‹ Mélanges de logique d'Emm. Kant;Chapitre 60 sur 68 · PRINCIPES TÉLÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

PRINCIPES TÉLÉOLOGIQUES

EN PHILOSOPHIE

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Si par tiatureon entend l’ensemble de tout ce qui est soumis à des lois, et que l’on envisage le monde (comme nature proprement dite) dans ses rapports avec une cause suprême, l’étude de la nature (qu’on appelle physique au premier de ces points de vue, et métaphysique au second) peut prendre deux directions : elle peut être ou théorique om téléologique. Mais, à ce dernier point de vue, la physique ne tient compte que des fins qui noos sont révélées par l’expérience ; la métaphysique, au contraire, comme il est dans sa destinée de le faire, ne peut s’occuper que d’une seule fin, celle qui est établie par la raison pure. J’ai fait voir ailleurs que la raison, dans la métaphysique de la physique spéculative (par rapport à la connaissance de Dieu), ne peut atteindre complètement son but, et qu’il lui feste encore la méthode téléologique à suivre, de telle sorte cependant qu’une fin déterrainément donnée a priori (dans l’idée du souverain bien) par une raison pratique pure, et non point les fins naturelles qui ne portent que sur des preuves expérimentales, doit suppléer au défaut d’une théorie

'Md DE l’usage des principes téléülogioues insuffisante. J’ai cherché, dans un petit essai sur les races humaines, à démontrer le droit de partir aussi d’un principe téléologique. Mais ce sont là deux cas d’une exigence à laquelle la raison ne se soumet [>as volontiers, et qui peut prêter à nlus d’un malentendu.

Dans toute étude de la nature, la raison aspire justement avant tout à la théorie, et plus tard seulement à la détermination finale. Ce qui manque à la théorie ne peut encore être réparé par aucune finalité pratique. Nous restons toujours dans l’incertitude par rapport aux causes efficientes, si évidente que nous puissions rendre la convenance de notre supposition des causes finales, de la part de la nature ou de la volonté humaine. Mais ce défaut n'est jamais plus réel que (comme dans ce cas métaphysique) quand des lois pratiques doivent nécessairement précéder pour donner tout d’abord la fin, en faveur de laquelle je pense à déterminer la notion d’une cause, notion qui parait ainsi n’atteindre en rien la nature de l’objet, et n’avoir d’autre fin que nos vues et nos besoins.

Il est toujours difficile d'être ferme sur des principes dans les cas où la raison a deux sortes d’intérêts opposées l’une à l’autre. Mais il n’est si difficile de s’entendre aussi sur des principes de cette nature, que parce (ju’ils tiennent à la méthode de penser avant la

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K.N l’HlLOSOl’HlE.

Uélet'iuinalion de l’objet, el que des prétentions respectivement opposées de la raison rendent douteux le point de vue de l’esprit d’où l’on doit considérer son objet. Dans la Revue mensuelle de Berlin, deux premiers essais sur deux sortes d’objets fort différents, et d’un intérêt très-inégal, ont été soumis à un examen approfondi. Dans l’un, je n’ai pas été compris, quoique je m’attendisse à l’être ; dans l’autre, ma pensée a été saisie au delà de mon attente. Ces deux articles sont d’hommes d’un talent supérieur, pleins d’une force juvénile , el déjà en possession de la j enommée. Dans l’un je suis censé avoir voulu résoudre une question de physique par des dogmes religieux ; dans l’autre, je suis déclaré non suspect d'avoir voulu porter la moindre atteinte à la religion par la preuve de l’insuffisance d’une physique //leVaphysique. Dans tous les deux, la difficulté d’être compris tient au droit encore obscur de recourir au principe téléologique partout où des sources de connaissances théoriques font défaut, mais avec une telle réserve que le droit de priorité soit assuré à la recherche théorico-spéculative, afin de s’assurer avant tout de la plénitude de ses forces en pareille matière (en quoi l’on exige à bon droit de la raison pure dans les questions métaphysiques , qu’elle prouve d'abord ce point, et en général sa prétention de prononcer sur quoi que ce soit, mais qu’elle y mette en pleine évi-

378 DE l’usage des l'HlNClVES TÉLÉOLüGlUUES

licnce les moyens propres à moUver une telle confiance), et que cette liberté lui reste toujours entière dans la suite. Une grande partie du différend tient ici à la crainte où l’on est que le libre usage de la raison en reçoive une atteinte ; en dissipant cette appréh^sion, J’aurai fait évanouir les obstacles qui s'opposent à une manière de voir uniforme.

M. le conseiller intime, Georges Forster, dans le Mercure allemand d’octobre et de novembre 1786, élève contre une explication de mon opinion depuis longtemps publiée dans la Revue mensuelle de Berlin de novembre 1785, des objections qui, à mon sens, n’ont leur raison que dans la manière vicieuse d’entendre le principe d’où je pars. L’illustre critique trouve tout d’abord périlleux de débuter par l’établissement d’un principe d’après lequel le naUiraViste devrait se régler jusque dans la recherche et \ observation, un principe tel même qu’il conduirait à une histoire naturelle qui différerait de la simple description de la nature : distinction qui n’est pas plus admissible que le principe même. Mais on peut aisément faire disparaître cette dissidence.

Pour ce qui est du premier scrupule, il n’est pas possible de douter qu’on puisse jamais rien trouver de régulier par un tâtonnement tout empirique, c'est-àdirc sans un principe qui dirige dans l’investigation ; car observer n’est [>as autre chose que constituer

E.\ PHlLOSOPllli:.

méthodiquement l’expérience. Je fais peu de cas du voyageur purement empirique et de son récit, lors surtout qu’il s’agit d’une connaissance synthétique d’où la raison doit tirer quelque chose pour une théorie. Il répond d’ordinaire quand on le lui demande : « J’aurais bien pu remarquer cela si j’avais su qu’on me le demanderait. » M. Forster lui-même suit le principe de Linné, de la constance du caractère des organes reproducteurs dans les plantes, principe sans lequel la description systématique du règne végétal n’aurait pas atteint la remarquable perbxîlion et le développement connus. 11 n’est malheureusement que trop vrai que des savants ont la témérité de faire passer leurs idées dans l’observation môme (et, comme le sait fort bien le grand naturaliste, de regarder la ressemblance de ces caractères, à la suite de certains exemples, comme un indice de la similitude des propriétéS'des plantes), de même que la leçon faite aux raisonneurs intempérants (ce qui, nous aimons à le penser, ne nous regarde pas) est très-fondée; mais cet abus ne peut cependant pas prévaloir contre la Justesse de la règle.

Quant à ce qui concerne la différence douteuse, absolument inadmise même, entre la description de la nature et l’histoire naturelle, elle serait, si l’on voulait entendre par histoire naturelle un récit des événements naturels, récit auquel nulle raison liu-

3tiU DE l'usage des PlU.NCirES TÉLÉOLOGIQUES

inaiue ne suftît, par exemple, la première formation des plantes et des animaux, elle serait sans doute, comme le dit M. Forster, une science à faire par des Dieux qui auraient été contemporains du fait, ou même les auteurs, et non une science à attendre des hommes. Mais si l’histoire naturelle consiste à dériver des forces de la nature, telles qu’elles s’ofiFrent à nous maintenant, l’enchaînement de certaines propriétés actuelles ue la nature des choses avec leurs causes dans un temps antérieur, et cela aussi loin seulement que l’analogie permet de remonter, une pareille histoire naturelle est non-seulement possible, mais elle a été assez fréquemment essayée par des naturalistes profonds, quels qu’aient été leurs succès, par exemple dans les théories de la terre (où celle de l’illustre Linnée trouve aussi sa place). La conjecture de M. Forster lui-même, sur la première origine du nègre, n’appartient certainement pas non plus à la description de la nature, mais seulement à l’histoire naturelle. Cette différence lient à la nature des choses, et je ne demande par là rien de nouveau ; je veux seulement qu’on sépare avec soin une chose d’une autre chose, parce qu’elles sont entièrement hétérogènes, et que si l’une (la description de la nature) fait l’elTet d’une science dans tout le luxe d'un grand système, raulrc (rhisloiro naturelle) ne peut montrer que des IVagiucnls ou des hypothèses incertaines.

