DE L'INVENTION DU PABADOXE
JN eus prei^oijis ici le mot imenUon dai^s le même sens que les rhéteurs lui donnent^ Ipi»qu'ils enseignent l'art de tirer les mQuyemçns du discours et les beautés de l'éloquence des sources qui peuvent les fournir : nous aIlon9 donc traiter ici lart de trouver le paradoxe*
Çomm.^nçpns par définir le pafado}çe : c'est une opinion contraire à l'opinion ^çofTiiiiuqe et générale: De là , dçi^x genres de paradoxes, celui qui est opposé à l'opinion commune fausse , et celui qui e^ opposé à l'opinion commune vraie.
. Le paradoxe opposé à une opinion fausse a bien ses avaptages ,..et l'usage en est coanu< Nous avons vu des paradoxes de cette espèce « soutenus avec beaucoup -d'esprit et de chaleur. Tel est celui de Fauteur éloquent (M, Beccaria) qui a prouvé que , pour diminuer ^e nombre des crimes , il fallait affaiblir, jla , sévérité, dctf peines ; mais il faut avouer que les. paradoxes opposés aux opinions vraies , sont infiniment ^lus piquans , t\ ce sont ceux dont^iious prétendons surtopt traiter ici.
'.Ce petit nombre de noti<Mip ^flEH^pour fixer la sigtuficatîon du mot paradpjce^ qui $!é*
cjUircira encore par les exemples nc^phreui; que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.- *
Nous distinguerons trois sortes de paradoxes. Lk preniière a pour objet les choses elle (k)nsîste à soutenir sur leur nature . leurs propriétés', leurs rapports, à soutenir, dis-)e, îes opinions contraires aux opinions généraleinent' remues , et regardée* comme les seules vraies.
I^ seconde porte sur leâ personnes , et c est celle qui' donne des personnages tant ancîenà ^e modernes , des idées différentes de celles qtie les historiens nous en ont transmises^ bu que notre siècle s'en forme } qui décrie téUxque la renommée ou là voix publique vantent j qui justifié ceiix quelles accusent; Quant à la troisième espèce , on en trouvera plus bas là définition.
Ces trois sources sont bien abdhdahte^.
Sonnons d'abord quelques instructions gteriéran les sur Part d*èn tirer le paradoxe.* ' ' La première sera* d'observer quelfes sont les opinion^ îes plus Vécues^, lés phis généralement établies sur les matières lles.pliis in* téressantes, telles que Ifes' droits' de Phomme et du cîtoy en'i ' fe lîlièrfé' civile , lès formés des gouvfeAemenè; îei mœurs et les coutumes;
les lois civiles , et même la^ manière dé vivre physique des nations , et d'établir sur tous ces points les opinions opposées aux opinions las plus générales ^ et à celle des auteurs les plus estimés.
11 faudra faire la même recherche sur les personnages dontlhistoire a fixé la réptitattoa, et sur ceux sur lesquels notre siètle a les yeux, et combattre encore l^pihion générale qu on a d'eux.
Pour trouver le paradoxe avec facilité , tant sur les choses que sur les pers(0nn6s, îl neÊiut que se persuader d'une grande at importante vérité; c'est qu'il ny a point d'objet qui ne puisse être vu de plusieurs manières. Uaissertion la plus vraie a un côté faible, et la proposi-^ tion la plus fausse un côté vrai* L'homme le plus estimable et le meilleur a toujours quelque défaut , et les hommes les plus méchaus 41e \e sont pas toujoursflc il ne s'agit dx>nc que de prendre le côté &ible d'une assertion vraie et Je côté vrai d'une assertion ^usse ; de relever quelque bonne qualité d'un méchant homme , ou quelque défaut d'un homme de bi^i^ , quel- ^que erreur d'un homme de génie, et quelque vérité dite p* un sot,, et la carrière du paradoxe se trouvera ouverte devant vous. .
, Ceu:!C qui penseraient ique ce précepte est
dîfiicile à observer , se tromperaient beaucoup : il n'y a dans ce genre que le premier p^s qui coûte. On n'a qu a chercher^ avec un peu d application, quelque raison plausible en faveur de Topinion extraordinaire qu'on est résolu de dé« fendre; il s'en présientera, et, lorsque vous en aurez imaginé une seule, d'autres viendront .s'offrir en foule, pourvu seulement que vous vous imposiez la loi di ne jatnais revenir sur vos pas , et de défendre un premier paradoxe par un second , et celui-ci par un autre , sans jamais croire que vous vous soyez avancé trop loin, ou du moins sans en convenir jamais.
' Hais un autre précepte aussi important,
• et que je regarde presque comme le secret de Vartf est de s'armer de cette force d'esprit qui ne s'effraie point de soutenir une opinion ré-
' voilante , et que j'appellerais volontiers le cou* rage de la hante ^ si l'usage connu qu'on a déjà £adt de cette expression n'y avait pas attaché des idées dé&vorables qui , comme on voit, ne peuvent trouver de place ici.
• On prétend en Italie que , lorsque les capucins reçoivent un novice, ils le mènent au
-haut de leur clocher, et , lui montrant de là tout le pays qui va désormais être le champ de ses pieuses courses et dé ses conquêtes pour le couvent , ils lui disent sfacciatezza , e tiitto è
Un : de Veffrontmt^ et tout cela est à ifous* Nous oe prétendons ^ assjiirënilent comparer on capucin à un honun^ que nous instruisong dans l'art de gouverner le mande par Télo^ quencë^ et nous n appetUerona pas effronterie Tassurance d un écrivain, courageux , qui sait 2>raver lopinion . générale. Mais Salompn renr yole les paresseux à la^fourmi^ et Ton peut apprendre la ss^esse des êtres les plus humblea de la création. Nous répéterons donc à lau*teur et à l'écrivain qui veulent courir cette carrière et se. rendre cél^res par le paradoxe » ^acciatezza, e UUU> è tuo. if^
Après ces instructions générales ^ nous entrerons dans quelques détails ^ et surtout nous no^ appiiiei^ns d^ex^mples ^ sans lesquels les préceptes sopt morts et sans effetç.
Les matières les pljus fécondes en paradoxes, sont précisément celles qui iQti^reissent le plus vivement les hommes , et. qui iniportent le plusàleur.bonheur. Telles spnt toutes les.ques-tions relatives à la liberté civile et politique, laux principes et aux effets de la civilisation, à la Corme des gouvernemens ^ à la législation; Cest donc dans ces sources qu'il faut d'abord puisar»
L Tout le monde parle de liberté : c'est l'objet des vœux de tous les hommes. On croit
ipi^eUe^est^ sioon le seul^ au moins un des priticipaux élémeas du bonheur. Sans ponvoir se d^niir exactenaept la liberté , diaque honime ^na le sentiment. On la iaài consister cominunément à pouvoir user de ses faculté» nptureUes à son gré, 'dans tout ce qui, ne nuit pas à un tiers. On ne la croit pas incompatible avec de bonnes «lois et^m gouvernement l'ëgaUer. On croit même <]ueUe est plus grande 'dans llionmie policé qile dans Thomme sauvage, parce que la iiberlé de l'homme con^ste «gaiement à exercer son aelion uttiement et agréablemint pour Iui-|nème, et à repousser Faction des autres qni loi sa:^it tiuisilde ou désagréable ; s'il y a quelques actions 'nuisibles à autrui que letat de civilisation lui iiiterdit , il y en a un infiniment plus grand 'noinbre de nuisibles pour lui dont cette méttie civilisation le défend* .
Gardez-vous biend'adnsettre ce¬ions^qui sont communes ou qui tendent tous les^omrs ji le devenir.
Si Ton demande , quesl-ce que la liberté 1 Bé^ondez en deux mots : On. distin^e deux sortes de liberté, J'tme naturelle , Va^Mte^cipile% La première est celle d'un taureau saièmge^ le genre kuntain n'en -. a jamais joui. La se" conde ( que vous ne définirez pas , mais qui
ne peut être autre chose que la liberté de rhomme sociable et raisonnable par opposition à celle d'un taureau sauvage ) est une chimère. Des êtres libres ne peuvent pas être gouvernés , et tout être qui gouverne n'a point affaire à des êtres libres. (Let. surlaTli. deslois^p. 104 et io5.) Gouvernement et libeité (civile) sont incompatibles comme vie et mort. . . . il n'j a point et il ne peut jr avçir dans Je monde de /îberié civile. ( Ibid. p. 104 et suiv. )
A quoi vous ajouterez que V innocence et la Ur berté ( sans doute ceUes 4Vn taureau sauvage ) se cachent dans la sçfitude de l'état sauvage , mais qu'il est impossible à l'homme policé dlal* 1er les jr chercher , parce que Vavarice et la violence ( c'est-à-dire la propriété et les lois ) ont usurpé^ la terre , et q^H rijr reste pas le moindre recoin poid^ servie d'asile à quiconque ne sgM^rait produire des paterUes de ces daix tjrrmts* ( Th. des lois , tom. I , p. i85 , rôy ^t x88. ) *
Qa voit coi^bien ce preçuier paradoxe est piquant : ,car ilei^ réspjyte qye dans toutes les tentatives raisonnables que peuvent £tirë des hoimnes ciltaisés poRf se4oniier.ûu se cohser*ver la liberté civile, îjis doivent toujours se proposer de revenir à la viie sauvage ; tendre à s'isoler les uns des autres ^ les peuples agricul-- II. 18
teurs à devenir chasseurs , les Européens à prendre les mœurs des Iroquois, etc.
. IL Après aroir ainsi combattu les notions communes qu'on a de la liberté y vous entreprendrez avec plus de confiance de réconcilier les hommes avec l'esclavage personnel , et même de le leur faire regretter.
Pour prouver combien vous êtes au-dessus de votre sujet, et quelle confiance vous avez en la force de votre éloquence , vous ferez d'abord une peinture énergique des calamités de l'esdavage, de l'avilissement où il réduit l'homme, des horreurs auxquelles il l'expose /des crimes cpHiX entraîne , etc.
. Vous direz , avec raison $ans doute , que Vescla^foge emporte la destruction de tous les droits de Vhumanité ; qii excepté que V esclave ne marche que sur Ideux pieds , et qiiil ne mu-git ni ne hennit, il^y a aucune différence entre lui et un bœuf ou un cheval , et quHl jeraît mille fois plus malheureux que les animaux €aixquels on Vassocie , si , à force de partager leur humiliation , il n'en perdait le sentiment , et si Vhahitude en le familiarisant avec leur abaissement ne lui en* cachait la profondeur. ( Th. des lois , tom. II, p. aSa. )
Mais , après avoir développé cette idée commune et ce sentiment universel , vous vous
hâterez d'obscurcir l'une et d'étouffer l'autre.
