EXAMEN CRITIQUE
De Vomnrage qui a pour titre : Le Génie du
CflRISTIAmsifE.
Vjet ouvrage ayant concouru , sans projet de l'auteur^ aux prix proposés en l'an lo par le gouvernement , on peut l'exaniiner et le juger d après les conditions exprimées dans le programme publié par le gouvernement , qui déclare que le prix sera décerné à Vauteur du meilleur ouvrage de littérature y qui réunira au plus haut degré la nous^eauté des idées , le ta^ lent de la composition et l'élégance du style.
Par les idées dans lesquelles le décret exige la nouveauté , nous entendons le fond de la doctrine que l'auteur établit ; le but principe auquel tend son ouvrage ; et , comme la nouveauté ne peut être un mérite que lorsqu'elle est jointe à la justesse et à la vérité , nous supposons que le décret demande que ces idées neuves soient en même temps vraies et justes.
En second lieu , par la composition où le décret veut que brille le talent , nous entendons le plan , la disposition des parties et l'ensemble de l'exécution.
Enfin par Télégance du style , nous n'enten* dons pas seulement les agrémens , les ornemens un peu recherchés quel ce mot d'élégance réveille^ et nous supposons que le décret de^ mande de l'écrivain non seulement l'élégance, mais la force , la justesse , la clarté , etc.
Du but de VaxUeur et de la doctrine qui fait le
fond de son oui^rage.
Pour nous Ëiîre sur ce point une idée juste du Génie du christianisme , nous ne pouvons mieux faire q[ue de puiser dans l'ouvrage même. Voici comment l'auteur s'en explique :
.« Que la religion chrétienne est la plus poé- » tique , la plus humaine , la plus favorable à la » liberté , aux arts , et aux lettres , de toutes les » religions qui ont jamais existé ; qu'elle ùcvo* » rise le génie ; qu'elle donne de la vigueur à » la pensée ; que le monde moderne lui doit n tout , depuis l'agriculture jusqu'aux sciences » abstraites ; que rien n'est plus divin que sa » morale , rien de plus aimable que ses dogmes , n sa doctrine et son culte. Voilà tout notre » ouvrage. »
Après cet exposé, l'auteur distingue dans son ouvrage deux parties différentes : l'une où il
s'efforce de prouver que là religion chrétienne est non-seulement très-poétique , mais la plus poétique de toutes celles qui ont jamais existé ; Fautre , dans laquelle il s'occupe de défendre la religion chrétienne contre les incrédules, dans ce que lui-même appelle ses dogmes et son culte.
De ces deux parties , il est aisé de yoir que la pren^ière seule peut être regardée comme littéraire , tandis que la seconde est vraiment théo* logique; et, selon la maxime du grand Frédéric, qui fît effacer de dessus ses drapeaux l'inscrip* tion pw Deo et patriâ , disant qu'il ne £dlait pas mêler le nom de Dieu dans les querelles des hommes , nous avons cru devoir borner notre travail à Texamen de cette question : La reli-gion chrétienne est-elle , comme le préteqd Tauteur du Génie du christianisme , Ttonr-seule^ ment très-poétique , mais la plus poétique de toutes celles qui ont jamais existé?
Pour nous mettre en état de juger cette question en connaissance de cause , nous avons lu avec attention le second et le troisième volume où Fauteur Ta traitée, et nous avons discuté tous les argumens déduits dans le$ douze livres qui les composent ; de sorte que n^tre opinion s'est formée , non pas seulement d'après une vue générale de la question , et les principes r|ue peut fouf'nir quelque connaissance en lîlté-
rature , mais encore sur la conviction acquise de la faiblesse des preuves dont M. de Ch. B. a cru pouvoir appuyer son paradoxe.
Mais comme une discussion qui embrasserait tous ces détails^ serait inutile et insoutenable , nous nous bornerons ici à exposer les raisons ge'ne'rales qui nous ont conduit à regarder comme fausse cette théorie.
Si M. de Ch. B. s'était contenté de dire qu'on peut faire de belle poésie sur des sujets chrétiens , en y employant quelques parties de la théologie chrétienne ; cette idée , qui n'est pas neuve , ne lui serait pas contestée.
- En blâmant l'emploi fait par quelques auteurs dans l'épopée^ des êtres spirituels que reconnait le christianisme , personne n'a nié que la religion chrétienne ne put fournir à la poésie de grandes beautés^ ce qui demeure d'ailleurs prouvé par les poèmes de Milton et du Tasse , et par Polyeucte , et ce qu'aucun incrédule n'a nié.
Mais l'auteur ne s'en tient pas là , et il avance que la théologie chrétienne fournit aux poètes plus de moyens , et une source de beautés plus abondante que celle où ont puisé Homère et Virgile. Nous avouerons que cette idée'est vraiment neuve ; mais nou&sommes convenus qu'à la nouveauté devaient être jointçsla justesse et la
vérité y et ces qualités nous paraissent manquer absolument ici.
A cette doctrine nous commencerons par opposer l'autorité de nos maîtres. Celle de Boileau en ces matières est si bien établie, ses décisions si connues , ses yers si bien gravés dans notre mémoire dès nos plus jeunes ans, qu'en les rapportant de nouveau on aurait l'air d'insulter à ses lecteurs.
Nous nous contentons donc de les rappeler à leur souvenir comme une réfiitation complète ,de l'hérésie avancée par M. de Ch. B. , et d'observer s'il est difficile d'expliquer comment un homme d'autant d'esprit qu'en montre Fauteur du Génie du christianisme , formé d'ailleurs à l'étude des bons modèles, plein de respect pour nos maîtres en Fart de penser et d'écrire , a osé combattre et violer de si sages préceptes ; comment il a pu dédaigner ainsi une si grande autorité.
Un grand vice de cette doctrine de M. de Ch. B. est son entière inutilité ; en quoi demanderai-je , peut-elle servir la littérature ou la religion ? Fera-t-elle Ésiire un beau poëme ? Convertira-t-elle un incrédule?
Quant à la littérature, pour croire qu'elle en peut tirer quelque parti , il faut supposer ^ue la mythologie (je prends ce mot dans sou
acception la plus étendue ) est la source la plus abondante de beautés poétiques ^ et lui attribuer une part du mérite des poèmes, beaucoup plus grande que celle qui lui appartient en effet ; mais cette supposition est tout-à-Êiit Êiusse.
Une belle mythologie , des fictions agréables^, d'ingénieuses allégories peuyeiit amener quel-* ques beautés poétiques ; mais la plus abondante, la plus riche source à lacpelle ont dû puiser les poètes païens et chrétiens , est la nature. La peinture des pas^^ions , le développeip^nt des caractères, la vérité des descriptions , la chaleur du style , un bon plan , voilà les beautés véri-* tables que la mythologie d'aucune religion ne peut fournir.
' Ce qui nous charme dans Didon ce n'est paa la fiction de l'Amour caché sous les traits du jeune As<;agne , et embrasant la reine de Car^thage de ses feux ; c'est la peinture si vraie et si énergique d'un amour si tendre et si mal-** heureux.
