‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 20 sur 175 · ACTE I, SCENE IH · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IH

VÉTURIE.

Je viens au nom des dieux , au nom de la patrie , De deux coeurs trop cruels arrêter la furie , De leurs yeux aveuglés arracher le bandeau , Et d'une horrible guerre éteindre le flambeau. Le consul et mon fils veulent, dans leur vengeance, Détruire sans pitié les lieux de leur naissance. Nous venons à leur haine, à leur sombi'e fureur, Opposer le devoir, la nature et l'honneur.

VOLUMNIE.

Dieux ! donnez le pouvoir à nos cris , à nos larmes , D'arracher de leurs mains leurs homicides armes!

SEXTUS

Ah! ne l'espérez pas; non, rien ne peut changer

L'impitoyable soif qu'ils ont de se venger.

Coriolan , madame, est fier, inexorable;

Il ne peut pardonner au rival qui l'accable :

Par le peuple accusé , par le sénat trahi ,

Le soutien de l'État n'est plus qu'un vil banni.

VOLUMME.

L'un de l'autre , Scxlus , jaloux dès leur enfance , Mille traits de leur haine ont aigri la semence. Rivaux dans leurs anaours et rivaux au combat , Rivaux dans la tribune et rivaux au sénat , On eût dit que les dieux , pour nourrir leur colère. Toujours au n)ômc objet donnaient l'art de leur plaire. L'hytnen à Marcius a soumis mon destin ; Le fier Licinius prétendail à ma main ,

2l6 CORIOLAN,

Et c'est depuis ce jour que sa jalouse rage, Ne pouvant l'oublier, veut venger son outrage.

S'il a cru se venger, ses Uésirs sont trahis. Et qui perd un héros se consacre au mépris. En voulant l'abaisser, soi-niènie ou s'humilie; La vertu doit sa gloire aux efforts de l'envie. Autrefois son égal, maintenant avili, Le consul rend pins grand Coriolan banni. Oui, l'exil pour mon fils était une victoire ; Mais lui-même il ternit tout l'éclat de sa gloire. Les Romains étaient tous coupables envers lui; Il rend leur arrêt juste, étant leur ennemi. Le fer des lois était souillé par son injure , II redevient sacré Marcius est parjure.

S-EXTUS

Ah ! madame, croyez que toujours un grand cœur Supporte l'injustice et non le déshonneur. Cette énergique ardeur qui mène à l'héroïsme, Fait frémir un grand homme au nom du despotisnic. Insulté comme lui, sous les murs d'Ilion Achille dans son camp bravait Aganiemnon ; Épouvantant les Grecs, rassurant la Phrygie , Son lepos seul changeait le destin de l'Asie.

VKTUIU I-.

Eh I que n'imilait-il , hélas! de ce héros Le généreux courroux , le glorieux repos ! .Te l'aurais applaudi , je suis Romaine et mère Je blâme sa révolte et j'aime sa colère.

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