SCÈNE X
ADÈLE, en paysanne, MICHEL.
MICHEL
Que cherchez-vous , ma belle enfant ?
ADÈLE
Je vous fais excuse si je vous dérange, monsieur; je cherche madame Adèle.
MICHEL
Et moi je compte aussi la voir ; vous ne me dérangez pas du tout, et nous pouvons l'attendre ensemble.
ADÈLE
C'est bien de l'honneur pour moi ; je n'ose pas.
MICHEL
Est-ce que j'ai une mine à vous faire peur?
Au contraire, vous avez une physionomie de bonté qui me rassure.
MICHEL
Une physionomie de bonté ! elle m'enchante, j'aime
3o4 ADÈLE ,
mieux cela que toutes les phrases des mijaurées de la ville. Demeurez-vous loin d'ici?
ADÈLE
Je suis d'un village voisin ; on m'appelle Claudine Dumont, fille de Mathurin Dumont, fermier de madame Adèle ; je lui porte de temps en temps des fruits et des fleurs.
MICHEL
Et votre père est-il un peu riche?
ADÈLE
AIR : Avec les jeux dans le village.
Il a les plus gras pâturages.
De bons chiens, de douces brebis;
Il a les plus rians ombrages,
Et beaucoup de fleurs et de fruits.
De nos cœurs remplis de tendresse,
Disposant tout comme du sien,
Il est riche si la richesse
Consiste à ne désirer rien.
Mémo air,
Claudine, il n'est point d'opulence Qui vaille la sienne à mon goût; Doux travail, repos, jouissance, La nature lui donne tout.
D'accord avec sa conscience, n dort en paix et vit content; Et des heureux du jour, je pense, Bien peu pourraient en dire autant.
Cette madame Adèle n'est pas comme vous, n'estce pas? On la dit un peu étourdie, un peu coquette.