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maximes qui puissent nous servir de règles de conduite. »
Quoique les traités de chétorique ne puissent pas former seuls un homme éloquent , Cicéron et Quintilien ont fait des traités de rhétorique, dont l'utilité ne peut être contestée. De même, “et proportion gardée , quoique ceux dont la conversation est agréable ; intéressante etutile, ‘puissent ne trouver rien de nouveau pour eux dans les remarques qu'on va lire, elles ‘pourront servir à ceux qui , dans l'âge où l’on apprend encore à conduire son esprit, voudraient perfcctionner erfeux-mèmes l’art de coñverser, . source de beaucoup de plaisir et de bonheur. Cet art peut être enseigné jusqu'à un certain - point : car les personnes les plus agréables dans la conversation, devani cet avantage à une infinité de réflexions fines et rapides qu'élles . ont faites, et qu 'elles font continuellement sur les moyens d'y plaire, et sur les défauts qui la gâtent, réflexions dont elles ne se rendent pas toujours compte, mais qui les dirigent sans cesse; en rassemblant ces réflezions, on peut les suggérer à ceux qui ne les ont pas encore faites , et c'est l'objet que, je me propose dans cet écrit, en exécutant, Comme je lai annoncé, le plan du docteur Swift: Le petit ouvrage de cet écrivain ingénieux, consiste à faire connaître
les fautes auxquelles ôn se laisse aller dans la conversation , et les inconvéniens qu’elles entraînent. En suivant et complétant ce plan, je trouve que les vices principaux qui gâtent la conversation, sont :
1°, L'inattention ; ;
2°. L’habitude d'interrompre P et de parler plusieurs à la fois ; .
5°. L'e empressement trop grand de montrer.
de l'esprit ; ; . 49. L'égoïsme ;
5°, Le despotisme ou esprit de domination ; ;.
6°. Le pédantisme ; .__.,
7°. Le défaut de suite dans la conversations
8°. L'esprit de plaisanterie ;
0°. L'esprit de contradiction ;
10°. La dispute ;
110. La conversation particulière substituée à la conversation générale.
Sur chacun de ces objets, je rassemblerai quelques r réflexions.
LL ’inattention.
Parmi les fautes qu’on doit éviter en conversation, la première que je relèverai est l'ina tention.
Fontenelle , dans un âge avancé, disait qu Al
se consolait de quitter la vie, parce qu'il n'y avait plus personne qui sût écouter.
L'obligation d'écouter est une loi sociale qu’on blesse sans cesse. L'inattention peut être plus ou moins impolie , et quelquefois même insultante ; mais elle est toujours un délit de lèse-société. ILest pourtant bien difficile de ne pas s’en rendre coupable avec les sots; mais c'est aussi une des meïlleures raisons qu'on “puisse avoir de les éviter, parce qu'on évite en mêmé temps l’occasion de les blesser.
On peut dire que l'esprit. n'est juste, étendu, pénétrant, solide, qu’à raison de sa plus grande habitude à étre attentif. La vérité est faite pour l'esprit ; la route qui y conduit est ouverte à tout le monde. Les esprits faux ne sont tels que parce qu'ils n’emploient pasun degré d’attention suffisant à distinguer la vérité de l’erreur; et il ne paraît pas possible qu'avec un égal degré d'attention, deux esprits prennent des sentimens contradictoires sur une même matière, à moins que l’un d’eux ne soit aveuglé par l'intérêt : de là l'importance et la nécessité de l'attention dans la conversation, © , cette. grande école de l’homme. |
Un khomme-é'esprit regrettait que la nature n'eût pas garni nos oreilles d’une espèce de paupière, qui s’abattrait et fermeruit le passage
"85 | aux paroles des ennuyeux et des sots, comme on ferré ses yeux à la lurtière qui les’ blesse.
Mais il'oubliait qu’en se trouvant en'société, Où n'aurait pas pui S sérvir de ce‘moyen, puisque notre présence au rikeide la saciété nous impose l'obligation d’y être évoutans, comme celle d’y étre veillans.
