‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 30 sur 175 · SCÈNE II. VOLUMNIE, PAULIN · texte numérisé non relu

SCÈNE II. VOLUMNIE, PAULIN

VOLUMNIE.

Ah! Paulin , je frémis... Dis, que viens-tu m'apprendre?

PAULIN

Hélas! madame...

VOLUMNIE.

Achève. A tout je dois m'attendre.

Que devient mon époux, et que font les Romains? Se sont-ils rencontrés?

PAULIN

Madame, ils sont aux mains.

VOLUMNIE.

Cruel , que dites-vous?

PAULIN

L'auguste Véturie A voulu , mais en vain, désarmer leur furie; Par l'ordre du consul ses pas sont arrêtés, Et ses cris iinpuissans ne sont plus écoutés. Ayant perdu l'espoir de calmer leur délire , Sur le haut des remparts elle s'est fait conduire; Là, ses yeux sont t 'inoins du plus cruel combat Qui jamais ait fixé le sort de cet Etat.

D'un côté les Romains formés à la victoire, Dont nul affront jamais n'a vu ternir la gloire, Honteux d'être attaqués pour la première fois, Signalent leur fureur par les plus grands exploits; Et si le ciel jamais dut un prix au courage , Il devrait de ce jour leur donner l'avantage ; Mais de l'autre côté, balançant les destins, Le fer de Marcius rend les dieux incertains. Supérieur à tout , même à sa renommée , Son invincible bras vaut lui seul une armée. Les yeux fixés sur lui , j'attendais en tremblant Que le sort terminât ce spectacle sanglant. Mais , près de vous, madame, il a fallu me rendre. Véturie en ces lieux vous invite à l'attendre. Elle-même bientôt viendra vous annoncer L'arrêt qu'en ce grand jour le ciel va prononcer.

VOLUMXIE.

Non, l'on ne peut mourir, quelques maux qu'on ressente,

Puisque dans cet instant je suis encor vivante I

Quels vœux puis-je former? Ah I Marcius, vaincu.

Pour la gloire et pour moi sans retour est perdu.

Si le ciel à son bras accorde la victoire ,

Elle perd son pays et flétrit sa mémoire.

Grands dieux, secourez-moi ! sans nommer un vainqueur,

Frappez les deux partis d'une égale terreur.

Mais que m'iniportc, liélas I dans ma douleur profonde.

Les Volsques , les Romains et le reste du monde?

Qu'ils soient libres, détruits, ou vainqueurs ou vaincus,

Ordonnez, dieux puissans ; mais sauvez Marcius.

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