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FABLE IMITEE DU RUSSE

vJù vas-tu, mon compère, et quel trouble t'agite?

Disait une marmotte , assise clans son gîte ,

En voyant le renard, son voisin, qui fuyait.

Ma commère, répond le matois inquiet,

Je suis cliassé, proscrit, exilé par l'envie;

Victime d'une noire et vile calomnie,

Mon honneur est en proie aux fureurs des médians.

Tu connais ma candeur, mes modestes penchans.

Quelques poules aussi m'avaient clioisi pour juge;

Je cours au poulailler qui leur sert de refuge.

Là, des coqs orgueilleux, querelleurs et tyrans.

Par des combats cruels vidaient leurs différends:

De poulets expiraus la terre était jonchée ;

Mainte poule criait, battue, effarouchée.

Sans goûter de repos, sans prendre aucun repas,

Je n'épargne pour eux ni mes soins ni mes pas.

La raison, la vertu leur parlent par ma bouche;

Mon éloquente voix les émeut et les touche.

A force de travaux , de fatigue et de temps,

Je ramène le calme entre les combattans;

Je les rapproche tous , les unis , les accorde ,

Et le silence enfin .succède à la discorde.

Oïl m'accuse pourtant de dol et de larcin,

Et je suis poursuivi comme un vil assassin.

Toi qui connais mes mœurs, embrasse ma défense,

Et que ta probité venge mon innocence;

Il n'est plus de vertus à l'abri du soupçon ,

Si de la calomnie on souffre le poison.

Tu me touches vraiment, réplique la marmotte;

J'en croirais tes discours et ta mine dévote ;

Ton plaidoyer, compère, est pathétique et beau.

Mais prends garde au duvet qui couvre ton museau.

Oh I combien de renards parmi les gens en place, Que l'on vante d'abord, et puis après qu'on chasse! Leur zèle ardent et pur ne se reproche rien ; Croyez qu'ils n'ont jamais voulu que votre bien. Mais, pauvres en entrant, riches à leur sortie, Le bronze, l'acajou, la campagne jolie.

Et la maison de ville et le petit château, Sont plumes et duvet pendant à leur museau.

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