E.v ruii.nsoriHF..

Grâce à celle dislinclion et à l’exposilion de l’hisloire naturelle, comme science propre, quoique maintenant (peut-être aussi à jamais) plus exécutable pour l’apparence que pour la réalité (dans laquelle pourrait bien se trouver indiqué pour réponse à la plupart des questions un vacal), j’espère faire en sorte que par une prétendue connaissance on n’attribue pas à l’une ce qui n’appartient qu’à l’autre, et qu’on apprenne à distinguer plus nettement la circonscription des connaissances réelles en histoire naturelle (car on en possède quelques-unes), en même temps que les limites qui lui sont assignées par la raison, et les principes qui pourraient servir à la faire cultiver avec le plus de succès. On doit me pardonner cet embarras, puisque j’ai constatéet fait ressortir dans d’autres cas, quoique pas précisément au gré de chacun, un grand nombre d’inconvénients résultant du peu de soin qu’on a pris de délimiter les sciences, et qu’en outre je suis Irès-persuadé que la simple séparation de l’hétérogène qu’on avait auparavant pris pêle-mêle, doit souvent apporter aux sciences une lumière toute nouvelle, en même temps sans doute qu’elle décèlera bien des pauvretés qui pouvaient auparavant se déguiser sous des connaissances étrangères. Mais aussi elle mettra en évidence un grand nombre de véritables sources de la connaissance dont on n’aurait pas soupçonné la place. La plus grande difii-

38i UE I.'lSAGE UES PRINCIPES TÉI.ÉOLOOIOL'ES

cullé dans celle innovation prétendue, c’est la dénomination. Le mot histoire signifiant la même chose que le mot grec IcTopia (récit, description), est trop usité et depuis trop longtemps, pour qu’on doive facilement se permettre d’y donner une autre signification qui indiquerait l’investigation naturelle de l’origine. Ajoutons qu’il ne serait pas facile de trouver une autre expression technique qui convînt parfaitement (1). Cependant la difilcullé de la distinction dans les termes ne peut faire disparaître la différence dans les choses. Ce malentendu, résultat de la manière inévitablement différente d'entendre 'des expressions classiques, se retrouve aussi dans la notion de race, et s’étend à la chose même. On retrouve ici un exemple de ce que dit Sterne à l'occasion d’une discussion physiognomique qui, suivant le récit plaisant qu’il en fait, aurait mis en rumeur toute l’IInivcrsité de Strasbourg ; les logieiens auraient vidé le différend, si seulement ils ne s'étaient pas heurtés à une définition. Qu’esl-ce qu’une race? Le mot ne se trouve pas, certes, dans un système descriptif de la nature, parce que la chose môme n’est vraisemblablement nulle part non plus dans la nature. Mais la notion que cette • expression désigne est cependant fondée dans la raison de tout observateur de la nature, qui conçoit à une

(1) Je proposerais, au lieu de description de la nature, le mot physingraphif, et au lieu d’histoire naturelle, physiognnte.

E.\ PHlLOSonilE.

propriété liérédilairede différenis animaux qui se reproduisent par le croisement, propriété qui ne fait point partie de la notion de leur genre, une communauté de la cause, et même d’une cause qui se trouve originellement dans la souche du genre lui-même. Que ce mot ne se rencontre que dans la description de la nature (mais qu’on y trouve au lien de celui-là le mot variété), je n’en conclurai pas qu’on n’ait pas le droit de le trouver nécessaire au point de vue de l’histoire naturelle. Seulement, il convient d’en déterminer nettement l’usage, et c’est ce que j’entreprends ici .

Le nom d’une race comme propriété radicale, qui désigneunesouchecommune, et permet en môme temps plusieurs caractères qui passent d’une génération à l’autre, non-seulement dans le môme genre animal, mais aussi dans la même souche, n’est pas d’une invention maladroite. Je le traduirais différence [Abartung, progenies classifica) pour distinguer une race de la dégénération {Ausartung, degeneratio, s. progenies specifica) (1), que l’on ne peutaccorder, parce

( 1 ) Les dénominations do classes et d’ordres expriment d’une manière parfaitement claire une séparation toute logique opérée par la raison entre les notions, à la faveur d’une simple comparaison. Mais les dénominations de genres et d’espèces peuvent indiquer aussi la séparation physique établie par la nature même entre les créatures par rapport à leur riproduciion. Le caractère des races [leut donc suffire pour classer en conséquence des créatures, mais non pour en faire une espèce particulière, parce que cette espèce pourrait aussi indiquer une dérivation particulière, que noua n’entendons pas faire entrer sous la dénomination de race. 11 va sans dire que nous ne prenons pas ici le

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qu’elle est opposée à la nature (dont la conservation de ses espèces est invariable dans la forme). Le mot progentes fait voir qu’il n’y a pas autant de caractères originels distribués en autant de souches qu’il y a d’espèces du même genre, mais que ces caractères ne se développent qu’avec les productions successives, que ce ne sont par conséquent pas des espèces diverses, maisdcsrej^emAZrtncej, tellement déterminées etconstantes cependant, qu’elles permettent une distinction caractéristique.

D’après ces idées préliminaires, le genre humain (entendu suivant son caractère universel dans la description de la nature) pourrait être divisé, dans un système d’histoire naturelle, en souche (ou souches), en race ou genre [progenies classifica), et en va^ riété humaine {v'arietas nativd). Celte dernière ne contiendrait pas des caractères transmissibles héréditairement, et qui pussent par conséquent servir de base à une division par classes. Mais tout ceci n'est encore qu’une simple idée de la manière dont la plus grande diversité dans la reproduction peut se concilier avec la plus grande unité de la dérivation rationnelle. Les observations qui servent à faire connaître l’unité

de la dérivation doivent servir à décider s’il y a réel-

mot classe dans la signification large qui lui est donnée )iar le systeme de Linné; nous l’employons également comme membre de division dans un tout autre but.

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leraent une telle parenté dans le genre humain. Ce qu’il y a de clair ici, c’est qu’on doit être conduit par un jirincipe déterminé à V observation pure et simple, c’est-à-dire à donner son attention à ce qui peut indiquer la dérivation, et non simplement la ressemblance caractéristique. Alors, en effet, il s’agit d’un problème d’histoire naturelle, et non d’une description naturelle et d’uue simple nomenclature méthodique. Si l’on n’a pas dirigé ses recherches suivant ce principe, il faut chercher de nouveau; car ce qu’il convient de faire pour décider s’il y a entre les créatures une semblable parenté réelle, ou si celte parenté n’est que nominale, ne se présentera pas de soi-même à l’investigateur.

Il ne peut y avoir aucun critérium certain de la différence d'une souche primitive que l’impossibilité d’avoir une descendance féconde par le mélange de deux races humaines héréditairement différentes. Mais si la chose a lieu, la différence de la forme est encore si grande, que rien n’empêche d’y trouver, au moins possible, une dérivation commune ; car pouvant, malgré cette différence, s’wm'r pour donner naissance à un produit qui porte les deux caractères, elles ont pu sortir d’une souche unique, qui renfermait le développement virtuel d’autant de races possibles qui devaient se distinguer par la génération;

et la raison ne partira pas de deux principes quand

386 DE l’üsage des principes téléologiodes un seul peut suffire. Mais le critère certain des qualités héréditaires comme signe d’autant de races, a déjà été indiqué. Il reste encore à remarquer quelque chose des variétés héréditaires qui fournissent une occasion de dénommer telle variété humaine ou telle autre (de famille ou de peuple).