Vous établirez que V esclavage n est pas plus €ontre nature que la richesse et V indigence. Les lois, les fusils, les maisons , les souliers sont ' contre la nature ; qtie tout cela est également nécessaire ; que tout entre indispensablement dans la composition de la société , ou dans les besoins de ceux qui la composent. {Jbid^ 255,)
Que resclaifage est de la même date que la réunion des hommes ; <\fï aucune confédération solide n aurait eu lieu sans iui; qn il était aussi impossible d'établir entre les hommes une aU liance durable , si l'on neût eu des serfs prêts à travailler pour autrui, , qu'il V est de former sans cheMilx un corps de cavalerie (Ibid. 25 j ) ;
Qu'on ne sait pas pourquoi ces grands hommes ( les écrivains de Droit public ) ont jeté tant de cris sur cet article des institutions fondamene» taies de la société ; qu'il est dur sans contre^ dit , mais qu 0/2 ne sait plus où l'on en serait , si dans l'état civil on voulait réclamer contre tous les étcd>lissemens qui révoltent la nature ; qu'// faut que le législateur , ou ceux qui écri" vent sur la législation , soient sans pitié ( Th. des lois, tom. II , p, ^63 ) ;
Que la grandeur des maux que souffre l'es" clave y ri est pas plus une raison pour l'jr sous-traire , que la fatigue d'un mauvais chemin
n'en est une pour obliger un wjageur de quitter son cheval et d'aller à pied ( Th. des lok , tom. II, p. 285);
. Qu'il faut des rangs , des distinctions dans le ^nondit ; que ^hérédité des propriétés étant con^ venue f celle des privations <&>/^ l'être aussi; que, si la propriété nest pas un crime , V esclavage héréditaire est équitable comme elle; que le proverbe , il n'jr a qu'heur et malheur , est plus lumineux , relativement à ce sujet , que toutes les déclamations de la philosophie y . . • • que cehd qui est né d'un captif d'jélger , et qui n'est qu'un misérable forçat , n'a pas à se plaindre de l'abus de sa naissance qui F arrête dans cet état ,. puisque c'est le même abus qui Taùrait fixé daps l'état de grand seigneur , s'il avait reçu la vie d'un maréchal de France. ( Th. des lois , tom. II, pag. 364 et 265. )
Vous avancerez ensuite que le Retire i^z^ma/n n'a rien gagné à la suppression de Fesclavage (ïbid.^. 449):
Que cette funeste et détestable mana^vre (la suppression de l'esclavage personnel) a ioM perdu dans l'ordre social (Rëp. auxdoct.
mod. IIP. partie , p. 240 ) :
<^tfe la senriiudepersarmetle était le vtni se^ cret de ki prospérité des anciens empires ( Rép. aux doct. mod. IIP. partie , p. 1 1 3 ) :
Que le dépérissement sensible de Tespèce en Europe soient de la suppression de Vesclavageé ( Th/ des lois , tom. II y p. 480. )
Enfin f vous alléguerez comme une preuve démonstrative du mal qu^a fait au genre ha« main la suppression de Tesclayage , l'état malheureux des journaliers et des manœuvres dans les pays où lesclavàge a été aboli , quoique ce malheur ne tienne pas à leur liberté ; quoiqu'il n'y ait pas un de ces hommes sur mille , qui voulût changer son sort contre celui d'ua esclave ^ et pas un esclave qui ne voulût changer d'état avec cet nomme pauvre et libre; quoique la subsistance de l'esclave^ dans presque tous les pays où l'esclavage est établi ^ soit plus misérable que celle de notre journalier ^ et quoique y sa subsistance mise à part , son corps , sa vie et ses plaisirs , et ses douleurs , et sa femme et ses enfans ^ et tout ce qui peut lui donner des sensations et des sentimens, soient dépendans de là volontS arbitraire d'un homme sur lui y et que de ces sources découlent conti** nuellement des maux qu'il ne peut écarter.
III. Pour contrarier les idées généralement reçues sur la nature des sociétés^ vous ne pouvez vous dispenser encore de traiter des eflFets de la civilisation. Sans parler de ceux qu'elle a j)u produire au moral , il y en a de physiques ,
sur lesquels le paradoxe peut avoir id'autant plus d éclat ^ qu'ils sont plus universellement reconnus. Telle serait , par exemple y l'opinion que la civilisation est contraire à la multiplication de l'espèce. On pense en effet communément que si les hommes fussent restés dispersés , et sans réunir leurs forces contre les animaux qui leur disputaient la terre , et contre la nature qui résistait , pour ainsi dire , à voir troubler par leur activité son silence et son repos, ils seraient demeurés éternellement en petit nombre ; que ces grands empires , qui sur une petite étendue contiennent des millions d.'hommes> n'auraient pas existé ; que l'Europe, qui est estimée . nourrir environ 1 5o millions d'habitans , serait inhabitée , comme l'Amérique sauvage , ou comme les déserts du nord de l'Asie : en un mot , l'opinion générale est que la population suit exactement les progrès de la civilisation.
A la vérité on a dit , avec raison , qu'il y avait dans les sociétés policées des causes qui emportaient beaucoup d'hommes; mais personne n'a dit que l'état de société fdt contraire à la population* On vous a laissé ce champ à défricher , et ce paradoxe à soutenir.
Dites donc que la société en général est CONTRAIRE A i*A POPULATION j que hs lois aident
la population , comme les liqueurs fortes aident ï estomac , en altérant les organes de la di-gestion.
ï^.. Parce que les lois font pendre les voleurs , et quil rCy aurait pas de wleurs , s'il ny aidait pas de société; quoique le^ sauvages les moins sociables soient les plus grands voleurs du inonde , selon tous les voyageurs , et que les pays où l'on pend les voleurs , soient les pays les plus peuplés de la terre ; quoique , etc.
2\ Parce que les guerres enlèvent une partie des habitans du monde , et que ce sont les lois qui produisent les guerres; quoique les sauvages destitués de lois , se fassent des guerres cruelles j quoique , etc.
3°. Parce que les lois pressent les hommes sur un petit espace f et qu elles les entassent dans les villes et dans les maisons , ce qui fait que les épidémies sy répandent avec plus depromp-" titude ; quoique pour rendre ces épidémies si meurtrières , il faille que la société et les lois multiplient d'abord les hommes , avant de four» nîr des victimes aux épidémies.
. 4**' Parce que les lois entraînent la famine , c'est-â-dire , l'habitude de Vahondance qui rend la disette insupportable , et T usage de Va^ griculture qui nous tue bien plus que la stéri^ lité; quoique Tabondance et l'agriculture sup-
posent une grande population. ( Th. des lois ^ iom J , p. 210 , tU. duchap. et p. su, 2ia^ 2i3 etai4*)
rV. Ces notions générales une fois établies , vous vous en scrvircx pour apprécier les difFé^ renS gouvernemens , et parmi ceux que nous présentent les divers états de l'Europe , vous jetterez d'abord les yeux sur la constitution anglaise. La distinction des trois pouvoirs , des communes , de la chambre des pairs et du monarque f et la nécessité du concours de tous les trois pour l'établissement de toute loi ; les prérogatives de ces trois ordres , qui se balancent et se modèrent réciproquement; la liberté civile du citoyen le plus obscur assurée par l'acte d^haheas corpus; le jugement par les jurés ; la sagesse et la douceur de la jurisprudence criminelle, etc. : ce système de gouvernement et de législation est regardé , sinon comme exempt de tout déÊiut, au moins comme un de ceux où Fan aie mieux concilié la liberté de rindividu et l'état de société.
Ces idées sont trop communes. Ce sont celles de Sidney , de JLocke , de Montesquieu > * de Hume et de tous les publicistes modernes , ect. Ne les adoptez point : vous ne diriez qîié ce qu'ils ont dît;, et peut-être avec moips d'éloquence et de profondeur. /Combat-
lez-les , au contraire / et déployez tous vos talens à décrier la constitution anglaise.
Dites que le goui^ememeni anglais est le plus absurde des gouvememens y et que c'est un enthousiasme épidémique pour les Anglais , né de t esprit des lais , qid nous a donné cette ad-* nUration folle pour les indii^idus qui ont Vim^ prudence orgueilleuse de s'en applaudir ( de leur gouvernement) ( Lett.' sur la Th. des lois.
Que M. de Montesquieu n'a chcMsi le gou-^ verÉement anglais ^ que pour aztUMser ses dé* clamations et son fanatisme anti'^riental ; que c est mie idole pour laquelle il a mendié notre culte , et dont il a consigné dans ses livres la monstmease liturgie , et que cette en*eur cruelle et funeste entraînera tôt ou tard la désolation des malheureuses contrées où elle a été com^ mise. . . qkxun pareil gouvernement serait assu^ rément pour nous'^vE plus honteux des opprobres et LA PLUS AFFREUSE DES CALAMITÉS ( Lett.
sut la Th. , j>. 94 et 95 ) :
Qu'en Angleterre il n'y a pas de grand qui ne puisse pexer , dépouiller impunémcTit un petit ; que le ravisseur n'y est exposé à aucun danger y et t&ut au plus â celui de rendre sa proie ; que dans tous les cas il a le plus, grand^ mtérêt à^colnmencer à s'en emparer avec vio-
lence, etquilj a cinquante prohabilités contré une , qu'U ne sera pas obligé de s'en dessaisir(Lètlttes sur la Th. des lois, p. 108 et 109) : Qu une des plus fortes preusj^es de la servi-iude qui Jlétrit en Angleterre les corps et les esprits y est ce qui est amyë à myl. H. ministre et secrétaire d ejtat , condamné à 4000 guinées damende ( 96 mille livres ) dans V affaire du célèbre Wilkes ; car il résulte de cet exemple^ que quiconque est assez riche pour sacrifier ceiie somme à ses plaisirs , doit choisir l' Angleterre ^aîl PRÉFÉRENCE , pouT j fixer somie-^ meure. Car^ s'il a 100 mille guinées à dépenser par an , il pourra commettre , . sans inquiétude , au moins 21 5 injustices ( c'est-à-dire ^ selon M. L**'^ , se donner aS plaisirs ) ; et sU asHzit autant de 100 mille guinées quilj a d'êr ires dans sa nation 9 il pourrait Jaire metite une moitié, de la nation en prison par Fautre ( ce qui ferait i ,640 millions de }>laisirs ^ à supposer en Angkteire 8 millions d'faabitahs; et chaque plaisir lui coûtant 4 i^^^ guinées ^ comme k myl. H. ) : que cette idée peui aller loin , puisque tous les Anglais n^ estimant pas leur liberté personnelle 4oûo guinées , ceux dont elle ne serait appréciée que tio sàhelUif^s ^. courraient tous, les jours de leur 'vie le risque d'être emprisormés pour deux bouteilles de s^in
^ Champagne (ièi les plaklisne peuvent plus se calculer ) : et qaHl ny a poiM de réflexion plus accablante et plus affreiise. (\h\à. p. 1 1 1^ iiaetiiS.^ '
Gopcluez enfîn^ en disant que vous auriez bien d'autres choses à dire sur ce sujet , si vous wur liez approfondir la constitution anglaise^ et dé* composer une bonne fois les prij:icipes meurtriers qui en sont la base ; qu'o/i frémirait d'horreur si wus pouviez communiquer toutes les connaissances que vous avez acfluises sur ce triste et fatal objet des adorations de tant d'esprits crédules , qui nous infectent de l'encens dont ils l'honorent. ( Ibid. p. ii5.)
Voilà le vrai paradoxe , et les vrais mbuvemens de l'éloquence employés à les soutenir. • .: V, Après avoir apprécié de cette manière le gouvernement anglais ^ vous passerez bien na^ turellement à vanter les gouvernemiens orientaux.
^ On sait que le despotisme de l'Asie est en horreur à tous les hommes qui ont quelques idées de politique .et de législation ^ et quelque sentiment de la liberté. Tous fts publicistes, tous les moralistes , ne parlent qu'avec effroi d'un gouvernement , où ils prétendent qu'un seul homme enchaîne tout par sa volonté 9 et règle tout par son caprice.
,ll est bien clair quen adoptant cette opinioiij Yous entreriez dans une route commune , re«battue f et si yous île pouviez pas y montrer beaucoup de talent , vous ne proAiiriez aucun eSet ; vous ne feriez aucune sensation ; prenez donc , sans balancer , lopinion contraire.
