ACTE IV, SCÈJN'K
Eh bien! en est-ce assez? La majesté romaine S'abaisse -t- elle assez au gré de votre haine? Un pontife , un consul et tous ces sénateurs , Est-ce pour vous fléchir assez d'ambassadeurs? Répare- 1- elle assez une offense légère? Et ses vœux pourront- ils calmer votre colère? Profitez, croyez-moi , de notre aveuglement, Et de notre réveil prévenez le moment.
COP.IOLAX.
Injustes citoyens, trop ingrate patrie I Votre orgueil à la fin devant moi s'humilie I C'est d'un guerrier banni, persécuté par vous, Qu'il vous faut aujourd'hui désarmer le courroux. Je n'ai qu'à dire un mot... le Capitule tombe, Et Rome , par vm mot, ou renaît ou succombe. Ma vengeance est remplie , et pour la couronner Ce cœur blessé par vous veut bien vous pardonner. Mais je suis aujourd'hui chef d'un peuple fidèle, Peuple asservi par vous, qui venge ma querelle; Comme il n'a combattu que pour mes intérêts, Pour son intérêt seul je veux dicter la paix. Je veux donc qu'il soit libre, ainsi que l'Italie, Que j'affranchis aussi de votre tyrannie. Vous vous contenterez des pays qu'autrefois Rome avait possédés dans le temps de ses rois. Les Volsques vous payaient un tribut chaque année ; Rome au même tribut par eux est condamnée. Celte paix fait passer aux siècles à venir De mon exil honteux l'éclatant souvenir , Et consacre à jamais vos crimes , ma vengeance , Mes amis , leurs bienfaits... et ma reconnaissance.
LICIXIUS.
Ah ! c'est pousser trop loin un orgueil odieux , Et je vais...
FABIUS
Redoutez la vengeance des dieux; Craignez, Coriolan, d'armer leur main puissante. Leur châtiment est sûr, si leur justice est lente. Le, sévère Minos , dans la nuit du trépas, Confond le parricide et les sujets ingrats. Il pouvait excuser votre jeunesse ardente, Votre âme trop sensible et trop impatiente ; Mais , quand votre patrie a réparé ses torts , Votre orgueil désarmé doit céder aux icmords. Un fils injustement exilé par son père, Dès qu'il est pardonné, rougit de sa colère. Il doit, en recevant son pardon à genoux , Expier par ses pleurs son coupable courroux. Ce sentiment sacré , l'amour de la patrie , Que le ciel imprima dans votre âme attendrie, A les mêmes devoirs , et ses nœuds sont plus saints Que ceux dont la nature a lié les humains. liCS dieux de vos foyers cl les dieux de vos pères Dans cet instant sur vous fixent leurs yeux sévères. Si, refusant la paix , votre cœur criminel Se couvre, en nous frappant, d'un opprobie éternel , Si vous portez le feu , le fer et la vengeance Dans le malheureux sein qui vous donna naissance , Tremblez ; ces mémos dieux qui parlent par ma voix , Prennent pitié de vous pour la dernière fois. Quelques tourmeus affreux que la haine prépare, Le remords dévorant est cent fois plus barbare.