‹ Mélanges de littérature et de politiqueChapitre 87 sur 175 · SCÈNE X. 5o · texte numérisé non relu

SCÈNE X. 5o

J'ai bien assez de songer à ce qu'on ne puisse pas dire avec raison du mal de moi , et je n'en pense jamais des autres, surtout sans les connaître.

MICHEL

Diable! je crois que, sans avoir l'air d'y toucher, elle me fait une leçon ; mais c'est avec tant de douceur qu'elle m'en plaît davantage. Ecoutez : ce que j'en disais n'est pas tout-à-fait sans raison ; car on assure qu'elle a tourné la tête à un jeune homme auquel je m'intéresse : vous qui venez ici souvent , n'avezvous pas vu le jeune Armand ?

ADÈLE

Vraiment oui, je l'ai vu et souvent ; il est intéressant, généicux; son cœur est excellent. Il était blessé, il nous a long-temps inquiétés; tout le monde en disait tant de bien!

MICHEL

Comme vous en parlez avec feu! je crois qu'il vous a plu.

ADKLE.

Eh! comment ne plairait -il pas? il est si doux, si obligeant , si aimable !

MICHEL

De sorte que s'il vous avait aimée, votre petit cœur n'aurait pas été fort en sûreté? Mais vous rougissez, ([uolques larmes s'échappent de vos yeux ; allons , mon enfant, ne craignez rien, dites-moi tout : je suis son oncle; et, s'il vous a fait quelque chagrin , croyez que je suis disposé à le réparer.

5o6 ADÈLE,

ADELE.

AIR : Clianlez , dansez, amu>cz-vou5.

On prétend qu'à ces chagrins-là , Hélas ! il n'est point de remède j A ce mal je sens trop déjà Qu'il faut maigre' soi que Ton cède ; Et, bien qu'il fasse trop souffrir, On ne voudrait pas en guérir.

MICHEL

La pauvre petite! il vous a donc parlé d'amour?

ADÈLE

Hélas I oui : je ne sais pas comment cela s'est fait , mais il a deviné que je l'aimais quand moi je le savais à peine encore.

3IICIIEL.

Le malheureux! et il vous a trompée?

Même air.

]Mon Armand n'est point un trompeur , Je pouvais juger sa tendresse :

Car tout ce qu'éprouvait son cœur.

Le mien me le disait sans cesse.

Et peut-on se tromper sur rien , Quand tous deux on s'entend si bien?

MICHEL

Que son ingénuité me touche !

ADÈLE

Mais, bien que mon père soit à son aise et notre famille honnête, Armand m'a franchement assuré qu'il fallait tous deux renoncer à être heureux , parce que

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