Une variété est la propriété héréditaire qui ne sert pas à classer, parce qu’elle ne se produit pas inévitablement; car il faut cette constance du caractère héréditaire pour justifier, même au point de vue de la description de la nature, la division par classes. Une forme qui, dans la reproduction, n’offre qu’accidentellement le caractère des parents les plus proches, et même le plus souvent que d’un côté (paternel ou maternel), n’est pas un signe où l’on puisse reconnaître la provenance des deux parents, par exemple, la différence des blonds et des bruns. La race ou la variété est donc une propriété qui passe iné\>ilablement d’une génération à une autre, qui peut sans doute servir à une division par classes, mais qui n’est cependant pas spécifique, parce que la ressemblance inévitablement moyenne (par conséquent la fusion des caractères de la distinction) permet au moins la possibilité de regarder les différences héréditaires comme ayant aussi leur origine dans la souche, où elles se trouvaient réunies comme en germe, et qui ne se sont séparées et développées que peu à peu à la

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faveur des générations successives. Il est impossible, en effet, de faire du sexe animal une espèce particulière, s’il ii’est point à un autre pour former un seul et même système naturel de génération. En histoire naturelle, genre et espèce seraient donc une même chose, et signifieraient la propriété héréditaire séparée d’une souche commune. Mais la qualité qui peut subsister, cette souche est héréditaire nécessairement ou non. Dans le premier cas, il y a caractère de race, dans le second caractère de variété.

Quant à ce qui peut être appelé variété dans le genre humain, je remarque qu’il faut considérer aussi la nature, non comme agissant ici avec pleine liberté, mais que, tout comme dans la formation des caractères de races, elle est pour ainsi dire prédestinée par une disposition native à les développer seulement. On y trouve en effet une finalité d’une mesure en parfait accord avec elle, qui ne peut être l’œuvre du hasard. Ce que lord Shaftesbury avait déjà remarqué, à savoir qu’on trouve dans toute figure humaine une certaine originalité (comme un dessin réel), qui assigne pour ainsi dire à l’individu des fins particulières, propres, quoique nous ne puissions pas déchiffrer ces lignes, tout peintre de portraits qui réfléchit à son art peut le confirmer. On aperçoit la vérité d’une figure peinte sur le vif et bien rendue, c’est-à-dire que ce n’est pas une œuvre d’imagination. Mais en

388 DE l’üsage des principes téléologioües quoi consiste cette vérité? Incontestablement dans une proportion déterminée de l’une des nombreuses parties du visage avec toutes les autres, pour exprimer un caractère individuel, qui renferme une fin obscurément représentée. Aucune partie de la figure, nous semblâtelle disproportionnée, ne peut être changée dans la peinture en conservant tout le reste, sans que le connaisseur, encore bien qu’il n’eût pas vu l’original, par la comparaison avec le portrait fait d’après nature, ne remarque aussitôt laquelle des deux images représente la nature, laquelle est une fiction. La variété entre hommes de la même race est très-vraisemblablement contenue aussi régulièrement dans la souche primitive pour établir et développer en conséquence une très-grande diversité en vue de fins infiniment différentes, de même que la différence de races a pour but l’appropriation à des fins moins nombreuses mais essentielles. Il y a cependant celte différence, que les dernières dispositions, une fois développées (ce qui doit avoir eu lieu déjà dans les temps les plus reculés), ne peuvent donner naissance à aucunes formes nouvelles de cette espèce, ni laisser périr les anciennes, quandau contraire les premières, à notre connaissance du moins, semblent témoigner d’une nature inépuisable en nouveaux caractères (externes ou internes).

La nature semble craindre les fusions de variétés, parce qu’elles sont contraires à la fin, la diversité des

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caractères. Quantà la différence des races au contraire, elle en souffre du moins la fusion si elle ne la favorise pas ; c’est pour elle un moyen d’approprier la créature à des climatsdifférents, quoiqu’il n’y en ait pas qui lui convienne autant que celui où elle a d’abord pris naissance. Car, pour ce qui est de l’opinion commune suivant laquelle des enfants (de notre race blanche) doivent hériter de leurs parents pour moitié des signes caractéristiques qui appartiennent à la variété (tels que la stature, les traits du visage, la couleur de la peau), et même de plusieurs vices (internes ou externes), et, comme on dit, tenir telle chose du père, telle autre de 1a mère, l’étude attentive que j’ai faite des familles diverses, ne me permet pas de la partager. Ils reproduisent sans mélange , quoique pas d’après le père ou la mère, la famille de l’un ou de l’autre ; et quoique l’éloignement pour les alliances entre proches parents se fonde sur des raisons morales particulièrement, et que la stérilité n’en soit pas suffisamment établie, par le fait qu’on le trouve répandu jusque chez les peuples barbares, on doit présumer qu’il a sa raison profonde dans la nature même, qui ne veut pas que les anciennes formes se reproduisent toujours, mais qui entend au contraire que la plus grande diversité, qu’elle a déposée dans les germes primitifs de la race humaine, soit réalisée. Un certain degré d’uniformité, qui s’offre dans les traits d’une

390 DE l’usage des principes téléologiques famille et même d’un peuple, ne peut pas non plus être attribuée à la transmission pour moitié de leurs caractères (transmission partagée qui, selon moi, n’a pas lieu pour les variétés). En effet, la prépondérance de Tun ou de l’autre des conjoints, lors parfois que presque tous les enfants ressemblent à la souche paternelle ou maternelle, peut, malgré la grande différence primordiale des caractères, et par suite d’une action et d’une réaction qui fait que les ressemblances d’un côté deviennent de plus en plus rares, atténuer la diversité, et produire une certaine uniformité (qui n’est sensible qu’à des regards étrangers). Au surplus, j’abandonne cet avis au jugement du lecteur. Ce qui est plus important, c’est que chez d’autres animaux, presque tout ce qu’on pourrait appeler chez eux variété (la taille, les qualités de la peau, etc.) est transmis de moitié par les parents. C’est là un faît qui, lorsqu’on vient à considérer l’homme, comme on peut le faire, paranalogie avec les animaux (en ce qui regarde la reproduction), semble renfermer une objection contrôla distinction que j’ai faite entre les races et les variétés. Pour pouvoir en juger, il faut se placer au point de vue plus élevé de l’explication de celte loi de la nature, suivant lequel les animaux irraisonnables, dont l’existence ne peut avoir de prix qu’à litre de moyen, doivent être diversement appropriés à différents usages, et cela dès le principe (comme les différentes races de chiens.

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qui, suivant BufTon, proviendraient d’une souche commune, celle du chien de berger). Au contraire, une plus grande uniformité de &n dans la race humaine ne demandait pas une si grande différence de formes naturelles de naissance ; celles de ces formes nécessairement natives ne pouvaient donc tenir à un petit nombre de climats des plus divers que pour la conservation de l’espèce. Cependant, comme j’ai voulu simplement motiver la notion des races, je ne crois pas nécessaire de faire la même chose pour le principe d’explication des variétés.

