‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècleChapitre 16 sur 24 · II. 2i · texte numérisé non relu

II. 2i

A la page 36 , il rend* compte du système des médecins qui pensent que les maladies sont produites par de petits animaux qui prennent naissance dans le sang ou dans les humeurs. ; ]^, L*** développe ce système physique dans une allégorie ingénieuse. Le corps d'un ma' Iode f dit-il , est un champ de ^taille où il se fait dm prodiges de valeur. La fièsrre y con^ doit ses escadrons légers ; la ca£omonade son infanterie ambulante. On y sH)it bien^ tôt arriver la faculté ^ pesamment armée , aifec des bataillons de quinquina ou de vif^ argent : elle dés^loppe successis^ement les diffé^ rens corps de cette milice redoutable : on comr^ bat lohg'temps as^ec çiwzcité, jusqu'à ce que les animalcules du quinquina remportent sur ceua: de lajièsnre , ou que les mites corrosives soient chassées par les insectes métalliques; à moins que le champ de bataille ^ accablé par tant d'efforts, nes'abime luir^mmne en terre , englou-tissant avec lui les vainqueurs et les vaincus^ ce qui arrive le plus souvent. (Pag. 56.)

L'auteur recherche ensuite y awc autant de savoir que d'agrément^, l'origine de la caco— monade : selon lui , elle vient de V Amérique en Espagne ^ avec les richesses dont les Castillans avhient dépouillé le nouveau monde : elle est cachée derrière tant de ballots précieux ; elle

Jak un des principaux articles des promiom des troupes qui s'embarquent à BarcelQne poiir t expédition d'Isabelle et de Ferdinand con^ ire le rojaume de Naptes , quoiquelle ne fiJLt^ pas couchée sur les registres des munitionnaires. Dans l'expédition de Charles VIII , en Italie , tios ches>aliers français prennent as^ec rapidité Milan , Florence , Rome , JVaples et la cocoinor^ade , et de toutes leurs conquêtes cette der^ nière est ta seule qui leur reste , etc^

M. L*** voulant ensuite prouver que les anciens iibnt pas connu ce nëau^ remarque agréa"* blement qu Homère n'en a pas. parlé ; qu'il n'aurait pas manqué de faire blesser Diomède par Vénus, et que son silence est umepreui^e incon-^ iestdble quau temps du siège ^e Troie,, frémis était encore innocence / qu'elle se laissait blés-* ser et ne blessait pas. ( iPag. Ôa . )

* Il ajoute que les héros de l'antiquité ne ma-* niaient que le fer , sans empîojer Vautre métal iUiqi^eî nos guerriers ont sisousfent reéèurs , que César , dans ses noces passagères , He gagna

jamais qUe tépilepsie , et que si Auguste

C Pag. iSS et 54.)

Il combat ensuite le sentiment de cébx qui croient là câcômônàdç originaire de Saint- Itomingtiè i èii observant qtie ce fruit ne se ^ème f ni ne se recuHllc à Saint-'DQmingu^ au'^

irement quen France y qu^ilf crùU comme ici au milieu du plaisir. (Pag. 4iO

Il prouve que cétfe nlaia^ïîé n'a pas pris $a %dtirce dans tanthrôpopkagié, en faisant remar-* quer que pour que le gigot d'un caraïbe eût pu occasîoner de longs remords aux honnêtes gens^ qui s'en régalaient ^ il aurait fallu*... et que ce serait suppo^r ce qid est en question.

Nous n# poUsserôùâ pas pïus loin T^xtrait que nous nous proposions de îaxte ^jk que nous nous sotnihes tu$ forcés de mutiler p inéiHe dans ce que nous venons cteil rapport ter. Nous f avouons , les détails dans lesquels^ entre M. L'^*'*'*, les images qu'il pi^sente, ont étfi*ayé tiottè pusilla^iiniité. Nous sentons que nous avons besoin d'étudier encore Iong-temp9 ses ouvrages ^ pour noiis familiariser avec ce foti et cette manière d écrire i on est tenté de dire à M. L'**** , comme Florin^ à Dorval dans \jè PréjU^ à la mode i ^

Stortsieur , en véfité'^ Vôh ne peui mieux écrire ^ Cest dommage pourtant qu*on ne puisse yous lire.

