‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècleChapitre 14 sur 24 · DE LA POLITIQUE ET LE PLUS PRÉCIEUX PRIVILEGE · texte numérisé non relu

DE LA POLITIQUE ET LE PLUS PRÉCIEUX PRIVILEGE

DE LA SOCIÉTÉ. (Hist. des Réy. Rom.^ tom. I, p. iSoetsuiv.)

Voilà Jes principes de la liberté du commerce des grains bien énonces^ bien établis ; de. la li^ beitélaplus entière^ de la plus parfaite indé-* pe^ance dans le commerce des blés; ce principe déclaré admirable et utile y les précautions de la police appelées des précautions insensées, etc. U nous reste à renverser toute cette théorie^ et a ^n donner une toute contraire pour

trouver éa^ ce sajet un paradoite de coiXradiction. «

fiite^ donc ffae la liberté du 'commerce des grdUis f célébrée a^ec de n grands cris de des^ Jms les ir^taudc philosophiques , est un principe kâ^fimfsL'LiiiiE^T junèste; que c^est un libertin nage poUtifpiê ^ ^une frénésie marchande qui oublie sân propre besoin pour ne shccuper que de V argent <jue peut rendre celui des autres ^ quand U est satisfait ; que ceUe funeste et cruelle U^ berté ne brûle pas précisément 'les épis ; mais qu'elle les fait disparaître sans qu'il nous en 'reste'ménie la cendre qui fertiliserait du moins nos terres.. '.:rf que la^Uberté indéfinie a des fruits empoisonnés, et n'ÉNsKVKAvr produire dautres; ^px'elle esi'infinim^né nuisible , qtte c-est là sa

PROPRÉÈfTÈ et SON UNIQUE RËStlLTAl!... ; qUC lu

lui y qui rétablit le commerde des grains, a fait mourir ^defaim une infinité de malheureux , et que c'est un siphon as^ec lequel le commerce a sucé la sabsutnce des peuples. (Rép. aux doct. mode» S\ partie, p. -121 et sdiv. , et Lett. sur la Th. déslois, pag. 70 el 71:)

•Ensuite vous traitel*ez ^ blésexprofesjipy

et voys établirez que c^est JusmuE^irque ceux

qui s'en mêlent Sent odieux ; qjeV opinion, qui

flétrit les marchands de blé, a pris son origine

dans l'expérience et dans V amour du bien pu-^

bUc^ qûè tout homme, qui fait déséks un âb* jet de spéculation ( c est-aMlire , qui achète des blés pour lesirevendre avec profit )^ est nkoés^ SAiREMENT un ewiemi public. . . / que le peuple > qui , de r insulte , est toujours prêt à passemfk des marqi^s de colère encore plus s^iotenies , "^ liçre à un transport excusable, fondé stêt deà conséquences xnèfr-JusTEs et sur un principe incontestable..-./ qiife l'être flétri du nom dé né-gociani en blé est un homme affreux j un pampire déOorant qtii ne se noiirrii que de la ^substance des s^wans , et qui souille te commerce par V indigne abUs qu'il en fait ( Rép. aux docti iBod., 3'. partie » pag. 1 15 etsuiv. ) :

Que tous^ les ménagemens quon eôèige pour les négbcians en blé , sont une véritable fa^ blesse , et que , bien loin de leur donner du support , im gouvernement éclairé ne saurait leurmspkfer trop tf effroi (Réj). aiix doct. mod^^ 5^. partie , pàg. 70) : v

. Que tout être vivant a un droit à exiger des ulîmens... ( des ixiardbands ddM>lé seulement ) ; que ses dents et son estomac sont sa patente ; que dès que la conservation des hommes court le moindre risque , la poUce doit chercher le blé où il est , et partout ou il est ; que le propriétaire ri eh est plus alors que le garpien..; qu ow ne viole en sa personne que le privilège

de ta cupidité , en lui enlevant ies grains ( Rép. aux doct mod. , p. 47 et suiv. jusqua la p. 68 ) :

Que r excessif besoin est ioujoun lajustificor' ikm d'un larcin qui ne porte que sur les objets propres à servir de nourriture pour un particu^lier , et que ce qui est permis à chaque par» ticuUer ne peut être défendu à tout un peu^ pie (Rép. aux doct. mod.. S*, partie, pag. 54* )