Après avoir dissipé cette équivoque, qui cette fois, comme la plupart du temps, est bien plus une cause de malentendu qu’une dissidence de principes, j’espère trouver moins d’opposition à mon mode d’explication. M. Forster est d’accord avec moi sur ce point, qu’il estime une qualité héréditaire parmi les différentes formes humaines , celle qui distingue les nègres du reste des hommes, assez grande pour qu’on ne doive pas la regarder comme un simple jeu de la nature, comme un effet d’influences contingentes; elle suppose au contraire une disposition originellement incorporée à la souche, et une loi spécifique de la pâture. Cet accord entre nos idées est un fait important, et rend déjà possible un rapprochement, même par rapport aux principes d’explication des deux parts, au lieu que la commune et superficielle manière de voir suivant

39Î DE l’üsage des principes téléologiqijes laquelle toutes les différences de notre espèce sont tracées de la môme façon , c’est-à-dire également attribuées foutesau hasard,et rapportées, quant à leur origine, à leur disparition, à des causes purement extérieures, tient pour superflues toutes les recherches de cette nature et ne fait aucun cas de la constance même de l’espèce dans la forme régulière que cette espèce affecte. Restent deux différences entre nos idées, mais qui ne sont pas si grandes qu’elles doivent nécessairement empêcher de nous entendre : la première c’est que ces propriétés héréditaires, celles qui distinguent les noirs de tous les autres hommes, sont les seules qui doivent être regardées comme données d’origine, lorsqu’au contraire je crois être autoriséà faire entrer plusieurs autres propriétés (celles qui caractérisent lesIndiensetlesAméricains, attribuéesaux blancs) dans une complète division par classes. La seconde dissidence, mais qui touche moins l’observation (la description de la nature) que la théorie à choisir (l’histoire naturelle), c’est que M. Forster croit qu’il est nécessaire d’admettre deux souches primitives pour expliquer ces caractères lorsque, suivant moi (tout en regardant avec M. Forster ces caractères comme originels), il est possible et plus conforme aune véritable explication philosophique, de les regarder comme un développement de dispositions premières régulièrement déposées dans une souche. Ce qui n’est

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pas non pins une différence tellequela raison ne puisse également tomber d’accord sur ce peint, si l’on faitattention que la première origine des êtres organisés reste pour tous deux impénétrable, et en général inaccessible à la raison humaine, tout aussi bien que la transmission partielle dans leur propagation . Comme le système de deux germes séparés tout d’abord et isolés en deux souches, mais’ par la suite mélangés et de nouveau réunis, ne donne pas à la raison plus de facilité d’intelligence que le système de germes différents qui auraient été originairement implantés dans une seule et même souche, et qui se seraient développés dans la suite d’une manière régulière en donnant naissance à la première population générale, et comme la seconde hypothèse a de plus l’avantage de ne pas rendre nécessaire plusieurs créations locales ; comme en outre il n’y a pas à s’occuper de l’économie des moyens d’explications téléologiques pour les remplacer par des moyens physiques, chez les êtres organisés, en ce qui regarde la conservation de l’espèce, et qu’ainsi le second système n’impose au naturaliste d’autre obligation que celle d’ailleurs indispensable de se conformer au principe de Jinalité-, comme aussi M. Forster n’a été porté que par la découverte de son ami , le célèbre anatomiste philosophe Sœmmering, à trouver la différence entre le nègre et les autres hommes, trop considérable pour qu’elle pût être facilement goûtée

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de ceux qui mêlent volontiers tous les caractères héréditaires, et qui pourraient les considérer comme de simples nuances toutes fortuites, et que cet homme éminent (qui se déclare pour la complète harmonie de la formation delà race nègre avec son sol natal (1 ), tandis que la construction osseuse de la tête n’offre pas une conformité plus visible avec le climat que l’organisation de la peau, ce grand instrument de la dépuration du sang), semble par cônséquentcomprendre cette loi au nombre de toutes les autres (dont la propriété de la peau est l’une des principales), et la propose aux anatomistes comme le caractère le plus frappant ; j’espère que M. Forster, si on lui démontre qu’il y a encore, mais en petit nombre, d’autres propriétés constamment héréditaires, qui ne se résolvent point les unes dans les autres suivant les degrés du climat, mais restent réellement distinctes, quoiqu’elles n’aient pas un rang spécial en anatomie, ne sera pas éloigné d’y reconnaître un germe particulier, originel, normalement implanté

(1) SoEMHBBiNG, De la différence corporelle du nigre et de l’Européen, p. 79. » On trouve dans la structure du nègre des propriétés qui s’approprient à merveille à son climat, et qui peut-être en font une créature plus accomplie que l’Européen. » Cet homme supérieur (lètd. § 44) révoque en doute l'opinion de D. Schott, sur l'organisation de la peau des nègres, organisation qui la rend plus propre à l’expulsion des matières nuisibles. Mais si l'on y joint les renseignements de Liud {Des maladies des Européens, etc.) sur la malignité de l’air phlogistiqué par les forêts marécageuses, surles bords de la Gambie, qui devient si promptement mortel aux matelots anglais, et où néanmoins les nègres vivent comme dans leur élément, cette opinion devient cependant très-vraisemblable.

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à une souche. Quant à savoir si, parcelle raison, il est nécessaire d’admettre plusieurs souches, ou s’il n’en faut reconnaître qu’une seule qui serait commune, j’espère que sur ce point encore nous serons à la fin facilement d’accord.

Les seules difficultés à lever, celles qui empêchent M. Forsler de se rendre à mon opinion, regarderaient donc moins le principe que la difficulté de l’appliquer convenablement à tous les cas. Dans la première section de son traité, octobre 1786, p. 70, M. Forsler donne une échelle des couleurs de la peau, depuis les habitants du nord de l’Kiirope, en pa.ssanl par les Espagnols, les Egyptiens, les Arabes, et les Abyssiniens, jusqu’à l’équateur, d‘où, par une gradation renversée, et s’avançant dans la zone méridionale tempérée, il arrive au pays des Cafres et des Hollenlols (d’après son opinion) avec une gradation du brun au noir tellement proportionnée au climat des pays, aussi bien en remontant qu’en descendant (en quoi il admet sans preuve que des Colonies sont parties de la Nigrilie, qu’elles se sont dirigées vers la jiointe de l’Afrique, qu’elles ont gagné insensiblement, et où elles sont devenues, par l’elTet du climat, des Cafres et des Hollenlols), qu’il s’étonne qu’on ne s’en soit pas aperçu plus tôt. Mais on doit bien plus s’étonner encore qu’il ait été possible de ne pas voir le critérium suffisamment déterminé , et qui , par des raisons

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décisives , pouvait être accepté pour reconnaître l’invariable propagation par moitié de la part des parents, quand tout ici vient cependant à l’appui du fait. Car ni l’Européen le plus septentrional en se mêlant au sang espagnol, ni le Mauritanien ou l’Arabe (non plus sans doute que l’Abyssinienqui en approche), qui prennent des femmes circassiennes, ne sont le moins du monde soumis à cette loi. 11 n’y a pas de raison non plus, si l’on fait abstraction de l’influence du soleil du pays sur chaque individu de ces derniers, pour juger leur couleur différente de la couleur brune parmi les blancs. Quant à ce qu’il y a de semblable aux nègres chez les Cafres, et à un degré moindre chez les Hottentots, dans la môme partie du monde, deux variétés qui doivent, je pense, confirmer l’expérience de la procréation variée par moitié, il est très-vraisemblable que ce ne peut être que le résultat de productions bâtardes d’une population noire avec les Arabes qui ont fréquenté de tous temps ces parages. Pourquoi, en effet, ne trouve-t;on pas aussi cette prétendue échelle de couleurs sur les côtes occidentales de l’Afrique, où la nature ne fait au contraire qu’un saut de l’Arabe ou du Mauritanien basané au nègre le plus noir du Sénégal, sans passer parla teinte intermédiaire des Cafres? Par là tombe aussi la preuve expérimentale exposée à la pageiô, preuve anticipée, qui devait établir la fausseté démon principe, à savoir