Dans l'épisode d'Olinde et de Sophronie , le Tasse a pu emprunter quelques beautés de la circonstance que l'image de la mère de Dieu a été enlevée de la mosquée par une main invi^ sible et miraculeuse ; mais ce qu'il y a de beau , c'est le dévouement généreux de Sophronie,
pour sauver ses concitoyens; c'est Tamour d*0linde pour Sophronie^ si timide, si réservé, si pur ; c'est la peinture des deux amans attachés . au même poteau , et allant périr dans le même bûcher; c'est l'humanité de Clorinde, et ce n'est point la religion chrétienne qui fournit au Tasse toutes ces beautés.
Un grand &it combat l'opinion de M. de Ch. B., c'est que depuis l'ère chrétienne jusqu'au Dante , pendant près de 1 5 siècles', la religion chrétienne n'a pas fait faire un bon poëme , ni peut-être dix bons vers; car certes les hymnes de Prudence, et le Te Deum de saint Amfaroise, et le Ponge f lingua de St.-Thomas d'Aquin ne peuvent être cités comme tels ; et si la religion chrétienne est si éminemment poétique , pourquoi , durant ce long période , pendant lequel elle a conservé plus de vigueur et de pureté que dans notre lie des siècles , pourquoi , dis-je , n'a-t-eUe rien produit qui approche du Carmen sœculare.
Quant au service que cette doctrine peut ren^ dre au christianisme, une religion qui prêche le renoncement à soi-même , la pauvreté , le célibat , le monachisme , les mortifications^ corporelles, etc., qui arrache l'homme à ses. plus chères affections, aux plaisirs pour lesquels ses sens sont hits, qui l'effiraie de la
crainte des supplices e'ternels, etc.; une religion semblable ne peut que dédaigner et repousser loin d elle les idées profanes , les fictions agréables , les illusions douces , les jeux de rimagi-» nation , toutes choses dont la poésie vit.
Un obstacle puissant traverse les tentatives de M. de Ch. B. , pour nous faire rejeter la mythologie païenne , et adopter celle du christianisme f obstacle qi|i me semble n av6ir pas été assez remarqué et qui ne tient pas à la nature de l'une et de l'autre , mais à une circonstance extérieure , et pour ainsi dire étrangère à toutes deux.
Cette circonstance e^ que la mythologie païenne f consacrée par de beaux ouvrages , objets et instrumens des études de notre jeunesse , source où nous avons puisé nos premières idées , et l'expression de nos premiers sentimeps, est depuis une longue suite de siècles en possession de la place que le christianisme de M. de Ch. B. vient lui disputer aujourd'hui.
Nous avons une Vénus , et des Amours , et des Grâces , et on veut nous donner à leur place un démon de la volupté^ de petits diables^ et des saintes vêtues de bure.
J'ai un Neptune soulevant et calmant les flots , et vous me proposez d'y substituer un ange des mers avec des ailes et une écharpe
n. lo
bleues : tin Pluton régnant aux enfers ^ et vous me demandez de donner son trône à Satan : un Jupiter olympien ébranlant Tuniyers d'un mouvement de son sourcil ^ et vous voulez que je mette à sa place un Père éternel.
Vous ignorez donc la force de l'habitude et celle d'une première occupation. Nous avons été bercés avec les agréables fictions d'Homère , de Virgile et d'Ovide ; nous avons vécu aiii milieu de ces Divinités qui peuplent les cieux ^ la terre ^ les mers et les enfers mêmes ; et on nous propose de les chasser pour prendre à leur place des anges et des 4émons , des apôtres et des martyrs, des hermites et des vierges. G'est à quoi nous ne pouvons nous*résoudre.
Mais, nous dira M. de Ch. B. , c'est la vérité que je vous propose de substituer à des fables.
On peut lui répondre que ce n'est pas une recommandation pour elle d'être ou de se dire la vérité , si nous en croyons un grand moraliste , qui nous dit :
L'homme est de glace aux vérités , Il est de feu pour le mensonge.
Renoncez donc au projet de nous Êiire recevoir des vérités que vous convenez être sévères f si même elles ne sont pas tristes , et n'espérez pas que nous rejetions les agréables
Mensonges qui nous oht donné de si grands plaisirs.
Ceci suffit pour défendre le i8e. siècle de rimpûtation virulente^ que lui intente M. de ChàteaubriaAd , qui* prétend que c'est là haine contre ÏE^ar^ile qui a reporté le i8®. siècle vers la mythologie de Rome et de la Grèce , et qu'on Tia pas été honteux de regretter ce culte infâme qui ne faisait du^ genre humain qttun itoupéau d^ insensés , d impudiques , ou dé bêtes féroces.
Combien cette déclamation est déraisonnable ! Il est trop clair que ceux qui défendent aujourd'hui la cause de la mythologie païenne > et qui ne font en cela que suivre les préceptes de Boileau, et les exemples de Racine et de Fénélon , ne regrettent pas le cuUe infâme dé ces divinités , auxquelles ils ne croient point , et que les qualifications injurieuses sont totit-^ à-fait hors de propos appliquées à une opinion littéraire adoptée par des hommes qui ne veulent ypoxnl faire du genre humain un troiH peau d'insensés ou de bêtes féroces , et qui ne font que se laisser aller à la douce habitude de parler cet agréable langage*
Au livre V de son second volume , M. de Chateaubriand donne une extension nouveUe à sa théorie > en avançant que c'est àlareligUm
chrétienne que ftous deifons la poésie descrip" tive; que les anciens ne l'ont pas connue; qu'on Va \fue naître en même temps que les apôtres ont commencé à prêcher l'Éuangile au monde; que les anachorètes écrii^irent de la douceur du rocher et des délices de la contemplation , et que voilà le premier pas de la poésie descriptii^e.
Dans toute cette partie de son travail , Fau* teur confond la, poésie descriptive avec lepoëme descriptif. U n'y a point de poésie sans description ; mais un poëme descriptif eût celui dans lequel la description des objets que fournissent la nature ou l'art est le but du poète ; le poëme descriptif est en même temps didactique , parce qu'il enseigne en décrivant. L'ouvrage de Lucrèce et les Géorgiques de Viiv gile sont des poëmes didactico-descriptiis ^ quoique M. de Chateaubriand n'en convienne ' pas ; et pour achever de déterminer le sens de ce mot , il ne faut que citer les exemples des Saisons de Saint-Lambert , de YHon^ne des champs et des Trois Règnes de la nature de M.D€Ulle.
Cette distinction faite , on peut entendre M. de Chateaubriand avançant que les anciens n'ont pas connu le poëme descriptif , si luimême refiise ce nom au poëme de Lucrèce et aux Géorgiques ; mais lorsqu'il veut nous per-
suader qu'aTant les apôtres il n'y a point eu de poésie descriptive , on ne l'entend plus.
Et comment croire <jue la poésie descriptive au second de ces sens a été ignorée des anciens ^ lorsque nous avons sous les yeux la grotte (Ju Cyclope dans Homère et Théocrite , les jardins d'Alcinoùs , l'ile de Calypso et des tableaux de ce genre-sans nombre , de Virgile , d'Horace , de TibuUe , de Properce , d'Ovide , de Lucain?