Après avqir ainsi justifie les violences du peuple , le pillage des voitures , renfoncement des magasins , et tous les excès auxquels s emporte une populace aveugle , qui meurtrit le sein qui la nourrit , en découiiageant l'agriculture , et qui effraye et repousse le conunerce qui venait pourvoir à ses besoins ; vous vous adresserez aux magistrats eux - mêmes , pour leur faire partager et soutenir les mouvemens populaires , et vous leur direz d un ton d enthousiaste : Marchez , pères du peuple , proteo* iemrs du pauvre , combattez V avarice des né-godons en graims ( qui gagnent sur ce qu'ils ont acheté avec des risques ^ et conservé avec des frais ) : arrachez au monstre sa proie ; ne soyez pas émus de ses hurlemens , et sojrez tranquilles sur la légitimité de votre expédition. (Rép. aux doct. mod., 5^. partie, pag. 70.)

Si l'on vous objecte , i^. que cette adminis-^

Ifafiàn blessela propriété,' 2^. qu'elle découtage ia production , parce que le laboureur ne sèmera qu'autant qu'il sera sûr de disposer de sa irécolte à son gré; et le commerce^ qui, en conservanft les grains > peut seul fournit aux mauvaises années, l'èxcédànt desWinnes, et aux lieux èfi en manquent, le SUperAu de ceux qui en ont trop :

Vous ré^ndréz à la première objection que la propriété au maître de qïielqties sacs de grains , nèst qu'vîŒ propriété partielle. A la seconde , que le laboureur , en embrassant cette profession; a su à quoi il s'engageait ; qïiU ^ak ^il ri a qiiun deAi - droit sur le hlé qu'il fait croître ; qu après tout , son droit ne saurait être plus sacré que celui duproprié^ taire dont il tient la place ; qu'enfin sa profession àiî procure des avantages qui balan-^ cent cet inconvénient , dans Ut simplicité de ses mottirs , dans la tranquillité de sa vie et dans tme véritable abondance qui en fait lé charme ; que d'ailleurs les marchands qui o nt employé leur argent à amasser et conserver Ie9 ^aihs , sont des oppresseurs détestables , des calculateurs dont les supputations ont la misère du peuple pour base , et son désespoir pour ob^ jet; et cpiil est juste d^ aller fouiller dans leurs tanières mystérieuses ^^ oit T avarice , comme

les animaux coma ssiets f dont eUea lesmam$ et TalÏMtre f s'est dérobée avec son htdn, etc. (Rép. wx doc. niod. , pa^ • ^* )

Cependant, c<Mnnie les expéditions dés pères du peuple contre les caltivateurs qiii fiiot croitre le Ûç , et codtre les marchands qui le conser-^ vent, pourraient réduire bien vite à rien h subsistance du peuplé , si chaque cultivateur et chaque marchand devaient s'attendre, après la récolte , à voir arriver leê pères du peuple et l^ peiqfle pour forcer leurs greniers ; avertisses sagement que ces expédisions si salutaires ne sont qu'un remède ^ et qii elles ne smiraient êirq im état constant , un régime habituel , e^ ' t^ il faudra Ovuler un procédé qui en épargm; tusitge, ou du moins qui les rende rares* (Ibid. p. 70. )

n n'est pas besoin de ^re remarque!* à nos lecteurs , combien toute cette acbninistratioii du commerce des blés ,est contraire k cella dont M. L^^'^ a tout à Theure bxi un ^ gr^pà, mérite à Trajan. Nous observerons seulement que, dans le développement du second système» M. L^^^ a non . seulement le mérite de soutenir un paradoxe très4»rillant , 919^ encore celui de le défendre par des raisons qui sont autant de paradoxes. C'est le paradccce dans le paradoxe, imperiwn in imperi% et j'avoue qu'en

ce genre ^ je lie côiiiiais rien quW puisse , mettre à tàté de ce beau lïUMrceaH.

^Outre ce paradoxe de contradiction générale, et <)ui embrasse , pour ainsi dire /toute la ques« tioB , cette matière intéressmite peut vous en fournir beaucoup d'autres , non moins neu^ et . noii moinsr piqiuins. Je me contenterai de vous en indiquer quelques-uns.

