‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 11 sur 68 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

PropoaKlon IV.

Déterminer quelque chose, cest en poser un prédicat avec exclusion de son opposé. Ce qui dé-

DES FREHIERS FRINCrFES

termine un sujet par rapport à un certain prédicat en est dit la raison. Cette raison se distingue en antécédemment déterminante , et en conséquemment déternünante. La raison antécédemment déterminante est celle dont la notion précède ce qui est déterminé, c’est-à-dire la notion sans laquelle le déterminé ri est pas intelligible (1 ) . La raison conséquemment déterminante est celle qui ne serait pas posée, si la notion qui en est déterminée ne l’était déjà pas d’ ailleurs. La première répond à la question pourquoi , c’està-dire à la raison d’être ou de devenir; la seconde, à la question de nature, fi'existence (quod), c’est-à-dire à la raison de connaître.

Preuves de la réalité de notre définition. — La notion de raison , d’après le sens commun , opère une liaison, un enchaînement, entre un sujet et un certain prédicat. Aussi est-il toujours à la recherche d’un sujet et d’un prédicat qui lui conviennent. Cherche-t-on la raison do cercle ? Je ne comprends pas bien ce qu’on cherche, à moins qu’on n’ajoute un prédicat fourni par la géométrie, par exemple, que

(1) On peut rapporter à la raison antécédemment déterminante, la raison identique, où la notion du sujet détermine ce sujet par la parfaite identité avec le prédicat Telle est la proposition : le triangle a trois côtés, proposition où la notion du déterminé ne suit ni ne précède la notion du déterminant.

DE lA CONNAISSANCE MÉTAPHTSIQÜE. 17

c’est, de toutes les figures d’un égal périmètre, celle dont la capacité est la plus grande. Cherchons-nous la raison des maux qui affligent ce monde? Nous avons en conséquence la proposition : Le monde renferme beaucoup de maux ; ce que nous cherchons ce n’est pas la raison de connaître, car l’expérience que nous en avons nous en lient lieu, mais bien la raison d’être qui répond à la question pourquoi ou de contingence {fiendî ) , c’est-à-dire la raison qui, une fois posée, nous fait concevoir que le monde n’est pas antécédemment indéterminé par rapport à ce prédicat, mais qui nous permet de poser le prédicat de maux avec exclusion de son opposé. Ainsi la raison détermine l’indéterminé. Et comme toute vérité résulte de la détermination d’un prédicat dans un sujet, la raison déterminante n’est pas seulement le critérium de la vérité, elle en est encore la source. Si l’on s’en écarte, on trouve encore une multitude do possibilités, mais on ne trouve plus aucune vérité. C’est donc pour nous un point indéterminé que de savoir si la planète de Mercure tourne ou non autour de son axe, puisque nous n’avons pas une raison qui pose en principe l’une de ces deux hypothèses avec exclusion de son opposé; chacun des deux cas reste possible, aucun d’eux n’est le vrai par rapport à notre connaissance.

Pour expliquer par un exemple la différence entre

18 SES PREMIERS FRINOFES

les raisons antécédemment délerminantes et les raisons conséquemment déterminantes, je dirai que les éclipses des satellites de Jupiter sont celles qui fournissent la raison de connaître par la vitesse assignable de sa lumière successive et propagée en conséquence. Mais cette raison ne détermine que cette seule vérité ; car si Jupiter n’avait pas de satellites, et si leurs révolutions n’étaient pas suivies d’occultations, la lumière n’en serait pas moins animée d’un mouvement successif, quoique nous l’ignorassions peut-être. En d’autres termes, et pour me rapprocher davantage de la définition donnée : les phénomènes des satellites de Jupiter, prouvant le mouvement successif dé la lumière, supposent cette propriété même de la lumière, sans laquelle ces phénomènes seraient impossibles, et par conséquent ne déterminent par là que cette seule vérité. Quant à la raison du fait ( fiendî), à savoir, pourquoi le mouvement de la lumière est accompagné d’une certaine durée assignable, si l’on s’en rapporte à Descartes, cette raison tiendrait à l’élasticité des globules élastiques de l’air, qui, d’après les lois de l’élasticité, cédant quelque peu au choc, finissent par rendre perceptible la somme, accumulée dans une immense série , des instants absorbés par chaque globule. Cette raison serait antécédemment déterminante ; c’est-à-dire que si elle n’était pas posée il n’y aurait pas lieu au déterminé.

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