FÊTES DE DW AU AK A
suite de retourner au séjour céleste d’où elles étaient descendues pour lui complaire.
Après leur départ, les enfans d’Yadou furent invités par Crichna à savourer paisiblement les douceurs du bétel, substance merveilleuse et digne des habitans célestes , qui exalte l’esprit en charmant les sens, qui chasse les mauvais songes et procure à l’àme l’ivresse du bonheur; doux et parfait mélange , où à la feuille du tâmboula (bétel) , à la noix de ïaréca, à une légère dose de chaux , on joint les cinq aromates dignes de la bouche des rois, le clou de girofle, la muscade, le camphre, le bois d’aloès et le parfum du caccola.
Enfin , pour dernier prodige de celte journée si féconde en merveilles, le mont Rêvata se couvre des touffes d’un jasmin admirable, dont les fleurs , éclatantes de blancheur, brillent aux yeux des Yàdavas étonnés comme autant de flambeaux lumineux. On dirait une cascade de glace étincelante , ou plutôt un rayon de la splendeur céleste.
C’est ainsi que les compagnons de Crichna, après avoir connu les travaux, jouissaient des plaisirs de la paix. Ainsi s’écoulait dans une alternative de maux et de biens la noble carrière de ces héros.
MORT DE ROUKMI.
(tiré du harivamsa.)
La scène suivante ne doit pas être omise dans un tableau de mœurs. Elle n’est pas à l’avantage du caractère des anciens princes indiens ; mais ces héros ne sont pas plus parfaits que ceux d’Homère. S’il est vrai que Palamède , pendant le siège de Troie, introduisit les jeux parmi les Grecs , il dut y introduire aussi les vices dont nous allons décrire les tristes effets , c’est-à-dire la cupidité , l’astuce et la violence.
MORT
DE ROUKMÎ.
jui
Roukmî, successeur de Bhichmaka, son père, roi de Vidarbhâ, avait une fille, nommée Soubhângî *, dont la réputation de beauté s’était répandue sur toute la terre. Parmi les princes assemblés pour disputer sa main , le beau Pradyoumna * avait fixé son choix. De cette union sortit Anirouddha 3 , qui se distingua par ses exploits et son habileté à tirer de l’arc , aussi-bien que par son instruction et ses profondes connaissances dans les Védas et les livres moraux. Quand le temps de l’adolescence fut passé pour Anirouddha, Rouhmî, son aïeul, songea à lui donner comme épouse une de ses petites-filles, nommée Roukmavati. Toujours
" Le nom de SoubhÂngi désigne l'éclat de la beauté. Celui (le Roukmavati a le même sens que Roukmini.
1 C’est le fils de Crichna et de Roukmini. En lui revivait l’amour, appelé Càma par les Indiens. Autrefois réduit en cendres par un regard de Siva, il était revenu au monde dans la personne de Pradyoumna : ce mot signifie noble et puissant.
3 Anirouddha veut dire un héros qui ne trouée pas d'obstacle.
MORT
attaché à Roukmini , sa sœur, et rempli d’estime pour Pradyoumna , son neveu et son gendre, le roi de Vidarbhâ avait renoncé à cette ancienne inimitié qui l’animait contre Crichna. Des liens de famille unissaient de plus en plus ceux qui dans leur jeunesse avaient été rivaux de gloire et d’ambition. Crichna, Roukmini et leurs enfans; Balaràma et les autres chefs Yâdavas s’étaient rendus à Vidarbhâ pour assister aux fêtes du mariage. Roukmi, de son côté, y avait invité et ses parens et les rois ses amis. On avait choisi un jour propice, une constellation de bon augure pour accomplir cette union , et l’hymen d’Anirouddha et de Roukmavatl fut célébré par les transports de joie des habitans de Vidarbhâ et des enfans d’Yadou. Ceux-ci avaient été accueillis avec les plus grands honneurs, et traités comme les immortels. On distinguait parmi les princes étrangers le roi d’Asmaka, le noble V enoudâri l ; Akcha, Sroutarwan % Tchânoûra, Cratha, Ausouman, Djayatséna 3 ,
* Ce Vénoudâri , plus haut, est dit roi de Casraira.
* On peut lire aussi Soularwan.
3 Parmi les noms de ces différens princes , ceux de Sroutarwau et d’Ansouman désignent la renommée et la gloire ; Tchânoûra et Cratha , la terreur et le mal que l’on cause à ses ennemis. Djayatséna signifie chef d’une armée victorieuse. Pour le mot Akcha, il est difficile d’en rendre compte ; car il signifie dé à jouer, char.
DK ROI) K M f.
souverain de Calinga 1 ; le roi de Pàndya ’, et celui de Richika. Ils étaient tous des contrées méridionales, et conservaient encore quelque ressentiment des défaites que leur avait fait éprouver la valeur de Balarâma. Après s’être entendus, ils dirent en secret à Roukmi : « Il nous serait agréable de jouer. Vous êtes habile aux échecs, tandis que Balarâma y est et fort maladroit et fort ardent. Il faut qu’il paie cher son inexpérience. Commencez , nous parierons pour vous, et nos triomphes au jeu nous vengeront du héros armé du soc homicide. » Pour leur complaire , Roukmi fait préparer une salle magnifique , décorée de colonnes d’or et ornée de fleurs. Les princes, parfumés d’essence de sandal, le sourire sur les lèvres, une couronne sur le front, occupent des sièges tout brillans d’or, et triomphent déjà en espérance. On invite Balarâma; audacieux et entreprenant, il accepte sans balancer, et vient tenter la fortune. Il ne soupçonne pas la perfidie de ses rivaux, qui étalent sur la table des monceaux
roue. Il désigne peut-être un prince liabile au jeu ou à diriger un char ; on peut encore le traduire par le mot latin oculatus.
' C’est le nom donné à plusieurs provinces , entre autres à un pays de la côte de Coromandel, près de Madras.
* Pàndya, province du sud , aujourd’hui Coimhetore.