Un' des points sur lesquels on dispute avec ie plus de vivacité , est Tinfluenee que peut ' âToir sur l'état du )Oui;^ier qui ne vit que de salaires y ]e haussement du prix du pain qui parait devoir suivre de la liberté ; tandis que les salaires ne haussent pas , ce semble , Ans la même pri^rtion , ou au moins dans le même temps. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question : nous ne ferions que répéter ce qu'on trouve dans beaucràp d'écrits ; mais ce qu'on ne trouvera dans aucun des ouvrages qui ont paru sur éette matière^excepté ceux de M. L'^**^^ ce sont les deux: oj^nions contraires que les salaires haussent ^ et que les salaires ne kaus'^ sent pas/ *^

Dites d%nc d abord : qu'imporient les impôts à ce grand nombre qui tia pwr ^ipre que ses braSf que son tra\fail joumaUer pour ressource. M €St( le prix dû travail journalier) toujours proportionné aU prix des choses qui se eotk-

somment^ Si, 4k»s. un. pajrs oi$ le pmn iHfu^ 2 sols la lii^e, un wyri^ §^n^ ^ sols par, four , il en gagn^a 4a dans celui oème- Uuq0 forcera de pajen le p^Un 4 sols. Le prm. de la main dtemfre se proporlimme * toi^ours à ci^mu des denrées comestibles, eis!augmenie^m^pie temps que les impâts qui le renchémseni.

( Guuuix nayig. p. i63.. )

Mais, a^ès cette ass^tion &it^ en 1^^769»

im{«Î0ies en 1771 ^ que la pmmée.d^ mor, mmi^es nest pas m^yk^Uée depuis qwme ans* * • ; que la maih. dçBwre est restée .au même, taux, nmlgréraugmentaiimdeschHrees (Bép.

auxdail. mod., 3% partie , p. loa et. 10^); qi]^ Us salaires se sont soutenus danttun&immobiUié meurtrière (p. 106); que ce quHj o, dRUr-:

rUde^ est qm le journalier, pre^fiépar le besoin, s'est vendu encore à nrnlhur marché,- que les despotes momentanés qu il confuraiten pleurant^ d'accepter ses services , bU ont tâ(é le pouls , qfin de s'apurer de eeqii^*%l:bàresfait de force pour régler, 'sur sadéfailkmee., la rétribution qu'ils lui ^ffinimt, et pour lui donner bien» moins de quoi prolonger sa vie, quiejffe quoi retarder sa mo/t. (Ibid. p. 108^ . Allez Qlême ju^a dire : No^, U n'est pas vrai que les salaires de F indigent sment haussés^ du t9Ut : voilà jum/tùi fi^^ii^ sur l^¥9lfe porte

ledéji le plus précis; n&n^s^Jemmt CéiU m^^ mentathn n'a pas £u viev , mais elle n'aura PAS LiBfi:, mak elle nb kut atoir lieu. (Journal polit, f 11% 6. )

Mais voici dans la même question une idée , sll est possible^ encore plus neuve. Je suppose que vous ayez établi en cent manières la légitimité des mesures vigoureuses que vous voulez que la ^police prenne pour pourvoir à la subsistance du peuple , quand la disette et la cherté* se font sentir; que vous ayez prouvé que les besoins du peuple »jm^ un motif suflisant pour l'autorité de violer les droits de la pro»' priétér qu'en ce cas, c'est au maintien delaso^ ciéié qu'en saarifiè Ut loi fmdameniale de la sociétés ÇRép. auxdoct. mod« , 3*. partie, p. 65); que vous ayez exhorté les magistrats , en qua« lité de pères du peuple et de protecteurs dm pauiTe, àfomUerdans le^f§Êmeres des marchands de blé , sans doute , pour servir utile* ment les pauvres et le peuple ; supposé , di&-je, que vous ayez étaJbl^ cette doctrine , il fiiudra que vous avanciez , dans le méofie ouvrage et à quelques pages de vos premières assertions , que ces mesures de la police , que vous regardez comme indispensables , rendent la disette plu^ cruelle qu€euparawmt.