F faut dire pourtant qué l’homme: d'esprit et Fhommé mstruit, s'ils ont l'art d'écouter, pouiront soutenir la conversation: avec le sot et
avec lignorant. C’est que l’homme le plus sot | parle souvent raison, et que l’ignorant saît toujours quelque chose, Qu'on'démèéle avec sagaté, dans leurs discours, les choses sensées qui ‘ysônt, qu'on les leur dévéloppe x eux-mêmes, et on en tirera parti. E’hôomme d'esprit , en s'abaissant vers eux, les élevera presque jusqu’à fui. Il faut pour celä non - seulement de l'esprit, mais, ce qui est plus rare encore , beaucoup de patience et de douceur, quahités.précieuses qui font aimer ceux qui les possèdent, parce qu'avec eux on se trouve de l'esprit, ou qu'on exerce di moins tout celui qu'on. Jene prétends pas, cependant , quecette indulgence à écouter soit portée trop loin, parce qu’elle
dégénérerait en bassesse et en fadeur, excès qu’il faut éviter, et pour soi-même, et pour la société qui € en deviendrait la victime.
Le défaut d'attention vient souvent d’une cause que Swift a remarquée. Cette cause est, dans celui qui devrait écouter, l’impatience d’enfanter l'idée qu'il conçoit au moment méme où vous commencez de lui parler. En attendant cet héureux moment, il n'est point du tout occupé de ce que vous dites. Son imagination est toute entière à ce qu'il cherche à vous dire. Îl-a l'air de craindre que sa mémoire ne le laisse échapper, ou qu'une autre idéé moins ingénieuse ne prenne dans sa tête la place de celle-là.
Mais il est communément vrai, qu'en sa- , bandonnant à cètté impatience inguiète, on perd de ses ressources et de ses moyens. On se rend soi-même stérile, on appauvrit son invention qui pourrait fournir beaucoup d’autres idées aussi bonnes, ou meilleures que celles qu’on cônserve avec tânt dé soin, qui se présenteraient à l'esprit plus naturellement, et, ‘ce qui est important ici, plus abondarament amenées par le discours même de votre antagoniste, si, vous l'aviez écouté avec plus d’atten-
tion et de sang-froid.
L'habitude d'interrompre et de parler plusieurs | __ àalafois …. .
. C'EST faute de savoir et de vouloir écouter,
87 | .. que nons voyons parmi nous presque universel. lenient établi un usage vraiment choquant d'interrompre sans .cesse celdi qui parle, avant qu'il ait achevé sa phrase et fait entendre toute sa pensée : ce qui est le fléau de toute conversation...
Je dirais volontiers de ce défaut, que c'est proprement le mal français, et qu'il nous est presque particulier. :
M. Gaïllard, dans l'ouvrage intitulé De la rivalité de la France et de l'Espagne, au tome IVe. ; page 117, recueillant de l'histoire, avec sa sagacité ordinaire, toutes Jes vues philosophiques. qu’elle pent fournir, remarque, d'après Philippe de Comines, que dans les conférences préliminaires au traité de Verceil,
signé le 10 octobre 1495, entre Charlgs VIII et les Italiens, on observa, comme un trait caractéristique de l'esprit français , cet empressement à parler, qui fait que plusieurs personges élèvent la voix à la fois, de manître qu’au- ” cune-n’est entendue. |
« Du côté des Italiens, dit-il, ne parlait nul que le duc Ludovic ; mais notre condition n'est point de parler si posément comme ils font :
Car nous parlions quelquefois deux ou trois ensemble, et ledit duc disait : Ho! un a un ».
€ Nous voyons par LB, continue M. Gal
lard , qué cette rialadré franicaisé est plus ancienne qu'on ne le croit peut-ètre. M. de Fontenelle croyait l'avoir vue naître en France, parce qu'il avait passé son enfance et sa jeunesse en Normandie, c’est-à-dire, dans la province dé France la moins sujette à cette ardeur de parler trop précipitamment et tous à la foïst il n'exfavaït donc guère vu d'exemples qu’à Paris; et il assurait avec plus de ryson, que, dans le eours de sa longue vie, it lui ‘avait vu faire d'énormes progrès; et depuis ##87, époque de sa mort, éomme r657 l'était de sa naissance, elle. en a fit de bien plus grands ERCOrE. »
J'ai vu quelquefois des étrangers observer ane société française , Où la conversation était ainsi brisée presque à chaqué phrase, non-seulement entre deux interlocuteurs, mais entre “trois et quatre à la fois, et quelquefois davanr age; noug avions, à leurs yeux, l'air d'autant de fous. .