EN PHILOSOPHIE

que l’Abyssinien basané, uni à une Cafre, ne donnerait pas un produit de couleur mixte, parce que les deux couleurs sont identiques, la couleur basanée. Si M. Forster admet en effet que la couleur basanée de FAbyssinien e.st profondément innée, comme celle des Cafres, à tel point môme qu’elle devrait donner une couleur moyenne, dans la procréation avec une blanche, alors sans doute l’expérience réussirait au gré de M. Forster; mais elle ne prouverait rien contre moi, parce que la différence des races doit être jugée, non d’après ce qui leur est i>lentique, mais d’après ce qu’il y a de différent entre elles. On pourrait dire seulement qu’il y a aussi des races fortement basanées qui se distinguent de la race noire ou de sa souche par d'autres caractères (par exemple, par la charpente osseuse); par rapport à celle-là seulement, la génération donnerait un métis, et ma liste des couleurs s'en trouverait augmentée d’une seule. Mais si la couleur foncée que portent les Abyssiniens nés dans leur pays n’est pas héréditaire, si elle est à peu près comme celle d’un Espagnol qui aurait habité ce pays dès son enfance, alors sa couleur naturelle donnerait sans doute à un produit une teinte moyenne avec celle des Cafres. Mais comme l’influence accidentelle du soleil y ajoute, elle en serait dénaturée et semblerait un trait de variété homogène (quant à la couleur). Cette expérience imaginée ne prouve donc rien contre

398 DE l’usage des PRINOPES TÉLÉOLOGIQUES l’ulililé de la couleur nécessairement héréditaire de la peau comme moyen de distinguer une race ; elle ne prouve que la diliiculté de pouvoir bien la déterminer, en tant qu’innée, dans les lieux où le soleil la rend accidentellement plus foncée, et confirme la justesse de ma demande, à savoir qu’on donne à cet effet la préférence à des produits de mêmes parents dans

autres pays.

Nous avons de ces produits un exemple décisif dans la couleur indienne de la peau d’un petit peuple qui s’est, propagé depuis quelques siècles dans nos régions septentrionales, je veux parler des Bohémiens (1). La couleur de leur peau prouve qu’ils sont un peuple indien. Pour la conserver, la nature s’est montrée si opiniâtre que, bien qu’on puisse faire remonter leur habitat en Europe jusqu’à douze générations, celle couleur apparaît encore avec une vérité si entière que si ces générations avaient eu lieu dans l’Inde entre ceux qui en ont été les auteurs et les habitants de ce pays-là , il n’y aurait vraisemblablement aucune différence. Dire qu’il faudrait encore attendre douze fois douze générations, jusqu’à ce que l’air du Nord eût complètement blanchi leur couleur héréditaire, serait retarder l’investigateur par des réponses dilatoires, et chercher des faux-fuyants. Donner leur

(l}Des bohèmes, appelés Zin^art en Italie, et Gitanot en Espagne.

(ff. du trad.)

E.N PHILOSOPHIE

couleur pour une simple variété, comme celle du brun espagnol par rapport aux Danois, serait douter de l’empreinte de la nature; car ils produisent inévitablement avec nos anciens indigènes des métis; ce qui est une loi à laquelle la race des blancs n’est soumise par rapport à aucune de ses variétés caractéristiques en particulier.

Mais aux pages 1 55-1 56 se trouve le principal argument qui prouverait, s’il était fondé, que, dans le cas même où l’on m’accorderait mes dispositions originelles , l’harmonie des hommes avec leur patrie ne pourrait cependant pas subsister avec leur diffusion à la surface du globe. On soutiendra peut-être encore, dit M. Forster, que les mêmes hommes dont les dispositions conviennent à tel ou tel climat devaient naître ici ou là par suite d’une sage direction de la Providence. Mais, continue-t-il, comment donc cette providence est-elle devenue si peu prévoyante que de ne pas penser à une seconde transplantation où chaque germe, qui n’était fait que pour un climat, serait devenu tout à fait sans but.

Pour ce qui est du premier point, on se rappelle que j’avais admis ces premières dispositions non comme distribuées entre différents hommes, — ce qui aurait fait différentes souches, — mais comme réunies dans le premier couple humain; en sorte que leurs descendants, où est encore toute la disposition origi-

400 DE L’üSAGE des principes TÉLÉOLOaiQDES nelle pour toutes les différences futures, convenaient si bien à tous les climats {in potenlia) que le germe qui les approprierait à la région terrestre où ils tomberaient, eux ou leurs successeurs plus avancés, pourrait s’y développer. Point donc n’ctait besoin d’une sage direction particulière pour les diriger dans des lieux favorables à leurs dispositions; partout au contraire où le hasard pouvait les conduire, et leur descendance se propager longtemps, se développait un germe approprié qui se trouvait dans leur organisation, et qui les mettait en harmonie avec le climat. Le développement des dispositions se règle sur les lieux, bien loin que des lieux, comme l’entend mal à propos M. Forster, doivent être cherchés d’après des dispositions déjà développées. Mais ceci ne s’entend que de l’époque la plus reculée d’un temps qui peut avoir assez duré (dans l’intérêt de la population graduelle de la terre) pour qu’à la fin un peuple qui avait un établissement fixe, ait subi des influences de climat et de sol propres à développer ses dispositions harmoniques avec ces deux circonstances. Mais, d’où vient, dit-on, que le même entendement, qui combinait si bien ici et les pays et les germes {ils devaient, d’après ce qui précède, se rencontrer toujours, quoique l’on veuille, non pas qu’une intelligence, mais seulement cette même nature qui avait réglé intérieurement l’organisation des animaux d’une manière si

EN PHILOSOPHIE. 401

universcllemenl régulière, leur ait donnée aussi avec une égale prévoyance lesnaoycnsde se conserver) ait eu tout à coup si peu d'entendement qu’elle n'ait pas aussi prévu le cas d'wne seconde transplantation'} Grâce à cette imprévoyance, la propriété innée qui convient pour un climat, devient complètement sans but, etc.

Quant à ce second point de l’objection, j’accorde que cette intelligence, ou si l'on aime mieux, cette nature agissant d’elle-même régulièrement, n’a pas fait aucune attention à une transplantation pour des germes déjà dévelop|)és, mais sans qu’on puisse, pour cette raison, l’accuser d’imprévoyance ou défaut de sagesse. Elle a plutôt empêché, en établissant l’harmonie avec le climat, la confusion des climats, surtout du chaud et du froid. Car, ce rapport vicieux d’une région terrestre nouvellement habitée à un naturel déjà façonné par une autre région plus anciennement habitée par les mêmes hommes, se garantit précisément de lui-même. Où donc les Indiens ou les nègres ont-ils cherché à se répandre dans les contrées du Nord? — Ceux qui y ont été transportés n’ont jamais donné dans leur descendance (comme les créoles, nègres ou Indiens, connus sous le nom de bohémiens), une variété propre aux travaux des champs ou de l’industrie (1 ).

(1) La dernière remarque n'est pas ici donnée comme une preuve; elle n’est cependant pas indifférente. Dans le recueil de M. Sprongel,

402 DE l’üSAGE des PRIKaPES TÉLÉOLOGIQUES

Mais cela même que M. Forstcr regarde comme une difficutlé insurmontable contre mon principe, devient,

