‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 10 sur 68 · DE LA. CONNAISSANCE UÉTAPHVSIOUE · texte numérisé non relu

DE LA. CONNAISSANCE UÉTAPHVSIOUE

qui est est, et tout ce qui n’est pas n’est pas). Toute démonstration directe repose donc sur le principe de l’identité, qui est le principe premier.

Quant à la déduction par voie indirecte, elle a aussi pour fondement un double principe. Il faut toujours revenir à ces deux propositions: 1® Cujuscunque oppositum estfalsum illud est verum (Est vrai tout ce dont l’opposé est faux) ; en d’autres termes : l’opposé de ce qui est nié doit être affirmé; 2® Cujuscunque oppositum est verum iUud est falsum (Est faïux tout ce dont l’opposé est vrai). De ces deux propositions, la première donne naissance à des propositions affirmatives, la seconde à des propositions négatives. Réduisez la première à sa plus simple expression, vous aurez : Quicquid non non est illud est (Tout ce qui n’est pas non existant existe). Car l’opposé de la négation est d’abord exprimé par la particule non, puis la négation rendue par la même particule non répétée. La deuxième proposition se formulera en ces termes : Quicquid non est non est (Tout ce qui n’est pas n’est pas). (Ici encore le contraire est exprimé par la particule non, puis la négation ou la fausseté par la même particule répétée.) bi maintenant, comme l’exige la loi de la caractéristique, on veut se rendre compte des termes de la première proposition, la première particule non entraînant la suppression de la seconde ,^il restera ,

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quand on les aura retranchées toutes deux, la proposition : Quicquid est est (Tout ce qui est est). Quant à la seconde proposition ainsi conçue : Quic~ quid non est non est, elle indique clairement que, dans la démonstration par voie indirecte, le principe de l’identité, envisagé sous son double aspect, occupe la première place, et qu’en conséquence il est le dernier fondement de toute connaissance.

ScoLiE, Deux mots seulement sur l’art de combiner les signes; ce que je vais en dire, sans être d’une bien grande importance, n’est pas précisément à dédaigner. Les termes dont je me sers pour expliquer ces principes présentent, par leur extrême simplicité , une analogie frappante avec les signes. Leibniz vantait fort une caractéristique dont il était l’inventeur; tous les savants ont regretté qu’elle fût ensevelie avec ce grand homme. Ce regret m’est une occasion de dire mon sentiment sur l’art combinatoire. J’avoue que dans ces paroles du grand philosophe, je crois apercevoir le testament du père de famille dont parle Esope : étant sur le point d’expirer, il déclara en secret à ses enfants qu’ilavaitun trésor caché quelque part dans son champ, mais, surpris par la mort, il ne put leur indiquer l’endroit où il l’avait enfoui; ce fut pour les enfants l’occasion de fouiller leur champ avec la plus grande ardeur, de le creuser et de le retourner en tous sens; tant et si bien que, quoi-

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que trompés dans leurs espérances, ils finirent par se trouver plus riches de la plus grande fécondité de leur champ. Nul doute que ce ne soit là le seul fruit à retirer de la recherche de ce mécanisme inventé par Leibniz, si l’on doit s’en occuper encore. Mais qu’il me soit permis de dire 1a vérité. J’ai lu quelque part, dans la Chimie de Boerhaave, des observations pleines de finesse sur les plus célèbres d’entre les alchimistes; quand ils eurent, nous dit-il, découvert des secrets nombreux et vraiment surprenants , ils finirent par s’imaginer que le moindre effort leur suffirait désormais pour disposer à leur fantaisie de toutes les forces de la nature ; ayant toujours hâte de deviner, ils racontaient comme faits accomplis les phénomènes qu’à la suite d’un coup d’œil très-rapide ils supposaient pouvoir ou plutôt devoir arriver. Je crains bien que cet incomparable philosophe n’ait été inévitablement entraîné dans une semblable erreur. En effet, si l’on est en possession des principes absolument premiers, je ne trouve pas mauvais qu’on use d’un certain art caractéristique, puisqu’on peut opérer à l’aide des notions et avec les ternies les plus simples comme signes ; mais qu’on essaye d’exprimer la connaissance composée au moyen de signes ou caractères, alors toute la pénétration de l’esprit s’émoussera contre l’écueil de ce procédé, et se trouvera embarrassée dans des difficultés inextricables.