Pites donc qa'ona fu quet^uefois la police

prendt^^ur Ma dd faire mfoncer les magasiné f^ dfi remplir les marchés aux dépens des pro* prhtaires : mais que cette abondance forcée y au lieu de guérir le mal , ne fait que raugmenter j que les mçmipoleurs , rachèteni à bon mavché l%blé qu'on vs&ui malgré eux ; que le peuple n'jr gagne quun instant de soulagement j et que le^ murmures qu.excitent les violences y ainsi que les mesures que prefment les monc^leurs p0urse mieux cacher^ rendent ensuite la disette

Hits DCBE ET PLUS CONSTANTE. (Rép. aU^-doct;

wod. , ibid. )

^ C'en est assez sur ce sujet. M. L*** annance dms $on journal ^ qu'il prépare un nouvel ouvrage contre la liberté du commerce des graina« On dit que c'est une partie de sa R^onse aux docteurs modernes avec un nouveau titre. Nous en désinms bien sincèrement la publication pour rinstructio4Pie nos élèves ^ et nous passerons à. d'autres sujets.

IL Un avocat au parlement j traitant de là constitution de notre menarchie ^ peut bien avoir un avis sur cette matière et même deux avis opposés.

Ainsi , si en 1 766 ( les époques sont impor-^ tantes à remarquer) en pariant du gouvernement de Borne sous Auguste , il avait dit que hs abus hoprib^ et ih confie dti despotimie

tinrent de ce que ce prime rkif le' smài hori d'état de s'opposet àîm, et deéê quHÎ n'y eut aucun CORPS IN11KIIMÉDIAIB.Ë eutTe lès peuples' el le prince , pour soutenir le droit des uns et cdriH stater le pous^r de V,aiUre 9 en y mettartt de justes bornes (îîisi. des rëvol. rom. ^tom. I,

pag- 17)- /

• 11 pourrait soutenir en 17570 et 1771 , q[ue

ce n'est que dans lesmittrais septèntrvbnûux que sont écios les corps intermédiaires , fantôme^ quÛ est facile de res>êtir d'une apparence itn"' posante y mais qui soni les véritables ennemis du peuple et les cautions de son esclavage ^y... quiy destinés à servir de canal aux cris du peu^ pie , pour ies porter an trône , ne sont qu'un tuyau long et sourd ^ qui les absorbe.,.; qui ne sont jamais occupés que de leurs ' intérêts et de leuYs privilèges y et qui , quand leurs demandes et îêurs usurpations (prouvent' de la résistance , se servent , pour les soutenir , du peuple mêmei qui en est la première victime* (Rép. aux doct. mod., p. à58. )

m* Nos lois et* nos cdutumeis peuteiït encore fournir à un habile jurisconsulte un autre sujit d'un paradoxe de contradiction.

- Selon beaucoup de personnes éclairées , elles se ressentent de k barbarie et 'de 1 ignorance 4e^ premiers âges de la luonarchie» Vous eh-

tendrez &ire cet «veo à des magktrats msftraits ^ qui veillent au dépèt de ces mêmes loisrDes puUicistes sensÀ , rapprochant notre fvriapm-i dence criminelle de celle de la nation anglaise , donnent la prâerence à ceUe-ci. D'un autre ç6të f un respect bien ou mal entendu pour des lois établies, un patriotisme bien ou mal guidé, déterminent d'autres hommes instruits et de bonne foi a se fiure les apologistes de ces mêmes înatitutionsi parce qu'elles sont anciennes, parce ' qu^eUes sont nationales , et à blâmer les Idk et les coutumesétrangères. A ne soutenir quS Time ou l'autre de ces opinions , il n'y a pas grand avantage pour un écrivain ; mais en les réunis^ sant toutes deux, vous ne manquerei^ pas d'inté* rçBser ou du moins d'embarrasser vos lecteurs*

Si donc vous avez à combattre ceux que vous appelez philo^hes , et que vous leur entendiez dire que les lois de la Grande<^Bretagne sont sages et douces , répliquez courageusement que c'est là le langage des philosopkistes qtd {^ew-^ lent déprimer nos lois , et qui , ciiant quelques^ lambeaux des coutumes anglaises ^ nennent^ 4RMÉS nE CE FUMIER INFECT , insuUerimpudenir' merules usages de leur patrie. (Lett. sur laVh. des lois, p« I20.)