Si les anciens ne nous avaient point laissé de poëme descriptif ^ ou s'ils ont moins cultivé ce genre que les autres ^ on pourrait en donner des raisons tout-à-fait étrangères à la religion chrétienne. Ils pourraient avoir pensé comme beaucoup de littérateurs de notre temps que le genre de poëme purement descriptif n'était pas bon ; qu'il était trop difficile de lui donner un plan , de l'ensemble y un progrès et de Tunité-Peut-être aussi l'idée de faire des poëmes. descriptif ne se serait^elle présentée aux hommes^ que lorsque les autres genres auraient déjà été employés et pour ainsi dire épuisés y ou lorsqu'une connaissance plus éten-* due des objets de la nature ^ des phénomènes qu'offre le monde physique mieux connu», leur aurait donné plus de moyens de les décrire. On n'a pu faire un poëme des Amours
des plantes y qu'après avoir reconnu qu'elles ont les deux sexes^ il a fallu connaître et rassem-bler les végétaux des deux mondes avant qu'on pût fidre un poème des Jardins.
Quant au mérite qu'on fait aux apôtres et à YEs^angile , d'avoir créé la poésie descriptive , c'est une idée vraiment bizarre. On peut dire qv!on ne s'attend guère à voir les apôtres en cette affaire , non plus que les anachorètes* de la Thébaïde écrivant de la douceur du rocher , sujet bien sec, et des délices delà contemplation^ l'ennemie de toute observation de la nature , sans laquelle il ne peut y avoir de poésie descriptive,
U n'y a pas dans toute l'antiquité chrétienne une phrase de poésie descriptive qu'on puisse attribuer à un apôtre. Il n'y a pas un mot de poésie descriptive ni dans les Conférences de Cassien , ni dans les f^ies des Pères du désert de Théodoret -et de Palladius , ni dans celles qu'a laissées saint Jérôme des solitaires les plus illustres de la ThAaïde , saint Antoine , saint Paul hermite, saint Hilarion^ saint jSiméon Stylite. Il nous a peint la vie dénaturée que menaient ces pauvres gens , leurs jeûiies ex-^ cessifs , leurs tentations , les illusions dont l'esprit malin les tourmentait. C'est chez lui qu'on trouve le conte du corbeau y qui depuis qua^
rante ans apportait la moitié d'un pain à l'hermite Paul , et qui lui en apporte un entier le jour où Antoine est venu le visiter ; et celui des deux lions qui creusent la fosse dans laquelle Antoine doit le placer; et j'avoue que je ne vois point de poésie descriptive dans tout son récit.
Ces contes d'enÊins en étaient cependant susceptibles , et M. de Chateaubriand Ta bien senti , car il en a tiré parti au liv. xi de ses Martyrs \ mais il en a sagement ôté un des deux lions y un seul lui ayant paru suffisant , et la difficulté de l'apprivoiser et de le nourrir moins grande. Mais ni saint Jérôme^ ni aucun des historiens des pères du désert n'a laissé de poé** sie descriptive. Et quelle description pourraient en effet fournir ces horribles lieux y régions de sable y brûlées du soleil y où la nature morte n'offire à l'homme que des tombeaux.
Pour nous prouver que les anciens n'ont pas eu de poésie descriptive y M. de Chateaubriand croit pouvoir s'appuyer de l'explication suivante :
« La mythologie païenne y dit-il y peuplant » l'univers d'élégans fantômes ôtait à la créa- » tion sa gravité y sa grandeur,. sa solitude, sa » mélancolie , aux grottes leiir silence , et aux w bois leur rêverie , aux déserts un caractèr
y> plus triste > plus vague, plus sublime qu'ils ont » repris sous notre chiite , etc. »
Dans cette marlière d'argumenter , l'auteur nous parait mettre une grande confiance dans la puissance des mots auxquels on n'attache pas un sens bien précis.
Nous demandons qu'on nous explique ce que c^est que le s^ague du désert, et comment lareligion chrétienne met du vague dans le désert, et comment elle y apporte la mélancolie et la tristesse, et en quoi elle peut servir par là la poésie descriptive.
L'auteur croira avoir repondu à ces questions en disant , que les dieux de la fable peuplant ^ l'univers , t aurore cuipc doigts de rose ouvrant les portes du jour , les heures attelant et détellant les chevaux du soleil , empêchaient d'admirer chaque matin les merveilles de la création,
et le rajon du soleil prêt à s'éteindre, formant une tangente d^or sur Varc roulant des mers ,
et ne laissaient {foir partout aux anciens qu une machine d! opéra. • Si là fiction poétique du char et des chevaux
du soleil , n'eût laissé voir aux anciens qu'une machine d'opéra , ils n'auraient eu ni physiciens ni astrononies; cependant , tout en lisant Homère, Thaïes, Anaximandre> Anaxagore^
Pythagare, Démocrite , etc. , étudiaient la nature j et recherchaient les causes de ses grands phénomènes.
Quant aux poètes, Tintervention des dieux de la fable ne pouvait pas les empêcher de faire des descriptions et des, poèmes, s'il* «n eussent eu la fantaisie , puisqu'il leur était bien possible de faire abstraction, comme ils l'o^t fait en une infinité d'endroits , de ces fables , auxquelles ils né croyaient point et qui n'étaient pour eux-mêmes que des allégories ingénieuses.
M. de Chateaubriand nous fournit même ici un argument pour le combattre ; car il nous dit que c^'est un avantage du poète chrétien , que y si sa religion lui donne une nature solitaire ^ il peut as^oir à volonté une nature habituée , et qu après avoir placé des anges à la garde des forêts et aux cataractes deVablmCf etc., il peut les faire disparaître à son gré. Or il est évident que rien n'empêchait les anciens d en faire au-* tant et qu'ils l'ont fait. C'est ainsi que Lucrèce et Virgile décrivant la peste et une épîzootie, n^ont point mis en scène, comme Homère, Apollon lançant ses traits mortels sur les hommes et
les animaux , et que Lucain décrivant la forêt sacrée que les soldats de César vont violer ,
id4 en bannit d'abord Pan et les Nymphes et les Sylvains.
Je terminerai ici l'examen de ce que j'ai appelle la doctrine principale et le but de Tau*teur , et qui £adt le fond de son ouvrage , et ja conclus cette partie de mon résumé , en disant que cette doctrine , restreinte à dire que la religion chrétienne peut fournir des beautés à la poésie , ne peut servir ni la littérature ^* ni la religion ; et qu'exagérée comme elle l'est dans le Génie du christianisme , jusqu'à prétendre que la religion chrétienne est la plus poétique de toutes celles qui ont jamais existé, elle est évideinment Êiusse et vicie Touvrage où l'on a eu popr objet de l'établir ; et enfin que le Génie du christianisme est bien éloigné d'atteindre au plus haut degré de la nouveauté des idées, réu^ nie à la justesse et à la s^érité.
Du plan et de la composition.
Nous dirons maintenant notre opinion sur le plan et la composition de l'ouvrage^ choses dans lesquels il £aiut aussi que le talent se montre.
Nous avons vu l'auteur distribuer son oun vrage en deux parties , l'une formée du premier et du quatrième volume^dans laquelle il traite du dogme et du culte, l'autre contenue au deuxième
et au troisième volume ^ comprenant ce qu'il appelle la poétique du christianisme.