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Uo philosophe d’an grand mérite a tenté d’expliquer le principe de contradiction à l’aide de figures, représentant la notion affirmative par le signe -j- A , et la notion négative par le signe — A ; il a obtenu l’équation : +A — A =o; ce qui signifie: affirmer et nier la même chose, est l’impossible ou le néant. Que cet homme illustre me permette de le dire, je ne vois autre chose dans sa tentative qu’une pétition de principe j car si l’on donne au signe de la notion négative le pouvoir de faire disparaître la notion affirmative qui lui est jointe, évidemment on suppose le principe de contradiction, par lequel on établit que des notions contraires se détruisent mutuellement. La démonstration de notre proposition : Cujuscunque oppositum est falsum illud est verum (Est vrai tout ce dont l’opposé est faux), est à l’abri d’un pareil reproche. Enonçons-la dans ses termes les plus simples, nous avons : Quicquid non non est illud est (Tout ce qui n’est pas non existant existe); en supprimant les deux particules non, nous ne faisons qu’en simplifier la signification, et nous retrouvons nécessairement le principe de l’identité : Quicquid est est (Tout ce qui est est).

Proposition III.

Établir la supériorité du principe d’identité sur le principe de contradiction , comme règle su-

SE LA GONNAISSANCX ICÈTAPHTSIQUE. 13

prime (principatus) dans la subordination des

'vérités.

La proposition qui prend le nom de principe absolument premier , et la plus générale de toutes les vérités, doit être énoncée dans les termes les plus simples d’une part , et les plus généraux de l’autre ; caractère dont le double principe de l’identité me parait manifestement marqué. Car de tous les termes aflirmatifs le plus simple est le mot est, et de tous les termes négatifs, les mots non est. En outre, on ne peut rien concevoir de plus universel, à l’aide des notions les plus simples. En effet, les notions qui sont plus composées empruntent leur lumière de celles qui sont simples; et, comme elles sont plus déterminantes que ces dernières, elles ne peuvent être aussi générales. -

Le principe de contradiction, exposé dans la proposition : Impossibile est idem simul esse ac non esse (Il est impossible qu’une chose soit et ne soit pas en même temps), n’est par le fait que la définition de l’impossible, car ce qui se contredit, c’est-à-dire qui est conçu comme étant et n’étant pas en même temps, s’appelle l’impossible. Comment prouver que toutes les vérités doivent être ramenées à cette définition comme à une pierre de touche? Car il n’est pas nécessaire de déduire toute vérité de l’impossibilité

SES PREMIERS PRINCIPES

de son opposé, et, à dire vrai, cela même ne suffit pas. En effet, on ne peut passer de l’impossibilité d’un opposé à l’affirmation d’une vérité qu’à l’aide de cette proposition intermédiaire : Cujuscunque oppositum est falsum illud est verum (Est vrai tout ce dont l’opposé est faux), principe dont l’autorité est par conséquent égale à celle du principe de contradiction, comme nous l’avons montré précédemment.

Enfin , revendiquer de préférence en faveur d’une proposition négative le principal rôle dans le domaine du vrai, en faire le principe et le fondement de toutes les vérités, n’est-ce pas là, je vous le demande, une prétention excessive et plus que paradoxale, puisqu’on ne voit pas pourquoi une vérité négative jouirait de ce privilège plutôt qu’une vérité affirmative? Faisons mieux, et, comme il y a deux ordres de vérités, assignons-leur deux principes suprêmes, l’un affirmatif, l’autre négatif.

ScoLiE. Peut-être ces recherches, outre qu’on a dû les trouver subtiles et pénibles, ont-elles paru parfaitement superflues et dénuées de toute utilité, si l’on considère la fécondité des corollaires. C’est bien aussi mon avis ; car l’esprit humain n’a pas besoin d’avoir étudié un tel principe pour être à même de l’appliquer en toute occasion spontanément et d’après une certaine loi de sa nature. Mais n’est-ce pas , par cela même, un sujet digne d’étude, que de re-

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monter la chaîne des vérités jusqu’au premier anneau? Et certes, on ne doit pas dédaigner de mieux connaître ainsi la loi qui régit les raisonnements de notre intelligence. Et, pour n’en alléguer qu’un seul motif, comme tout notre raisonnement revient à découvrir l’identité du prédicat, considéré soit en luimême ou dans son rapport avec le sujet, nous devons en conclure que Dieu n’a que faire du raisonnement. En effet, puisque toutes les vérités brillent à son regard de leur plus pur éclat, il saisit infailliblement, par un acte unique d’intuition, les rapports de convenance et ceux de disconvenance, et se passe de l’analyse, à laquelle nous condamnent immédiatement les ténèbres qui obscurcissent notre entendement.

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