Si M. de Montesquieu argumente de lliis* toire d'Esther eld'Assuérus^ et de Tordre donné d égorger ^ en un même jour , tous les Jui& ^ p0ur prous^er V excès et ï horreur dupimwir arbitraire en Perse f argument qui parait assez plausible;
Si Bernier nous dit que ces trois états ^ la Turquie ^ la Perse et Tlndostan , comme ils ont tous Qté le tien et le mien à Végard de la propriété des possessions ^ qui est le fondement de tout ce quil jr a de beau et de bon dansée monde , tombent dans les mêmes incons^niens ^ qui en sont des suites nécessaires , dest-àrdire , dans la tyrannie, dans la ruine et dans la dé* solation ( Bernier , tom. I , p. 5 lO. ) ;
Si Chardin confirme ce témoignage par lé sien y en nous disant que la propriété des terres et autres bieâs , en Perse , nest ni sûre ni sa^ créey comme elle Vêtait sous les anciens Perses^ que le gouvememe9it j est despotique , et absolument arbitraire (Tom. IV, p. 25.)}
Que le pouiH)ir des princes orientaux na
d'autre guide , ni d'autres homei qu'un co price emporté ( Tom. yfc , p. i85. ) :
Ne vous laissez p^s subjuguer par ces auto^ rites et par ces raisons. Dites que les nations de FEurope joignent à tous leurs malheurs , cèkd de s'enorgueillir de leur esclavage , et de mé* priser , dans leur DitiKC , des hommes ( les Orientaux ) chez qui la vraie liberté trouve enr core un asile ( Lett. sur la Th, , p. 76 ) ; >
Que ce sont les gens de lettres qui ont pros^ crît le gouvernement asiatique , qui lui ont donné le nom odieux de despotisme , et qui en vnt/ait une institution affreuse ^ parce qu'ils sont dévoués à un ordre qui fixe et qui nourrit t illustration du leur ( c'est-à-dire aux grands ) , et qu'ils n'ont étéjrappés que de son àvUisse*' ment ( de l'ordre des grands ) sous une admi* histration qui Vopprime (Let. sur la Th*> p. 34) :
Mais que c est là une idée gothique , qui est ta honte de la littérature et de la philosophie. (Th. des lois , tom. II , p. 207. )
Dites que M. de Montesquieu ^e laisse aveu^ glerpar la prévention contre le gouvernement oriental , et qu'il tire demnductions contre le prétendu despotisme d'Asie , de ce qui en DÉMONTRE la sagesse et la justice... puisque Tôrfit qui contient la proscription d'Aman et des AmaUdies , porte un aveu naïf de la sur^
pris^ faite au Bôi , ainsi qu'une révocation des ' ordres qui en ai^aimt été le fruit (quoique la naïveté de Faveu n'empêche pas latrocité du premier ordre , et que le second , c'est-à-dire colui d'égorger les Amalécites au lieu des Juifs^ prpuve le despotisme et ses excès , précisément de la même manière que la proscription de Mardochée et des Juifs). A quoi vous ajouterez, qu'on trouverait difficilement un exemple des méprises du préjugé^ et de la hardiesse avec laquelle on défend un sj^stème une fois adopté, plus singulier que cet aveuglement avec lequel on veut voir , dans l'ordre d'égorger plusieurs milliers d'hommes àmalécites ou jvàis , le pré^ tendu despotisme d' Asie, (Siècle d'Alex. , p. aSo
Concluez enfin qu'il lijra qu'un jytiAVUE» bien PEU RÉFLÉCHI qui puisse nous engager à pré^ férer notre administration à celle des Orientaux ; nous malheureux descendans des Caù^ ques, des Sicambresj des Usipètes et des BruC" tères , tout couverts des haillons avec lesquels nos ancêtres cachaient à peine leur nudité, dans leurs forêts sauvages , dont les lois na-^ TiONALES ne sont autre chose que la boue gros-* siERE dont ils s'étaient souillés dans loirs ma-rais. (Th. des lois , Disc, prélim. , p. i ig. )
Si l'HistQire aocieune et moderne nous montre l'Asie comme un théâtre de continuelles et sanglantes révolutions ;
Si la Chine a été plusieurs fois conquise , et si à chaque conquête des millions d'hommes ont été exteitninés par.les conquérans ; . Si Tbide a «toujours été^^ depuis Alexandre , la proie de -tous les brigands %rniés qui ont voulu la soumettre.; si Tamerlan , . Thamâs- Koulikan y Se vagi ^ les Patanes , les Marattes ^ les Persans ^et des marchands européens l'ont ravagée dans tous les sens ^ et l'ont inondée du sapg des peuples ;
. . Si la Perse, en particulier y a été en pioie à des révolutioxB successives depuis plus de trois ^siècles ; et isiy depuis 1 7^22 seulement, plusieurs usurpateurs de race différente , tels que Myrr- Mahmoud , Azi^, Thama^-Koulikan s'en sont emparés en répandant des torrens de sang :
Dissimulez ces faits connus. Soutenez que les nations asiatiques ont tmuvé le moyen d'é^ teïwser , la jeunesse des 'empires , et que les révolutions et dévastations de ces grands pays nont pas plus de rapport avec leurs coutumes légales ( expressions > que vous substituerez adroitement à celle de législation > constitution du gouvernement dont il est quiition entre vous et vos adversaires ) que leséÊmges. de la
Ugue et de la fronde rCen ont as^c Vordonnance de Moutin et le Code ae Michaut. (Lett. sur ]a Th. , p- i55.)
Après ces assertions générales ^ qui ne manqueront pas de produire , dans Fesprit de vos lecteurs , Fétonnement que vous voulez exciter, ▼DUS dëvelopperee -ce paradoxe dans tous ses détails , en parcourant les diverses parties du gouvernement , de la législation et des mœurs .des Orientaux , sur chacune desquelles vous . nous montrerez ilndostan ^ la Turquie , et surtout la Perse , comme le modèle de tout ce qu'il y a de bon ^ de beau , de juste et de grand sur ^ terre , en contrariant ce que nous apprennent les voyageurs les plus estimés.
Vous traiterez d-abord de la justice civile et criminelle des Orientaux.
Ainsi ^ si Chardin nous £t quc la chicane des Persans est aussi embarrassée que lanôlre , (TonuIU,p. 285); ^pue, quoiquonobti&me une sentence à la première ou seconde cofnparition , il arrive somment qUe cette brièvê justice n'est quune prompte injustice ( Tcwn. VI , p. ifi4)'>
S'il assure quo/t nevajanfais de\^ant le juge criminel^ pourquoi que ce soit , quand même ce ne serait que pour être témoin , qu'il rien ouûtequ^ÊÊ^ chose; que les mlets des magiS" tratsne rSÊtkent point un homme assigné qu'a
:aJ^
près en ciQoir reçu quelque argent (Tom. VI, p. 29861299):
Que la procédure criminelle commence près-- ^ue toujours y en entrant chez le magistrat , par de grands coups de bâton, agresseurs ou agres^ ses , pêle-mêle , sans connaissance de cause ; que d! ordinaire celui qui a battu , et celui qui Va été, payent tous deux l'amende , et sont tous^ deux mis sous le béton ( Tom. VI , pag. 290 ,
{*) La procëdure commence au criminel comme au civil. On fait sa plainte , et le magistrat donne un de ses gens pour aller chercher l'accusé : il l'amène dès qu'il l'a trouve ; et quand le fait va tant soit peu au criminel , le prisonnier reçoit , en entrant , un nombre de coups de bâton sur la plante des pieds , f>lus ou moins selon la nature de l'accusation ; et puis il est conduit devant le magistrat, qui , après l'avoir interrogé , le remet à ses gens jusqu'à une autre fois. Lorsqu'il est pris en querelle ou batterie , ou jsn faisant quelque insulte , les gens du gouverneur accourent , et se jettent sur la foule du peuple , injuriant fortement , et donnant de grands coups comme des aveugles. Malheur à ceux qui w trouvent sous leurs mains , car ils frappent sans distinction. Ceux qui sont pris , tout autant qu'on en attrappe , sont menés au magistrat , oh en entrant on les traite comme )e viens de le dire , à grands coups de bâton , agresseurs et agressés, péle-méle, sans connaissance de cause, te tout sons la direction du gouverneur , ou d'un autre de ses officiers, le premier qui se trouve ; après quoi tous ces malheureux
Que la prison y est horrible ; que les prisonniers y sont mis les uns sur les autres dans des chambres puantes et sales , pour leur £ûre acheter plus cher la liberté {^).
sont mènes devant le gouverneur ou devant son lieutenant f qui demande j d'un grand sang-froid , à ces gens roués de €0ups f et pâmés k foree de crier : Qui éies^ous ? qu^avez^ pous/ait ? Chacun crie d'ordinaire : Au meurtre j à la vio^ lence; seigneur^ vous me faites tuer^ moi qui rCaicom^^ mis aucun mal. Les valets qui les ont pris sont là avec des témoins ; on discute le fait , et on le punit selon Texigence ; d'ordinaire celui qui a battu , et celui qui l'a été , sont également traités : l'un et l'autre payent l'amende ; tous deux sont mis de plus sous le bâton. ( Voyage de Chardin en Perse ^Xom. V, c. i8 , p. 290 et 291. )
(*) Il n'y 'i point de prison publique en Perse ; il n'y a point non plus de corps d'archers : chaque magistrat , revêtu d'une charge de jndicature criminelle se sert de ses valets pour archers , et ptus il en prend j plus de profit il lui en revient ; car , bien loin de donner des gages à ses valets , ils lui payent une* rente par an , pour leur chaire , à cause du profit qu'ils en retirent. U assigne k ces gens-là un apparfement de 'trois ou quatre chambres sur le devant de son logis ;^ c'est oii ils gardent les criminels qui ne sauraient donner caution suffisante , et le portier du logis en est le geôlier^ Les portes de ces chambres , comme les autres du pays , sont d'ordinaire si faibles j qu'on les enfoncerait d'un coup de pied. Cependant on ne peut non plus s'enfuir de là que des plus grosses tours , et on y souffre plus que dans un cadiot; car les crimineb y sont mis les uns sm* les autres , et
Ne vous contentez pas d'excuser cette étrange législation ; cherchez des formules de rhéteur pour en vanter la justice et l'utilité.
Dites que Y instruction des procès par un seul juge , et leur décision par une seule sentence , est UN PRODIGE DE RAISON dont nous n'osons pas seulement imaginer Ici possibilité; qn' il faut s'étonner de s^oir quon se lii^re à des déclama-^ fions indécentes contre cette manière de gou-^ cerner si "Simple et si admirable , qui assure le bonheur de tous ceux qui la reconnaissent ( Lett. sur la Th. , p. 57 , 32 et 55) :
Que c'est vraiment là qu il faut étudier y même aujourd'hui , le véritable esprit de la législortion , les vraies notions du droit civile et des fondemens de la confédération sociale ; que c'est là que toute T administration porte sur un PRINCIPE unique , dont aucun engrenage com-
ce portier tient ces chambres salés et puantes exprès , afin que les prisonniers achètent plus cher et plus vite la liberté de prendre l'air et d'être mis ailleurs. On n'entend jamais dire qu'un homme se sauve de là , les valets et le portier étant autant d'argus qui le gardent à vue. Si quelqu'un est surpris voulant s'évader ^ on le charge sur-le-champ d'un si grand nombre de coups de bâton (ce qui se fait par l'ordre du geôlier seul), qu'il n'a pas envie de songer davantage à la fuite. {VofagG de Chardin^ tom. VI, c. 17» p. 228 et 289.)
^iJ2 PLIQUÉ NE RETARDE LA MARCHE. (Th. des lois ,
tom. IV t p. 219. )
Quant à la propriété , la liberté , la sûreté qu'on prétend manquer en Asie aux citoyens d un ordre inférieur , et surtout aux habitans 4es prpvinqes et des campagnes :
Si Bemier nous dit que dans VIndoslan 'il fCy a presque personne qui soit à Vabii des vio^ lencesdes timariots, gouverneurs et fermiers;., que cette ^rarinie passe sous^ertt jusqu'à ôter le nécessaire et la 9ie au paysan, à VarUsan qui meurt de faim et de misère ^. . . que^ si quelqu'un soient chercher justice à la ville capitale, le goui^emeur le fait sous^enit a>ss(^siner par le chemin , ou s'en venge tôt qu tqrd ( Qçrnier , Voyage, au Mog. p. 5o8 et suiy. ) :
Si Cli^rdin nous appreud que les paysans sont accablés • de corvées par leurs seigneurs (Tom. VI, p. i3o)(*);
(*) Si les paysans trompent leor seigneur , il s'en dédbnunage par les corvées dont il les accable ; il les emploie à des ouvrages qu'il £ïit faire sur les lienx y édifices , jar*^ dins et autres ; ou bien il £aut que le village lui donne par jour tant de ]gens sans ajicun salaire ; il se fiait donner dtts voitures pour rien par ses paysans ; il se fait-nouirir par eux tant de ynUs quand il est sur les lieux , et quelquefois il con« vertit la noumture en argent. Ses reeeTeors , ou les inten*
Que ceux qui tiennent tes terres du roi , sont
sujets à beaucoup de vexations et dû charges
ejùtraordinalres. . . et commettent beaucoup de
JrippoTmeties , comme étant le seul recours con-'
tre Voppréssion {Tota. VI, p. iay ) (*) ;
Que les interidans accablent les proi^incés d'exactioTis Supportables. Ç^ il ri f a point de vexations du peuple quon ne se hasarde de faire , et personne sur qui on ne V étende (Tom. VI, p. 5o, 5i) {^^);
dans qu'il envoie sont traites de même , et il met encore d'autres taxes semblables. ( Voyage de Chardin en Perse y tom. YI , c. 6 , p. 1 3o. )
(*) Pour les terres du roi , les paysans qui les tiennent ^taut sujets à beaucoup de vexations et à des charges ex* traordinaires , tâchent de s'en dédommager par la soustrac* tion des fruits , et en fraudant le seigneur le plus qu'il leur est possible. J'ai observé ceci dans tout l'Orient , et particulièrement daus les lieux où la tyrannie est la plus rude : que la violence et la ruse y sont toujours aux prises l'une avec l'autre , et que là où l'on traita les sujets avec plus de vio- . lence , c'est où il se commet plus de friponneries et plus de faussetés , comme étant le seul recom*s contre l'oppression^ ( Voyage de Chardin en Perse , tom. VI, c. 6 ,' p. 127. )
(**) Le gouvernement des intendans est teùu en Perse pour très-dommageable au royaume , comme je l'ai déjà observé , et capable de le ruiner avec le temps , par les exactions insupportables dont ils accablent les provinées , se comportant partout en gens que rien ne peut assouvir. Us ob-
Vous combattrez toutes ces assertions avec courage ; vous avancerez qu en Asie , depuis le prince Jusqu'au dernier des manœuvres , tous sentent qu'ils sont hommes ; que tous font valoir les droits attachés à ce nom , et le respectent dans les autres (Lett. sur la Th. p. 76.) :
Que la liberté du citoyen obs^|u: est mieux ASSURÉE en jisie quen uingleterre , parce qiien Angleten^e elle ri a d autre sauvegarde que les formes ; au lieu quen Asie , un Jinnan rendu sur une requête y qui ne coûte que le prix du pa^
tiennent' leurs emplois à force de prësens aux ministres d'ëtat , aux eunuques , aux favorites , et particulièrement à la mère du roi entre les autres , et s'engagent à faire la recette de la province plus forte qu'auparavant. C'est par \ ces engagemens qu'ils y enti*ent , et , quand ils y sont parvenus , il faut tenir parole , entretenir ses patrons à la cour , et travailler pour soi. On a fait des avances qui sont la plupart du temps d'emprunt et à gros intérêts , desquelles on veut ^'acquitter ; et puis il faut s'enrichir y et amasser pour soutenir l'orage de la disgrâce , dont on court toujours le risque ; mais comme c'est au peuple de la province à. fournir à tout cela , on se met à le piller de telle manière , qu'il n'y a point de vexation qu'on ne se hasarde de faire , et personne sur qui»on ne l'étende. Cependant les plaintes en sont bientôt portées à la cour ; mais le roi est long-temps sans les entendre : tous les accès sont bouchés indirectement aux plaignans , par l'artifice des ministres qui ont part an butin. (Voyage de Chardin en Perse^ tom. VI , c. 3, p. 5o, 5i.)