Cette distribution bizarre , la séparation du même sujet en des volumes qui ne se suivent pas y est un vice dans le plan. Ces deux parties sont, aussi disparates et de genres trop différens pour entrer dans le même ouvrage ; prouver que la religion chrétienne peut fournir à la poésie des moyens et des ressources de plus d'un genre , ce peut être le sujet d'une discussion littéraire assez peu intéressante^ et à mon sens fort bornée ^ si l'on ne veut toucher que cq qui appartient au sujet bien conçu et sagement circonscrit ; mais entreprendre de prouver que rien n'est si dwin que la morale du christia*^ nisme ^ rien de si aimable que ses dogmes et son culte ^ c'est un ouvrage à part et qui n'a aucune liaison y aucun rapport avec le premier.
Un autre exposé du plan de l'auteur , tracé par lui-même en rendra le vice sensible.
w Selon M. dé Chateaubriand , la religion y) chrétienne n'ayant été attaquée dans ces der- » niers^ temps que par des sophiismes et par » des épigrammes , on ne doit pas répondre i) sérieusement aux sophistes qu'il est impossible i) de convaincre, parce qu'ils ont toujours tort, i) qu'ils ne cherchent jamais la vérité , etc. Il w faut seulement défendre le christianisme des
n réproches de grossièreté , de petitesse , de » niaiserie ; prouver qu'il n'est point barbare » et ridicule dans ses cérémonies , ennemi des » arts , de& lettres et de la beauté. »
On voit par là que M. de Châteaubrismd entreprenant de prouver que la religion chrétienne est très-poétique et la plus poétique^ suppose que par cela seul , s'il réussit dans son projet , il aura défendu la religion. Cependant on ne la défend pas en prouvant que la pro-^ cession des rogations dans un gros village peuplé de cultivateurs aisés , est une fête reli-^ gieuse fort agréable ; qu'une antique abbaye et ses doitres obscurs et ses vitreaux et ses tours embellissent beaucoup un paysage ; que les ruines des monumens gothiques et chrétiens sont dtun (ffet aussi pittoresque que les débris de V architecture grecque, et que la communion iembeUit de mille charmes , lorsque déjeunes filles i^tues de Un , et de jeunes garçons pares de feuillages , wient le Christ descendre sur V autel pour leurs âmes délicates*
A Dieu ne plaise que je trouve ces objets désagréables et ces pratiques ridicules ; mais qu'est-ce que cela prouve ? comment , de sa description de la première communion^ M. de Chateaubriand conclut-il ? « Nous ne savons pas j)ce qu'on peut objecter contre un sacrement
» qui commence avec des fleurs^ de jeunes an- » nées et des grâces , et qui finit par faire des- » cendre Dieu sur la terre pour le donner en » pâture spirituelle à l'homme. » Car que font à la vérité dont il s'agit toujours et en toutes choses, les fleurs , les grâces et les jeunes armées ? Et comment ces fleurs et ces grâces prouvent-elles la religion ?
M. de Chateaubriand se trompe , en avan»
cant que, dans ces derniers temps et dans tout le dix-huitième siècle, on n^a attaqué la religion chrétienne que par des plaisanteries ; car c'est dans un grand nombre d'ouvrages sérieux, qu'on a combattu ses dogmes, ^es mystères, et surtout les pratiques et l'autorité de la religion romaine. A des discussions de ce genre , on ne ré|)ond pas en prouvant que la religion chrétienne est très-poétique et même la plus poétique de toutes , le plan de Fauteur se trouve par là absolument vicieux.
' Dire que les ennemis de la religion sont des sophistes,, pour se dispenser de leur répandre , -c'est supposer ce qui est en question , ce qui est le phis grossier des sophismes. Il faut répondre aux sophistes , en leur faisant voir que leurs raisonnemens sont mauvais , ce qui n'est jamais impossible ni même difficile à celui qui défend la cause de la raison et de la vérité.
Quant aux ouvrages où^ comme dans ceux de M. de Voltaire , on a employé la plaisanterie^ il Êiut considérer que la plaisanterie ellemême est toujours fondée sur un raisonnement bon ou mauvais. Lorsqu'elle ne montre en ridicule que ce qui mérite d être appelle ' ainsi j cette manière de combattre est aussi légitime que toute autre. Les jésuites attaqués par Pascal j disaient aussi qu'on ne les combattait que par des plaisanteries > et personne n'a trouvé leur défense bonne.
Si au contraire la plaisanterie n'est pas appuyée par la raison > on y répond en montrant qu'elle manque de cet appui ^ et dans ce genre de défense ^ on ne peut tirer encore aucun parti pour la religion de la théorie poétique de M. de Chateaubriand.
Je dirai encore un autre vice du plan.
L'auteur en composant son ouvrage de deux parties , l'une littéraire et l'autre théologique , s'est donné à combattre diverses sortes d'en-* nemis.
Dans ce qu'il dit de la poétique du christianisme y il a pour adversaires Boileau et les hommes de lettres qui respectent son autorité , et qui croient que le goût et la raison consarcrent leis principes de ce maître de l'art. Ce n'est là qu'une question de littérature > et ceux
qui la jugent contre Topinion de M. de Chateaubriand y ne sont en cela ni des ennemis de la religion chrétienne, catholique ou réformée, ni socinens ni athées.
Il en est autrement de la partie théologique de son ouvrage , dans laquelle il a d'autres ennemis à combattre , dont on peut faire deux classes. La première de ceux qui n'attaquent que les doctrines qu'ils croient contraires à la raison et qui reconnaissent un être suprême qui a produit et ordonné le monde, et la distinction du bien et du mal moral ; et la deuxième df ceux qui, franchissant encore cette barrière ^ méconnaissent la Divinité , soit en reconnaissant une distinction du juste et de l'injuste , fondée sur la nature de l'homme et ses rapports avec ses semblables , soit, s'il y en a de tels , en n'admettant aucune sorte de moralité.
Il parait juste et nécessaire de distinguer ces diverses sortes d'incrédules qui peuvent être jugés avec différens degrés de sévérité et com« battus avec des armes différentes.
Il nous semble que celui qui refuse de croire au péché originel , à la trinité , à la présence réelle , en même temps qu'il professe le théisme, ne doit pas être traité avec la même dureté que celui qui s'est affranchi de toute croyance religieuse , et à plus forte raison que celui qui est
assez malheureux pour méconnaître toute espèce de moralité.
Cependant M. de Chateaubriand dans tout son livre les attaque tous avec la même véhémence : les protestans , les théistes ^ * tous les philosophes du dix-huitième siècle , les encyclopédistes, dont il ne fait qu'une masse de réprouvés et qu'il suppose tous avoir été dans les mêmes opinions , tous ces gens sont confondus avec les athées et traités par M. de Chateaubriand comme tels. •
De cette confusion des difierentes classes d'ennemis de la religion , il arrive que Tauteur perd le plus souvent son temps et manque son objet, puisqu'en une grande partie de son ouvrage il combat des ennemis de la religion , qui admettent les doctrines mêmes qu'il entreprend de leur prouver , et qull ne leur prouve point celles sur lesquelles ils sont d'opinion opposée à la sienne.
Lorsque M. de Chateaubriand a prouvé l'existence de Dieu par les merveilles de la nature^ comme l'ont fait des milliers d'écrivains avant lui , que peut-on eu conclure pour j ustifier le vol des Egyptiens et le^ cruautés du peuple de * Dieu envers les habitàns du pays de Chanaan?