Les membres de l'ancienne académie française ont conservé par tradition un mot de M. de Mairan, qui, blessé plus qu'on autre dé ce défaut, dit un jour sérieusement à ses confrères : « Messieurs, je vous propose d'arrêter qu’on ne parlera ici que quatre à la fois; peut- . être pourrons-nousparvenir-à nous entendre. »
.« On voit séuvent, dit encore Swift, le méme homme: $e rendre coupable de deux fautes qui paraissent différentes, mais qui viennent de la mème source; et qui sont également blàmables; je veux dire la vivacité qui fait qu’on mterrompt les autres, et Pimpatience qu'on sent . à être mterrompu. Tout homme qui considérera avec attention que les deux principales fins : de ki conversation sont d’amuser et d’instruire les autres ; et d’entirer pour lui-même du plaisiretdel'instruction ,tomberadifficilement dans ces deux fautes. En effet, celui qui ‘parle doit être supposé parler pour le plaisir et l'instruction de celui qui l'écoute, et nan pour lui-méme ; d'où il suit qu'avec ug peu de discrétion, -l.se gardera bien de forcer l'attention, si-on ne. veut. pas lur en aecorder ; comprendra bien en même temps, qü'interrompre celui qui parle, c'est la manière la plus grossière dé . lui faire entendre qu'on ne fait aucun cas de. ses idées et de son jugement. »
L'empressement trop grand de montrer dé l'esprit.
Swrr a : touché ‘ce. point d'une manière piquante. « Rien, dit-il, ne gâte plus la conversation, que le plus grand désir d'y montfer de l'esprit : c'est un défaut auquel personne n’est
99 | aussi sujet que Les géns d'esprit eux-mêmes , et dans lequel ils tombent encore plus souvent , lorsqu'ils sont ensemble. Les hommes de cette espèce reparderaient leurs paroles comme perdues, s'ils avaient ouvert la bouche sans dire quelque chose de spirituel. C'est un tourment, pour les assistans , ainsi que pour eux-mêmes , que la peine qu’ils se donnent pour cela ,. et les: efforts qu'ils font souvent sans succès.. Ils se croient obligés de dire quelque chose d’extraor- . dinaïre qui les acquitte envers eux-mêmes , et qui soit digne de leur réputation , sans quoi ils imaginent que les écoutans seraient trompés dans leur ‘attente, et pourraient les regarder . comme des êtres serpblables a au reste des mortels. J'ai ‘vu deux hommes qu’on avait réunis pour jouir de leur esprit, apprêter à rire à leurs dépens à toute une société. »
- Il faut convenir que ce-travers est bien moindre , ou moins fréquent dans les sociétés pôlies, , et surtout dans celles de la capitale ,.où l'esprit et la facilité de parler , qui en tient souvent la place, étant des choses beaucoup plus communes , ceux qui ont l'un ou l'autre, peuvent plus difficilement s’en prévaloir. .
Mais l'envie de montrer de l'esprit nuit à la, convesation dans un autre ordre de personnes. Les jeunes femmes et les ; jeunes gens qui entrent
dans le monde, en deviennent souvent , tantôt d’une taciturnité stupide, tantôt d’un bavardage impertinent. En cherchant avec trop d'inquiétude ce qu'il faut dire, on ne trouve plus rien:
une démarche étudiée perd toute sa grâce.