pier sur lequel on récrit et la peine de la présenter ^ PEUVENT ^fre ( il semble que l'auteur auraitdù dire, FONT toujours sûrement ) étranr gler le grand oppresseur , à la première injus" tice (Lett. sur la Th. ^ p. io8 et 1 19) :
Qu'iY njr a point de nation sur la terre où les lois soient plus égales, plus respectées , et le nom d'homme moins déshonoré ( Lett. sur la Th.):
Que les grands seuls sont malheureux dans Vudministration asiatique; nuxis quiune multi^ tude dhommes contens et satisfaits respire Vair le plus pur , vit dans la condition la plus douce , et ke connaît ses prétendus malheurs que par les récits ridicules des étrangers (Lett. sur la Th., p. 33 et 55. ):
Que préférer la constitution anglaise aux gouvememens asiatiques , dest vouloir trembler toute sa vie à F embouchure du f^ésuve , dans la crainte dêtre englouti dans ses abîmés ou consume par ses flammes , au lieu de vivre dans les belles plaines du Palatinat ; que FJ^n^ gleterre est le volcan , et que les plaines sont le gouvernement de VAsie ( Lett, sur la Th,
Enfin que nous ne sommes , noqs autres
Européens , en comparaison des Orientaux,
que de malheureux galériens renfermés dam
le plus infect de tous les bagnes , qui insultent à la raison et au genre humain y en appré-r dont des hommes ( les Orientaux ) qui sont , à tous égards , la perfection de V espèce hur^ maine , et auxquels nous serions trop h&ireux de ressembler , et que si nous ne gémissons pas de n être pas nés Turcs ou Persans , nous devons convenir que les Turcs et les Persans nous tracent le vrai chemin vers la véritable félicité publique. ( Lett. sur la Th. , p. 1^5. )
Vous passerez ensuite aux mœurs des mo* narques ^ et à la manière dont ils usent de leur pouvoir : circonstances qui partout influent si fortement sur la nature des gouvernemens et le bonheur des peuples.
Si Chardin , voyageur philosophe , nous peint le roi de Perse qui régnait de son temps , et à qui il vendait ses bijoux y comme un tigre altéré de sang , qui le répandait sans cesse autour de lui , et dont les barbaries rendent croyables celles de Néron et de Caligula; s'il nous raconte que ce prince , soupant avec un de ses généraux , et recevant de lui une représentation aussi humble que juste , lui fait
CQuper la tête sur-le-champ (*) ;
(^) Le roi ayant donné 200 mille écns en terres , en maisons , et en revenus à un vitrier qu'il avait vu travailler à refaire des châssifi à Tappartement de la reine mère y pour
S'il nous dît qu a un autre souper , un joueur de luth ne jouant pas assez bien à son gré , le roi ordonne qu'on lui coupe les mains; que le courtisan qui recevait Fordre, se jetant à ses genoux pour en obtenir la révocation, il ordonne à un troisième de couper les pieds et les mains aux deux premiers ; et qu'enfin ce n'est qu'aux instances de son ministre et de tous ses convives à la fois , qu'il déploie sa clémence sur tous (*) ;
le récompenser de son adresse et de son activité : Gosroucan, vice-roi d'Hircanie , et général de ses armées , soupant avec lui , lui dit : « Sire , que votre majesté permette à son esclave dç lui dire deux mots. Vqs troupes campent au grand froid y et elles sont toutes en assez pauvre état : ne vaudrait*' il pas mieux leur avoir distribué 200 raille écus qu'à un arti san , dont cent pistoles feraient la fortune? » Le roi s'indigne de la remontrance ^t le menace ; lui qui sent sa faute se jette aux pieds du roi. « Sire y quand vous aurez pris ma tête, ce sera un chien de mort , et puis c'est tout. » Le roi se renverse sur des carreaux et s'endort. Gosroucan se retire dou^ cernent. Le roi s'éveille , et dit qu'on verse à boire à Gosroucan. On lui répond qu'il est retiré. Le roi , indigné de cette liberté , ordonne à un autre de ses généraux &alikr lui couper la tête; ceqiii fut çkécuté sur-le-<:bampi {Voyage de Chardin^ tome.» IX, p. ig6.)
(*) Le Jour précédent , le roi «"étant enivré , comme il avait coutume de le faire presque tous les jours , depuis quelques années , il se àst en fureur contre un joueur de
Si le même voyageur nous raconte qu'en reyenaat de souper^ le monarque fit couper le poing à son porte-flambeau , qui marchait un peu trop loin devant lui^ de peur que la fumée n incommodât sa majesté ;
Enfin f s'il ajoute que , quand le roi est en c<h 1ère ou dans le vin , personne autour de lui n'est sûr de ses biens ni de sa vie ; quHl disgracie ministres et favoris d'un moment à l'autre; qa'il
luth , qui y à son gré, n'en jouait pas bien y et commanda à I9esra1ibec , son favori , fils du gouverneur d'Érivan , de lui eouper les mains. Le prince, en prononçant cette sentence , se jeta sur une pile de carreaux pour dormir. Le favori, qui nVtait pas si ivre , ne reconnaissant nul crime dans le condamné , crut que ce cruel ordre était une pure fougue d'ivresse; ainsi il se contenta de réprimander sévèrement le Jouenr de hith , de ce qu'il ne s'étudiait pas mieux à plaire à son maître. Le roi s'éveilla au bout d'une heure , et voyant ce musicien toucher du luth comme auparavant ,' il se sou-; vint de l'ordre donné à son favori contre lui , et s'étant fort emporté contre ce jeune seigneur , il commanda au grand maître de leur couper à tous deux les pieds et les mains. Le grand maiire se jeta aux pieds du roi pour avoir la crâce du favori. Le roi, eitrêmement indigné , et toujours furieux, cria aux eunuques et aux gardes d'exécuter sa sentence sur tous les trois, Cheic'^li'-can , grand visir hors de charge , se trouva là pour le l)onheur de ces malheureux. II ^e jeta aux pieds du Roi , en les embrassant , et le supplia de leur faire grâce: le roi s'apaisa làndessus, et fit grâce à touslea condamnés. ( Voyage de Chqj-din , tom. III , p. loi. )
fait couper les mains et les pieds , le nez et les oreilles y qa^ il fait mourir, tout cela au moindre caprice , et que tel est la victime de sa fureur à la fin de sa débauche , qui , au commencement, en était lé plus cher compagnonÇChavàin. Tom. VI, p. 19 et 20. );
Si, dis-je, le voyageur nous fait ce tableau des petits soupers du roi de Perse, ne craignez point de le démentir :
Dites qaen Perse le monarque honore d'un joyeux accueil, il son souper, de simples par^ ticuliers qui lui ont plu ; au'êZ les appelle ses hôtes ; que lui seul , entre les princes , connaît ce doux et inestimable plaisir de manger as^ec ses amis, de satisfaire à la fois , par le plus délicieux des mélanges, son appétit et son cœur ; qu'// partage la satisfaction de ses cons^ives ; quil leur s^erse à boire de sa main , qu7/ se rejouit de leur gaieté , qu7Z V encourage ; qjdilne se croit roi qu'autant qu'on est heureux auprès de lui. ( Lett. sur la Th. , p. 78. )
Si le même Chardin , nous peignant la vie domestiqile de ce monstre couronné , nous dit que ce prince ayant exigé de son premier ministre de se faire faire la barbe à la nouvelle mode, et le malheureux barbier, chargé d'exécuter l'ordre , n'ayant pas rasé le vieillard d'assez près , parce que celui-ci l'en avait prié tout bas,
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le roi fait cotiper le poing à son barbier , sans déplacer et en présence du ministre (^) ;
S'il nous raconte que ce prince ay^nt fait couper le poing à un de ses favoris ^ une de ses maîtresses , sœur de ce malheureux , s'em-
(*) Le 28 , étant à la cour , j'appris que le grand visir j avait reçu du roi y le soir précédent , un afifront encore plus rude que tous les autres ; c'était dans le yin comme à l'ordinaire : on a observé que ce ministre est tout blanc et fort vénérable : il porte la mousfacbe courte , et le poil des )oués et du meïiton assez lonc , parce qu'il fait profession d'une étroite observance de la religion mahométane , qni enseigne que la bienséance est d'en nser ainsi. Mais les Persane originaires de Géorgie , surtout les gens de coar , et les gens dVpée , portent au contraire le poil des joues et du menton fort court , et la moustacbe si longue , qu'ils pourraient , pour la plupart la retrousser sur Toreille : je roi ne voyant que son premiei* ministre sufvre une autre mode , les fumées dn vin lui troublant Fesprit , il commanda de' luf faire la barbe à la mode de la coinr : le valet de cbaiabre qui rase le roi se mit en devoir d'exécuter ce bizarre eommandement; le grand visir lui dit tout bas de ne point couper le poil si
proche de la peau qu'on ne put le voir. Le barbier fîit assez malheureux et assez mal avisé pour lui obéir : il lui en coûta le poing : le roi le lui fit couper sur-le-champ , parce qu^ n'avait pas exécuté- son commandement avec assez d'exac^ tîtude ; il lui en pensa même coûter la vie : le premier ministre fut percé jusqu'au fond du cœur d'un afiront si sanglant. {Vqjroge de Chardin , tom. lïl, p. 18.)
