DU PARLEMENT ANGLAIS
SOUS CmOMWXL,
£T vu TAIBUNAT, DANS LA GONSTITUTIOIf 0£ VAV yiU, lUSQU^A son iPDRATlOK.
Les priacipanx atteatats qui souillèrent la révolution anglaise , notamment la mort de Charles 1*', u'appartienne^it point au Parlement. Plusieurs de ces attentats furent^ au contraire, diriges contre lui ; tous furent commis par lanmée.
Dum pila vatku fortes torqmerê taeêrti Degenerem potière togam, regnumque senatus P
LucAir^, Phars*
' De méme^ le Tribunal jusqu'à son élimination/ en i8o3, est demeuré étranger aux principalesi' servilités qui se sont déployées sous Napoléon, et qui étonneront nos neveux, comme les servilités de l'empire romain nous étonnent.
Cependant, ni le Parlement sous Cromwel, ni le Tribunat sous Bonaparte , n^échappent a Tes* pèce de dédain qui attend les assemblées délibé-* ratives , lorsqu'elles ne résistent pas assez énergiquement à la tyrannie.
; Je yeux essayer de rendre compte des circonstances qui ont génë le Parlement de la Grande-* Bretagne et le Tribunat de France , courbes Tun et laulre sous deux gnands. génies que grandissait encore une admiration où l'enthousiasme venait à l'appui de la lassitude, et je montrerai que ces deux CMiporations opprimées ne méri-* lent point l'airét sévère que l'histoire parait dis-* posée à prononcer.
. L'usurpateur qui arrive après une révolution faite pour la liberté ou en son nom, a beaucoup plus de moyens .de se soutenir que toute autre eq>èee de despote.
• Lorsqu'un gouyemement établi opprime, la nation se divise en deux partis , les opprimés et lès oppresseurs; et comme il est de l'essence de l'arbitraire de peser sur tous successivement , bientôt la partie opprimée devient la majorité QU la totalité de la nation , moins quelque» hommes.
Lorsqiwiii usurpateur renverse un.gouvernc' mimt établi et se met immédiatement à la place du gouvernemeoi renversé, la nation ne se trouve encoi« divisée qu'en deux partis, celui de rancien^ et celui du nouyeau gouyemement. Mais lorsqu'aprèa une révolution faite dans l'esprit de la liberté, un usurpateur s'empare de la puissance, il scinde en trois parts la nation : l'une reg;rette
(48) rancien gonvemeitaent et s'efforce de le rëtabltr; Fautre regrette la liberté ; la troisième défend Tusarpateur dont elle partage la puissance. Ma» comme le parti qui. regrette la liberté est celui qui a fait la révolution, et que c'est aussi d'une fraction de celui-ci que s'est formé -le parti de l'usurpateur, ce parti se trouver le plus exposé, le plus affaibli, le plus hors d'état d'agir. L'usurpateur se servant de la source de son autorité, des réminiscences et des intérêts de la révolution , subdivise encore ce parti , parce qu*il j a dans les hommes une grande propension à croire aux bonnes intentions de lapuissance , et que, quand la conviction n'existe pas, la lâcheté en prend la forme pour paraître moins vile. De la sorte le parti de la liberté se trouve réduit à un très petit nombre d'hommes, iqui voient, dans toute tentative en. sa faveur, outre un danger personnel, une occasion de triomphe pour les partisans de l'ancien despotisme.
L'usurpateur, de son côté, ne man^e pas de repr&enter, tantôt l'un , tantôt Tautre de ces hommes , comme des agens , des fauteurs de l'ancien gouvernement , et sème entre «ux la défiance.
Les amis de Tanciéu gouvernement, qui aimeraient mieux le despotisme qu'ils regardent comme légitime, que le despotisme usurpé, ai-
(49) meqt mienx encore ce dernier que la liberté » d'abord comme yengeance contre leurs plus an-* ciens ennemis , et secondement comme se rap ^ procbant de ce qu'ils regrettent. Ils secondent donc ce gouvernement i en tant que mettant obslade aux institutions libres renversées par leur idole ; s'il attaquent l'usurpateur , ce n'est que secrètement^ lorsqu'ils se croient bien sûrs de leur fait, et toujours d'une manière qui empêche les amis de la liberté de faire cause commune avec eux. Enfin, comme une révolu-tion froisse toujours beaucoup d'intérêts, et * qu'inévitablement, après une révolution, le peuple prend en haine les désordres et les dé-^ chiremens qu'elle a causés, le parti ami de la liberté se trouve de tous les partis le plus défa-* vorableraent placé dans l'opinion publique. Le nouveau gouvernement procure au peuple un repos réel , les partisans de l'ancien lui offrent un repos à venir qui ne serait ^ à ce qu'ils disent, troublé par personne , et se font pardonner ainsi de menacer la tranquillité qui existe, parce qu'ils en promettent une plus durable; mais les amis de la liberté , que peuvent-ils offrir à cette dé^ sastreuse époque ? Un bien auquel on né croit plus, et dont la perspective d'ailleurs ne présente que quelque chose de vague et dUndéfini ; et ce bien doit être acheté par des agitations nou-
yelles; et après les agitations f rien n'est prévu , riep n'est terminé^ tout est à faire.
Si l'on y eut peser ces considérations^ si Ton pense que le Parlement sous Cromiyell , malgré la source illégitime de ses pouvoirs, osa plus d'une fois montrer de la résistance , et sut mériter enfin l'honneur d'être cassé , on sera porte peut-être à juger moins sévèrement cette corporation malheureuse.
De toutes les assemblées qui ont existé depuis la révolution firançaise jusqu'à la Chambre nommée en iSay^ celle qui a le mieux rempli ses devoirs > si l'on calcule les circonstances, a été le Tribunat. Cela semble étrange à dire : je vais le prouver.
