‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècle (volume 3)Chapitre 5 sur 41 · IV. L · texte numérisé non relu

IV. L

faire connaitre celui que vous ne devez pas prendre.

Ne vous donnez point à un homme qui puisse transmettre à vos enfans une maladie héréditaire , et surtout la folie, la plus terrible de toutes. C’est le comble de l'imprudence de courir un pareil risque ; et j'ajoute que c'est un crime trèsgrand. , |

N’épousez jamais un sot : c’est le plus intrai-

table des animaux ; il n’est conduit que par la passion et le caprice, et il est incapable d'entendre la voix de laraison. Votre amour-propre serait continuellement mortifié d’avoir un mari pour lequel vous seriez toujours dans la crainte et dans la confusion, dès 4 il ouvrirait la bouche en compagnie. Mais un inconvénient plus grandencore est qu’un sot passe sa vie à craindre qu'ôn ne pense que sa femme le gouverne : . il devient par là impossible de le conduire, et il fait cent choses absurdes et désagréables pour vous, par la seule envie de montrer qu'il est le maître de les faire.

Un hbertin est toujours mari soupconneux, parce qu'il n’a connu que des femmes abandonnées. Il communique souvent aussi des maladies honteuses à sa femme et à ses enfans.

Si vous avez vous-mèmes quelques sentimens de religion, n'épousez point des hommes qui

n’en aient pas. Avec quelque bon sens, ils seraient bien aises de trouver en vous de la religion , pour eux-mêmes, et pour leurs enfans et leurs domestiques ; mais ils vous en estime- ‘ront moins. Si ce sont des hommes faibles, ils vous persécuteront et vous excéderont , en attaquant sans cesse vos principes. Si vous avez des enfans, vous aurez la douleur amère de voir tous vos efforts pour les former à la piété et àla vertu, et pour assurer leur félicité présente et future, trompés et tournés en ridicule.

Conime le choix d’un époux est l'affaire de votre vie la plus importante à votre bonheur, je me flatte que vous y mettrez la plus grande circonspection. Ne suivez point en cela un premier mouvement de passion, que vous hono-= reriez mal à propos du nom d'amour. Le véritable amour n’est pas l'ouvrage du caprice et du moment ; il est fondé sur la nature, sur des vues honnètes, sur là vertu, et sur l’analogiedes goûts et la sympathie des âmes.

- Avec ces sentimens, vous ne vous marierez point si vous ne pouvez point avoir, dans l’état de mariage, l’aisance et la fortune qui sont nécessaires, tant à votre bonheur qu’à celui de votreemari. Ce point ne peut être déterminé que par les goûts de tous deux. La générosité vous défend de prendre avantage de l’attache-

ment de Fhomme qui vous ame , pour le jeter dans la misère ; et il à quelque sentiment d'honneur, :l renbncera a plaisir qu'il peut trouver à vous posséder , plutôt que de vous ‘épouser pour vous rendre malheurenses. Au reste, votre fortune sera suflisante si elle peut reraplir vos désirs.

‘Je finirai en écartant une difficulté qui ar- | rête souvent les j jeunes personnes qui pensent à se marier. Que deviendra, disent-elles , cette

réserve , cette dignité qui arrétaient toutes les

familiarités , qui contenaient les désirs des hommes , et nous attiraient leur respect et leur admiration ? Je réponds que si les motifs de l'intérêt et de la vanité'ont eu quelque part à voire résolution de vous marier , toutes ces idées se dissiperont bien vite, et vous paraîtront : æussi ridicules qu'à vos maris mêmes. Il sera même vrai de dire qu'en ce eas elles n'auront jamais été, que flttantes dans votre imagination , sans jamais descendre au fond de vos cœuis; mais si elles sont bien établies dans votre esprit, et que vous ayez le rare bonbeur d’être unies ä des hommes qui les eomprennent, vous n'avez rien à craindre en vous inariant. . °

Le mariages, à la vérité, dissipe eh un MmOment l'enchantement causé par la beauté ; mais

Ja vertu et les grâces qi .ont enflammeE les premières le cœur; cette: reserve et cette déhcaæ-

tesse qui laissent toujours quelque chose à .dé- |

sÿer à l’homme amoureux ,‘et qui vont même jusqu’à lui denrier une douce et jalouse inquiétude sur votre amour et votre sensibilité ; tous ces charmes, dis-je, peuvent et doivent vous rester toujours. Le feu de la passion s'éteindra ; mais 1] sera semplacé par des plaisirs qui affee- &rent le cœur d’ün époux d'une manière plus égale , plus sensible et plus tendre. Je m'’arrèête ici , pour’ ne pas me livrer à des descriptions que vous ne devez pas entendre , et qui rappellent trop vivement à mon cœur le souvenir des jours d’un bonheur qu'il serait peut-être à souhaiter pour moi que je pusse oublier à jamais. |

Je vous ai fait connaître mes sentimens sur quelques-uns des objets qui importent le plus au bonheur de votre vie , en-m'occupant principalement de l'époque où vous commencerez à entrer dans la société. J'avais résolu de vous

taire quelques opinions particulières sur Îes-

quelles je puis être en doute , à raison de leur opposition à la pratique générale du monde ; mais peut-être qu'entraîné par les mouvemens de mon cœur , et par l'intérêt qui m'échauffait en écrivant pour vous , je n’ai pas bien gardé

-ma résolution : je serai tombé par là dans quelques obscurités et quelques contradictions au moins apparentes. Je crois bien que j'ai pris là une tâche au-dessus de mes forces ; mais j'ai rempli un devoir. Ce petit écrit a été pour moi un amusement de quelques momens de solitude, et m'a servi à écarter de tristes réflexions. Vous le lirez toujours avec quelque plaisir , en le regardant comme la dernière marque dela tendresse d’un père, et de ses soins pour vous.

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