DE C AX A.— Y AV AN A. 7 I
fiimés de l’essence de sandal. A droite et à gauche étaient des cassolettes où brûlaient du sandal et de l’aloës, du bdellium, résine odoriférante , et de la gomme du sardja ' . Vieillards et hommes faits, femmes et enfans , tous à l’envi devaient célébrer les victoires de Crichna, et ses épouses, dans le gynécée, préparaient aussi les offrandes d’honneur ( arghja). Cependant on entend de loin le son de la trompe guerrière du triomphateur. Aussitôt tous les habitans sortent au-devant du héros : à leur tête est le roi Ougraséna ’, qui descend de son char et s’avance à pied. On aperçoit Crichna élevé sur son char resplendissant de pierreries ; les feux des diamans étincellent sur toutes les parties de ses vètemens ; lui -même il éblouit comme le soleil. Sur sa poitrine descend un chapelet de grains d’un bois précieux ; autour de lui on distingue les insignes de la puissance royale , l’étendard ( dhwadja ), l’éventail ( ’vjad jand), le chowri (tchâmard) 3 , le parasol {tclûiattra, tchhatta ). Avec peine l’œil peut soutenir
■ C’est l’arbre appelé Shorea robuste.
* Ougraséna signifie chef d'une armée terrible. Le mot ougra, terrible , rappelle le mot ogre. Ougraséna était le père de la mère de Crichna.
5 C’est un émoueboir formé d’une queue de vache de Tartarie.
HISTOIRK
l’éclat qui environne Crichna. Ougraséna s’approche ; il lui offre les présens d’usage ( argha ) ; il veut le complimenter. Et que seraient les paroles d’un homme pour louer un dieu ?
Mais Crichna l’en dispense. « Prince, lui dit-il, je connais vos sentimens; ce n’est point dans cette attitude que le roi de Mathourâ doit paraître devant moi. Montez sur ce char; entourez-vous de ces marques de la dignité souveraine, et, de plus, placez sur votre front Ce brillant diadème. » En même temps il commande qu’on dépose dans le trésor du roi une part considérable du butin. A chaque habitant de Mathourâ, il donne 10 pièces d’or, appelées dînâra 1 . Les poètes et les panégyristes, nommés soûtas et mdgadhas , en reçoivent chacun 1,000 : les vieillards et les femmes ne sont pas oubliés dans sa munificence ; et ces hommes à face noire, qui servent auprès du prince, ont à partager entre
* Le dinâra est une monnaie d’or d’une évaluation incertaine, parce que le poids en a varié. Ce mot vient de dîna, qui signifie pauvre : c’est le présent que le riche doit au pauvre. Le dinar est une monnaie moderne de la Perse , et l’apparition du mot dinâra semblerait protester contre l’antiquité du livre où il se trouve. Mais le mot persan a pu être emprunté d’un ancien mot indien , et même il ne serait pas impossible que l'expression latine denarius fût venue du sanscrit , malgré l’autre étymologie qu’on veut lui donner. '■