eux-mêmes ; mais ce qu'il est important de remarquer ici, c’est la force des analogies et des rapports qui ont conduit à cette imitation. On peut les croire faibles au premier aspect ; mais on voit que leur influence sur la formation des langues a été bien puissante, puisqu'elle a guidé en même temps et dans la même route tous les hommes de toutes : les nations. C’est , si l’on veut, une ressemblanee bien légère que celle du mot fragor avec le bruit d’un arbre qui éclate; desnoms du ton. rierre de la foudre, du vent , avec ces divers objets physiques ; des mots axur acuere, aiguille, hache , etc. , et généralement de la syllabe ac ;'
avec les actions de percer, de piquer, de couper,etc.; des mots fleuve, flatus, souffle,etc. où l'articulation /? exprime la fluidité , avec l’écaulement d'unfluide, etc.;maiscetteressemblance, ou, si l'on veut, cette analogie, est réelle et vraie. Elle rappelle l’idée de l'objet; elleretrace, au moins en partie, les sensations que sa présence a causées ; elle fournit donc aux langues un premier moyen d'imitation qui tient , pour ainsi dire, aux mots, même. isolés les uns des autres , et avant qu'on les réunisse pour en former la phrase et le discours.
Mais bientôt s'ouvre une autre source infiniment plus abondante où limitation pourra puiser; c’est l'assemblage, Ja combinaison de ces mêmes sons dans la phrase et dans le discours. Là ces premières analogies faibles , au moins en apparence , entre les mots et les choses, se trouvant rassemblées , se prêtent mutuellement une force nouvelle. L’imitation devient plus vraie en nous offrant plus de traits à la fois. Il est certain que cette partie de phrase, Le.murmure d’un ruisseau qui roule ses flots argentés, etc., formeune imitation dont la vérité.ne pent être méconnue ;- la ressemblance du tableau augmente même en beaucoup plus grande rai-.
son que le nombre des traits qu'on,y fait entrer; comme, lorsque je dessine un visage , si un ou