3oi
portant contre lui à ce sujet , il la fait brûler vive dans sa cheminée (*) j
Si ce même voyageur nous raconte q^e le roi , apprenant qu'un de ses favoris disgracié a &it venir chez lui une danseuse ^ ordonne que toutes ses femmes soient prostituées ^ et fait écorcher vif un vieil eunuque qui veut inter^ céder pour le favori (**) ;
Si y après avoir marié une de ses femmes à un homme de la lie du peuplé^ dans un dépit
('*') Le roi ays^nt fiait cQuper b maiu à son Cavoii Nesra<» lihec , )a sœur du malheureux qui était daps )e barem du roi» apprenant cette nouvelle , devint furieuse , ut déclara le ' xUs^ge , courut au roi liû dire mille injures , pt essaya , k deujc ou trois reprises , de se jeter sur lui, J^ ^prince commanda de la brûler vive. On attacha surJixJianip cette belle personne daii^s une cheminée qu'on remplit de bois ^eiouj mit 1^ feu. ( f^i^age de ChardùHf tom. X , p; 1 3 et i4* )
(^^) Une danseuse taisant au roi des louanges de NesraKbec , et te suppliant de le i^tabhr en ses bonnes gràees , cela produisit un effet UM contraire. Le roi prit ces louanges pour un secret reproche du traitement qu'3 avait fait à son ' favori et à sa famiUe. Il s'emporta , et , devenu furieux : a G>nuaent! s'écriar^il , ce ohienrià me brave .^iins sa disgrâce ul a l'insolence d'enlever mes danseuse pour s'en divertir s )e m'en vengerai sur ses femmes. * El iàrdessns , il eonunanda que tout ce qu'il y en avait dims son sérail « fussent CKposéeSvà 1^ prostitution. Cette barbane sentence fut exécmée en partie dis le lendemain matin. On ait siur
ureux , il devient jaloux du mari , et le fait Lrir dans un supplice que Timagination re' de se peindre, et dont elle repousse Fidée
amoureux mourir
fuse de ^^ j.
avec douleur (*) ;
des ânes , assises à l'epvers , ces belles personnes , et si in* Bocentes ; m^^ sans voiles ni coiffures , pour les mener à quelqu'un de ces caravansérails de femmes publiques , doiv| )'ai déjà fait mention dans la description d'ispahan. Il arriva par bonheur pour elles, queleroi s'ctant éveillé fort matin, on lui représenta queleffemmesde Nesralibec étaient de qualité, et qu'il y avait parmi*ses esclaves des beautés les plus accomplies. Cet exposé fit changer la sentence , et le roi ordonna ^'on les amenât toutes au sérail. Les parentes que ce malheureux favori y avpit , voulant profiter de ce bon moment 011 le roi semblait être , prièrent le grand écuyer , un des principaux eunuques , d'intercéder avec elles pour leur parent. Il les mena se jeter aux pieds du Roi.; mais ce prince , tout autrement qu'on ne s'attendait , s'enflamma de colère à un ol^et qui le devoit attendrir. Chien que tu es , dit ^il k l'eunuquè>^uc ne me donnes-tu le loisir de digérer mon cournmx : qu^on Vécorche tout présentement. Ayant fulminé de cette horrible sorte , il se leva , et fit écorcher Tif ce malheureux intercesseur. G^t eunuque étak âgé , il expira bientôt dans ce supplice. {Voyage deChardiny tom. X. p. 91 .)
{^) C'est la coutume en Perse que -lorsque le roi est mécontent de quelqu'une de ses femmel, il la marie à un homme de la lie du peuple. Dans un dépit amoureux contre une de ses favorites d'une illustre naissance de Circassie , il la maria, au fik d'un blanchisseur. La dame , avec le temps , s'en accommoâa : le Roi l'ayant su , fit venir l'époux ^ et lui dit :
Si, dîs-je, un voj^ageur éclairé, témoin presque oculaire , nous atteste ces barbaries qui le disputent à celles des sauvages de l'Amérique et des nations anthropophages , ne vous laissez point arrêter par son autorité , que vous citez souvent vous-même en preuve de vos assertions, sur les gouvernemens orientaux ; élevez-vous contre de malheureux déclamateurs européens qui osent outrager y dans la personiie des princes d'Orient , les plus doux tles hommes , les plus humains des rois, les plus équitables des princes.
Assurez que si ces princes sont doux et hu^* mains dans leurs festins ( comme on Fa vu plus haut ) , s'ils Isavent y porter une bonhomie si magnanime y et substituer la franchise du vin^ aux impostures de la politique , ils sont encore plus admirables et plus aimables dans leur vie
m. I I! m . Il I ■! Il I» m II I II II I ipii I %
Tjorsque tu épousas par mon ordre celte incomparable
persoftne , quelle fête fis^^u en réjouissance 7 Sire , ré-
pondit'il , je suis un pauvre homme , je n*eus pas le
moyen de /aire de chira^an (ce mot signifie illumination).
Quoi ' <iit le roi y oe chien ne fit point d^ illumination à
une si grande fortune! qu^ on fasse illumination de son
corps. On attacha le patient sur une planche ; on perça
dans son corps des trous sans nombre avec une pointe de
poignard , à mettre le petit doigt , qu'on remplit d'huile
avec une mèche au milieu , et on les alluma toutes à la fois.
(J^cgrage de Chardin , tom. X , p. 182.)
privée ; et, vous livrant à un mouvement qui ne manquera pas de se communiquer à vos lecteurs, écriez- vous iDans leur économie, dans t intérieur de leur maison , fai presque dit de leur MÉNAGE , quelle noblesse , quelle aménité, quelle bienfaisance !
Montrez-nou$ enfin
Ce que c'est qu'à propos toucher la passion ,
par cette exclamatioii pathétique : Eh qui ne s'écrierait, dans les transports d'une i{>resse de respect , d'amour et de recorm(Ussance : wVc le grand homme, le. grand prince, et le fortuné climat où il déploie tant de vertus ! ( Lett. sur laTh. ,p, 78.)
Il nous semble que ces paradoxes sont assez bien choisis, et que voilà des modèles auxquels il est difficile d'atteindre. Il ne Êiut donc pas s'étonner d'entendre M. L*** s'appla:udir luimême de ses découvertes, et s'écrier : /e 7i«^mraispas, mon cher ami; le plaisir de publier dés sfériiés aussi douces que nous^Ues m'em-^ porte. Je voulais i^ous écrire une lettre, et je Jais un livre. Il faut bien que je m'arrête»
( Lett. sur la Th. , p. i56. )
Nous nous arrêterons aussji sur ce sujet , mais pour montrer M. L*** aussi fécond et aussi neuf dans d'auftes matières intéressantes,
bI ^lus populaires encore ({dé celles dont n6u9 venons de tfaîter,
VL II y a des opinions si profondëment enracinées et SI universellement reçuedi ^e^ sans .un courage à toute épreuve, on n'eii*^ treprend pas de les combattre; et, sans lé talent du paradoxe au plus haut degré > ôtl ne paryirat pas à les renverser. Telles dont > en particulier, celles qui tiennent à des pra-* tiques journalières, comme la persuasion que le ,pai4i pst bon : prévention qui est manifeste-* ment r^ffet de Thàbitude den.mangtr toud les joyrs.
On ^it que Tinvention du pain remonte k
la plus haute aatiquit^. Le Savant auteur de
rOrigine des lois fo<>tts apprend qiie ce Jui
Osiris qifi oJiQUt Vttsage àù étaient tes kommeê '
dès^ manger Us uns lès,aidres, U observe aiissi^
avec be;sQ[iCoup ^e sagacité^ qOe tous tes anciêM
^nifi^accôrd qt/ojfjâ commeHcé à numgeif lèê
graiîis \^€ui$^préparatiotL^ Avant que de leA
- jâ)Qu4rç f ^ mais que rbcutiizie ^ obsto»rvâini <|dé
» SES 4^ts éfaieckt Un moulin ^ sa bouche tiné
» huche '<^ le grain broyé se détrempait par la
^ salivç f !et ^on eatomae un fbuj^ ^ inventa le^
>) mmdinsi les huches et les Iburs^ comme le
>) dit pmfdoHiH^ f phihsopké fort tmcim ei
^ Jori €Stinie\ )» Le» ép€K{ties de ceê inventions»
utiles ne sont pas bien connues. On trouve des fours dès le temps d'Abraliam (Gen. c. i5> p. 17,), mais c'étaient seulement des fours portatife. David ^ à la vérité , eut des iburs a brique^ dans lesquels , outre Tusage que leur nom in^ dique^ il £aisait jeter les Ammonites, lorsqu'il ne les faisait pas scier en deux ; maïs on n^a pas de preuves certaines qu'on s'en sertît' aussi à cuire le pain. S
Quoi qu'il en soit , l'usage du pain une fois trouté f se répandit bien vite. Avec là ttShiire ^ du grain s'étendirent les sociétés ti tôua( lel arts paisibles. Une subsistance plus assurée/'des tra^ vaux plus suivis et plus féconds rap^n)t4i%rent les habitations^ et donnèirent na^s^iice aux villages^ aux boUrgs , et enfin aux viiles ^lôrs<[tie ) d'après les progrès de la culture , le proprié^re put être distingué du cultivateur, et ùrï pi'dduil net suffisant à l'entretien. de celui-là^ sépa'WéHitI produit total qu'obtenait celui-^^ C<5r^s'> à^qùi f on attribua l'invention delà culturedes gt^iiis>iut appelée, par cette raison, législatrice^ eiTtipib^ " lèaie > qui porta la cbarrue box ' babitaAS dë^Ia Grande^Grèce,fut mis par eux au raiigdfeèdi^îViîtés. Toute Tantiquitéipartagea cet eritfaairsiksme pour les premiers cukivatcurs des grainsitjt/elle regarda comnie les vrais fondatelii^ dé l& société.
D'après ce $eul expose; »on- voit Où^tibiais' eu
voulons Tenir , et Ton conçoit .combien il sera piquant et neuf de combattre un goût auSsi gé* néral que celui du pain : reritrèprise paraît diScile ; vous en- viendi^z pourtant à bdùt , eà suivant toujours le modèle que je propose k votre imitation. >
D'abord, comme Ghard\n nouçdît;*quefe/?am deJromerU est en usagejyrésquepartôuils l'Asie. . ; H\xiLatra^erséla Turquietmis foisf par différent ^miwiSr et cfue partoutil avu mangelr du pain; etqixUj.en apartonitea^si dans les Indes ^ (fuoiqu^on en mange beaucoup mains qu'en Perse . (Voyage de Chardin ,^tom.ïV/p. i75/)'t ^ «
Yous : soutiendrez xjue le blé est une ipror
dHcUonseptentriGnide^\.ïyéservée a noiitatUre»
OQQÎdentaux , et que le pain est le besoin dés^
êtres qui slenorgueiUisseni de porter des €haM
p&Oiiiêa: (Rép* auxDoctrf mo^., tom . I ,p. ^i66 ); .
„ Que c'est un des bienfaits he^ plus signalés
de la nature , pour VAsie , ainsi qu'un des plus
sagéSitrmtsde là potitique^idenjai^oir jamais
laissf c<mnaîùi% Z6^/e*;(rLettiisui:la!Th., p. 90-')i
Cq premier fait ëelairci/, ;yoas. direz qite* lé blé est une malheur&Êise. .petite producUon qui\ appelle, lafcdm au Umt de la chasser, qui par', raityà ses Jimèstes\propriéié^\, 'un<ptéséhtfait' par la nature dam sa colère^ et dont l'épfrcainrx -tient- pUis de malkew[s encore que de grains >
(Rép« auxDoct. niod«, tom. ^ p.. 1 68); que fe/Kiî^ est w^ drogue fneyririère, eUmt la cotrupiion est U premier élément ; que nous sommes obli^ gés de f altérer par un poison ( le levain ) , pour la rendre moins malsaine . . . pareille à ces poisons dont {habitude nous mène au tom^ beoÊh^ dont la privation causemU également la mort (Lett, sur la Th« des lois, p. 91) ; que c'est F habitude de manger du pain qui a amené à sa suite Vesda/ifoge y FaccaUemeM d'esprit , labassesse en tout gesite dans les petits ^ ktt fureur effrénée des jtuêissanees déstructures et le mépris des hommes dans les grands. ( Rep. aux Doct. mod. ^ tom. I > p. 1 76); que les excès déshonorons , la mollesse crùnineUe qid én&ve les pàrticuU^r^ et &^ empires y lapro^ fission des ressources, le luxe , etc., riorujts^ mais été que dans'lespstjrs où iljr a dujroment, des màulins , et des houksmgers. (ibid. p. 183 ,
Enfi'fi f pour caufimier par des observations physique» et médicin^es volr^averskm pour le pfi^n f vous remarquerez saramment que de toutes les matières que Pestomac de Vhoinme peut digérer sans se détruire , U n'y en a pas q^ Suit plus dajngereu$e que le pain. Qu'au plyrsique, ûjkit un sang ^dis y que Vindiges^ tien en est mertdle/et qoe^ si l'excès en est
nuisible à cepoifU , U eHdi/^çiU (pie V usage '&% soit bien salubre (Ifaid. p. 177 et aj8):
Que noMs mms sommes accoÉiiumes à en
numger comme MiAridaêe était parumu à fK«-
gérer les poisons; que c'est as^ec la jwce de
Vhabiiiude que nous avons dénaturé cette pro-^
ducii(mpaw*nQUsénnaurrir;mais€fae nosCorps
se détruiront à la longue par cet aUmen$^ qui
est contre mUurCf même en jrrésisiatft(ïï}.)^. 17.)
