‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 23 sur 175 · ACTE I, SCÈNE IV. 2ig · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. 2ig

Que ne sent-il, hélas ! autant qu'il le devrait, Le lustre qu'il reçoit de ton injuste arrêt! Mais ce guerrier trop fier , trop sensible à l'offense , Prêt à sacrifier sa gloire à sa vengeance, Aveugle en son courroux , et la foudre à la main , De sa patrie en pleurs vient déchirer le sein. De vos débats honteux nous serons les victimes ; Que de pleurs et de sang feront couler vos crimes! Ah ! je crois déjà voir nos remparts écrasés, Nos citoyens mourans , nos temples embrasés ; Ces soldats étrangers , avides de carnage , N'épargnant ni vertus, ni le sexe , ni l'âge, Et livrant à la flamme , au glaive furieux , Vos palais , vos enfans , vos femmes et vos dieux ! Sortant de leurs tombeaux , les mânes de vos pères Maudissent votre orgueil, vos décrets téméraires, Vous renoncent pour fils , abhorrent vos forfiiits, Et leurs lauriers souillés se changent en cyprès. Consul , ouvre les yeux et connais ton ouvrage. Mon fils est moins coupable , il venge son outrage ; Et la postérité , le jugeant comme moi , En blâmant son erreur , ne flétrira que toi. Ton âme trop long-temps , crois-moi , fut égarée Par les transports jaloux dont elle est dévorée. En vain pour l'abaisser tu poursuis ton rival , Ce n'est qu'en s' élevant qu'on devient son égal. Mais il est un moyen pour surpasser sa gloire , Saisis-le ; sur toi-même emporte la victoire; Fais révoquer l'arrêt qui cause tous nos maux; En rappelant mon fils, tu nous rends deux héros; De nos yeux attendris tu fais couler des larmes; De ton rival vaincu tu fais tomber les armes;

Tu rends la paix au monde , et ton nom f,lorieux Reçoit de l'univers l'encens qu'on doit aux dieux. \ oilà comme l'on doit disputer la couronne, Qu'un noble cœur désire et que la vertu donner Marcius est coupable, et tu veux le punir : 11 n'en est qu'un moyen, je viens de te l'olFrir.

LICIMUS.

C'est prendre trop de soin ; c'est pour ma renonïméo,

Madame , vous montrer un peu trop alarmée ;

Et je dois rassurer votre cœur qui paraît

Prendre à ma gloire seule un si vif intérêt.

Je ne puis concevoir , poursuivant un coupable,

Pourquoi de ses erreurs on me rend responsable?

Pourquoi vous m'imputez les fautes d'un ingrat.

Le courroux des Romains, les rigueurs du sénat.

.le conçois encor moins, quand on connaît ma vie,

Que l'on m'ose accuser d'une si basse envie ;

Et mon cœur indigné, qu'outragent vos soupçons.

Est peu fait , je l'avoue , à de pareils affronts.

Marcius veut soumettre à son joug despotique

Nos senlimens, nos lois, la liberté publique.

Le sénat l'en punit , et l'arrêt est porté.

Que je l'approuve ou non, je ne l'ai point dicté,

Mais du peuple romain la gloire m'est trop clière ,

Pour vouloir aujourd'hui désarmer sa colère ;

Et jamais son pardon ne se peut accorder

Quand le fer à la main on l'ose demander.

C'e^t à genoux qu'il faut injplorer cette grâce.

Qu'on accorde aux remords, qu'on refuse à l'audace.

Que votre i\U fléchisse, et je puis le servir;

Mais , dès qu'il est armé, mon bras doit le punir.

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