Noiy; exhortons néanmoins Içs jeunes gens^ qui veulent atteindre au sublime en ce genre ^ de fire et de relire cette précieuse^produtrtion^ et surtout lès page^ 58 ^ Sg , 60 , 66 ^ gS etgô : tout ïe (ÈÎbapitre XIÏ dont M. L*** avertit qiiil

He fcuU pas Woir€ que le$ détaïU soient réwU tans , et qu'ib nont que téner^^ nécessaire enpareili^matière/iimèsurt^ièt lei^h^tc^XY, oa ïmXem proppse comme «un moyea d'iextîfv per Ja jcaicofnaoade I ^ Wràdf.... Encore une foU 1MH& x::9W^Uo w h w^ élèws à^ tàchet ^ sunnpnter la répugnance <p now onéte nou»*knéone ipi; xicw wqw leiHr protmettare cpie s^ik y panrienneitf ^ jils /seiK^nt biwt^ babUes , et bien plu^ babile^ qve nous ; et , epnome QuuhûUm h disait de ta lecture 4e Caeëron , itle se prqfeçisse sciât , Cïd JU^^^ poldè pldcebit.

jlll. Passons iwiAtenwt #i}x lois quVm peut

s^imposer d|u)6 leâ di^pAtes ' Uttéraii^s qui nais*-

sefijb 4^ paradoxe^ On pi^9<erît or^naii^ament

d'éviA^ Jie^ î^jprea ^ les pa^^qatite^ ; di9.$V>o

cypiçr 4^1a Aoseet d^ h^màié^ ^Q9i le défaut

^e^n^odjératHm ne pe^ qu'écarter mi Mriwin^

JN[<^.s iCQn^pupfi^g^e, p^ iiiiai^iines aoat bonn^

geif^alempKit pa^l^t j miis .ejl^s aouffi^at une

f xçepfftogji^ ^W»4ér^le ^ lor$<]9'il ^ question

4'<étftMir^ eV d<K Refendre 4ea paMdp^^.

.^|y,e j^iai^adoxe^ cboqumt 1^ idées let les opif

nions reçues y réyolt^^ co^^^JUnësn^ent Ifss lec^

teurs.^ ^surtout ia]Bsq»!il a pow dbjet des nîar

tières intéressantes 1 il ^çtst f^squ'kapoosiU^

x{u il$.ii'ai^nt pans im peu d'bum^w <:oj»trç Té--

criv^ ( «^»î^ siî»t 9 méoie quand on m h

lui témoigne pas > qu'on a pour loi un m^ris sans dpute mjuste.*

Si y dans ces circonsCances » il se laisse abattre > il perd tout le finît de la noble? hardiesse avec laquelle }X avait produit son opinion : il faut qull la soutienne aussi courageusement ^11 la avancée ; qu'il ne se laisse pas arrêter par ces petites et misérables bienséances qui énervent la manière duik hommes de'géùîe; quHI imite ces savans des. siècles pa^és^ les Scalig«r , les Saumaise^ et les Scioppius, qui î .après- tout , étaient d'aussi habiles gëhs que nos modernes , et qui ft'ônt jamails laissé é^énérer la dispute en de fades eomplimenis;^ •

D'après cette maxime et ces grattd&exéniplesy si vous traitez>< dans voslivres , de la ppopiië^é de la libetté ,' de la forme dès-gottrétRéiBeiis\ de la subsistance- des peuples ; etcJ^Kté»-' que les ouvrages de ceux qui corifeètëiit Vbs^>jpî*liions \^<^7ii{ pleins (fifûperiinencès »(ljett. Scfir là

quesy menteurs y dahgereUx ( pag/ 'i-49 ^i^ts ^

-ignorons (pag. iSi ) ; àudàcteitx , lâches'(pa^^

1 57 ) ; calormdaïeurÈ pumsstààlès , agresseur»

'ptalftonnêtès , aiéteups d'indignes libelles (Rép. aux Doct. mofd.^ pâg. 4 ^ 5 ileravei»tissement)ï et de libres ou senvontrent la ifiaui^îsè Ifri , la

