‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 112 sur 175 · ADRESSÉS AU COMTE SCHOLAVALOW · texte numérisé non relu

ADRESSÉS AU COMTE SCHOLAVALOW

U N air pui", un bois sombre et des gazons bien verts y

Inspirent l'harmonie , enseignent l'art des vers.

Les accens des oiseaux , le muimure de l'onde,

De ce bocage frais la paix douce et profonde,

Ces fruits si colorés, ces épis jaunissans ^

Et ces brillantes fleurs, luxe aimable des cliamps,

Tous ces rians tableaux disposent mes pensées

A sortir sans effort, mollement cadencées ,

Comme on voit un ruisseau qui, par un doux pencliaiit,

Entre ses bords fleuris s'égare lentement.

L'esprit chante si bien ce que le cœur inspire I

Ah ! c'est lui qui me dicte , et je ne fais qu'écrire.

Flore sur ma palette épanche sa couleur,

Et le zéphir léger y verse sa fraîcheur.

Philomèlc à ma voix unit sa voix légère :

Le dieu du jour lui-même et m'échauffe et m'éclaire.

Mon œil voit la nature et sans voile et sans fard,

Et mon esprit la peint et sans peine et sans art;

Mais, à peine enchaîné dans le sein de la ville ,

Ma lyre suspendue y devient inutile.

Je n'y vois plus les bois, je n'y vois plus les (leurs;

L'air Ji'esl plus p.irfiuné de leurs douces odeurs.

346 épîtres, vers.

Sous les efforts de l'art, la nature captive

!N'y frappe plus mes sens que par sa voix plaintive.

Le bruit des chars succède au doux chant des oiseaux ;

L'onde claire y languit dans de tristes canaux,

Et de mille palais la froide symétrie

Emprisonne ma vue et glace mon génie.

Leur imposant éclat, leur triste majesté

M'y ravit à la fois l'air et la liberté.

Ce n'est point dans ces lieux que les grâces se plaisent :

La fortune y domine et les muses s'y taisent.

épÎtres, vers. 547

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