. Vous pourms même ( qu'on nous pardonne
de proposer humblement nos idées sur ce sujet
intéressant , sans prétendre les mettre à c6té
de celles de M. L*** ) , vous pourrez > \iis-je ,
prouver combien la découverte du pain a été
funeste aux hommes » en remarquant que^ pui^
que la cuHure du blé et la £ibrication de cette
drogue meurtrière appelée pain n'est pas des
premiers iges du monde , et qu'il est constant
que les pafa*iarches vivaient de 8 à 900 ans ,
il est plus que probable que la diminution de
la durée de la vie des hommes ^ dont les savana
ont tant redierché la cause , est tout simple^
ment J effet, de l'invention du labourage , de
l'art de moudre le blé , de pétrir et de cuire
le pain : explication plus naturelle que toutes
celles qu'on a données jusqu'à présent de ce
grand fait.
Enfin ^ pour engager les Européens à renon^
cer au pam f vous l^r proposerez de vivre de poiascm comme les Samoïèdes 9 les Grôënlaiidais e\ les Kiamsdiadales ; idées bien neuves assurément , et dont quelques réflexions vont &ire sentir tout le mérite.
On. pense communément qu'un des plus ^ands bienfaits de la nature / est ce genre de productions qui peuvent être conservées d'une année à l'autre et même . plusieurs années. % l'homme n'avait eu que des nourritures qui ne peuvent se garder jusqu'au retour de la saisoa qui les a. vues naître ^ telles que les herbes et les fruits^ les sociétés n'auraient jamais pu se former , ou du moins n'auraient pu prendre d'accr^qissement, parce que la subsistance de Thomme eut été toujours incertaine et pr^aire comme les récoltes elles-mêmes : tout se consommant dans Tannée médiocre et moyenne , tout lexcédant de .la consommatioh se détruisant dans l'année abondante , dans Tannée mauvaise le besoin se fait nécessairement sentir. Tel est en effet l'état des peuples qui mènent encore la vie sauvage > comme les habitans de la Terre-de-Feu,4e la nouvelle Zélande, etc. Ces petites peuplades ne peuvent ni se multiplier ni se civiliser. Il est malheureusement constaté qu'eUes se mangent les unes et les autres , faute d'avoir des productions qui se
3ii
conservent. Aussi voyons-nous que l'industrie de rhomme civilisé esl encore en grande partie occupée de cette conservation qui main^ent la société après lui avoir donné Fexistence.
Voilà des idées émnmunes ^ simples y >et dont resprîtè'accommode facilement. Q semble qu'en les combattant on peut mériter jifôtement le reproche qu^ PJutarque fait en un antre suj^t. Pourquoi péchez - s>ous irréUgj.€u$ement , à rencontre de Cérès , inventrice des . saintes lois ? ( Plutarque. SHl est loisible de manger chair. )
Mais que ce reproche ne vous arrête pas : décriez le blé ,. précisément par cette qualité de pouvoir se conserver. Dites que cette production , pmfi du côté de la politique , nest pas moins pernicieuse quau moral et au physique.
(Rép. aux Dôct. mod. , p. 190.)
Dites que tart de j aire \^enir du blé pour en tirer du pain y porte avec lui la stérilité y et quil tue, les hommes en nudtiptiant les subsi" stances (Ib.. p. 180) :
Qnbn ne peut rien imaginer déplus absurde que V usage exclusif d'une denrée qui livre au besoin et à la mort une partie du peuple , au moment oit elle vient à manquer ( quoiqu'on puisse^ ce semble^ manquer plus facilement d'une denrée qui ne se conserve point que de
celle ^i se conserve ) ; <iue la pëcKe, est bien 4tU<lessus de Vagnculiure et désirait lui être préférée ; que le poisson est une nourriture plus légère > et cependant plus solide que le pain.., un' on n'a que la peine de la recueillir, et jamais celle de semer... que , si la pêche était estimée et encouragée comme eUe mériterait de T être y dans les temps de famine y on i^aitdepois-son sans dégoût et sans dépense. . . que le blé
?ui se consente se renferme dans les prisons de opulence ^ pour nen sortir quaifec un passe^
port de Vas^arice ; mais que, si Ton distribue du poisson au lieu de blé , cet incoménient dis^ paraît , parce que la conserwUion en est diffi-^
cile , limitée et désagréable que le riche
fuyant l'odeur Ifuileuse attacbée^^ux fruits de cet acte de bienfaisance , le pauyre , moinÈ délicat y s applaudira de rester seul à tendre la main pour le recevoir, (Rëp, auxDoct. mod., p. I $2 et suivantes, )
Et qu'on nous permette d'ajouter ( en soumettant au jugement de M, L**^ cette vue qui nous parait parfaitement analogue aux sien^ lies ) qu'il serait même utile d'empêcher de saler les harengs et la morue , qui peuvent de* venir des objets de monopole dès qu'on par« vient à les conserver , puisqu'alors on peut les renfermer , comme les &rine& et les grains ^
dî^ns tes prisons de Topuleme (ies barils et les magasins ) , pour n'en sortir qiiavec im passe^ port de Fai^arice. Mais avec cette sage défense t on voit de quel avantage il sera de substituer aux grains qui se conservent, et dont la masse peut s'accumuler pour la subsistance de plu* sieurs années par les manoeuvres criminelleft des monopoleurs, une nourriture qui se gâte , il est vrai , en denij^fours , mais avec laquelle oh a la certitude consolante que, si la famine a lieu , elle ne sera pas au moins l'ouvrage du monopole. Quel service ne rend pas au genre humain celui qui le premier publie cette grande vérité ? Oui ; nous ne craindrons pas de le dire , M. L*** se montre ici , non pas seulement comme un homme d'un génie puissant et original, mais encore comme un de ces êtres bienfaisans qui , selon Lucrèce ,
Inventas vilam excoluere per artes.
Semblable à ces grands hommes , créateurs des arts utiles , que lantiquité mit au rang des dieux f ou comme ces héros qui purgeaient la terre de monstres , il nous enseigne une nouvelle manière de pourvoir au plus pres-^ sant des besoins , et de dérober notre vie aux fureurs du monopole ; et je ne sais pourquoi M. L*** n'obtiendrait pas, chez les nations de l'Europe , les honneurs qu'ont reçus jadis les
inventeurs de la charrue et de la culture du grain ; et pourquoi , plus bienfaisant que Triptolème> on ne le peindrait pas un filet à la main ^ enseignant aux Européens à senour* rir de poisson , quand l'inclémence des dieux refuse à la* terre la drogue meurtrière quils ont donnée dans leur colère aux malheureux Occidentaux.
Qui ne voit que de semblables paradoxes^ présentés avec tout l'art de M. L^^'*^, doivent exciter l'admiration universelle y et attirer toute l'attention du public sur l'homme de génie qui * sait s'ouvrir des routes si nouvelles^ et y marcher avec une si noble hardiesse ?
Mais le mérite de M. L*** ne se montre pas seulement dans l'usage qu'il ^ait fai're du paradoxe de choses : il éclate encore dans la manière dont il emploie le paradoxe qui a les personnes pour objet.
Cette carrière n'est ni moins étendue ni moins brillante que celle que nous venons de lui voir parcourir. Il est bon, sans doute ^ d'établir que la liberté est une chimère ;i que le gouvernement anglais est le plus absurde des gou9emem£ns; que les souverains asiatiques sont les plus doux des hommes et les plus équitables des princes. Que le pain est une drogue meurtrière ^ rendue moins malsaine par un
poisofi. Ces assertions sont bien choisies ; elles vous 4onn€|nt des lecteurs ; ^ous devenez célèbre : mais, si vous voulez marcher encore plus vite dans le chemin de la gloire littéraire , mêlez les personnes aux choses; accuses celui qu'on loue , louez celui qu'on accuse ; renver-, sez les statues de Marc-Aurc^le , de Trajàn , de Titus, et ju^fîez Tibère, Néron et Caligula; imitez ceUancien qui éleva un autel à la fièvre, avec cette inscription : Febri divje , febri
SANCT^ POSUIT s. Pï. H. L.
!• Pour justifier les tyrans par ord|te dan* cienneté , vous commencerez par Denys : vous direz que son histoire est une preuve de Vinjiistice des écrii^ains, et du peu de discernement avec lequel ils compilent les Jaits. Vous voua étonnerez de la hardiesse des historiens contemporains ou presque contemporains , qui ont osé le dépeindre comme cruel, soupçonneux , comme un homme que ses amis mêmes nappro-^ chaieht quen tremblant , etc. ; tandis qùon le trouve toujours occupé des arts d agrément; qu'il donne à ses amis des repas dont il fait les honneurs avec aisance ; qu'il leur lit des ^ers; tfx après avoir exercé contre Philoxène une ri-* gueur pardonnable (en l'envoyant aux carrières pour n'avoir pas trouvé ses vers bons ) , il répare ce trait de rigueur par la plus grande indul-
gence( en ne Fy renvoyant pas ^ malgré Tobstînation du poète» à trouver toujours les vers du prince mauvais ) ; que^ s^ilne sumtpas les avis de Platon , il ne lui fit pas wi crime Je les avoir donnés. Car quoiqu'il Tait Eut vendre comme es^ clave aux Ëginètes , en cela ( ainsi que ce grand prince le remarquait ) il ne lui Êtisait point de mal y puisqu'un philosophe , un homme juste ^ selon Platon lui-même, devait être auâsi heureux serf qu'autrement ( Plutarque , vie de Dion ), : enfin que, ^{ ce prétendu tjrannepratiquaitpas la vertu f il V aimait et la respectait dans lesau-^. très, etc. (Siècl. d'Alex., p. i5j etsuiv.)
IL La réputation de Tibère serait aussi fort intéressante à rétablir. L'historien de l'anti-^ quité qui nous étonne le plus par la profondeur de ses vues, par la vigueur de son pinceau^ par la chaleur de son âme , . Tacite ,, homme d'état , ami des deux Plines , assez voisin du règne de Tibère pour que la mémoire et les preuves même des faits fussent récentes, et pour ainsi dire sous sa main , et assez élo^né de ces temps malheureux pour que lesprit de parti ne guidât pas sa plume , Tacite nous a fait de Tibère un portrait qui nous inspire Thorreur* Suétone et Dion confirment ce témoignage»
S'il y a une vérité historique bien établie , c^est que Tibère est un des plus méchans princes qui
ftienf i^në. Cette unanimité d'opîniôns est précisëmefnt ce qtd donnera plus de relief a Topinion contraire p et plus d'avantage h soutenir que Tibère était un prince comme les autres ^ et même un prince hienfaUanL
Dites donc que Tibère^ éiprès une me sinon vertueuse f au moins assez réglée pour un prince retiré à Çaprée, (d'où partaient d^ proscriptions continuelles des plus illustres citoyens romains^ ^t où les historiens contemporains nous apprennent qu'il s'adonnait à des débauches in^ fâmes ) sy Usra à une pie douce et solitaire; que, jalùux de son repos et d'une gaieté que lef embarras du trône ne laissent guère connaître mujc princes p il ne se montra plus quà ses amis dans des soupers agréables ^ ; que toidorite de Tacite et de Suétone ne , peut pré\mloif sur celle de la raison qui nous crie que ce n'est pai à 68 ans qtjùon recherche les excès ; qu^à té* gard de la cruauté qu'on lui reproche ûi^
QUËLQtrÇ RAISOI^ , IL T AURAIT BIEPT DES CHOMES A
nms ; que lè^ Romcuns k mireni dans la néces^
* Oa peut observer que M. L*** argumente beaucoup (les petits soupers des prince^eA leur feveur^ et qa'il les fait Surtout Taloir par cet endroit ; on a dë}à to qu^l a cité le» «giipen agréable& des rois de Perae et cettx de Deiiys U
Ifà vir bonus est c<mpi\Hi(ptt comis, Horat.