V partie, p. 268-287, un homme compétent allègue contre le désir de Rams^y que tous les esclaves nègres soient employés comme travailleurs libres; que de plusieurs milliers de nègres affranchis qu'on trouve en Amérique et en Angleterre, il n’en connaît pas un seul qui fasse un ouvrage qu’on puisse appeler proprement travail; qu’aussilôt qu’ils sont mis en liberté iis abandonnent l’ouvrage manuel peu difiicUe qu’ils étaient auparavant contraints de faire comme esclaves, pour se faire revendeurs, gargoliers, valets de chambre, pêcheurs, chasseurs, en un mot rôdeurs. C’est ce qui s’observe encore parmi nous chez les Bohèmes. Le mémeauteurremarqueà ce sujet quecen’estsans doute pas le climat du nord qui les rend impropres au travail, puisqu’ils sup|iortent plus volontiersle froid quand ils’agit poureux d’attendre derrière les voitures de leurs maîtres, ouparlespius rudesnuitsd’hiver aux couloirs glacés des théâtres (en Angleterre), qu’àlagrangc, au champ, ou suris port, elc. Ne doit-on pas en conclure qu’il y a, outre la faculté pour le travail, une impulsion immédiatede l’activité, indépendante de toutattrait(surtout àl’aclivilé permanentequ’on appellediligence), qui est mêlée tout particulièrementà certaines dispositions nature lles,etqu’Indiens et nègres n’emportent pas plus et ne transmettent pas plus de cette impulsion dans d’autres climatsqu’il ne leur en faut pour leur conservation dans leur mère patrie, pas plus qu’ils n’en ont reçu de la nature , et que cette disposition intérieure s’éteint aussi peu qu’il le parait extérieurement. Or, les besoins bien moindres dans ces pays, et la peine moins considérable qu’il faut pour les satisfaire, ne demandent pas une grande disposition à l’activité. Je citerai encore à ce sujet un passage de la description approfondie de Sumatra par Marsdeu, dans les recueils de Sprengcl, v« partie, p. 198-199 : « La couleur de leur peau {des Kejangt) est ordinairement jaunâtre , sans ce mélange de rouge qui produit la teinte cuivrée, lis sont presque tous d’une couleur un peu moins foncée que les métis dans les autres contrées de l’Inde. La couleur blanche des habitants de Sumatra, en comparaison avec d'autres peuples de la même zone, est, à mon avis, une forte preuve que la couleur de la peau ne dépend pas immédiatement du climat. ^11 dit précisément la même chose de la génération des enfants d’Européens et de nègres qui ont pris naissance dans ces pays-là, et il pense que la couleur plus foncée des Européens qui y ont fait un long séjour, est une conséquence des maladies de foie auxquelles tous sont exposés.) Je dois encore remarquer ici que les mains des naturels et des métis, malgré la chaleur du climat, sont habituellement fraîches (circonstance importante qui fait voir que la qualité propre de la peau ne doit résulter d’aucune causeextérieure superficielle). »

EN PHILOSOPHIE

dans une’ certaine application, une lumière très-favorable, et résout des dilficultés insolubles dans toute autre théorie. J’admets bien qu’il a fallu de nombreuses générations, depuis l'origine du genre humain, pour qu’il y ail eu évolution successive des dispositions innées en lui jusqu’à la complète harmonie avec un climat, et que la diffusion de ces générations sous ces climats divers, en grande partie forcée par des révolutions violentes de la nature, n’a pu arriver sur l’étendue la plus considérable de la terre qu’avec un accroissement difficile de l’espèce. Encore bien donc que ces causes eussent fait passer un petit peuple de l’ancien monde des régions méridionales aux septentrionales, l’harmonie qui, pour s'accommoder à l’ancienne situation, n’était peut-être pas encore arrivée graduellement à un état fixe, — doit avoir fait place à un développement de dispositions contraire à celles que demandent le climat du nord. En supposant donc que cette variété humaine se soit toujours portée de plus en plus loin au nord-est jusqu’en Amérique, — opinion très-vraisemblable, — ses dispositions naturelles se seraient déjà développées autant que possible avant qu’elle eût pu se répandre encore au sud dans cette partie du monde, et ce développement alors accompli , aurait nécessairement rendu impossible toute évolution ultérieure appropriée à un nouveau climat. Il se serait donc établi une race qui,

404 iiE l’üsage des principes téléologiques dans sa marche progressive vers le sud, toujours la même sous tous les climats, ne conviendrait bien à aucun, parce que la disposition méridionale, arrêtée avant le départ au milieu de son développement, aurait étécoijvertieen unedispositionpourleclimaldunord,et ainsi se serai I éla hli l’état fixe de cette trouped’hommes. En fait. Don Ulloa (un de ceux qui ont le mieux connu les Américains des deux hémisphères) assure qu’il a toujours trouvé fort semblable la forme caractéristique des habitants de celte partie du monde. Un voyageur mnderne dont le nom m’échappe, dit que leur peau est d’une couleur de rouille mêlée A'huile. Si leur naturel n’est en parfait accord avec aucun climat, il faut en conclure aussi qu’il est difficile de donner une autr raison de l'infériorité très-marquée de cette race, — trop faible pour exécuter un travail pénible, trop indifférente pour agir avec diligence, incapable de toute culture(àquoi néanmoinslevoisinageetl’exemplel’en- ' couragenl suffisamment), — par rapport au nègre luimême, quiest cependant au plusbasdegrédel’échelledefi différentes races d’hommes que noos avons nommées.

Voyons maintenant toutes les autres hypothèses possibles de ce phénomène. Si l’on ne veut pas ajouter à la création particulière du nègre, déjà proposée par M. Forsler, une seconde création encore, celle de l’Américain, il ne reste d’autre réponse à donner, sinon que l’Amérique est trop froide ou trop nou-

£N PHILOSOFHIE.

velle pour produire jamais la dégénérescence du nègre ou de l’Indien, ou pour l'avoir produite déjà depuis le peu de temps qu’elle est peuplée. La pre~ mière de ces assertions, en ce qui regarde le climat de cette partie du monde, est suffisamment réfutée maintenant. Pour ce qui est de la seconde^ à savoir, que si l’on voulait bien attendre seulement quelques mille ans encore, l’influence continuée du soleil y produirait peut-être des nègres (du moins quant à la couleur héréditaire de la peau), il faudrait être sûr avant tout que le soleil et l’air peuvent opérer de pareilles greffes, pour pouvoir seulement répondre à des objectionSy en alléguant un effet purement présumé et placé si loin de nous qu’on peut toujours le reculer à plaisir. On peut encore bien moins opposer aux faits une conjecture toute arbitraire, puisqu’on effet l’assertion est en elle-même très-douteuse.

Une confirmation importante de la dérivation des différences inévitablement héréditaires, par le développement des dispositions qui se trouvent originellement et régulièrement dans une souche humaine pour la conservation de l’espèce, c’est qu’on trouve les races qui en sont sorties répandues, non sporadiquement (dans toutes les parties du monde, dans un climat identique, de la même manière), mais cjrcladiquement réunis en groupes qui se distribuent dans les limites d’un pays où chacune d’elles a pu

406 DE l’usage des PRINCIPÏS TÉLÉOLOGIQUES se former. Ainsi la descendance pure de la race jaune est renfermée dans les limites de \' Indostan, et V Arabie, peu éloignée de là, qui occupe une zone en très-grande partie semblable, n’en renferme point ; mais ces deux contrées ne contiennent pas de nègres ; on n’en trouve qu’en Afrique, entre le Sénégal et le cap Négro{e[. ainsi de suite dans l’intérieur de celte partie du monde), tandis que {'Amérique entière ne présente ni des uns ni des autres, ni même aucun des caractères des races de l’ancien monde (les Esquimaux exceptés, qui semblent être, d’après différents caractères de leur forme et de leur talent, des étrangers lard venus de quelque partie de l’ancien monde). Chacune de ces races est en quelque sorte isolée, et comme elles se distinguent cependant les unes les autres dans le même climat, et même par un caractère qui tient inséparablement à la faculté reproductrice de chacune d’elles, l’opinion qui fait dériver le caractère de l’influence du climat en devient très-peu vraisemblable; on y trouverait bien plutôt la confirmation d’une parenté perpétuelle par l’unité de dépendance, mais en même temps la confirmation d’une cause intrinsèque et non simplement dans le climat, de la distinction des races, distinction qui doit avoir exigé beaucoup de temps pour s’effectuer en conséquence du lieu devenu le théâtre de la propagation ; mais une fois cette distinction effectuée, plus

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EN PHILOSOPHrE.

