‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 51 sur 68 · T DE L INTELLIGIBLE · texte numérisé non relu

T DE L INTELLIGIBLE

sensations suivant une loi fixe qui fait partie de notre nature. Et puisque rien ne peut tomber sons les sens que suivant les axiomes primitifs de l’espace et sui> vant ses conséquences (sous la direction de la géométrie), bien que le principe de ces axiomes soit purement subjectif, il s’accordera nécessairement toutefois avec eux, parce qu’il est en cela d’accord avec luimême, et que les lois de la sensibilité sont les lois de la nature, en tant quelle peut tomber sous les sens. La nature est donc parfaitement soumise aux lois de la géométrie, pour toutes les propriétés de l’espace qu’elle démontre, non pas en partant d’une hypothèse fictive, mais bien en se fondant sur une hypothèse donnée instinctivement, comme condition subjective de tous les phénomènes par lesquels la nature peut se manifesterauxsens. Assurément, si la notion d’espace n’était pas primitivement donnée par la nature de l’esprit (de telle sorte que celui qui chercherait à concevoir d’autres rapports que ceux qui sont perçus par le moyen de l’espace, perdrait son temps, parce qu’il serait forcé de se servir encore de la notion môme d’espace pour construire sa fiction), l’usage de la géométrie serait peu sûr dans la philosophie naturelle ; car on pourrait douter si cette notion même tirée de l’expérience est assez d’accord avec la nature; après avoir nié peut-être les déterminations dont elle était abstraite, elle pourrait bien aussi paraître suspecte à

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quelques esprits. L'espace est donc le principe for~ mel absolument premier du monde sensible, nonseulement parce que la notion de l’espace peut faire des objets de l’univers autant de phénomènes, mais surtout par cette raison qu’il est unique par essence, qu’il comprend absolument tout ce qu’il y a de sensible hors de nous, qu’il constitue ainsi le principe d’une universalité , c’est-à-dire d’un Tout qui ne peut être partie d’autre chose.

Corollaire.

Voilà donc deux principes de la connaissance sensitive, non pas, comme il arrive dans les choses intellectuelles, deux notions universelles, mais deux intuitions singulières, et cependant pures, dans lesquelles, à la différence des prescriptions des lois de la raison, des parties, des parties simples surlout, contiennent la raison de la possibilité du composé, mais où, suivant l’exemplaire de l’intuition sensitive, V infini contient la raison de la partie de tout ce qui est concevable, du simple enfin, ou plutôt de la limite. Caron ne peut assigner un espace et un temps défini en le limitant, qu’à la condition d’admettre un infini en étendue et en durée; et le point non plus que le moment ne sont concevables ni conçus que dans un espace et un temps déjà donnés, et comme limites de

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ce temps et de cet espace. Toutes les déterminations primitives de ces notions sont donc en dehors du domaine de la raison, et ne peuvent en aucune façon s’expliquer intellectuellement- Néanmoins les conséquences déduites logiquement de données intuitivement premières, sont soumises à V entendement^\ec toute la certitude possible. L’wne de ces notions regarde proprement l’intuition de V objet; l’autre, Yétaty le représentatif mv\aivX. Aussi l’espace sert-il comme type, à la notion du temps même, qui se représente par une %ne, et sés limites (moments)par des points. Mais le temps approche plus d’une notion universelle et rationnelle, embrassant toutes choses sous tous les rapports, l’espace même et les accidents qui ne sont pas contenus dans les relations de l’espace, tels que les états de l’âme. Du reste, si le temps ne dicte pas des lois à la raison, il établit cependant les conditions à l’aide desquelles V esprit peut comparer ses notions suivant les lois de la raison; c’est ainsi que je ne puis juger de l’impossible que par rapport à un même sujet dont j’alïirme en même temps A et non-A. Si tournant l’entendement à l’expérience, aux rapports de cause et d’effet, notre esprit ne peut se passer des rapports d’espace pour les objets externes, et pour tous, aussi bien pour les externes que pour les internes, il ne peut savoir qu’à l’aide d’un rapport de temps, qu’est-ce qui est avant, qu’est-ce qui est après.

MONDE SENSIBLE

OU ce qui est causé. On ne peut même réndre intelligible la quantité de l'espace qu’en exprimant numériquement ce rapport à une mesure, à une unité; or un nombre n’est qu’une multitude distinctement connue par la numération, c’est-à-dire par l’addition successive d’une unité à une autre dans un temps donné.

EnGn se présente naturellement à l’esprit de chacun la question de savoir si les notions d’espace et de temps sont innées ou acquises. L’acquisition de ces notions est déjà démontrée fausse par ce qui a été dit. Quant à l’innéité, comme elle favorise la philosophie des paresseux, qui proclame inutile toute recherche ultérieure, en faisant appel à la cause première, on ne doit pas l’admettre légèrement. Toutefois les notions d'espace et de temps sont certainement acquises en ce sens, non pas qu’elles soient abs,traites du sentiment des objets (car la sensation donne la matière et non la forme de la connaissance humaine), mais en cet autre sens qu’elles proviennent de l’acte même de l’esprit coordonnant ses sentiments suivant des lois fixes; elles sont ainsi des types immuables, susceptibles par conséquent d’être connus intuitivement. Car les sensations portent à cet acte de l’esprit, mais elles ne donnent pas l’intuition. 11 n’y a d’inné en tout ceci que la loi de l’àme suivant laquelle elle assemble d’une manière certaine ses états sensitifs en présence d’un objet.

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