• C'est encore yn vice notable dans le plan et
la composition de l'ouvrage , que M. de Châ- , teaubriandy soit constamment occupé de Étire prendre pour guide l'imagination au lieu de la raison , projet funeste , qui , grâce'à l'imprimerie et aux lumières acquises , ne peut plus s'exécuter complètement , mais dont on peut craindre ^ et dont il ne tient pas à M. de Chateaubriand que quelque partie ne s'exécute dans l'esprit de ses lecteurs. Ce projet d écarter la raison se montre partout. Le cœur , Vdme, le sentiment , voilà , dit-il , les oracles que nous desfons consulter.
Qui ne voit qu'un faquir mahométan , un disciple de Brahma^ un Talapoin y un Chinois dévot à Foë ^ un Japonois de la religion des Sintoos f enfin un illuminé de ceux qu'on trouve dans toutes les religions , peuvent dire aussi à leurs cathécumènes : le^ cœur , F âme, le senti'* ment, s^oilà les oracles que vous devez consulter.
En racontant les causes de sa conversion , fai pleuré, dit-il , etjai cru ; comme si c'était là"^ une raison de xîroire.
Si l'on arrive y dit-il , dans les royaumes de la solitude , en ne croyant rien , on en sort m croyant à tout.
Et comment la solitude peut-elle conduire à la croyance , qu'on suppose être une croyance IL II
raisonnable ? C'est bien plutôt à Terreur , à la superstition , à Fimbecillitë.
La raison^ ^ordinaire y N'habitepas long-4emps chez les gens séquestrés.
L'auteur rappelant ku chap. iv de son premier livre , tome I«'. , et peignant les ëgaremens monstrueux des révolutionnaires déchaiïiës contre le christianisme , observe cpie ces mêmes temples ëlevës au Dieu qui est connu de Tunivers , et ces images de vierges qui consolaient tant d'infortunes ^ étaient dédiés à la stérile que personne ne connaît , à la raison qui n'a jamais séché une Ictrtne. C'est fort bien fait de venger Dieu et les vierges; mais il ne Êiut pas que ce soit en insultant à la vérité et à la raison. Si personne ne connaît la vérité , que prétend donc nous enseigner M. de Chateaubriand , qui sans doute ne s'exceptera pas seul de cette sentence? et si Ton a pu élever au temps une statue avec cette inscription : à celui qui console , n'est-ce pas la raison qui > à laide du temps ^ adoucit et amortit les plus cruelles douleurs , puisque le temps n'est qu'un personnage allégorique qui n'a point d'action ?
Pour réconcilier le monde à la religion , il Êiut , dit-il encore^ « chercher à prouver qu'elle
» est la plus poétique de toutes , il faut appeler )) tous les enchantemens de Fimagination et » tous les intérêts du cœur à son secours. »
N'est-ce pas là la maxime du Père Ganaye * Point de raison , monseigneur , et comment se retrouve-t-elle en principe dans lés écrits d'un homme qui en a ri comme nous , en la trouvant dans la conversation du jésuite avec le maréchal d'Hocquincour ? C'est donc encore un grand vice dans sa composition, que le soin que l'auteur a pris d'en écarter la raison*
Du Stjrle.
Il noiis reste à parler du style dans lequel l'ouvrage est écrit , et sur ce point nous n'hé^ siterons pas à reconnaître qu'en beaucoup de parties , Fauteur est inspiré par une brillante imagination; qu'il peint, qu'il colore , qu'il anime tout ; qu'il a le sentiment du pouvoir d'un mot rois à sa place et de Fharmonie de la phrase et du balancement de ses parties j que ses petits romans de Rmé et âiAtala , quoique gâtés ça et là par quelques taches , Ont mérité leur succès ; que son chapitre des missions, aU tom. IV, peut être proposé pour modèle aux jeunes écrivains et à l'auteur lui-même, pour le retenir dans cette manière simple et vraie où se montre le talent de décrire > porté à un
très-haut degré; qu'on peut dire la même chose de tout le livre sixième y du quatrième tome ^ où l'auteur fiiit rénumération des services rendus à la société par le christianisme ^ et d'une infinité de morceaux dont on ferait des volumes en les recueillant. 'Voilà le bien que nous proclamons avec satisfaction ; mais nous ne pouvons dissimuler les défauts que le succès même de l'ouvrage et la réputation de l'auteur peuvent rendre contagieux.
Comment en effet n'être pas alarmé pour les intérêts du goût , de voir sept éditions d'un ouvrage où l'oh trouve trop souvent des expressions exagérées, des acceptions forcées données aux mots y des figures outrées, des meta-* phores incohérentes y des phrases obscures y et surtout une recherche qui exclut le naturel et la simplicité y une emphase qui dénature les objets pour les agrandir , enfin , comme l'a dit un de nos confrères de Flnstitut y M. Ginguené, dans une critique judicieuse et spirituelle de l'ouvrage que nous examinons , un style trop souvent déjig^uré par de fréquentes exagérculions y des bizarreries y des expressions de moussais goût et même des fautes de langue.
Je me dispense de citer des exemples de ces ÊLUtes.
Je dirai seulement qu'à raison de ces défauts
qu'on ne peut s'empêcher de reconnaître dans le Génie du christianisme , on ne peut y voir la troisième des qualités que le décret exige , rélégance du style au plus haut degré ^ puisqu'il ne suffit pas qu'elle se trouve en effet dans plusieurs endroits de l'ouvrage seulement.
De la discussion qu'on vient de lire , nous semblent résulter ces conséquences :
I®. Que des idées principales qui font le fond de l'ouvrage , celles qu'on peut admettre ne sont pas neuves , ou celles qui sont neuves ne sont pas justes.
2"*. Que le plan et la composition sont défec* tueux par beaucoup de côtés.
3^. Que le style , quoique riche de beaucoup de beautés du premier ordre , est taché de grands défauts dont les jeunes écrivains ont à se garder.
OBSERVATIONS CRITIQUES
Sur le roman qui a pour titre : Les Martyrs.
En annonçant une critique d'un ouvrage dont le public s'occupe avec quelque intérêt, on s'expose communément à deux reprodies opposés. Les détracteurs de l'ouvrage disent: pourquoi se donner cette peine ? ses admirateurs: pourquoi relever quelques défauts qui peuvent se trouver dans un bon livré ? et l'un et l'autre de ces jugemens tendent à amener la déprava-* tion du goût.
Mais voici un autre danger moins commun à la vérité , et qui n'en est que plus redoutable. Que l'auteur soit un homme d'un caractère estimable , ayant des amis , et digne d'en avoir, d'une imagination riche et brillante, d'un talent distingué , qui ait mis un peu de romarnesque dans sa vie comme dans ses ouvrages, et qui se soit çonçiUé par là un vif intérêt de cette classe de lecteurs chez lesquels l'opinion qu'ils ont de la personne , détermine plus d'à moitié celle qu'ils prennent de l'ouvrage , et qu'enfin son livre favorise quelqu'un de ces sentimens qui partagent les grandes sociétés en matière de gouvernement ou de religion , ou
même de simple littéi^ture, vous verrez s'élever contre le critique imprudent « des plaintes ^ des cris, des invectives, et j^usqu'à de véritables
inimitiés.