Je dois observer d'abord que je ne parle de la conduiteduTribunat que jusqu'à l'époque où vingt de ses membres furent expulsés. A cette époque , le Tribunat cessa d'être un pouvoir politique.
Le Tribunat n'^ pas fait de grandes choses ; il n'en pouvait , il n'en devait pas faire. La France sortait d'un état de trouMe qui avait frappé la nation de lassitude et de terreur ; les souvenirs des oppressions révolutionnaires et directoriales étaient empreints dans toutes les Ames; plusieurs journées, en violant le système représentatif, l'avaient dépouillé de tout prestige , et même de toute considération ; la guerre exté*
( 5i ) rieâre était encore menaçante , et p dans Tintée rieur p un pouvoir central , placé d antant pins fevorablement qn'il différait de tout ce qui avait existe, réunissait autour de lui toutes les forces réelles et toutes les espérances.
Cest dans des circonstances pareilles que se rassembla leTribunat , corporation d'autant plus faible, qu'elle ne tenait plus de la nation la misiBton de la défendre; et la puissance qui avait imposé à cette nation des représentans qu'elle n'avait pas élus, se prévalait avec adresse contre ces représentans de leur nomination équivoque, ou, pour mieux dire, illégale. Par une étrange bizarerrie , la même opinion publique qui se dé* darait ouvei*tcment contre toute résistance au pouvoir exécutif, et qui pesait d un poids énorme contre tous les hommes disposés à quelque réclamation, les méprisait en même temps de leur patience. Au plus léger dé leurs mouv^ mens, elle eut prèle son assentiment à leur dispersion ; mais leur inaction lui paraissait aussi ridicule et coupable. C'est néanmoins <kins ces circonstances qu'un certain nombre de membres du Tribunat, ayant accepté leurs fonctions dans l'espoir de transmettre à la France quelque tradition de liberté , développèrent du calme, du ta» lent, de la décision et du courage. Des apostats de tous les partis écrivaient contre eux , et l'on
avait pris soin de leur ôter la fecnltë de répondre. Des bruits de conspirations circulaient^ et pour être absurdes , ils n'en étaient que plus dange-> reux. Des dénonciations , toujours démontrées fausses , se reproduisaient toujours. Sans essayer une lutte inutile, sans se livrer à Timpatience , sans pâlir devant les fureurs, sans s'effrayer des calomnies, ces hommes suivirent une route uni* forme , n'ayant pour appui que leur conscience , pour but que leur devoir. Persuadés qu'au milieu de l'Europe encore armée , il fallait ménager le gouvernement, ils ne crurept pas devoir l'attaquer , malgré ses fautes. Us ne se déguisaient point toutefois qu'en combattant ses projets, en relevant, même sans aigreur ^ l'irrégularité de plusieurs de ses actes , en professant invariables ment une doctrine de liberté , que les adulateurs appelaient des abstraction séditieuses , ils ne s'at-« tiraient pas moins de haine que s'ils se fussent déclarée ses ennemis. U&diminuaient leur mérite. Us ne diminuaient point leurs dangers.
L'Assemblée Constituante fîit placée dans une situation plus heureuse; elle eut les honneurs de la bravoure sans courir le moindre péril. Elle avait k combattre le fantôme imposant d'un pou- Yoirloug-temps absolu, mais ce fantôme n'existait que pour la gloire des assaillans ; le pouvoir absolu était de fait renversé. L'Assemblée Constituante
était entourée de troupes menaçante^ ; mais ces troupes étaient séduites, ou dévouées aux nou* Telles opinions. De grands taleusse développèrent dans cette assemblée; mais ces talens étaientsouitenus par des acclamations unanimes : les défen-* seurs d'un peuple tout-puissant apercevaient d'un bout de la France à l'autre et des alliés et des ven* geurs. L'Assemblée Constituante n'aurait eu.be«soin de courage que pour résister à l'impulsion populaire , et c^est ce qu'elle ne fit pas. Elle ne sut jamais modérer cette impulsion , même devenue désordonnée ipt féroce , dévastant les châteaux , envahissant les propriétés et menaçant les propriétaires. L'énergie de l'Assemblée Constituante fui l'énergie facile de l'obéissance au mouvement général*
L'Assemblée Législative vota toujours contre le sens. de la majorité de ses membres , applaudit à la chute du trùne en le regrettant , et garda le silence au milieu des massacres.
La Convention livra ses chefs à mie minorité sanguinaire, consacra le despotisme du Comité du Salut public, et ne se réveilla que parce qu'elle vit que la servilité n'était plus une garantie.
liC Tribunat , dans des circonstances plus défavorables, fut plus courageux , plus désintéressé , plus indépendant. Il se vit en butte , non point à un roi chancelant sur son trône , cerné
(54) de tontes parts par des volontés et des institutions plus qne républicaines , mais à un pouvoir jeune, altier, sans limites, irritable, impétueux ; à une armée fière de son chef, brfllante de gloire , dédaignant les lumières et les discussions qui lui semMaient puériles auprès du tumulte des camps ; à une nation enfin dont une partie nombreuse , regrettant la monarchie ^ Toyah dans le despotisme un retour yers l'objet de ses désirs, et dont la presque totalité , sou-yent déçue , toujours victime , ne savait plus où rattacher des espérances sans cesse trompées , et ne demandait que le repos.
Menacée par la force , désavouée par la faiblesse, repoussée par le découragement , la minorité du Tribunal demeura toujours fidèle à ses vérités alors universellement méconnues , à des devoirs qu'on ne lui savait nul gré de remplir, et à sa ccmscieiice, asile solitaire où s'efforçaient de la poursuivre les soupçons d'une fouie aveugle et les calomnies de l'autorité.