3iÔ
^ité d'être oppresseur , en l'accablant , dès te 'commencement de son règne , de railleries et de libelles ; que , sous un nouveau règne , il était facile de prendre les regrets des Romains pour un commencement de projets ambitieux ; et que ie prince , obligé de maintenir la tranquillité publique y NE 0ETAIT PAS BALANGEK à sacrifiet
les victimes qui elle semblait exiger : que telle a toujours été et telle sera toujours la moralh dé tous' les gouvememens. . . . que malhecreu- SEMEif T les Ronuiins n'étaient pas encore faits à ces principes , et qu'ils devaient s* indigner des exécutions qui étaient injustes survAivr ceux! DE LEURS pères I quoique indispensables dans une monarchie nouvelle. (Rév. Rom./ toni, I, p. iSy et suiv. )
Après cela, vous citerez quelques bonnes lois de Tibère : vous direz que dans* les famines il u épargna rien pour rendre ce fléau moins sensible ; qu'il réprima le6 veWationa dans les provinces ; et y après une énuixiérationr bien incomplète du bien et du mal qufuu sou-* verain absolu peut i^ireà ses sujets, vous^yous écrierez : Qua donc fuit de plus pour le bon-: heur des peuples , le, petit nombre de princes dont la postérité chérit avec raison la mémoire? Combien de, règnes , décorés des titres les'pbis jpompeux , sont bien loin d offrir de pareils
3it)
tr^ts foUr la ressource de Vadulatû^ qid les célèbre! Combien de souverains seraient mis par leurs famris sur la même ligne que Trajan ou Henri IV , s ils avaient montré la centième -PARTIE DE LA BiENFAiSAPîCE 'que le^ flùs, cruels ennemis de Tibère ne peu^^ent luijefiiser! (Ray* Rpmain. , tom. I^ p,. 176^)^ .w. .\ v. • , Cependant , pour . faire .voir que ypuâ. n'étçs pa? aveugle sur les défauts d^ Tibère , vausu remarquerez qu'à la vérité ce prince nejais/tit point ces actions généreuses avec V extérieur af" Jfable qui leur donne un mùveçLu pria:/ quil les affaiblissait en (juelque sorte par l'air dont U les accompagnait ; mais que Tibère à une grande générosité joignait une c^tainfi rudesse de caractère qui dépare souvent la vertu sans la détruire. Ç^é^oU Roi». % ibid. )
Quanta Çaligiiiia^^ .Néron et ces autres mon'* 9tives dont lès noms sont des înjureë^ même pour Içs tyrans, >» yMis^ n'entreprendrez pas de les jnstîfief ^^Ussî diréietement ; mais vous ta-* chéreâ' d'affaiblir Inorreiir qu'on a pour leur mëm6îî*é , "par des observàtronf générales tjul coiiiWïHtrbùt é'ùé'ore Topinion comfatme , et '<juï adfiriarpnl à' vos assertions le, mente du paradoxe , et surtout en tâchant de rendre :i^spçcts les récita '4çshislprieus anciens qui
tious otit transmis les ëvëneMens de ce& rè^ gnes abhorrés*
Vous dires donc que^ dans tout ce qui noué reste d'anciens ouvrages sur les empereurs , it fout à chaque instant se tenir en garde contre Id €réduUté aveugle ou maligne des écrivains...* que les hommes dont on a le plus lâchement Jlatié la personne , sont ceux dont on flétrit lé pbis indignement la mémoire : que la coNi>Ti-* T^iON PHYSIQUE de Tacite (sur laquelle on peut supposer que vous avez eu des mémoires ' de son taiédecîn ) est entrée pour beaucoupdans ^a manière de voir et de présenter Icé choses , et que son tem pék athënt le rendait pluÉ propre à donner un coloris higoureux a la sa^ Ure , qu^à se perdre dans ïè^fadeu£s d'un pa^ négjrrique ; que d ailleurs ^ en suivant son incli^ nation naturelle y on né sait s^U n'a pas voàhc EENDRE SERVICE A TiuJAN | em d^JtaMiit sejf prédécesseurs (Rév« Rqjpo^ P)réf.);.e«ifin'qtie son plan a été décidément déflore h^'r Tibère^ ses successeurs. (Lett. sur H Th; , p< .^aS. ). »
Quant à Dij^n , c'est un rhéteUr^ habiUctfd plutôt qulwi écrivain raisonnable ^ qui, (çkf 4^ mériter la confiance de ses lecteurs , ne pefit que leur inspirer du dégoût \ et Suétone laissé voir une fureur • maladroite ou une , crédulité grossière yCtc. (Rév* Rom. Préf., eValibî passîrti.)
va L
IH. Je ne dirai poiat que la ca^se des jésuites soit aussi brillante k soutenir <jue celle de ces princes détestés ; mais on p^t «ncore tirer parti de ce sujet. Ces pères ont été bannis du royaume et de plusieurs états de la chrétienté- Ils sont l'objet de la haine publique ; il faut donc Jps justifier ou au moins affaiblir, autant qu'on pourra, les reproches qu'on leur fait , toujours pour lamour du paradoxe. C'est ce qu'a exécuté avec beaucoup de succès M.
Ijfc^ dans son ffistoire impartiale des jésuites, imprimée en 1768, et dédiée au roi de Prusse , le seul prince qui ait cru que les jésuites pou-^ vaient lui être bons à quelque chose , quoique dans la dernière guerre ^ils ai^nt été fort utïleg à ses ennemis.
IV. Un quatrième exemple de paradoxe j)ersonnel , très-heuréusement choisi , est Ja justification de feu M. l'abbé de Caveyrac,, auteur de l'apologie delà Saint-.Barthélemi , entreprise -par M. L***.
Si nous ne nous étions pas iniposé la loi de necitirqueM. L*'^'^ lui-même, nous pourrions bien proposer ici pour modèle à nos élèves dans l'art du paradoxe , la manière dont M. l'abbé de Cav^yrac a traité ce beau sujet. Cet hSbile homme démêla fort bien qu'après tant de récits déplorables de cette grande journée; après II. 21
lakit de sai^Ians détails des his^oiiens coniem* porains ; ajnrès tant d'imprécations contre Ghaf les IX et Cadierine ^ auteurs de cette tra-<gédie f et surtout après tant de déclamations des philosophes , il ne restait qu'un parti à prendre pour un écrivain avisé , c'était de faîte l'apologie de Charles IX et de soh Anseil ^ ordonnant la Saînt*Barthélemi. Il faut voir avec quelle sollicitude il établît que la religion ny a eu aucune part , ni comme motif , ni comme conseil , ni comme agent : que la procession et le jubilé de Grégoire XIII , après la nouvelle du massacre ^ ne Jurent (fiie des démonstrations * de RËtONNAissANCte plutôt que de satisfaction ; que ce ne fut qu'une affaire d& proscription , dont Vomirai et ses partisans étaient aussi di^ gnes que ces six mille Rom^ains massacrés en un jour par les ordres de Sjrlla ; qu'iï n'est péri que 10,000 protestons , etc.
On admire encore le courage avec lequelie même écrivain entreprend de démontrer que le royaume n'a reçu aucun dommage oans sa richesse et sa population par la révocation de redit de Nantes , et comment 3 prouve qu // hy a pas là de quoi crier ; enfin , comment il déploie partout le talent du grand maître ', et
l^jK)ûilAnGe des ressources du génie à traiter les paradoxes les plus délicats.
M. L*'^* a senti mieux que personne le mérite, de cet habile homme y et , bien éloigné de cette misérable jalousie , passion trop commune des hommes de lettres qui brillent .dans le même genre ^ il a donné à ce rival des marques d estime qui font honneur à son goût et à son cœur , et fourni une nouvelle preuve de son talent à soutenir le paradoxe , en défendant courageusement M. l'abbé de Caveyrac et ses livres contre l'opinion publique.
Un cri unwersel > dit-il , s'est éles>é , il jr a quelques années , contre ce malheureux abbé de Cas/e/rac ; toute ^la basse couk philosophique l'a hué a^ec indignité; cependant prenez la peine de chercher le liseré de cet auteur si indi^ gnen&nt , si injustement avili y s^ous i^ous con-iHiincrez que c'est un ouvrage plein de force, de lumière et de {hérité. Fous serez tout étonné de ti y trouver qu'un homme raisonnable , humain. Fous conviendrez qu'il ri est pas possible de lui faire le moindre beproghe dans la forme; qu'il a tenu, au sujet de cette catastrophe, le lan-^ gage d'un cœur compatissant , et d'un esprit ÉCLAIRÉ ,• et enfin que sa dissertation est un ou^ vrage auquel on ne voit pas trop qu'on ait ja* mais répondu* (Rép. aux doct. mod. , p. i470
V. Nous venons de voir des exemples du paradoxe personnel , employé à Io<ner des hommes détestés ; ^n voici du même genre , dans lesquels on décrie ceux que l'opinion publique honore.
Pamnfi les souverains ^ le meilleur sujet que nous puissions choisir pour un paradoxe pareil y est ïiTus. Sa mémoire est ch^re au monde après 1 7 siècles. Il fut appelé les délices du ' genre humain , 'et son norh est encoi'e Tépithète des bons rois. Le sublime du ^paradoxe serait de montrer ce prince comme imbécile ,■ imprudent , cruel , dans les traits hiême qu'on a toujours cités de lui , comme des monumens de sa bienfaisance et de 'ses vertus ; il nous est surtout resté deux mc^ de ce genre : Mes amisy j ai perdu un jour! et, ilnejautpas que petsonne sorte mécontent de V audience du sous^erain.
Vous direz donc que Suétoîie a déshonoré , par (es deux mots , ia ihémoire de Titus; que le premier , ^7/ était sn'ai , donnei^ait lieu de croire que ce prince avait pins de petitesse dans l esprit que de gcnémsité dans le ccéur^^ae croire sa journée perdue , parce quil fi avait rien donné à persorîrie,' parce ^u'il namitpoiMjait de distributions indhùèlles^Ç qiioiquil rie sagisse poliit là d'argent donhé , ni de distri- . butions manuelles , ràaisde grâces accordées ,
^è bîçn 6iit à quelqu'un ) détail se réduire aux
Jonctions d'un caissier 9 caissier, SeUBALTerise...
et que . quic nque se trouvant à la tête d'un
grand empire, croit avoir saiif ait à tout pai
des iargêsses. passagères y est un ignoraîst. qu
un iMbtqihK ; quil ri est pas^ possible qiig Titus
dit jamfiis hasardé ce moi absurde , oà près-
îpie tous ceux* qui le, Usent ne {veulent ùvuyer
que 'de: ia grandeur. (Rév.rora. Règ. de Titva.)
Quaipd a Vautre trait , vous direz que c'est
wie réponse à la fois cruelle et insensée ; et
•' que ce quiliest possible de rassembler de plus
ODlRVXf SX trOUi^e, rLNFlOÈUTÉ, I'imprcdencç et i^ CRUAUTÉ.
Ajoute» errfio que si ces deux traits étaient plus probables ^« ils convaincraient Titus , Vun dimet^cxvkçii^ Kisyox/TAKTi,yrautre d'une fourberie mauJoAiNE* /Aîrf.
-'•'On-vait ici qçe.M/Lt*^ semhle douter que les deux niots "soient échappés à Titus; mais ii est impossible qu'il' en dèute en eflfet-; car se^on lui-même y on , n a pas dû croire qu'ils pussent faire honneur à la mémoire de Titus, Si on les lui prête , il fout donc qu'il ait eu le malheur de les dire. M. L'*''*^'^ emploie ici^ine tournure ingénieuse , pour adoucir ce qu'il peut y avoir de révoltant à nous présenter Titus €Oinme un imbécile et un fripon , e^ cette
adresse n'est pas incompatible , en certains cas, avec le ton hardi dn paradoxe.
y I , Si Tesprit de paradoxe apprécie ainsi 1» réputation des princes , on peut bien penser, que celle d un simple particulier né lui izi]|Kise pas. Viiici des exemples en ce genre,.
Leîhnitz jouit d une célébrité bi^i généralement établie. Une érudition* immense qtri efiraie les savans , une étude approibaAte de toute Thistoire , la connaissance de'*presque .toutes les langues anciennes et modernes, la science du droit public des nations, au plus . haut degré , le génie des mathématiques porte jusqu'à le rendre rival <le Newton dans la plus grande découverte du' siècle , ont placé son nom parmi les noms célèbres dans l'empire des sciences et chez une grande nation. ^
Gardez-vous de convenir de tout cela , iet, à la première occasion , ou plutôt sans.occav sion , dites que Leibnitz nest pas digne de sa gloire , que la. surprise que vous came, sa célébrité f sk)us dispense de ménagement /que ■ sa réputation est une ajfaire de parti ; qu'on est étonné de le trouver aus%i petit qu il paraît grand dans V éloge quen ont fait Fontenelle et ses autres panégyristes y etc. (Th. des lois, tom, n,p. iSg.) Vlft Le nom de Montesquieu est enviix>naé
d^gloire. Selon le plus grand génie de notre siècle : Thumanité avait perdu ses titres ; Montesquieu les a retrouves 9 et les lui a rendus. Si une grande impératrice veut donner des lois à sa nation ^ elle évoque Tombre de Montesquieu. Ces républicains altiersqui prétendent avoir conservé presque seuls lautel de la liberté debout , y ont placé le livre de \ Esprit des Jlois*. L'homme de lettres et l'homme du monde^ le magistrat et le ministre^ le Français et rétranger ^ tobs le citent ^ tous le louent : les formules d'éloges sont presque usées pour lui ; il ne reste donc qu'un parti , c est de trouver Montesquieu absurde , dangereux , ridicule même. L'homme d'esprit ne balancera donc pas.