Telle est la situation où je me vois , en me disposant à rassembler quelques observations sur l'ouvrage qui a pour titre les Martyrs; car toutes les circonstances que je viens d'exposer se trouvent réunies pour me détourner d'une si périlleuse entreprise.
Mais l'habitude l'emporte chez moi. J'ai toute ma vie aimé la critique , qui est encore pour un vieillard une douce occupation , et qui , contenue dans de justes bornes , et ne touchant point à la personne , est utile à la conservation du goût et même à celle des principes les plus importans du bonheur social.
Je ne sais pas d'ailleurs pourquoi les auteurs s'effirayent si fort de la critique , ni pourquoi leurs anîis s'en affligent et s'en irritent. Je suppose qu'ils croient l'ouvrage bon, et je soutiens que jamais critique n'a empêché un bon ouvrage de prendre et de conserver sa place dans l'opinion publique. La critique en effet sera mauvaise ou bonne ( car on peut faire une bonne critique d'un très-bon ouvrage). Si elle est mauvaise , elle tombe, et l'ouvrage reste debout. Si elle est bonne, elle n'aura relevé que les défauts;
elle n a pu ni détruire , ni Éairc oublier les beautés. La lecture fait son impression , les beaux endroits seront toujours sentis par celuilà même à qui la critique aura fait apercevoir des fautes qui étaient échappées. L'auteur luimême en profitera.
On a critiqué le Génie du christianisme.
Atala et René en ont-ils été lus avec moins d'empressement , et réimprimés moins souvent; et le critique Si Atala lui-même ne peut-il pas se flatter qu'il a contribué à ce nombre d'éditions qui attestent le succès?
Ces réflexions me persuadent que je puis , sans scrupule , critiquer les Martyrs , comme j'ai critiqué Atala ^ c'est-à-dire avec la même bonne foi , la même disposition à rendre justice aux beautés de l'ouvrage, et le même désir que ma critique serve à conserver les principes du goût.
Pour exécuter mon projet , je ne prétends pas suivre le texte pied à pied. Le commentaire serait nécessairement trop étendu ; il me semble plus praticable et plus utile de rassembler sous quelques .chefs les réflexions que la lecture des Martyrs m'a suggérées , et qui auront pour objet le but de V auteur ^ le plan de V ouvrage , les caractères des personnages -, et enfin le style de Técrivain.
Je crois pouvoir faire entrer dans ce ca^e quelques vues utiles en littérature , et que ne désapprouveront pas le bon goût et la saine raison.
Je commencerai par le but de l'ouvrage , que Fauteur exposeen ces termes :
« J'ai avancé que le merveilleux de la relî- ;) gion chrétienne pouvait lutter dans Tépopée » contre le merveilleux emprunté de la mytho- »logie. C'est cette opinion que je cherche à » appuyer par un exemple. »
Je ne crois pas que l'auteur du Génie du christianisme soit venu à bout de faire mettre en question le paradoxe qu'il énonce ici. Je veux 'bien cependant supposer c[ue c'est là un grand procès littéraire qu'il s'agifde vider, et, comme l'avocat Patelin , je plaide pour la njmn pheCaljpso:
Pour prouver que le merveilleux de la religion chrétienne peut fournir à l'épopée autant de moyens que la mythologie païenne , il fallait que , dans l'ouvrage qu'on veut nous donner comme exemple , la religion chrétienne fut bornée à ses seules ressources \ que ce qu'on y trouverait de poétique appartînt à la religion elle-même. A plus forte raison ne fallait-il pas que la fiction chrétienne fut calquée sur les fables des païens.
T>ans ce combat , il ne faut pas que Fun des combattans dérobe à Fautre ses armes , puisque ce sont les armes mêmes dont on veut éprouver la trempe. Enfin ^ je ramène Fauteur à ces paroles de son Introduction ; Je cherche à prouver que la religion chrétienne est la plus poétique de toutes les religions qui ont jamais existé ; et je lui dis : pour cela ne vous servez donc que d'elle ^ et n'employez que ses moyens.
Or ces lois , Fauteur ne les a pas observées.
Lorsque M. de C. . . fait parler le prêtre d'Homère , il peut sans doute employer le langage de la mythologie. Il est censé rapporter les discours de Démodocus.
Mais lorsque ^ parlant en son nom et comme historien y il raconte les faits ^ il ne doit plus se servir de ces formes , ni fiaire ^trer d'idées mythologiques dans sa narration^ puisque son ouvrage a pour but ^ seloa lui-même , de nous prouver que Fépopée n'a pas besoin du merveilleux de la fable ^ et que celui, de la religion lui suffit.
Voici quelques exemples de cet emploi de la mythologie ^ auquel Fauteur se laisse aller.
Pémodocus , dit-il^ avait été uni , dès sa jeunesse y à Epicharis y la plus belle des vierges qui dansaient sur les gazons fleuris^ au pied du mont Talée , chéri de Mercure. Il avait suivi
son épouse à Gortyneè, au bord du Lethé , non loin du platane qui couvrit les amours d'Europe et de Jupiter. Démodo^us ayant perdu son épouse , quittant Gortynes pour se rendre à l'invitation des habitans de Messéaie > fait un sacrifice aux fleuves nés de Jupiter , aux nymphes hospitalières de l'Ida, etc. P'. liv.
Plus loin on trouve V arbuste aimé de Junorif la chaste sœur d'Apollon , le vent de la mer apportant à Cjrmodocée la voix lointaine de Neptune y VAlphée qui semble suivre encore les pas dAréthuse , Zéphire soupirant dans les roseaux de Sjrinx , et Phihmèle chantant dans les lauriers de Dàphnéy etc.
Au liy. XV , Fauteur peignant Cymodocée , nous dit : Qvlù son vêtement sans tache , h son front virginaly à ses jeux dazur y à la modestie de son maintien y on Veut prise pour Minerve sortant de son temple , et prête à rentrer dans V Olympe après avoir reçu V encens des mortels.
Non-seulement Fauteur, parlant en son nom, emploie ainsi la langue et les fictions de cette mythologie , dont il assure que Fépopée n'a aucun besoin lorsqu'elle veut mettre en œuvre le merveilleux de la religion chrétienne ; mais il pare lui-même ce merveilleux chrétien de Couleurs païennes : il compose une mythologie mixte des fictions de l'une et de 1 autre. Il calque
son paradis , son enfer , son purgatoire , sur les descriptions que les poètes ont £ûtes des Champs-Elysées et dy Tartare.
Au liv. III. , son paradis est copié du palais du soleil , construit par Ovide , oà brillent l'or, ïescarboucle et les rubis.
II y met , comme le poète , des portes d'argent à deux battons , où la beauté du trawiil remporte sur la richesse de la matière.
n y fait couler des Jleuves de sapience et cC amour , au bord desquels les âmes satisfaites se reposent , comme les habitans du tranquille Elysée boivent avec les eaux du Léthé l'oubli des maux de cette vie. Il y met des flûtes et des lyres comme Virgile en donne à Orphée ; îl fait même ( chose merveilleuse) entendre aux bienheureux les concerts inconnus des deux constellations du cjgne et de la Ijre céleste. II Élit faire à Jehovah, comme Homère au maître des dieux et des hommes, un signe de son sourcil redoutable , et fait lancer par le fils de Dieu la foudre de Jupiter. Son enfer et son purgatoire sont aussi copiés des fictions des poètes , et presque entièrement mythologiques.