Alitez piips loin en- disputant contre les éco-^ nomiste^ qdise sont permis de soiim]^1;re queU

gues lois de police à 1 examen. Dites que tes fégislaieurs sont des dieux pour la société ; que hrsquune loi est une fois élevée sur le piédestal qui l'expose à la .vénération publique ^ t'est un obj^t de culte dont il ne peut plus être permis d'approcher q^'à genoux ; que si elle est sus^ çeptible df quelque réforme , la main s&de qui lui a donné l'e^tistence a droit dj porter le ciseau f ^tç« ( Journal poUtiqqe. )

Mais que ces. maximes établies par yous* taème, ne vous empêchent pas dç parler ailleurs avec le plus profond mépris ^e nos coutumes et de nos lois; et^ lorsque tous voudres vanter les administrations orientales , ditçs s^eç la niême intrépidité que nos coutumes et nos lois sont-des barbaries consacrées , des numur» mens hontétfx des siècles saumges où fwus étions au^essous des loups ; que notre justice distributii^e est infectée de mille usages fneur^ priers ; que notre droit public, et national four» rnUle d'ordonnances' monstrueuses qui donnent Pencouragem^ent à la fraude et un signal hor^ rible d'injustice et de déprédation ; qfionjr met le vol an rang des titres et le Jarcin au nom^ bre des mojrens d' acquérir ^ etc. y etc. y etç.^ etc. (Lett. sur la Th. des lois, p. 68> 70 et suivantes) gsemprebene. « >

. IV. Les avantages et le6 inconvéniens de la

liberté de là presse partagent de même les sentimcns ; vous pourrez donc tirer encore- de là le paradoxe de contradiction.

Ainsi ^ en vous efforçant de justîfîei^ la morale et les ouvrages des jésuites , dites cpit y a une grande méprise dans Vidée quon a de V effet que produisent les livres , et dans la crainte qu'inspirent aux politiques les auteurs imprimés ; que les livres , quels qu'ils SOIENT, n'agissent guère sur les sentimens^ des hommes en général ; que les plus redoutables fanatiques auraient certainement été bien innocens y s'ils n'avaient confié leurs délires qu'au papier ; que ce iiest jamais avec des in-folîo qu'on a formé des sectes et exeenté des meurtres ; qu il faut laisser écrire et empêcher de parler ^ et que les états seront toujours tranquilles ; que c'est là peut-être la maxime la plus incontestable de la poli-* tique, et une de celles dont il serait à. souhait ter que les. personnes appelées awi: gouverne^ ment des empires fussent bien fén^rées.

(Hist. imp. des jésuHes , tom. I, p. 189 et 2 15.)

Mais^ quand vous aurez ainsi prouve que les livres , ^lels quib soient , ne sauraient être daagereux , et que vous serez aux prises avec ceux que vous appelez philosophas , encyclo-

pedistes et économistes^ établissez d^s^ maxime^ toutes contraires.

' Dites que les ombrages de Moniesquii^u on^ prodiiit au mond le même ejfet que les decou^^ Certes de Christophe Colomb (mphjcsiçjue j. qu'i/^ ont augmenté nos richesses et ms malheurs ^ e^ cjue nos tristes contrées en sentiront long-rtempsi la pernicieuse infiuence (Répons? 9Ux doct.

çaodernes ) ; que la Jérm^ntation donnée aux esprits par le le\>ain enCfclopéiMque^ çt les écrits qu^eUe a produits, ont corrompu les moeurs , r6* lâché tous les liens de la société , introduit la dépravation et Ut misère , ^esprit yie despo^ tisme y cehd de révolte y et la haine du pou*, ^ir ^ et nous qnt mis à la veille des querelles , des sentimens et peut- être dss combats du s^eizième siècle^ Ç^.é^^jsL\xx doct. mod. ^ p.. la.) . V. Il y a enfiu des paradoxes de contradic*tio» entra la conduite et les écrits^ qui peuvjçn^ rehaussai beauco>u|> le car^tère d'un b0mmet s^r quiles ^eux du publie SA^tdéj^v attaKhés^,. , Par «empj^e , si un hoxnme d^ letQtt$ airsat ^vwcé qwç ç'e^st u^, fureur ridiml^ ^t inutik 4'éçri^e ^SffT dçs çkjets. économiques,, un.^is^ou^^ siasme puérile ^ une frénésie, m, délire qffi pro^ (biH d^ effets' d4rables, et très-dafige^^ux, qifii^ fyit naître des pkkint^s et des déçlaftmfÎQf^ nm lie peuv^nf jpjjf. fI^ maMriser^ la marche 4^

