‹ Melanges de litterature sanscriteChapitre 23 sur 28 · DÉVOUEMENT · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT

DE VIRAVARE.

U n guerrier nommé Vîravare * , arrivant d’une province dont j’ignore le nom , se présenta à la porte royale , et dit à l’officier qui en avait la garde : « Je suis fils de Ràdja * , mais sans emploi. Je demande à voir le prince, et veux lui offrir mes services. » L’officier le présente au roi Soubhraka’. « Prince, dit Vîravare, si mes services peuvent vous être agréables, daignez leur assigner une récompense. — Et quelles sont vos prétentions? dit Soubhraka. — Quatre cents souvarnas 1 par jour, répond Vîravare. — Quels sont donc , reprend le roi , tous les secours que vous m’offrez ? — Mes deux bras, dit le guerrier, et mon épée. — Vous demandez, répond le roi , une chose impossible. » A cette réponse, Vîravare s’incline respectueusement

' Vîravare signifie brave héros. m

* Ràdja veut dire prince , roi ; de là le mot latin rex t regis.

3 Je crois que Soubhraka veut dire heureux soutien , ou resplendissant.

4 C’est une monnaie d’or, dont il est difficile d’estimer la valeur, parce que les mesures qui en sont la base ont varié.

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et se retire. Les conseillers du prince lui dirent alors : « Seigneur, on pourrait donner à cet homme la paie de quatre jours, et savoir ce qu’il vaut. Si son service vous convient, consentez à sa demande; s’il vous déplaît, vous pourrez le congédier. » D’après l’avis de ses conseillers, le roi rappelle Viravare , lui présente le bétel d’honneur, et lui accorde la solde de quatre jours ; mais en secret il surveille l’usage qu’il va en faire. Viravare en donne une moitié aux diéux et aux brahmanes : l’autre moitié est partagée en deux portions , l’une distribuée aux pauvres, et l’autre dépensée en festins et en plaisirs. Après avoir ainsi employé de suite tout son argent , le guerrier s’arme de son épée, et se rend au palais du roi, qu’il ne quitte plus ni le jour ni la nuit, attendant toujours l’ordre du prince lui-même pour aller se reposer dans sa maison.

On était à la quatorzième nuit de la lune noire 1 . Le roi Soubhraka entend des cris plaintifs, et s’écrie : « Quel est le guerrier de garde? — Prince , c’est moi , dit Viravare. — Voyez , reprend le roi, d’où viennent ces gémissemens. — Vos ordres seront exécutés, répond Viravare. »

' Les mois sont partagés en deux portions , la blanche et la noire, suivant l’apparence de la Inné.

DE VIH AVARE.

En même temps il sort du palais. Le roi se dit alors enlui-mème : « J’ai envoyé ce guerrier seul au milieu d’une nuit obscure pour aller à la découverte : j’ai eu tort ; je veux moi-même suivre ses pas et tout voir par mes yeux. » Il prend ses armes, suit de près son émissaire et arrive hors de la ville. Cependant Vîravare a rencontré une jeune et belle dame, toute couverte d’ornemens brillans. 11 lui demande : « Qui êtes-vous? quel est le sujet de vos pleurs? » Cette dame lui répond : « Je suis la fortune ( Lakchrnî ) du roi Soubhraka. A l’ombre de mon bras il jouit d’un bonheur que j’ai long-temps soutenu. Je suis fatiguée de mon repos; aujourd’hui je pars, et je m’en afflige. — Mais , dit Vîravare , ô déesse, n’est-il aucun moyen de vous retenir, et de conserver encore votre protection au prince qui vous doit sa prospérité? — Il est un moyen, répond la Fortune ; c’est de m’immoler ton fils Saktivare 1 , cet enfant doué de tant d’heureuses qualités. A cette condition je puis consentir à rester encore ici long-temps. » Elle dit, et disparaît. Vîravare retourne dans sa maison. Son épouse et son fils étaient endormis : il les réveille; ils se lèvent et s’approchent de lui : le guerrier leur répète les paroles de la Fortune. A ce dis-

* Saktivare veut dire habile à lancer le javelot.

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