N^est - ce pas apporter la mythologie dans la croyance chrétienne^ que d attribuer toutes lés fonctions des Dieux païens aux anges , aux archanges, aux chérubins , aux séraphins? Ce-
luiJà a tout pouvoir sur le feu y c'est le Vulcaiu des poètes j un autre sur l'air , c'est Junon ; sur la terre c'est Cybèle; sur la mer c'est Neptune ; sur les moissons c'est Cérès ; sur les saisons ce sont Vertumne et Flore et Pomone ; sur les forêts Pan et les Dryades ; sur lesfleu-* ces les nymphes.
n a aussi un ange des msrs et des tempêtes , qui retient et déchaîne les vents , appaise et soulève les flots , copié de Neptune et d'Eole , et un ange des saintes amours,armé d'unflam,* beau , et des flèches d'or tirées du carquois du Seigneur ; un démon de la guerre qui remplace Mars ; un démon de la volupté copié de Vénus ; un démon de la jalousie , etc.
Au liv. xxm. Satan veut arracher Eudore à la puissance de Fange des saintes amours , et lui souffler un amour purement humain.
Pour attaquer la vertu du héros chrétien , le démon de la volupté se revêt de tous ses charmes. Il prend à la main une torche odo^ rante et traverse les bois de ÏArcadie. Les zéphirs agitent doucement la lumière du flam* beau : tels au milieu des bocages djimuthontCf ils se jouent dans la chevelure parfumée delà /
mère des Grâces. Les esprits séducteurs qui en^ chantent les forêts de ÏAlphée entr'ouvrent les^ chênes amolis ; et montrent çà et là leurs têtes
de nymphes. On entend des wix mystérieuses dans la cime des arbres , tandis que les di^ ifinités champêtres dansent as^ec des chaînes de fleurs autour du démon de la wlupté.
Qui ne voit là y ainsi qu'en cent autres endroits f cette même mythologie dont l'auteur a voulu nous prouver que son épopée n'avait aucun besoin ?
En voici un autre emploi moins heureux.
Au livre xxiv y Satan va être précipité dans les enfers par la vertu du martyre d'Eudore et de Cymodocée.
L'archange Michel le lie avec une chaîne a forgée au feu des éclairs par cent archanges , » sous la direction d'un ardent chérubin , et » &çonnée sous leurs marteaux pesans. Cette » chaîne est faite d'airain^d'argent et d'or^ mêlés » avec trois rayons de la vengeance éternelle , » le désespoir^ la terreur et la malédiction ^ » un carreau de la foudre et quelque chose de ^1 cette matière vivante qui compose le char » d'Ezéchiel. »
Qni ne voit là les antres de Lemnos y les Cyclopes dans les cent archanges, Yulcain dans V ardent chérubin qui dirige leurs travaux? et la chaîne faite de la terreur du désespoir y de la malédiction , n'est-elle pas , dans les procédés de sa fabrication , la ceinture de Vénus y
dont le tissu est ainsi fait de trois élémens ; le désir y V amour et le doux parler qui séduit les plus sages ? -
Mais comment un homme de goût a-t-il ' pu se permettre une pareille imitation^ qui non-seulement n'a point de mérite , précisément parce quelle n'est qu'une imitation^ mais qui est une profanation véritable d'une des plus agréables fictions de la poésie ancienne ?
On conçoit que le poète qui , après avoir mis les Troyens en danger , fait concevoir à Junon le projet de détourner Jupiter de les secourir , en lui inspirant des sentimens ten-dres, on conçoit , dis-je , qu'après une description voluptueuse des soins que prend Junon de se parer^ il nous la fasse voir s'adressant à la déesse de la beauté pour obtenir d'elle ce reste merveilleux avec lequel elle sera sure d'attirer son époux dans ses bras. La fiction préparée ainsi ne nous parait pas forcée ; nous nous prêtOïR à l'allégorie , quoiqu'elle ait quelque chose de bizarre^ et nous ne demandons pas que^ dans la chaleur de la composition ^ le pinceau du poè'te termine par des lignes plus précises les objets qu'enfante et grouppe sa féconde et puissante imagination.
Mais que près de troi$ mille ans fiprès l'heu-*
reux emploi de cette charmante allégorie , on en emprunte les formes pour nous peindre des objets hideux ^ qu'on &brique pour Satan une chaîne faite comme la ceinture de Venus , c est ce qui choque le goût le moins exercé et le moins difficile.
Il fant être de bon compte , l'auteur aura beau vouloir donner son ouvrage comme un poëme en prose , il ne peut pas s'excuser sur Vœstrum poeticum. U est nécessairement trop de sang-froid pour ne pas s'apercevoir que ce qu'il dit n'a pas de sens , qu'on ne fait pas une chaîne avec de la terreur , du désespoir et de la malédiction , mêlés avec l'airain , l'argent et l'or ; qu'il n'y a point de marteaux capables de faire une pareille composition ; que la figure cesse d'être poétique à force d'être extravagante , et que la mythologie d'Ezéchiel ne vaut pas celle d'Homère,
Voici cependant un endroit où l'auteur a suivi un meilleur procédé pour établir sqn opinion. C'est au liv. xiv, lorsque, décrivant les fiançailles d'Eudore et de Cymodocée , il nous donne à comparer ensemble le langage de la Bible et celui de l'ancienne mythologie, en traduisant en partie l'épithalame de Manliiis et de Junia par Catulle , et en opposant à cette pièce ce qu'il appeUe le cantique de V épouse
chanté pariés vierges de la nouvelle Sion ^ et traduit du Cantique des Cantiques.
Je me permettrai d'abord d'examiner l'epithalame tiré du Cantique des cantiques ^ comme un ouTrage de littérature.
Tel est le lis entre les épines , telle est ma bien aimée entre les vierges. Ces filles de Sion sont trop modestes aussi , si, en comparant leur compagne à un lis , elles s'abaissent jusqu'à n'être que des épines.
Que vous êtes belle , ô mon amie ! Le compliment n'est pas difficile à trouver , et il Êiut avouer qu'il est du genre niais.
f^os jeux sont purs comme les eaux des piscines d^Hesebon. Nous ne savons point du tout ce que c'est que les piscines d'Hesebon ; et par conséquent cet éloge ne peut avoir aucun charme pour nous. Il ne semble pas non plus que ce puisse être une beauté pour des yeux , que de ressembler à de l'eau claire , et encore moins de ressembler aux eaux d'une piscine où l'on nourrit des poissons ou qui sert de bain , et dont l'eau , employée à de tels usa-ges et renfermée dans un espace borné, ne peut jamais être ni bien claire ni bien pure.
Votre bouche est une grenade entr^om^erte.
Les grenades de la Messenîe, où se passe la scène , sont différentes de celles que je con-
nais ; mais j^ proteste que je n'ai jamais trouvé aucune ressemblance entre ces deux choses , et je ne crois pas qu'aucune jolie femme puisse être flattée delà comparaison.