àdinihfsùYiiioni , qu'iin cours d'air insensibu ne peut donner Vimpuhion aux ailes d'un mou^ Un 9 et que lès cris des grenouilles d^uri rharais ^ écraséei par les taureaux qui y bondissent , ne peuifent mettre fin aux courses meurtrières dé ees'si^èrbes animaux (Ctm.n^T.',p. î5j, iSS) : £1 y dis^e , un écrivain avait annoncé cette opi^ nion sur le compte des écrivains eii économie politique; il doit £iiré comme ton d'entré euXf et écrire sur les manu&cture^^ stir leé canaux , sur Tesclavage et la liberté , sur les formes tle gouvernement , sur la population ; sur le blé et le pain , enfin , àuv tous les objets économiques.

De même ^ si un auteur avait écrit que ie^ journalistes ', de leur métier, Sont des insectes , des puces , des cirons périodiques ( Lett. sur la Th. des lois , p. i49 ) ; qtie leur métier leur donne , askc les animaux carnassiers y imé grande ressemblance (Lett. sur la Th. des lois) j que ce sont des embryons , qui , loin d^as^ôtr la hardiesse de prétendre primer parmi le^ gens de lettr&s , désiraient s'honorer d'être comptés 4m dernier rang parmi eux- ( Lëtt. sur la Hi. . des lois 9 p. 149) j Jormant le dernier ordre de ht littérature , ayant leur Jranc-injui'ier , et le paupoir de renouveler leurs brocards à chaque ^^^'^ y gagistes des libraires , spadassins Uité^

rairês pat éiB%, Juiseurs d'extraits à tara là feuille , et à qui, on ne peui prous^er qu'ils ont tort , qu'en se rendant aussi méprisable qu'eux (Rép. auxdoct. ipod. Ayc^rt.^ p. 5 et suiv.); si , dis-je y un auteur avoit affiché ainsi son méfurid pour le métier de joumalisie en 1770^. il £siut qu'en 1774 > ^^ ^ ^^^ hn-mAme journaliste ^ faiseur d'extraits u tant la feuille ^ gagiste d'un libraire; qu'il ambitionne le^ prérogatireB de ce dernier ordre de la liiiérature ; qu'il ac-* quière son fremo-injurier , qu'il s'érige «fi spor* dassïn littéraire dans \m journal de politique et de littérature, contenant les principaux és^é^ nemens de l'Europe , et les nous^dles de la ré^ publique des lettres. A Paris , hôtel de Thou , rue des Poitevins. 1774*

S'élever avec emportement contre un poète philosophe, qui décrit en beaux vers les mal** heurs qu'entraine la corvée ; l'accuser pour cela de sédition y et employer ensuite ,, à peindre la situation des habitaiis de la<;ampagne, la plus violente déclamation , c'est eiurore un paradoxe de contradiction auquel vous terez fort bieii de vous abandonner.

Vous direz donc d'aboi^d que la description ^thétique des corvées ^ Eûtes par l'auteur du poëme des Saisons, est indécente , fausse è£, dangereuse; que dépareillés déclamations sont

un signal de soulèvement; que $ sousi prétexté de rei^endiquer la liberté p on jr prêche la ré-sfoUe , et qu on n'est pas assez en garde contre cette effen^escence déplacée » ^ wêène à dire des clèoses qu'iu faopiiàit CACiieR , quand elles seraiéit. waies. (LqU. sur là TTi., p. 167.)

