‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 123 sur 175 · LE SONGE ET LE RÉVEIL DE 31ESSIRE JEAN · texte numérisé non relu

LE SONGE ET LE RÉVEIL DE 31ESSIRE JEAN

i\.PRÈs une cruelle et longue maladie , Messiie Jean , qui n'avait , de sa vie , Connu repos, ni plaisir, ni bonheur, Fut heureux un moment par un songe trompeur. Oubliant à la fois sa goutte, sa vieillesse,

Et son régime et sa faiblesse.

Il s'imaginait être encore à son printemps , Et se trouvait dispos et frais comme à vingt ans.

Il se croyait sur un lointain rivage, Où régnaient les vertus , l'innocence et la paix. Ses heureux habilans, sans soins et sans procès. De l'or et de l'argent ignorant tous l'usage , Retraçaient à ses yeux les mœurs du premier âge. De cet âge où l'Amour osait aller tout nu, Trop heureux âge d'or où l'or fut inconnu. Point de maris jaloux , point de beautés cruelles ; Point d'amans indiscrets , et très peu d'infidèles ; Un ciel toujours serein ; des prés toujours fleuris ;

Des jeunes gens modestes et polis ; Des vieillards sans humeur; de fidèles amis ; Point de méchant auteur, de moine , de notaire. Bon Dieu! qu'avec plaisir je quitterais Paris, Si ce pays charmant existait sur la terre I

Messire Jean, partout bien reçu, bien fêté,

IN^ageant dans les plaisirs , sans crainte et sans tristesse,

Rendant grâces aux dieux d'être si bien traité,

Etait plongé dans la plus douce ivresse; Quand, par malheur, un lourdaud de valet (De ces gens rarement l'esprit est le partage), L'entendant s'agiter, pensa qu'il s'occupait De quelque objet fâcheux , de quelque triste image. Pour s'en mieux assurer, il apporte un flambeau ;

Et, croyant fuire une œuvre charitable , . Sur le lit du dormeur porte une main coupable , Et détruit son bonheur en ouvrant le rideau.

Ceci s'adresse à vous, fausse philosophie.

De l'art d'approfondir dangereuse manie ;

Vous qui , détruisant tout , sans jamais rien créer.

Nous plongez dans la nuit, croyant nous en tirer

De grâce , laissez -moi mes erreurs mensongères ,

Et mes illusions , et ces vapeurs légères ,

Qui cachent à mes yeux le vide et le malheur.

Que je me trompe ou non, respectez ma chimère.

.T'aime à croire à l'amour, aux vertus, à l'honneur.

Éloignez de mes yeux cette triste lumière ;

En voulant m'éclalrer, vous déchirez mon cœur.

riN DES CONTES.

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