‹ Mélanges de littérature et de philosophie du 18e siècleChapitre 5 sur 24 · LES POURQUOI · texte numérisé non relu

LES POURQUOI

Pourquoi M. L, F. a-t-il été reçu à l'Académie? C'est qu'il a fait six mille petits vers^ dont personne ne sait un seul , et une tragédie dont on ne parle point hors du théâtre^ et que , lorsque les grands talens sont rares ^ on a de l'indulgence pour les talens médiocres.

Pourquoi M. L. F. a-t-il employé la moitié de son discours à déclamer contre l'incrédulité et à décrier les gens de lettres? C'est que la réputation d'homme zélé peut lui devenir encore plus utile que ne lui a été celle d'homme de lettres.

Pourquoi a-t-il justifié si chaudement, sur l'article de la religion , M. de Maupertuis , qui est mort et qu'on n'accusait plus ? Pour rendre odieux ceux qui vivent et qu'on accuse.

Pourquoi avan,ce-t-il qu'on ne peut être philosophe sans êti;e* chrétien ? Parce que ce n'est qu'en qualité 4é chrétien qu'il peut prétendre à la philosophie.

Pourquoi a-t-il fait une instruction chrétienne , au lieu d'une harangue académique ?

Parce qu'il a composé son discours , bien moins pour être récité à l'Académie, que pour être lu ailleurs (à Versailles ).

Pourquoi la-t-il débité avec tant de har-

diesse? Par la raison que lorsqu'on insulte les gens chez eux ^ il Ùluî les insulter hardiment , de peur d'être jeté par les fenêtres.

Pourquoi dit-il que YAcadénùe ri a reçu dans

son sein que des esprits sages , pleins de senti-'

mens épurés sur tout ce qui fait Vobjet de notre

culte et de notre sfénération ? Pour faire enten-

^dre tout le contraire.

Pourquoi dit-il que les gens de lettres enseignent à mépriser les plus grands modèles? Est-ce que les gens de lettres méprisent Corneille et Bossuet ? Pour récuser d'avance sur ses ouvrages le jugement des gens de lettres.

Pourquoi dit-il que les gens de lettres por'^ tent erme en secret aux riches? Afin de seconsoler de la privation de beaucoup de choses que ses richesses lui laissent encore à envier aux gens de lettres.

Pourquoi accuse-t-il les gens de lettre^ de s'éles^er as^ec une liberté cynique contre la naissance et les dignités ? Pour trouver à sa haine pour les gens de lettres y un appui dans les per^ sonnes respectables par leur naissance et leurs dignités.

Pourquoi Fauteur du discours dit-il en 1 760, que le roi s'exagère les malheurs de ses sujets : que cela seul suffit pour les adoucir : que les Français^ chers à leur maître, ne peuvent ja"

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mais être malheureux; après avoir dit, en 1756, au roi lui-même : Sire, toutes les espèces d'impôts sont accumidées sur yos sujets, ••ilsj succombent... ils sont traités plus impitojrable^ ment que des forçais.*., on exerce sur eux des i^escatioHS horribles... ayez pitié d'un peuple épuisé... sortez de cette enceinte de palais somptueux , de ce concours de courtisans fas^ tueux.... vous verrez un empire qui sera bien* tôt im désert. . . les terres sont semées de larmes et moiss&miées dans Vqffliclion... vos sujets ont î-a certitude accoMante d'être hng'^tèmps malheureux. PotrUQtJOi cet ÏM^name est-il ain^ en contradiction avec luinfâêttie ? Ce n'est pas que la situation des peuples soit devenue meilleure ; mais c est que la sienne a changé.

PoiTftQuoi prenons-nous la peine d'écrire des réflexions que toutes les pei:sonne6 mi9<!>nii2i>les ont'faites sur le discoiirs prononcé le 10 mars ? Pour j&îre fiien cotuprendre à l'au^ôur de ce Discours, que tout le monde n'est pas dupe du zèle affecté qu'il a fait 'paraître ; pour dénoncer au public en SA persomie.une secte nouvelle de faux dévots, qui menace également les lettres et la tranquillité publique , et afin qu'on ne confonde pas les vrais dévots modérés et modestes qu'il faut respecter, avec les dévots politiques et persécuteurs qu'il faut détester.

LA PRIERE UNIVERSELLE

TraduUe de ranglais de M. Pope , par rau-leur du Discours prononcé le lo mars à ¥ Académie fNinoaise.

• • . . Adeo indûment sihi latiùs ipsip

JuvEN. Sat. i4-

AVERTISSEMENT

J'a I eu bien de la peine.^ dit h Provincial de Pascal, à trouver un Escobar; je ne sais ce qui est arrivé depuis peu qui fait que tout le inonde le cherche. La traduction de la Prière unii^erselle de Pope , par M. Le Franc r^ vient d'éprourver un sort semblable à celi^ de ^'ouvrage du théologien jésuite; un homme .o^èbre a dit un motj ^t la Prière du Déiste êst sortie de l'obscurité ou elle était ensevelie. Elle était devenue rare, quoiqu'on en eût vendu fort peu , parce que l'auteur , par modestie, ou pour quelque autre raison , en av^it racheté un grand nombre d'exemplaires, et elle ^t recherchée aujourd'hui , parce que les ouvrages de M. Le

Franc ont acquis beaucoup de célébrité depuis son Discours à Vjàcadémie.

Nous avons pensé que le public recevrait avec plaisir une nouvelle édition de cette pièce; les notes et les critiques que nous j avons jointes pouvant servir à prémunir les fidèles contre les principes de la philosophie moderne quon retrouve dans cette prière , et que M. Le Franc a si bien combattus dans son Discours : nous espérons que l'auteur même nous saura gré de notre zèle , et que les personnes religieuses trouveront dans nos remarques un grand sujet d'édification.

On nous dira peut-être qu'il serait plus sûr pour le bien de la Religion , de ne point ré-pandre un ouvrage libre ^ que de V imprimer même en le critiquant. A cela nous répondrons y que si cette traduction était aussi belle que l original y si elle était de la main de quelquesuns dé nos grande maîtres , il serait à craindre que nos observations, quelque solides qu'elles fussent , ne tinssent pas contre les charmes de la poésie, et que r antidote ne fdt moins puis-sont que le poison ; mais nos lecteurs verront aisément que l'ouvrage que nous leur présentons ri est rien moins que dangereux , et ne leur donnera pas des sensations bien fiertés contre la foi. Si pour l'ordinaire des vers ne sont pas des

raisons , de mauvais vers sont encore aur dessous de mauvaises raisons.

Nous ne devons pas oublier d'avertir que cet ouvrage à sa naissance ayant scandalisé beaucoup de personnes , et surtout un illustre magis-» trot , M. dJguesseau y M. Le Franc en donna dans le Journal des savans, en septembre 1741 7 '^^ rétractation très-ample et très-chrétienne. Cet auteur a montré la même docilité en d'autres occasions ; par exemple ^ en 1 734 , il avait écrit que Virgile était un mauvais modèle pour les caractères: dans la préface de son édition de 1765, il dit que cette expression quil avait employée est dure y et ne convenait point à son âge ni à son peu d'expérience; et il ajoute : Je la rétracte aujourd'hui par respect pour Virgile, en pensant toujoursde même par respect pour la vérité,

LA PRIERE UNIVERSELLE

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