chartatanerie, rindécence ( ibid. , pag. 7)* corrompant les mœurs , relâchant tous les tiens sociaux , introduisant la dépravation *et la misère , l'esprit de despotisme et celui de ré-, coke ( ibid. , pag. 11); insectes , chenilles , reptiles , dogues littéraires ( Rép. aux doct. mod. , pag. 55); Serpens littéraires (ibid. , pag. 40î redoutables par leurs intrigues ÇûÀà. pag. 17 ) ; écrivains nés pauvres , orgueilleux etméchans , bas , cabaleurs , les plus dange^ veux dès hommes ( ibid. , pag. 5o et 5i ) ; qui . n*ont rien lu , rien médité y [ien compris (ibid., pag' 55 et 56 ) ; auteurs d'ouvrages indignes de tout homme qui se ré^ecte un peu lui-' même , qui a quelque ombre de délicatesse dons le cœur et dans X esprit ( ibid. , pag. 67 ); présentant avec l'audace la plus étonnante , des principes dont le ridicule saute aux. jeux ( P^g- ^^ ) 9 gonflés de leur mérite ( ibid. , pag. 69 ) ; ajant recours à la fraude et à Vimr posture, pour colorer des insultes (ibiét, p. 87); coupables des délits sériewc de calomnie ël de falsification (pag. i#o){; auteurs de compila-', tions d'horreurs ( pag. 1 1 5 )»; détestables fiaù" teurs et maîtres de tyrannie ( ibid. ); trompettes» du lion marchant en guerre (121 ) ; réunissant tous leurs bouttoirs , et présentant un front for^' midable avec des hurlemens affreux à V ennemi

imprud^èt qui trouble la glandée (Kép. anx doct. mod.^ page 1 2 i); wulafU quonfasfie de For ai^ec du sang humain, assez ennemis de tout sentiment de pudeur pour prêcher une aussikorrible mo^ mie, et la mettre en pratique. {ïbid., pag. 80.) .Voilà, comme le ^t, de luî-inême. M, L*** des^enir wndiùatij par raison , quoi qu'an soit indulgent par caractère , et Chomme le pius paisible du monde (Rép. aux doct. xnod. ^

tom. I, pag. 2g). Voilà défendre le paradoxe

at>ec les armes dont il a besoin.

ÏV. Parlons maintenant de la logî^e du

par^oxe , qui est fort différente de la logiifue

commune. Lès ran vains à paradoxes ont id

les mêmes di^oits que les amans :

BcÉc si lu postules Bathnê certÉfacere, nihiloplvs agds Qùatn si des opérant vl cum ratione insttnias.

Ter.

Et eti efiet y dans la chaleur de la compodtion , llH>mme*que le génie du paradoxe domine ùe pteiit asservir sa manohe atix lois sévèircs dPnne pësftnte diàiecttque. ÉcovÉdnsM. L*** se peindre lui^mèoie en cet état. Je me sens brûler dès que je tiens la plume, S^mbldbh k la Pjâde , que des vapeurs diwnes eiïis^raiènt à f instant oà ^Ue niontait jf^r ie trépied , dès le moment ùùfe refléchis sur ia p^tiquè , etc. ( Rép. aux

doct. mod. , pi^. 1 ^ pag. 1 13 ^ et aiJleors) y le plaisir de dire des vérités nouv^dles m'en^orU (Lett. sur la Th. ^ ps^. 236), le^ang^meiemi dans les veines% mon cher and , eic. ( Ibid. f pag. 125. )

. LVwa ircmooit aisaoïent qu'au tnilieti de eefie dbaleur br&lante , airec œtte «âervesœnce du . saog ^ 'et*dbtts icette ïvresse de vapettre dîvîaes ^ lôs préceptes de la logique ordinaire ne pewv^Bt se &iWà lettlcndre ; il ÊLUtdônc s'iâ)andotifier ti celle du paradoKe» dont nous allons domter à nois ^èi/ies les règles principaieB.

t®. S^^bstenir de définitions précises. Cest ainsi que M. L*"**, parfant dans tous ses livres de k nature et des eff^s du gouvernement , ne dcMttie <en aucun endroit une définition de la fiberté. Par eseinple , dans le passage^ déjà 45ite (*) k la pag. 19 , fl dit bien : il y a deux sorêes de libertés , la naturelle et ta cis^ile ; la première est celle d'un taureau sauvagejda seconde est celle de Chomme sociable et^èison-

■ *•■«•»- ». I I . I I II I II I II I m i^>— — .^fc-ili—

(*) Nous sommes obligés «de peyenir sur les cnSroits de M» L*** déjà cités , parce que de nouveHes citations , 'qui assurément ne nous manqueraiecit pas , prendraient trop d'étendue. Les trai# ^tant dë)à connus, il mous sera pkià aisé d'y faii^ remarquer la vuid)^ À0 la faigifae de il. L***.

nable, îl lui eût été impossible d'ajouter qu'elle est une chimère incompatible avec tout gous^emepiènt ; et le paradoxe se fât évanoui . ^

2°. Faire des énum^ratiortt incomplètes.