S'abandonner au cours naturel de ses idées et au mouvément de son esprit, c’est là un sùr moyen de plaire dans la conversation , même pour ceux qui ont un talent médiocre et des connaissances peu étendues. Cette instruction est surtout utile aux jeunes femmes , qui parlent tonjours bien lorsqu' elles parlent naturel lement. | |
Il ÿ a un autre genre de prétention a l'esprit , qui n’est pas moins funeste à la conversation ; c'est celle que montrent beaucoup de gens, se donnant pour. avoir des opinions toutes faites sur tous Les sujets qu'on traite. Îls:ont toujours pensé depuis long-temps ce que vous leur dites; ils ont approfondi la matière ; ils n'ont rien à apprendre sur cela, et souvent c’est la première fois que quelque idée sur ce sujet s'est présentée à. leur esprit. Le mal est qu'après s'être . annoncés ainsi , obligés qu’ils sont de soutenir leur vanité par quelques, observations , ils-ne . IManquent pas, ou de répéter sous une autre forme ce qué vous venez de leur dire, ou de le gâter par quelque fausse vue qu’ils y joignent,
+. 02 ou encore, ce qui est bien plus commun, de . vous contredire à tort et à travers.
C'est de ce défaut , surtout , que vient la grande difficulté qu'on éprouve à persuader dans la conversation. Tout le mondé se pique d'apporter , dans la société, ses opinions toutes faites, parce que chacun veut se donner pour avoir lu , étudié et réfléchi sur les matières qu’on traite. Or, en sé laissant convaincre, on craint de laisser voir qu’on n’avait pas réfléchi sur la question qu’on agite , -et la vanité de paraître instruit éloigne de nous Pinstruction.
Il n’est pas besoin de dire que cette vanité, qui fait afficher une opinion arrêtée sur des ques- - Sons qu'on n'a jamais examinées ; est le grand caractère de l'ignorance ; ear l’homme qui a beaucoup appris, est celui qui sait le mieux qu'il a encore beaucoup de choses à apprendre, et celui-là entore ne rougit point de ne pas tout savoir.
| Au reste; cette faute est, il faut lé dire, plus excusable encore dans les gens de lettres ; et dans ceux qui oït cultivé leur esprit avec plus de soin , que dans la plupart des gens du monde. On demande plus aux premiers, et ils peuvent être plus honteux de n'être pas en état de répondre à l'idée qu’on a d'eux. Mais il est étrange que des gens qui n’ont jamais eu qu’une appli-
93 | cation passagère, à qui leur etat ou les plaisirs de la société n'ont pas laissé le temps de sin struire, et qui n’en ont jamais eu la volonté, aient la prétention d'avoir des. idées faites et arrêtées sur des questions très-dificiles ,. et de savo tout, sans avoir jamais rien appris.
Ce travers prend aussi sa source dans une erreur bien grossire et bien commune, qui fait croire que toutes des comnaïssances qui n'ont pas , comme les sciences physiques et mathématiques, ou les arts, un langage technique, et qui sont, par cette raison , l’'objet.naturel de la conversation , telles que la morale , la politique , l'administration , «etc. , sant, par cela seul , un champ ouvert à tout venant, où il peut combattre aussi-bien que tout autre.
+ Rien cependant n'est plus faux, par la grande raison qu'on ne sait que ee que l’on a étudié, et bien étudié. Quoiqu'on n’emploie ni formule algébrique , ni langage particulier en économis publique , en matière de gouvernement, l'homme du monde, ni même l'homme de lettres qui n’en a pas fait son étude , nesont pas plus en état et en droit d’en parler avec au torité, et même d'avoir un avis , que sur des :
- maüères de médecine ou de chimie , On pour
prononcer quel est le plus grand géomètre de Clairaut ou de d'Alembert, de Lagrange ou de
Laplace. On sent que cette observation com .
prend aussi les dames, qui:sont si savantes aujourd’hui sur la distinction des formes de gouvernément et le droit de représentation , etc.
On demeurera facilement d'accord de ce que je viens de dire, d’après cette seule considération, que c'est précisément dans ces sciences qui n’ont pas un langage qui leur soit particu- ‘lier, des formules -propres, des instrumens qui ne soient qu'à elles , que l'erreur se glisse plus facilement ; les termes en sont plus équivoques, plus mal définis , plus difficiles à à définir ; et, tandis que le géomètre , armé de ses expressions algébriques ; qui sontinvariablement les mêmes dans toutes ses formules et dans toutes les par- . ties de sa démonstration ,.a un moyen, pour ainsi dire, mécanique, d'écarter de lui le] paralogisme, mon docteur en politique et en économie publique , prénant le même mot en deux: ou trois sens différens, oubliant un ou deux des élémens nécessaires de la question , divague et s’égare après quelques pas, sans qu'on puisse ni se faire entendre de lui , ni lui faire entendre à lui-même ses propres décisions. |
.- Cette prétention de savoir ce qu'on n’a pas appris, est plus communément le défaut de notre nation , que d'aucune autre.
