V. Rien n'est si contraire à l'art de traiter
et de préséirtei:' le paradoxe que le pedaûtisnie
du savoir , et aa minutieuse exactitude. U est
bien clair qu<en s attachant avec trop de sera* pulé fiux détsdb ^ on perd de tue Tensemble ^ et qu'en youlantaasurer chaque pas , on ne peut avofr qu'une démarche pénibk et knte. Lepavadoxe doit se présenter avec cette sorte d^aisance , tt d air leste , qite les Italiens appellent disinsfoltura. Il ne faut paâ craindre de tc»nber daUs quelques bévues ^ tnême grossières ^ ni de laiaser échapper des traits d'ignorance dans les eboses les plus communes* Si p au milieu de votre travail , vous êtes obligé de recourir à un dîctiotinaire latin y pour savoir ce que veut du'e ïsA\çcûi patrius y patrià f-pairium , ou àfi demander à un Anglais ce qœ veut dire le mot hall 9 ou d'apprendre la géographie des pays dont YOiis parlez ^ ou d'étudier les premiers principes d'hydrostatique y lorsque rdos voii^ dra^ilPraiter du mouvement des eaux dans lés rivières et les canaux y y m» laisserez! s'évapo* rer toute la chaleur de ïsbicompositioii ^ et vous qe trouverez plus eesmomefts précieux que tes hommes de génie ne peuvent pas toujours rappeler.
J ai cité ces exemples ^. parce qu'on a Ésiit un grai>d bruit contre M. L*** de quelques £ïutes en ce genre. La première, se, trouve dans
la traduction dW passage de Grotiàs ^ où ilâ rendu les n\ots de potestas patria , par la pms'* sance qui se nomme patrie , quoique patrï Ar • soit évidemment en cet endroit le féminin de ïsidjecût patrius , patria , patrium , qui signffîe paternel et paternelle (*).
On lui a de même reproché durement une faute qui lui est échappée dans une éloquente déclamation contre le f^aux-^hall : on va voir sr ce reproche est fondé. IV^. L**'^ , dans l'avertissement qui est à la tête de son excellente* Lettre sur la théorie des lois * s'élevant contré le goût que .nous avons pour les Anglais , el contre Testime que nous faisons de Pope , Ae ^ocke , de Bolingbroke , dç Fielding , de Ri^ chardspn , de Hume , et des voitures à Van^ glaise , etc. , ajoute ; Enjin nous qyoru consor créun temple dans notre capitale , au directeur des tristes voluptés de Londres^ M. Halji a eu dans Paris un sanctuaire dédié sous son'^fm/ comme s'il convenait surtout à des F&incais^ d'aUer danser sous ^es umpices étrangers^ ( Lett. sur la Th. Avertissement ).
(*) Sub riamine facuhaiis conffnentur potestas tum in 4e ^ quœ libertin dicitur; tum in alios , ut Patria Pomi^ nicay êïc, : ce ^ue M. L*** traduit àtiïisi *: Lafdmltécom-' frçndy lo. le pouvoir ^ tant sur' soi ^^qvIi's^appeUeYAxitéf fue sur les autres. , qui se nomme pairk'> fotvfelwiei^^ "
ri
il est vrai , et nous ne pouvons le dissimuler, le mot hall signifie sa^le , et Vaux , ou Z)éà|2/ar , est le nom d^un Français qui a fait construire à Londres la première salle de spectacle de ce genre*; en sorte ^ que le nom de Vaux^ hall signifie la salle de De^aux^ et que , loin que nous dansions sous; les auspices d'un Àur^ glais ,.ce sont les Anglais qui dansent sous nos auspices , ce qui doit beaucoup mortifier cette nation altière , surtout avec sa sombre cort' trainte, sa défiance concentrée ^ et sa crapule solitaire; dispositions que lui attribue M. L***^ et ayec lesquelles on n a pas beaucoup envie de danser.
On s'est récrié encore sur ce que M. L*** £dt du fort Pauxis une rivière sur laquelle il £ût naviguer M. de la Condamine, et sur laquelle il dispute avec ce savant voyageur , sur ce qu'il a placé la Tamise a Douvres (^) ; ce qui est cçmme si un Anglais mettait là Seine à Calais , etc. \ etc.
Nous pouvons défpfcre aisément M. L***,
{*) A régarii de PE&ey je m'en rapporte au jugentpii,4^ licn^s les nangatçursjpti font v}t sous Hcanbourg : s'a est plus grcuid que la Tamise à Douvres^ et que la Gironde ^JÊÊÊa Tour de Cordouan , j'ai tort* (Lett. de M* L**^(HPIela Condamine^ Mercure de'France 1770. )
contre ^ reprocAtea que l'envie seule peut filtre Tak>fr. Selon Longin, Traké du SublÎQie, les fautes dans le sublime peuvent s'eA:ciJm* CTest le titre du trentièsie chapitre ^ auquel M. L*** a bien droit de renvoyer ses censeurs, €t qui ne peut manquer de leur fermer la bouche : cet habile rhéteur ajoute : ji T égard des grands orat&ip en qid le sUblime et le mer^ peUleux se rencontrent ^ ils riant pus été exempts défoules ; tout ce qtion gagne à ne point faire de faute y c'est qu^on ne peut être repris; mais te grand se fait admirer. ( Longin , du SutlimCf c. 3o, traduction de Despréaux. )
On voit combien ce principe est sage f et avec queHe justesse U s'applique aux «^i^ages de M. L***. Si l'on veut donner de paijeiUes entraves ^ nos grands écrivains y il Cuit renoncer à écrire*^ Dans cet esclavage du génie, la chaleur s'évapore , la véhémence s'abat , l'éloquence se flétrit. Qui pourra estimer les pertes que nous causerait ce nédantisme minutieux ?