de dégénérescences nouvelles par d’autres transpositions ne sont possibles. Elle ne peut donc être regardée que comme une disposition originelle, déposée dans la souche, se développant régulièrement et peu à peu limitée à un certain nombre, d’après les düTérences capitales des influences atmosphériques. Cet argument semble contredit par la race des Papouas, qui est disséminée dans les îles de l’Asie méridionale et dans celles qui s’étendent à l’est jusqu’à l’océan Pacifique, race que j’identifie avec celle des Cafres, ainsi que le fait le capitaine Forsier (sans doute parce qu’il peut avoir trouvé, soit dans la couleur de leur peau , soit dans leurs cheveux et leur barbe, qu’ils entretiennent fort longs, ce que ne font pas les nègres, des raisons de ne pas les appeler des nègres). Mais la dispersion étonnante d’autres races qui se rencontrent dans le voisinage, celle des Harajoras, et de certains hommes qui se rapprochent davantage de la souche indienne pure, répond suffisamment à la difficulté, parce qu'elle atténue également la preuve de l’influence du climat sur leur propriété héréditaire, puisqu’on la retrouve si indifféremment dans une seule et même zone. On croit donc pouvoir regarder avec assez de fondement ces Papouas chassés de Madagascar, non comme des aborigènes , mais çomme des étrangeis obligés, on ne sait par quelle raison (peut-être parsuited’unegrande

410 DE l’usage des principes téléologiques nées de la matière^ d’après des lois inconnues et qui ne peuvent être prouvées d’aucune manière, commence à s’imposer, là déjà on dépasse la science de la nature, on en sort, tout en donnant encore des choses naturelles pour causes, mais en leur attribuant aussi des forces dont rien ne peut démontrer l’existence, et dont la possibilité môme se concilie difficilement avec la raison. La notion d’un être organisé emportant avec elle l’idée qu’il y a une matière dans laquelle tout se tient réciproquement comme fin et moyen, et cela ne pouvant être conçu que comme un système de causes finales^ et la possibilité de ce système ne permettant par conséquent , pour la raison humaine du moins, qu'une explication téléologique et non une explication mécanico-physique , on ne peut pas demander en physique d’où vient originellement toute organisation. La réponse à cette question, si en général elle nous est possible, serait évidemment en dehors ûe\di physique; elle appartiendrait à la métaphysique. Pour ma part je dérive toute organisation d’êtres organiques (par voies de génération), et les formes ultérieures (de cette espèce de choses naturelles), suivant les lois du développement successif, des dispositions originelles (dont on trouve un trèsgrand nombre dans les transplantations des végétaux) qui se trouvaient dans l’organisation de leur souche. De savoir d’où est venu cette souche, c’est une

EN PHILOSOPHIE

simple comparaison ; la première de ces espèces appartient à l’histoire naturelle, la seconde à la physiographie ou description de la nature. Uu mol encore sur le système propre de M. Forster touchant son origine. Nous sommes tous les deux d’accord en ce point, que tout, dans une science naturelle, doit être expliqué naturellement, parce qu’autreraeiit l’explication n’apparlieiidrait pas à cette science. Je me suis tellement conformé à ce principe, qu’un homme d’un esprit très-pénétrant (M. O.-C.-R. Busching, dans le compte qu’il a rendu de mon ouvrage), à cause des expressions : dessein, sagesse, prévoyance, etc. de la nature, méprend pour un naturaliste , mais en ajoutant à’ une espèce particulière, parce que je ne trouve pas convenable, dans les traités qui n’onl pour objet que des connaissances naturelles, quelque étendues qu’elles soient (où il est tout à fait convenable de s’exprimer téléologiquement), de parler un langage théologique, afin d’assigner à chaque espèce de connaissance scs justes limites.

Mais ce même principe, que tout, dans la science de la nature, doit être expliqué naturellement, indique en même temps les limites de cette science. Car on est parvenu à ses limites les plus reculées quand on fait usage du dernier principe d’explication qui puisse encore être confirmé l'expérience. Où cesse l’expérience et où le recours même à des forces imagi-

412 DE l'usage des principes téléologiques GeUe idée ne ferait pas reculer le naturaliste, comme si c’était une monstruosité (page 75) ; car c’est un. jeu qu’on s’est permis plus d’une fois, mais qu’il a délaissé, parce qu’il n’aboutit à rien; mais il en est détourné par la considération qu’en quittant ainsi le terrain solide et fertile de la physique, il s’égare dans les déserts de la métaphysique. J'ajouterai aussi une crainte, cependant virile, d’avoir peur de tout ce qui détourne la raison de ses premiers principes, et lui permet de vaguer dans des imaginations sans fin. Peut-être M. Forster ne s’est-il par là proposé que d’être agréable à un hjrpermétaphjrsicien (car il y en a, témoins ceux qui ne connaissent pas les notions élémentaires, qu’ils affectent aussi de dédaigner, et qui néanmoins se mettent héroïquement à l’œuvre), et fournir à la fantaisie l’occasion de s’attirer un ridicule.

La véritable métaphysique connaît les bornes de la raison humaine , et entre autres vices héréditaires qu’elle ne peut jamais nier, c’est qu’elle ne peut ni ne doit absolument pas imaginer à priori des forces fondamentales (parce qu’elle ne produirait ainsi que des notions entièrement vaines); qu’elle ne peut faire autre chose que réduire au moindre nombre possible celles que' la nature lui montre (si elles ne diffèrent qu’en, apparence, et qu’elles soient identiques au fond), et rechercher à cet effet une force

EN THlLOSOPniE.

fondamentale dans le monde, s’il s’agit de physique, elhors du monde, s’il s’agit de métaphysique (c’est-à-dire d’assigner la force qui ne dépend plus d’aucune autre). Or, nous ne pouvons donner d’une force fondamentale (puisque nous ne la connaissons que par le rapport d’une cause à un effet) aucune autre notion que la notion qui se tire de l’elfet, ni lui trouver d’autre nom que le nom qui exprime ce rapport (1). Or encore la notion d’un être organisé est celle-ci : qu’il y a un être matériel qui n’est possi l)leque parle rapport respectif de tout cequi se trouve en lui comme fin et moyen (notion dont part eu réa-

(I) Par exemple, l'image (finbildun^) dans l’homme est un effet que nous ne regardons pas comme identique avec les autres effets de l'àrae. La faculté qui s'y rapporte ne peut donc être qu’imagination (comme faculté fondamentale). De même sous le titre de forrc.s motrices sont comprises les forces fondamentales d’attraction et de répulsion. Plusieurs ont cru nécessaire d’admettre pour Punilé de la substance quelque force fondamentale, et ont même cru la reconnaître, quand ils donnaient simplement le titre commun de différentes forces fondamentales, par exemple, que la seule faculté fondameutale de l'àme est la faculté cognitive, comme si je disais que la seule force primitive de la matière est la force motrice, parce que l’attraction et la répulsion sont comprises sous la notion commune de mouvement. Maison désire savoir si elles ne pourraient pas aussi en procéder; ce qui est impossible. Car les notions inférieures, eu ce qu’elles ont de différent, ne peuvent jamais être dérivées d'une idée supérieure ; et pour ce qui est do l’unité de la substance, si elle semble renfermer déjà dans sa notion l’unité de la force fondamentale, c'est une illusion qui tient à une mauvaise définition delà force. Car la force n'est pas ce qui contient la raison de la réalité des accidents (c’est-à-dire la substance), c’est simplement le rapport de la substance aux accidents, en tant que la substance contient la raison de la réalité. Mais divers rapports peuvent bien être attribués à la substance (sans préjudice pour sèn unité).

