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LE CAPUCIN ET L'AMBITION

Un homme aimait tant la raison, Qu'il était fou. L'on ne peut guères, Selon moi, refuser ce nom A ces amateurs de chimères.

Or, ce fou-là piit en aversion

Une certaine passion ,

Qu'on dit mère de l'injustice.

Et voisine de l'avarice :

Nous la liommons l'ambition.

Elle échauffa si fort sa bile, Qu'il résolut, pour vivre plus tranquille,

De chercher partout un séjour

Où l'orgueil ne tînt pas sa cour.

Conséqucmment, en homme habile,

Il quitta le palais des rois :

Car là, plus que partout, l'orgueil donne des lois.

Il s'en vint d'abord à la ville ; Mais il y vit de gi'os bénéficiers , De lourds pédans , d'insolens financiers ; Il la trouva si riche , si fertile En sots docteurs, en cagots, en catins,

En petits fats, en baladins, Qu'il n'y put point fixer son domicile. Très lestement ses adieux il lui fit, Pour habiter le fond d'une province.

Arrivé là , très promptement il vit, Sous un air plus grossier, sous un habit plus mince , Autant d'orgueil et beaucoup moins d'esprit;

Les receveurs et les baillis ,

Les employés et les commis ; Pour le tabac leurs grotesques batailles ;

hesjacloium des intendans; Tous ces petits subalternes tyrans, Nains orgueilleux , imitant les géans ,

Lui parurent plus impudens

Que les colosses de Versailles.

Dans son courroux contre le genre humain, Que fit notre homme? il se fit capucin , Et vient, dit-on, de mourir de chagrin De n'avoir pas été fait gardien.

Ce fol ambitieux a le sort qu'il mérite: Tu ris de son orgueil ; mais, lecteur, pense au tien.' L'orgueil n'est point un lléau qu'on évite. Changez d'état; quittez noblesse et bien; Changez de forme, de maintien;

Soyez Turc , Juif ou chrétien; Soyez diable ou soyez ermite ; Il est toujours à votre suite :

Barbe et sandales n'y font rien.

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