En veui*oû un exempfllifappant ? Sans l'ignorance de M. L^^^, sur le met i w w fcr - fea tf > nous n'aurions point eu tout le beafi nHoi^eau dont nous avons cité ci-dessus un fragment, et dans lequel il déploie autant devient qu'en aucun antre endroit de ses ouvrd^Btfl'est là qu'en deux pages on trouve une éffên^escaice
passagère , art enthousiasme épidémique , une admiration folle , une imprudence orgueilleuse, un temple , de tristes voluptés , un sanctuaire, des auspices étrangers , des rapsodies dégoû^ tantes , des humeurs empoisonnées , une somn hre contrainte, une défiance concentrée, une crapule solitaire , des Jiimées sulfureuses , des boues infectes , etc. ( Avertîssemeiit , pag. 12 et i5). Toutes beautés qui ne viennent en cet endroit qu'à l'occasion du Vaux-hall , et qui confirment bien ce que l'on a dit souvent , qu'il y a des fautes heureuses; bien entendu qu'il n'appartient qu'aux honunes de génie de faire de ces fautes-là.
Nous défendrons M. L*** avec encore plus de £sicilité'^ contre le reproche qu'on lui fait d'ignorer jusqu'aux plus simples élémens de l'hydrostatique , en parlant d'hydrostatique , et d'avoir commis en ce genre des fsiutes gros* sièrés. M. L*** , à l'occasion d'un projet de rendre la Somme navigable depuis son embou*^ chure jusqu'à Amiens , avait à parler du i^efou*lement des eaux des rivières , causé par l'action ae la marée. Il prétend qu'en rétrécissant le lit de la Somme, la marée repousserait les eaux de cette rivière beaucoup plus près de sa source^ et, lui donnant plus de profondeur , la rendrait capable de porter des b4timéns plus grands , IL 25
et à une plus grande distance* Ceçt à te sujet qu'il établit qise la marée ne pmt agir sur les riifieres aundelà de 36 lieues. 11 assure que c'est là un principe absolument neuff daw une ma^ tière qui est , dit-il , peu connue , et que si Vkj^ drostatique valait, pour le bi^iUant , Vastrono' mie , il placerait sa loi des 56 lieues à cùtéde celle de Kepler , etc. , etc. Je ne suis pas beaucoup plus versé que M. L**'^ dans l'hydrastar^ tique ; mais quoique je n'en parle pas , je prendrai la défense de ceux qui en parlent en l'ignorant I par où l'on verra combien je suis un apologiste désintéressé. Si j'en crois quelques géomètres, tout ce que dit à ce sujet M. L***, est inintelligible et conti^aire à toutes les lois de l'hydrostatique j ce qu'ils m'oc^ prouvé par de longs raisounemens , dont je fais grâce à mes lecteurs : mais , je le demande , tous les raisonnemens des géomètres valent-ils les écarts d'une imagination brillante , qui embellit tout ce qu'elle peint? Les livres de M. L*'^'^ auraient* ils cette célébrité qu'ils ont si justement ac* quise : entendraitTOu dire à tous les soupers que M. L*** a de la chaleur , qu'il écrit bien* etc. , s'il se fut laissé aller à ces pesantes di&* eussions ? Sa marche aundt-^Ue cet air leste et léger , s'il la i^aodelait sur celle des géomètiws 2 Que deviennent toutes les grâo^ du style p A
kft mjfayeoÊ^ai qui loi dotinenl lift couleur et la vie 9 si vtJoA vonlex qu'on emploie le langage . mort des sdenoes abstraites <|ai il» parlmt 'qu*à l'esprit pur ^ sans jamais se £ar«r émmidf e d«f < fioiagiDatioii et du coenr ? '
M. L^'^^ a trop de goù4 pour m pa& seutir la Térité de ces maximes^ et pouir ne pas les suivre constamxattut : aussi en piroposânt son principe d'hjdrostatique, et sa loi des 56 Ueues, a-t-il su répandre sur son sujet toutes les richesses de 1 éloquence. Les eaux du Jleu{>e^ dit-il y disputent la possession de leur lit aux étrangères qui s'en emparent , et quoiqu'elles cèdent à lajarce , le combat retarde prodigieur sèment la vinsse de c^ ennemies : à la s^érité les eaux s'emioncèlem^ elles s'élèvent depro^ che en proche , jusqu'à l'instant où le vâlste bassin de l'Océan, rappelant cet espèce de dé^ tachement quil a enwjré sur les côtes, les laisse en liberté de reprendre leur marche ordinaire. Si ces métaphores «militaires n'éclairent pas la question , elles soutiennent au moins l'inté^ rèty et font valoir le talent de l'orateur ^ que son art n'abandonne jamais.
Enfin , nous ne saurions trop le répéter aux jeunes gens que nous voulons former à l'imitation de M. L*** , il est manifeste qu'avec la ré- > serve à ne pomt parler de ce qu'on ne sait pas ;
avec hivloi de n'en parler que dans le style de la chose ; avec les règles étroites et minutieuses qu'on ne craint pas de lui prescrire ^ et sans fMe heureuse ignorance et la franchise, arec laquelle il s'y abandonne , M. L^^^ n'aurait pas écrit une grande quantité de beaux morceaux qui enrichissent ses ouvrages : réflexion qui seule suffit k 3a )uràfication.