Il dira que M. de Montesquieu, président à mortier dans ur^ parlement , n'a pas imaginé de , gouifemement plus parfait que ceux où les comf^ pagnies dominoienL.; comme un gentilhorfbne hoitentot , qui composerait un pareil Esprit sur les rochers du Cap , mettroit aussi au premier rang les conseils dont les membres accroupis en rond y chacun dans un trou, commencent leurs délibérations par se faire donner un camouflet de fumée de tabac (Lett. sur la Th. des lois, avertisse^, p. 8) :
Qu'iï a choisi le gowf&memfint anglais pour
autoriser ses déclamations et sanfanutîsme an-* tê-orientai; que ses livres sont la monstrueuse Ktîirgie de l'idole du gouvernement anglais, etc. (Lett. sur la Tb . des lois , p. 94) '
Qu'e/i parlant du gouvernement asiatiqu)e / // a jait un sacrifice aussi lâche qu indiscret des droits de Vhumanité (Ibid. p. 1 54) ^
Qyk il i^ puisé presque tout son livre dansBo^ din (Ibid. pag.'56) : «^
Que des^ trois définirons sui^ lesquelles porte toute la masse de V Esprit des lois , il riy eh a pas une seule qui soit soulemtble en iuie seule de ses parties (Ibid. p. 55) :
Que 4^' k président de Montesquieu était né Turc ou Persan , et quil eût voyagé en Ewx^, à son retour, il eût bien amusé ses compatriotes . en leur parlant de nous (ibid) :
Que quand an lit les chapitresuie l'Esprit des lais qui ont pour titre de l'esclavage.., on est hiSi surpris de rij apercevoir que des plaise^teries. • . ou des réflexions si frivoles , que le livre échappe de la main; quo/i cherche avec éton-ftement , s'il riy a pas eu quelque erreur dans f impression on dans la reliure ( Tb. des lois ,
tom. II, p. 247) :
' Enfin , que /ey principes du président de Bor-^ deaux , ne sont que des mots auxquels il a en* suite ^ accommodé les faits pour les ériger en
&xiùmes. Que VEsprit des Lois estprédsétneni un roman pcifêiqiie » où ton n^ emploie presque jamais des n/onis réels y que pour let ^plaeer à contre-sens^ (Iteid. p. 28.)
C'est ainsi que tous rabattre» le fanalisine 4es admirateurs de Maatosquieu y 0t que 9qh9, arrêiere% ks pitres des erreurs cmelbs CNt»
nouft aplaagéd rËs{»rit des Lois^^t doMnosideS' eendws auraient à déplorer les fimestes sui^es^ (Lett. sur la Th^ , p. 94. )
YIÙ. M.' d'Alembert eât encore un de çe^ botnmes contre lesquels il eal boa d^ a'ëleTer ^ paur ne pas céder aveuglément à ropinion générale* %n sa qualité d'bomme de lettres ^^ on \e regarde eon^foe un excellent écrivain ^ d'un goût «ùr.et délicat , d'une littérature ç^c^Q 9t piquante. Il passe pour un pEilosopbeprolQnd.ji et pour un des premiers géomètres de son siè-« cle. On prétend aussi qu U n'est pas moins esr timable par son caractère moral et ses au^lite$ sociales , que par ses grands talens. O^çite. ss^ droiture , sa simplicité , sa vie modeste , son éloignement dç toute ambition , vertMS dont il a donné des preuves fréquentes. Voilà un,e sta||^ à renverser.
Après avoir prouvé , ainsi que nous Favons vu plus haut f que le nom de feu M. l^bbé de Caveyrac ^ écri\fam raisonnable , philosophe »'
O&Eint COlVPATf SSANT , ESPRIT ÉCLAIRÉ , A d/e' m^
JUSTEMENT ^Irr y dites qu'un cjcem/ife précisé- MEifT'^2anj le genre cerUraire y est le nom de M. d'jélembertf injustement honoré.
Que ce célèbre M. djéleméert écrit sans goût en français^ qa'il rend très^nudJe latin f. et que quand il a voulu parler des élémens de gwméirie^ il m fait des fouies énormes ; qu't/ choque les principes élémentaires tant de la géométrie que du^bon sens ......; que ce
philosophe admirable y cette lumière des sciences abstraites y annonce sérieusement au public ^ avec un jargon mathématique , des choses pour lesquelles il ri y a pas d'enfant qui ne se ndt à rire au nez de cegrai^ docteur; qu'il ne faut pasfoidller bien' loin pour trouver dans ses our^ vrages des exemples de ses hérésies en géomé* trie ; qu'f/ s^en présenterait des milliers à une main qui les chercherait. .....; qu'il ri y a
point (geôlier du plus ignorant arpenteur qui ne fût en état de réfuter toute sa belle théorie sur la mesure des angles ; et cp.' enfin il n'y a pas un mot dans toutes ses recherches sur la clarté des définitions , qui ne fît rougir un apprei^fi et qui ne soit le scandale de la géométrie, ou du moins du géomètre. A quoi vous ajouterez; Enapezrvous assez, Messieurs? (Rép. aux doc^i
mod.^ pag. i5i et suiv. ) Et «vis doute tous ks lecteurs seFOoleu cela de votre avis. .
Nous passerons donc. à la troisième espèoBr de paradoxe <|iiie nous avons réservée /i dâSnir ici. Nous l'appellerons Paradoxe de caUradiciion; dénominatiao qui a besoin d'être expliquée.
Souvent de deux opinions oj^^iosées» tant sur les choses que sur les personnes , auc:^ne n'a le mérite detre un paradoxe ^ soità raison df la difficulté et de l'obscurité de la matière , soit parce que ceutc mêmes ,qui soutienibent l'une des deux , ne mettent pas un assez g^and intérêt à la question , pcpr être, remués par une assertion contraire à la leur. Qu^ue parti qil'on prenne en ce cas , il n'y a pas moyen de frapper , d'être piquant y e;ctr^ordinaire. Mais il reste une ressource qu'on nous saura. gré saps doute d'avoir fait connaître , et c'est de soutenir alternativement dans différens ouvrages^ ou dans le même ouvrage , les deux opinions à la fois. Le lecteur se trouve alors dans une incertitude qui le secoue, qui le sauve de la monotonie, le plus insupportable des défauts d'un livre. Le paradoxe alors n'est > à proprement parler , ni dans Tune ni dans Tautre des assertions : il est, pour ainsi dire, «entre toutes deux, et cotçme en Fair ; mais il n'en est p^s inoins in--;
téreaMot» ni rmîus propre à itttirarrMtentktt et Tadmiratioa du public* Donnons-en quelques exemplM toujours empruntés de M* L^^^ h Cest une question débâtliie aujourd'hui avec beaucoup d)d chaleur , ef dans laquelle deux parte nomi^reux se choquent^ que- celle de la liberté du commerce des grains^ Ni' ISme ai l'autre des deux oph»ions contraires ne peut sembla un paradoxe^ puisque lune et l'autre ont un grand nombre de partisans, et qoe, quelque chose quon en dise, on ne ser^ jamais entfèi^ement neuf. Mais il reste un parti' à prendre , c*est de les soutei^ir toutes d^x ai* teriiatii^ment. Établissez donc ija'aikint Trtt^ jWêf leS' s0u^^ains de Rome ^ atientifsf plkspàf* habillée (^uè par néce^siéé^ 'à ménager laper palace , sèmMaiené lui saerij/Ser tout le reste de^ Fempire; quHls voyaient stms inquiétude la famine désoler les prqOifices , pourvu quelle ne s'étendit pas sur la capitale; qu'ils Javorisaiehi son approvisionnement par les violences les pins odieuses; qu'ils avaient mëhie établi des com* pagnies qui en faisaient le commerce exclusifs ijàe les fruits de cette institution étaient ^ comme on devait s'y attendre , un monopole non interrompu^ des famines fréquentes y la disette et ensuite Ici stérilité, quSid le laboureur refusait de demander a la terre dés produùtwns dés-^
tinees à enrichir d'imtres mains que^les siennes.; que le goui^ememeni, étorméde ces d&ix fléaux f ^en fertilisait la cause -en redouèiant^^es d^enses ^ ses prii^ileges ;
Que Trojohf aidant son adopiiok, atwt été plusieurs Jois ""témoin et indigné c^ ces abus; tfa il songea à les reformer dès quil en^Jut le maetre; t^'il dmçut quen cegetiM^ i.A iiira&Ts -LA PLUS ENTIÈRE -^oéti/ai^ stiâe assurer une abon* dance intarissaUe ; xpk il ' brisa toutes lés en^ tcaves doftt L'iwariee de laflnanceasHiit accor blé ce commerce; qu'il cassa tous les priinléges ; -qii il anéantit les compagnies; qu il défendit qt^ désormais la denrée la plus utile fljf assu^ fettie au plus rude èsc^ifoge; qu'il ifoulut qu'étie
jàtJivssi LiBRïiQCE l'air ET ï/iB^AXJ , puvsqu^elle éÉàit ofissi nécessaire.
(^lie cette sage hardiesse rie tarda pas àêtfe récompensée ; qu'une prompte expérience fit {foir que sa politique était aussi éclairée , 'aussi humaine , que celle de ses prédécesseurs était absurde et cruelle. Que la plus fertile despro^ vinces de V empire ^ VÊgjrptef qubh appjelaitle ,grenier de l'Italie , essuya une sécheresse qui Causa y comme il anwe toujours daus çepqjcs , une stériUfé naturelle. jQu' à peines'^ ressentit-elle, et qu il nç lui fallut, pour obtenir du se--
tùuts, que le temps de faire savoir qu! die en uwiit besoin.
Que Rome , elle-même f qui jusqiie'ià V avait épuisée y devint sa ressource ; qa'elle versa, dans le port d^ Alexandrie plus de blé quelle rien avaittiréend'autrestemps'fqvLeladisettesembla' ne s^être annoncée que pour donner occasion de montrer combien il était facile de s'cFi^arantir ; que l'inquiétude fit place à la recoimaissance; que les numoMvres des monopoleurs , qui avaient déjà tendu leurs filets dans toute la province ^ furent déconcertées ; que tunique effet d'un mal si terrible fut d'affliger ce petit nombre d'hontmes barbares , qui , sous une autre administration y en auraient profité :
Que ce principe si admirable et si utile fut cependant perdu pour les siècles posté-rieurs i qa on n'en a pas moins vu, suriôut en Europe , les gouvemémens s'envelopper de leurs préjugés , se couvrir de barrières contre l'abotidance, et s'opinidtrer à livrer, par des précautions INSENSÉES , la vie de leurs peuples dans des mains qui ne connaissaient point d'autre valeur que celle de Vor ; qv^il n'jr a pas deux cents ans que /ô^ Hollandais, et ensuite les Anglais , ont remis en évidence cette lumière que Trajan avait inutilement présentée au genre humain :
Que nous'-mêmes y nous ne Vawns eujhptée" <quen tremblant \ que l^s soupçons y les dijfiances qui en ont si long-^temps suspendu l'effet , sub^ sistent encore dans une grande paj*tie fde la nation ; que peut-être est-^il à craindhe (pjLe le premier revers occasioné par le dérangement des saisons , ou par le manège de ces esprits qui troui^erU leur Joie dans les désastres de leur patrie y le ministère intimidé ne rétracte le 3IEN Qu^iL A fait; i^' il serait triste que cette démarche in dispejn sable jik démentie par la suite y et que des sollicitations y coui^ertes du prétexte spécieux de l'intérêt général, vinssent çi remporter sur le tèritable intéii^t public ^ que celui-ci demande qu^ la plus parfaits indépendance DANS LE COJtf MERCE DES GRAINS SOÎt
à JAMAIS regardée comme le premier ressort