414 DE l'usage des fhingi^ téléologiques litélout anatomiste comme physiologiste). Une force fondamentale, cause d’une organisation, doit donc être conçue comme une cause qui agit suivant des fins, de telle sorte que ces fins doivent être données comme fondement à la possibilité de l’efTet. Or enfin, nous ne connaissons de force de cette nature, agissant d’après son principe déterminant , qu’e« nousmêmes par l’expérience, à savoir dans notre entendement et notre volonté, comme cause de la possibilité de certains effets opérés uniquement d’après des fins, c’est-à-dire des œuvres d'art. L’entendement et la volonté sont en nous des forces ou facultés fondamentales, dont la dernière, comme déterminée par la première, est une faculté de produire quelque chose suivant une idée qu’on appelle fin. Mais nous ne devons concevoir en dehors de toute expérience aucune nouvelle force fondamentale, telle que serait cependant celle qui agirait en vue d’une fin dans un être, sans néanmoins avoir le principe déterm inant dans une idée. La notion de la faculté d’un être est donc d’agir de soi-même con/br/7ieme«< à unefin; mais une faculté d’agir sans but ni dessein qui serait en elle ou dans sa cause, comme une force fondamentale particulière, c’est ce dont l’expérience ne donne pas d’exemple; c’est cependant ce qui peut très-bien être imaginé, maisd’une imagination vaine, c’est-à-dire sans la moindre assurance qu’un objet quelconque peut y

EN PHILOSOPHIE

correspondre. Que la cause des êtres organisés soit trouvée dans le inonde ou hors du inonde, il faut, ou renoncer à toute détermination de leur cause, ou concevoir à cet effet un être intelligent; non pas comme si nous a/jercevioMj(ainsique feu Mendelssohn et d’autres le croyaient) qu’un pareil elfet est impossible par une autre cause, mais parce que, pour mettre en principe une autre cause avec des causes finales, il faudrait imaginer une force fondamentale; ce que la raison ne nous autorise pas du tout à faire, parce qu’alors elle expliquerait sans peine tout ce qu’elle voudrait et comme elle voudrait.

Résumons-nous. Des Jins ont un rapport immédiat à une raison^ que cette raison nous soit étrangère ou qu’elle soit la nôtre propre. Mais pour admettre des fins dans une raison étrangère, noos devons poser la vôtre en principe, ou du moins quelque chose d’analogue, parce que des fins ne peuvent se concevoir sans une raison. Or les fins sont celles de la nature ou de la liberté. Personne ne peut apercevoir a priori qu’il doive y avoir des fins dans la nature ; mais on peut très -bien voir a priori qu’il doit y avoir une liaison de causes et d’effets. L’usage du principe téléologique par rapport à la nature est donc toujours empirique. Il en serait de même des fins de la liberté, si les objets de la volonté devaient être donnés comme

416 DE l’usage des principes téléologiques principes de détermination à la liberté par la nalU (dans les besoins et les inclinations), afin que la rai son décidât, en les comparant entre eux et avec lei ensemble, ce que nous devons prendre pour fins. Mail la critique de la raison pratique fait voir qu’il n’y pas de principes pratiques purs qui déterminent i raison a priori, et qui, par conséquent, lui donneii sa fin a priori. Si donc l’usage du principe téléolo^ gique pour les explications de la nature ne peut pas donner d'une manière sutfisamment déterminée et pour toutes tes fins le principe fondamental de la liaison causale, parce qu’il est restreint aux condition? | empiriques, on doit au contraire attendre ce principe d’une théorie téléologique pure (qui ne peut être que celle de la liberté), dont le principe a priori contient le rapport d’une raison en général à l'ensemble de toutes les fins, et ne peut être que pratique. Mais comme une téléologie pratique pure, c’est-à-dire une morale, est destinée à réaliser ses fins dans le monde, elle n’y devra pas négliger la possibilité de ces fins, en ce qui concerne soit les causes finales, soit la convenance de la cause suprême du monde pour un ensemble de toutes les fins, comme elfet, par conséquent tant la téléologie naturelle que la possibilité d’une nature en général, c’est-à-dire, en un mot, la philosophie transcendantale, afin d’assurer une réalité objective à la téléologie pratique pure, en vue de la

EN PHILOSOPHIE

ociflns

par la rpssibililé de l’objet'dans la pratique, c’est-à-dire afin in quelj^flssurer la possibilité de la fin qu’elle se propose de t e( av(»éali3er dans le monde.

mrêas' ^ double point de vue Vauleur des Lettres sur ir philosophie de Kant (1) a fait preuve de l’incon- .(erjjjjjrestable talent d’appliquer utilement sa pénétration et lui dos*®® remarquables, aux fins généralement néces-

i()e tel?

le pesi erwà

saires; et quoiqu’il y ailquelqueprétention à m’adresser à l’éditeur distingué de la Revue mensuelle de Berlin qui semble trop modeste, je n’ai cependant pas cru pou-

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voir me dispenser de lui demander la permission d’in-

coai ; pris tèn ’coss

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sérer dans son journal mes remercîments pour le service que m’a rendu l’auteur anonyme, qui m’était encore inconnu il y a peu de jours, en prenant pour sujet de ces lettres la commune affaire d’une raison, tant spéculative que pratique, conduite suivant des principes certains, et en disant la part que je me suis efforcé d’y prendre. l,e talent avec lequel il expose clairement et agréablement des doctrines arides, abstraites, sans préjudice pour la solidité, est assez rare (au moins dans la vieillesse) et néanmoins assez

utile, — je ne veux pas dire dans l’intérêt seulement de la popularité, mais même de la clarté des aperçus, de l’intelligence et de la persuasion qui y tient, —

(I) M. le professeur Reinhold. — La seconde édition de ces lettres ( parut sous le nom de l’auteur à Leipzig, chez Goescheii, en deux volumes, 17U0-92, in-8.

418 DE l’cSAGE des principes TÉI.ÉOLO6I0UES pour que je doive un léruoignage public de nia reconnaissance à rhonime qui a mis ainsi la dernière main à des travaux auxquels je ne pouvais pas donner ce cachet de facilité.

Je saisirai cette occasion pour dire un mot des prétendues contradictions qu’on aurait découvertes dans un mien ouvrage passablement étendu, avant de l’avoir bien compris. Ces contradictions disparaissent toutes d’elles-mémes quand on les envisage dans leur union avec tout le reste. — Dans la Gazette littéraire de Leipzig, 1787, n" 94, on donne ce qui se lit dans l’introduction de la Critique de la raison pure, édit, de 1787, p. 3, 1. 7, comme étant en contradiction positive avec ce qui se trouve bientôt après, p. 5, I. 1 et 2 ; car dans le premier de ces passages, j’avais dit des connaissances a priori, que celles où il n'entre rien d’empirique sont pures, et j’avais donné comme exemple du contraire la proposition : Tout ce qui change a une cause. Je donne au contraire, p. 5, cette mémo proposition pour exemple d’une connaissance pure à priori, c’est-à-dire d’une connaissance qui ne dépend de rien d’empirique. — De là deux significations du mot pur, mais dont j’ai pris la dernière dans tout l’ouvrage. J’aurais pu saus doute prévenir le malentendu par cet exemple de la première espèce de propositions : Tout ce qui est contingent a une cause. Car il n'entre rien là d’empirique. Mais

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qui pense à toutes les occasions de malentendu? — Même chose m’est arrivée dans une note à la préface des Principes métaphysiques delà physique, p. XIV- XVI, quand je donne la déduction des catégories pour importante assurément, mais non pour très-nécessaire, tandis que j’affirme expressément cette nécessité dans la Critique. Mais il est facile de voir que, dans le premier de ces ouvrages, les catégories ne sont mentionnées que dans un but négatif, pour prouver que par elles seules (ou sans intuition sensible) il n’y a pas de connaissance possible des choses; ce que l’on voit déjà clairement tout en se bornant à Yexposîiion des catégories (comme simples fonctions logiques appliquées aux objets en général). Mais comme nous en faisons cependant un usage où elles appartiennent réellement à la connaissance des objets (de l’expérience), la possibilité d’une valeur objective de ces sortes de notions à priori a dû être particulièrement prouvée par rapport à la connaissance empirique, afin qu’on ne les jugeât pas sans signification aucune, ou à'origine empirique. C’était là le but positif par rapport auquel \di déduction est sans aucun doute absolument nécessaire.

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