Partie inconnue
Elle ne revient jamais sur la partie constatée. Lorsqu'on croit qu'elle rétrograde, c'est qu'elle s'agite dans la partie douteuse qui a une certaine latitude. A mesure qu'elle avance, la partie douteuse devient constatée, la partie inconnue devient douteuse.
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meoQdre et çncmentanëe. Ainsi , parmi les opinions et les institutions ( c»r les institutions à Leur origine ne sont que des opinions mises on pratique ) , celles que nous considérons aujourd'hui comme des abus peuTent avoir en leur temps d'utilité, de néceteité, de perfection relative. Ainsi, celles que nous regardons cpmme indispensables, et qui sont telles à notre ^ard, pourront 9 dans quelques siècles, être repoussées comme des abus. N ct concluons pas néanmoins que, parce que la plupart des abus ont eu leur temps d'utilité, il faille soigneusement conserver ceux qui existent au milieu de nous. La nature seule se charge de créer et de conserver les abus utiles* L'espèce hnmaine ne se défaîl jamais de ce dont elle a besoin. Lorsqu'un afans tombe, c*est que son utilité n'existe plus; mais on 4ie peut pas dire de même , que lorsqu'un abus ne tombe pas, c^est que son utilité existe encore; il peut y avoir d'autres causes.
L'utilité relative des institutions varie chaque jour , parce que chaque jour nous découvre un peu plus de vérité. L'abus utile de la veille est l'abus inutile du lendemaia^ Or, tout abus inutile est funeste, et comme obstacle aux progrès de notre espèce, et comme occasiou de lutte entre les individus.
Cfist presque toujours par un grand mal que les révolutibus qui tendent au bien de l'humauiié s'opèsent. Plus la chose à détruire est pernicieuse^ plus le mal de la révolution /est cruel. Gela tient à ce que , pour cfà^une instir tution très pernicieuse s'iiilroduise » il faut qu'à répoque de son introduction , cette institutioa soit ou paraisse très nécessaire. Or^ le souve-nir de cette nécessité survit à cette nécessité même, et ce souvenir oppose une résistance obstinée à qui veut détrttii» Tinstitution, lors même qu'elle a cessé d'être nécessaire. '
Prouver qu'un abus est la base de l'ordre social qui existe , ce n'est pas le justifier. Toutes les fois qu'il y a un abus dans l'ordre social , il en parait la base , parce qu'étant hétérogène et seul d^sa^ nature, il faut, pour qu'il se conserve, que tout se plie à lui , se groupe autour de lui , ce qui fait que tout repose sur lui. Certes, lorsque l'esclavage était en force, l'asservissement de la dasse qui fertilisait la terre, qui seule était chargée de tou^ les travaux , qui assurait à ses maîtres le loisir indispensable à l'élégance des mœurs et à l'acquisition des lumières ^ paraissait bien la base de Tordre social. Sous l'empire de la féodalité, la dépendance des serfs semblait inséparable de la sûreté publique. De nos jours, les privilèges de la noblesse ont été réclaméi^
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oomnie les seules garanties de la prospérité nationale. L'esclavage néanmoins a été détruit ^ et Tordre social a subsisté. La féodalité s'est écroulée ^ et Tordre social n'en a pas souffert. Noos avons vu tomber les privilèges de la noblesse , et si Tordre social a été ébranlé , la faute n'en a pas été à la destruction de ces privilèges , mais à l'oubli des principes , à l'habitude de la corruption y à la domination dé la sottise , au délire qui a paru long-temps saisir tour à tour tous les hommes ayant du pouvoir.
La destruction des privilèges de la noblesse est le commencement d'une époque nouvelle : c'est iTépoque des conventions légales.
L'esprit humain à trop de lumières pour se laisser gouverner plus long-temps par la force ou par la ruse , mais il n'en a pas assez pour se gouverner par lia raison seule. Il lui faut quelque chose qui soit à la fois plus raisonnable que la force I et moins abstrait que la raison. De là les besoins des conventions légales, c'est-à*dire d'une sorte de raison commune et convenue, le produit moyen de toutes les raisons individuelles, plus imparfaite que celle de quelques-uns , plus parfaite que celle de beaucoup d'autres , et qui compense le désavantage de soumettre des esprits éclairés à des erreurs qu'ils auraient secouées par l'avantage d'élever des esprits grossiers i des
vérités qu'ils seraient encore incapables de comprendre.
En traitant des conventions légales, il ne faut jamais perdre de vue un premier principe , c^est que ces conventions ne sont pas des choses ua* turelles ou immuables, mais des choses factices, susceptibles de changement, créées pour remplacer des vérités encore peu connues, pour subvenir à des besoins momentanés, et devant par conséquent être amendées, perfectionnées, et surtout restreintes, k mesure que ces vérités se découvrent, ou que ces besoins se modifient.
On demandera peut-être pourquoi nous distinguons l'époque actuelle sous le nom d'époque dçs •conventions légales, puisqu'il y a eu de tout temps des conventions de ce genre. C'est que cette époque est la première dans laquelle les conventions légales aient existé seules et sans mélange. II y a toujours eu sans doute des conventions légales, parce que les hommes ne peuvent se passer de lois; mais ces conventions n'étaient que des choses secondaires; il y avait des préjugés, des erreurs , des vénérations ' superstitieuses qui les sanctionnaient , qid occupaient le premier rang, et qui caractérisaient ainsi les époques précédentes. Ce n'est qu'aujourd'hui qu'arrivé au point de ne plus reconnaître de puissance occulte qui
ait le droit de maîtriser sa raison ^ l'homme ne veut consulter qu'elle, et ne se prête tout au plus <pi'aux conventions qui résultent d'une transaction avec la raison de ses semblables.
Notts croyons avoir prouve par le raisonne* ment la perfectibilité de l'espèce humaine^ et, parles faits, la marche de l'espèce humaine dans les djvers développemens de cette faculté qui la distingue*
La nature a imprimé à l'homme une direction que les fyrans les plus barbares, les usurpateurs les plus insolens ne peuvent contrarier.
L'espèce humaine n'a pas reculé sous la tyrannie inaensée des empereurs romains; elle n'a pas reculé, lors même que le double fléan de la féodalité grossière et de la superstition dégradante pesaient sur l'univers asservi. Après ces mémorables exemples , il faut désespérer du grand œuvre de notre abrutissement.
• . • SiPergamadextrd
Defendi possent , etùtm hdc defensd fiassent.
Il serait à désirer que cette conviction put se faire jour che£ les gouvernans, de quelque pays et de quelque espèce que ce puisse étite ; elle leur épargnerait des luttes sanglantes et d'infructueux efforts. Nous, du moins, qui ne sommes pas
sonrds à la voix de l'expérience , et qui trouvons dans Tétude des siècles des preuves éclatantes de cette vériie décisive , ne nous laissons pas abattre par des retards accidentels. Surs que nous sommes de notre pensée et de la nature , peu nous im^ porte la perversité des tjrans , ou l'avilissement des esclaves : un infaillible appel nous reste à la raison et au temps.