‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 48 sur 175 · CORIOLAN, TULLUS · texte numérisé non relu

CORIOLAN, TULLUS

(Vindex dans le fond du lliéâtie avec les gardes el les licteurs.) CORIOLAN.

Seigneur, j'ai découvert qu'on cherche à nous trahir; C'est le point qu'avec vous je prétends éclaircir. On dit que l'on conspire, en secret, avec Rome , Et, ce qui me surprend, c'est vous seul que l'on nomme. D'une pareille horreur je vous crois innocent; Confirmez mon espoir en vous justifiant.

TULLUS

Qui ? moi , justifié I je dédaigne de l'être ; Mes exploits et mon nom me font assez connaître. Mais de quel droit , seigneur, me donnez-vous la loi ? Etes-vous, dans ces lieux , mon égal ou mon roi?

Non, je suis votre chef : respectez ma puissance; Tant de hauteur sied mal d'ailleurs à l'innocence. Songez que la vertu ne croit pas s'abaisser, En montrant son éclat lorsqu'on veut l'éclipser. Comme elle est toujours pure, elle aime à le paraître

TULLUS

Si dans le camp, seigneur, on clicrrhc quelque traître,

Si l'on nous vend à Ronie , il me semble inhumain D'en accuser plutôt un Volsque qu'un Romain.

Vous abusez beaucoup , Tullus , de ma clémence.

TULLUS. '

Et vous lassez aussi beaucoup ma patience.

Vous avez usurpé sur moi l'autorité ;

Gloire , pouvoir et rang, vous m'avez tout ôté.

J'endurais tous ces maux ; l'amour de la patrie

Me faisait supporter cet excès d'infamie ;

Mais mon cœur indigné, qu'outragent vos soupçons,

Sait comme il faut laver de semblables affronts.

(^ette guerre pour moi ne fut qu'un temps d'offense ;

La paix amènera celui de la vengeance.

CORTOLAN.

C'est ce qu'il faudra voir , et, quoique les Gaulois Et les Barbares seuls osent venger leurs droils Par le fer qui chez nous ne sert que la patrie , Je ne refuse rien , lorsque l'on me défie. Mais jusqu'à ce moment vous devez m' obéir ; Moi, je puis vous convaincre, et je dois vous punir.

TULLUS

Vous , me convaincre, vous? juste ciel, quel langage ! Peut-on pousser plus loin l'injustice et l'outrage! Mais pour donner croyance à des soupçons si vains, Quelle preuve?...

COr.IOLAN.

J'en ai dos indices certains.

Vous avez au consul écrit même une lettre; Je l'ai su du soldat chargé de la rcmcUie.

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