M. L*** syert admirablement de ce moyen ^ par exemple', s'il veut prouver que la suppression de l'esclavage personnel a été funeste à la société , il Élit mention de la circonstftice que Tèsclave est nourri par son maître , tandis que le journalier est forcé de se nourrir luimême par un travail souvent mal payé ; mais il omet entièrement de parler des autres circonstances de la situation de l'esclavage , qui mettent ses plaisirs , ses douleurs , toutes ses sensations, son corps et sa vie, à là merci d'un maître dont les caprices n'ont point de ù^in.

S'il exalte les gouvernenlens orientaux, il . fait valoir les pachas étranglés ; mais il ne dit pas ni si les violences qu'ils ont commises sont réparées , ni si leurs successeurs n'en commettent |j||| de nouvelles , ni si , outre les pachas^ il p'y a pas une infinité d'autres tyrans subalternes, qu'on n'étrangle point.

S'il nous parle avec attendrissement des sou-* pers de Denys-le-Tyran , de ceux de Tibère , et de ceux des rois de Perse ^ il écarte l'idée des proscriptions ' et des assassinats qui ensanglantaient les plaisirs de ces aimables débauchés.

, 5**. Supposer. ce 'qui est emquestifm. C'est un ajFtifice innocent cju'eroploîe souvent M. L***, ^t notaffimemt Iqrsqu il attaque la liberté du commerce des grains. En effet, dans la discussion en- ^ tre lui et les partisans de la liberté , il s'agit de percher les n^oyens de prévenir la disette.

Ces derniers- soutiennent que le commerce étiSinJ; libre , on n'éprouvera que celle qu'aucune force humaine ne peut empêcher , et qui est le résultat nécessaire des mauvaises récoltes : lors donc qu'on attaque la liberté en prétendant jqu'il n'y. a pas d'autre moyen de faire vivre le peuple que. d'enfoncer les magasins dans la disette , et de forcer Ij^ : fourniture ' des marchés en tout temps , on suppose ce qui est en ques** tion, c'est-a-dire , la disette causée par Ja li-r jberté. A la vérité cette Ipgique est commuile à JM. L**'*^, et à tous ceux qui ont écrit contre jlaiiberté du commerce; mais cet habile honin^ ^'a employée plus fréquemment et avec plus od {lardiesse que |)ersonne.

y 4^. Conclure sans avoir prou\^é ^ etc. ; mais jQ.ous nous apercevons que ces*" détails deviennent longs et pesans; les modèles que nous fournit M. L***, fatigueraient nos lecteurs , présentés ainsi hors du cadre où ce grand écrivain sait les placer ; nous ne pouvons que renvoyer h ses écrits, - , • ^

Nous nous contenterons de citer un exemple qui , quoiqu'il ne soit pas tire de M, L***i donnera une idée juste de ce qu'il faut entendre par la logique du paradoxe.

Un moine prêchait dabondance de coeur, sur l'amour des ennemis ; dans la chaîeur , £1 au pins bd endroit de «on sermoh ^ il lui -vient dans la tète d^ se Êitre cette objection ; mais, vous me . direz : Je vis en paix as>ec tout le monde ; je rCài point d'ennemis , etc. Cemmertt iH>as fiapez point d! ennemis î Et le diable et la chair , ne mnt^ils pas vos ennemis ? Voilà tous les auditeurs à se regarder et à rire. Le prédicateur s'aperçoit de sa distraction ; mais il était engagé si a^ant , qu il ne put jamais s'en tirer.

Wous n'ajonterifns point de commentaîreî mais tKMis exhortons nos lecteurs à bien étudier ce petit conte^ qui est pli^s moral et plueinstructif au'il ne le pistralt au premier coup d'œS. Nous moins ^àve qu il renferme la yraie logique du paradoxe ; cette logique qui lie les mctts aux inots , et' non pas les idées aux id^es. B n*y a qu'une obserration k j «jouter ; c'est qii^ ne fa«t pas descendre de chaire comme le moine ; il faut prohver qu'on ^oit aimer le £aMe , et certainement M. !>♦* Taui^t prouvé , et ne serait pas descendu. ^

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