Et 4eux page« auparavant, et jusque dans la même page % vous direa que ce nest que chez les Turcs et les Persans que les pajsans sont des hommes.:..; que des lièvres jdt des perdrix privilégiés ne vie/ment pas ronger le/ruii de leurs tramux ; qu'ils dont pas la crainte Uidlissante de finir leurs" jours aux galères ^ s'ils manquent de respect à ces voleurs sacrés , emblèmes vivams de fartf de pillards non noim PKOTÉGÈs , qui dévorent , en d'autres gemmes ^ le travail (fmttrui; mais que chez nous , grand ])içu% chez nous!... Vou^ apostropherez ensuite ces mêmes paysans { qu'on peut exciter à la révolte, poWvu que ee ne soit pas en vers ) : Infortunés , leur direz-vous » malheur rewCy qui mandez une cendre détrempée de vos larmes « vous , dont la misère a fiétri la naissance y dont le désespoir assiège tous les vmmens , dont la vie n'^est qu'une nuHt prohngée I et qui ne pouvez prétendre au repos qu'en cessant (f exister, etc., etc. Car, quoique cette {NTOse soit trop ^npbatique pour aUumer une

séditîoii , TOUS aurez toujours eu le plaisir de vous livrer vou^mêitie à une déclamation , en accusant M. de S. L^^ de déclamfition , et 4 exciter^ autant qu'il est en vops ^ la révolte , en disapt et exagérant ces nïêmes choses que vous prétendez qu'il faudrait cacher, quand elles seraient uraiès. (Ibij|i> p. i65 et suivr)

Nous ne recueillerons pas un plus grand noi^bre d'exemples du paradoxe de contra^ diction entre la conduite et les écrits , pour ne pas tomber dans la morale , et ne pas nous écarter de notre but > qui n'est que de donner des préceptes de rhétori<gje.

Terminoixs cet article en .fajlsant observer un grand avantage du para4oxe de contradiction. De deux opinions contraires que vous soutenez ainsi , il est difficile qu'il n'y en ait pas une des deux qui dà|ba8e ou qui paraisse absurde à beaucoup de«^ns. Vous ne poùyes manquer d'être attaqué par l'un ou par l'autre . côté. Le paradoxe de contradiction vous ménage une défense excellentei; c'est ce qu'on vii comprendre par quelques exemples..

Supposons que vous vouliez dire ^u lÀen de Tibère et du mal de Titus : si voifs tavez voiis ménager les ressources que peut fournir la coi>" tradiction, voii$ ne manquerez. pa9 a» quelque autre endroit^ de blâmer Tib^e et de^ionfr IT. - 25

Titus p et lors({u oii vous reprochera vos élogeê et vos satires , vous direz que ces rq^rockes soTil une preuve de la légèreté avec laquelle on juge un ouvrage et un auteur (Lett. sur la Th^, p. 25^); que vous avec dit de Tibère qu'on bd reprocha toujours ime humeur sombre ' et un penchant à la dissimulation qui s^aUie raer* M£NT avec la vertu , et qm couvre presque tau* jours de grands vices , et que , pendant la partie de son règne , qui suivit la catastrophe da Séjan , Borne eut à gémir sur des scènes déshonorantes f ou à pleurer sur des scènes cruelles; €ja il fut cruel par ^oût , et crapuleux par choix p etc. (L^« sur la Th. des lois^ pag.

i4i et Sttiv.)

Quant à Tilus » vous ferez remarquer que vous avea dit qu'ii a m&ité d'être le modèle des souverains bimfidsar^ , et que des règnes parreiUausien né demident poini finir. (Ibid. p pag* â6o et suiv. ) ,

S'il s'agit de Montesquieu ^ vous pourrez cir^ tfr'fdusieurs endroits de vos ouvrages ^ ou vous lui donnez des éloges.

Si des jésuites , vous ferea renaarqner que vous avea peint cette société comme dauge* feuse ^ et€» .

EdIiu f et généralement r quelque opinion ifa'ab JVDua repcbdie davcdr avancée i sî vous

ayez soutenu aussi Topinion coi^traire^ yous aurez toujours une justification toute prête; cal: y comme ou ne croit pas Êaicilement qu un homme rai3onnable puisse défendre successiyement , ou à la fois ^ deux opinions diamétralement opposées, yous jetterez yos lecteurs dans une grande perplexité , et yos critiques dans un grand embarras.

Page 1