Vos chevwx ressemblent aux rameaux du palmier. Les rameaux du palmier sont plus souples et plus flexibles que ceux de plusieurs autres arbres ; mais ils sont bien roides encore et bien pauvres de feuillage> comparés à la chevelure flottante d'une jeune fille.
Les tentes de Cedar et les pai^illons de Sa*lomon ont moins d éclat que ma bien - aimée.
Quel rapport , quelle analogie peut-on imaginer entre une belle femme et une tente ou un pavillon? Quest*ce que l'éclat d'une tente de Cedar ou des pavillons de Salomon ?
L'épouse s'élève du désert comme la fumée de ï encens. Quelle image peut-on se £ûre de l'épouse qui s'élève du désert conune une fumée ! Ce mouvement ne l'amène point à l'époux. C'est la présenter plutôt commç s'évanouissant dans les airs j ainsi que la fîimée de l'encens. L'imagination ne peut se prendre à rien dans cette comparaison.
Filles de Jérusalem , /e wus conjure , par les €he9reuils de la montagne, de me soutenir açec des Jruîts et des Jleurs. Car mon âme s est Jondue à là voix de mon amie.
. Qu*6st-*ce que les chevreuils de la montagne ont de touchant pour les filles de Jérusalem ? Quel pouvoir cette abjuration peut - elle avoir sur leur âme ? Commeiit soutient-on 1 époux avec des fruits et des fleurs ? Je ne pousse pas plus loin mes questions.
Ma hien-^aimée , vous cCvez blessé mon âme.
C'est une des^ mille manières dont on se sert chez tous les peuples et 4e tout temps y pour exprimer les sentimens de Famour. Â la bonne heure.
Ouvre2rmjoi ws portes de cèdre. Je ne sais pas ce que c est que les portes de cèdre de la bien-* aimée ; à moins qu'on n'entende tout simple* ment par là les portes de sa maison , ce qui s'est pas bien touchant.
. Mettezr-moi comme un sceau sur votre cœur ^ carVamour est plus fort que la mort. On n'entend rien à toute cette galanterie ; qu'est - ce que mettre son amant sur son comr comme un ^eau? Que signifie ce car, par lequel on prétend lier des idées qui n'ont aucune liaison.
Xobservé maintenant que le Cantique des Cantiques d'QÙ cet épithalame est tiré ^ mis par l'église au nombre des livres canoniques , est écrit en hébreu , d'où il a été traduit par saint Jérôme, pour entrer dans k Vulgate. L'opinion 4e ce père ; ainsi que celle de tous les autres ,
est que c'est tin ouvrage tout mystique qui signifie l'union de l'église ayec J. C. Fort bien. Saint Jérôme qui savait l'hébreu , l'a entendu ainsi , et je m'en rapporte à lui. Mais pour être une figure , il faut que ce petit poème ait été £aiit sur quelques réalités. Le poète a eu dans l'esprit un amant et une amante , désirant de s'unir^ et exprimant leurs désirs mutuels. Peut-être chez les Hébreux et dans ces anciens temps , les manières de dire je vous aime étaient difierentes des nôtres. Elles peuvent avoir été fort belles pour les Jui&. Aujourd'hui nous ne les entendons plus , puisque nous ne comprenons plus ce qu'elles ont d'agréa-* ble et de tendre en fi:*ançais.
Mais en ne parlant que de la traduction de
M. de Chateaubriand , je me permets de dire que les complimens de l'époux et de l'épouse ne sont ni intelligibles ni galans , et qu'ils ne valent pas l'épithalame de Manlius et de Junia par Catulle , ce que je vais prouver en mettant sous les yeux de mes lecteurs la traduction de cette pièce. J'aurais pu me contenter, pour combattre l'opinion de M. de Chateaubriand sur les deux genres , de rapporter sa traduction ; mais comme il n'a emprunté de Catulle qu'un petit nombre de strophes , je me hasarderai à
la traduire avec quelque liberté et presque en entier*
« Descends de THélicon, filsd'Uranie^ Hymen, toi qui enlèves la^ jeune fille à sa mère , pour la porter dans les bras de son époux.
» Couronne sa tête de fleurs odorantes , cou» yre-la du voile nuptial , et, dans ce jour de fête, £sis entendre tes chants gracieux , secoue ton mystérieux flambeau, et donne le signal de la danse légère.
» Sous tes auspices, Junia s'avance vers Manlius, comme autrefois Vénus vers le berger phrygien , juge de la beauté.
» Semblable au myrte en fleur , délices des hamadryadesqui l'ont nourri de la rosée du matin, conduis la vierge amoureuse à la demeure de son nouvel époux ; unis-les l'un à l'auti^e par les chaînes de l'amour , comme le lierre est uni par cent contours a l'arbre qu'il tient embrassé. £t vous , vierges encore pures et chastes , qu'attend un sort tout aussi doux , invoquez l'Hymen qui vous le prépare.
» Ce dieu bien&isant en sera plus disposé à remplir pour vous son doux ministère ; il vous rendra favorable et Vénus et l'Amour.
» Quel dieu mérite mieux que lui le culte des amans? auquel porteront-'ils plutôt leurs o& fraudes et leurs vœux?
» O Hymen! le père tendre et timide t*invoquè pour ses enfans. Toi seul obtiens pour son fils de la vierge innocente , qu'elle dénoue la ceinture qui serre son sein y et c'est de toi que sa fille attend avec crainte que tu lui montres son époux.
» C'est toi qui, dérobant la jeune fille du sein de sa mère , la' mets dans les bras de Tardent jeune homme.
»Sans toi, Vénus même ne peut donner aucun j^isir avoué de l'honneur et de la vertu. Quel dieu peut se comparer à toi ?
» Sans toi , la plus illustre Êimille ne petit se perpétuer ; elle n a pas de descendans qui conservent son nom. Quel dieu peut-on te comparera
» La nation qui ne connaît pas ton culte sacré; * ne peut donner des maîtres à la terre ; c'est de toi seul qu'elle peut les tenir. Quel dieu peut-on te comparer ?
»Que les portes s^ouvrent, voici venir la vierge. Voyez comme brillent les flambeaux qui l'accompagnent : que tardez - vous ? Approchez , ' nouvelle épouse , le jour fuît.
» Ecartez cette pudeur ingénue qui vous fait verser des larmes inutiles , puisqu elles ne font que retarder des moriiens que presse l'impérieuse nécessité. Que tardez-vous ? Approchez ^ nouvelle épouse , le jour fuit.
Cessez vos pleurs, vous n'avez point a craindre qu'une femme plus belle que vous , voie se lever demain le beau jour que le ciel vous prépare.
» L'époux qu'on vous destine ne s'écartera jamais de votre sein pour aller chercher des embrassemens étrangers. Approchez , nouvelle épouse : que tardez-vous ? le jour fuit.
» Il demeurera serré par vos embrassemens , comme l'ormeau par la vigne qui l'entoure. Que tardez-vous, nouvelle épouse? le jour fuit.
»Onuit heureuse et jamais sombre! ô couche favorable! que de bonheur, que de plaisirs vous verserez aux coeurs des deux époux !
» Enfant , écartez les flambeaux. J'aperçois le voile nuptial ; et vous , épouse , franchissez sous des auspices Êivorables le seuil de la mai-* son de votre époux.
)} Voyez son aideur impatiente. Il brûle de la même flamme , mais plus profondément que