J a] Oui faire : à M. Franklin, sur ce sujet, une
observation piquante. Il disoit qu'il y avait cette différence entre un Anglais et un Francais, que, lorsqu'on-faisait une question à un Français, il commençait toujours à vous répondre comme sachant fort bien ce que vous lui demandiez ; et qu'en le prenant ensuite sur-les détails , les circonstances, illui arrivait souvent d’être forcé de convenir qu'il ignorait les plus importantes, et celles-là même qu’il aurait fallu savoir pour faire une réponse quelconque ; qu’à la différence du Français, l'Anglais , en pareil cas, disait facilement : Z don't know ; je n’en sais rien ; réponse qu'on ne tire presque jamais d’un Français au premier coup. Loue.
La vérité de cette observation me frappe tous les jours davantage , depuis l’époque de la révolution. Ce défaut national me semble empiré. L'esprit de liberté qu’on a prétendu nous donner, a amené , dans les jeunes gens surtout, une assurançe , une audace , un mépris des bienséances établies, un oubli des égards dus à l’âge et au savoir ; enfin, une disposition à dominer dans la conversation, telle , qu’on peut assurer généralement que l’orateur écouté de chaque cercle ,'ou du moins celui qui-vous force de l'écouter, est un .jeune homme se croyant capable , non pas seulement de disputer, comme . Pic de la Mirandole , mais de donner des leçons
de omni scibili et quibusdam aliis, de tout ce qu'on peut savoir, et de quelques autres choëes. L'égoisme. .
L’ÉcoïsMe , dans la conversation , est un dé faut trop grossier pour avoir besoin d'être re levé et combattu. La société est d’ailleurs assez en garde contre les égoïstes. La personnalité de chacun, même contenue dans de justes limites , résiste à l'oppression que l'égoïste voudrait établir. : |
Cependant on ne saurait trop prévenir les jeunes gens contre ce tort et ce ridicule. Un penchant fort naturel nous y porte , et trop souvent on s'y laisse aller sans s'en apercevoir.
Je dirai cependant que la maxime qui in-.
terdit de parler de soi, ne doit pas être entendue trop rigoureusement ; ; elle serait outrée. Il y a des circonstances où l’on.peut, sans inconvénient , parler de soi (avec mesure), et $e faire écouter encore avec quelque intérêt. Je demandais un jour à madame Geoffrin , que j'avais trouvée en tête-à-tête depuis une heure avec un personnage ennuyeux, si elle n'était pas excédée ? Non, dit-elle, parce que je l'ai fait parler de lui; et qu'en parlant de soi, on
en parle toujours avec quelque intérêt, même :
| 97 | pour les autres. Mais le chemin est glissant , et il est facile d'y tomber, c'est-à-dire , de passer la mesure de l'attention et de la patience de vos auditeurs.
. Despotisme.
J'APPELLE despotisme dans la conversation , cette disposition de certains hommes qui ne sont jamais à leur aise que dans les sociétés où ils dominent et où ils peuvent prendre le ton de dictateur. Un tel homme ne cherche n1 à ginstruire lui-même , n1 à s'amuser, mais seulement à donner une haute idée de lui. Il pré- - tend former, à lui seul , toute la conversation. Il ne luï faut point d'interlocuteurs , mais seulement des écoutans et-des admirateurs. Si vous apportez la plus légère restriction à ses asser-
tions dogmatiques , sa voix redouble de force, et ses décisions n'en deviennent que plus assurées. Comme la nature a communément réunt'
dans les hommes de cette éspèce une grande force de poumons à une grande confiance , ils réduisènt bien vite au silence tout le reste de la société. On peut leur appliquer le mot de Tacite sur les dévastateurs : Cüm solitudinem fe-
cére, pacem appéllant. Lorsque personne ne
leur répond, ils se persuadent que tont le monde est convaincu.