‹ Mélanges de logiqueChapitre 51 sur 60 · DE L’USAGE DES PRINCIPES TÉLÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

DE L’USAGE DES PRINCIPES TÉLÉOLOGIQUES

se former. Ainsi la descendance pure de la race jaune est renfermée dans les limites de l' Indostan, et Y Arabie, peu éloignée de là, qui occupe une zone en très-grande partie semblable, n’en renferme point; mais ces deux contrées ne contiennent pas de nègres ; on n’en trouve qu’en Afrique , entre le Sénégal et le cap Négro[e t ainsi de suite dans l’intérieur de cette partie du monde), tandis que Y Amérique entière ne présente ni des uns ni des autres, ni môme aucun des caractères des races de l’ancien monde (les Esquimaux exceptés, qui semblent être, d’après différents caractères de leur forme et de leur talent, des étrangers tard venus de quelque partie de l’ancien monde). Chacune de ces races est en quelque sorte isolée, et comme elles se distinguent cependant les unes les autres dans le même climat, et même par un caractère qui tient inséparablement à la faculté reproductrice de chacune d’elles, l’opinion qui fait dériver le caractère de l’influence du climat en devient très-peu vraisemblable; on y trouverait bien plutôt la confirmation d’une parenté perpétuelle par l’unité de dépendance, mais en même temps la confirmation d’une cause intrinsèque et non simplement dans le climat, de la distinction des races, distinction qui doit avoir exigé beaucoup de temps pour s’efTectuer en conséquence du lieu devenu le théâtre de la propagation; mais une fois cette distinction effectuée, plus

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de dégénérescences nouvelles par d’autres transpositions ne sont possibles. Elle ne peut donc être regardée que comme une disposition originelle, déposée dans la souche, se développant régulièrement et peu à peu limitée à un certain nombre, d’après les différences capitales des influences atmosphériques. Cet argument semble contredit par la race des Papouas, qui est disséminée dans les îles de l’Asie méridionale et dans celles qui s’étendent à l’est jusqu’à 1 ’océan Pacifique, race que j’identifie avec celle des Cafres, ainsi que le fait le capitaine Forster (sans doute parce qu’il peut avoir trouvé, soit dans la couleur de leur peau , soit dans leurs cheveux et leur barbe, qu’ils entretiennent fort longs, ce que ne font pas les nègres, des raisons de ne pas les appeler des nègres). Mais la dispersion 'étonnante d’autres races qui se rencontrent dans le voisinage, celle des Harajoras , et de certains hommes qui se rapprochent davantage de la souche indienne pure, répond suffisamment à la difficulté, parce qu’elle atténue également la preuve de l’influence du climat sur leur propriété héréditaire, puisqu’on la retrouve si indifféremment dans une seule et même zone. On croit donc pouvoir regarder avec assez de fondement ces Papouas chassés de Madagascar, non comme des aborigènes, mais comme des étrangers obligés, on ne sait par quelle raison (peut-être par suite d’u ne grande

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révolution terrestre, qui doit s’étre opérée de l’est à l’ouest), de quitter leurs établissements. Quoi qu’il en soit des habitants de Pile de Freevill , dont j’ai cité de mémoire (peut-être infidèlement) ce qu’en a dit Carteret , il faudra chercher les raisons du développement des différences de races au siège présumable de leur souche sur le continent , et non dans les (les, qui, suivant toute apparence, n’ont été peuplées que très-longtemps après l’effet accompli de la nature.

Assez pour la justification de mon idée de la dérivation de la diversité héréditaire des créatures organisées d’une seule et même espèce naturelle {species naturalisé, en tant qu’elles sont liées par la

faculté de se reproduire, et qu’elles sont sorties d’une

souche unique (1), à la différence de Yespèce logique ( species artifîcialis),en tant que les êtres qui s’v trouvent compris sont soumis à un signe commun de

(1) Le fait d’appartenir à une même souche n’est pas la même chose qu’être procréé d’un seul couple primitif; être de même souche signifie seulement que les diversités qui se rencontrent main tenant dans une certaine espèce ne peuvent pas être regardées par cette raison comme autant de différences originelles. Quel que soit donc le nombre des personnes (des deux sexes) qui ont constitué la première souche humaine, pourvu qu’elles aient été toutes de la même espèce , je puis aussi bien faire descendre les hommes d’aujourd’hui d’un seul couple que de plusieurs. M. Forster me soupçonne d’avoir voulu affirmer ce dernier point comme un fait, et même en me fondant sur une autorité. Mais il n’y a là que l’idée qui découle tout naturellement de la théorie. Quanta cette difficulté, que le genre humain eût été fort mal assuré par un seul couple primitif, exposé qu’il était aux animaux féroces, ce n’est pas là pour lui une difficulté particulière ; car sa terre, abondante en toutes choses, a pu ne produire ces animaux qu’après les hommes.

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simple comparaison ; la première de ces espèces appartient à l’histoire naturelle, la seconde à la physiographie ou description de la nature. Un mot encore sur le système propre de M. Forster touchant son origine. Nous sommes tous les deux d’accord en ce point, que tout, dans une science naturelle, doit être expliqué naturellement , parce qu’autrement l’explication n’appartiendrait pas à cette science. Je me suis tellement conformé à ce principe, qu’un homme d’un esprit très-pénétrant (M. O.-C.-R. Busehing, dans le compte qu’il a rendu de mon ouvrage), à cause des expressions : dessein, sagesse, prévoyance, etc. de la nature, méprend pour un naturaliste , mais en ajoutant d 'une espèce particulière, parce que je ne trouve pas convenable, dans les traités qui n’ont pour objet

que des connaissances naturelles, quelque étendues »

qu’elles soient (où il est tout à fait convenable de s’exprimer téléologiquement ), de parler un langage théologique , afin d’assigner à chaque espèce de connaissance ses justes limites.

Mais ce même principe, que tout, dans la science de la nature, doit être expliqué naturellement, indique en même temps les limites de cette science. Car on est parvenu à ses limites les plus reculées quand on fait usage du dernier principe d’explication qui puisse encore être confirmé par Y expérience» Où cesse l’expérience et où le recours même à des forces imagi-

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nées de la matière , d’après des lois «inconnues et

qui ne peuvent être prouvées d’aucune manière,

commence à s'imposer, là déjà on dépasse la science

de la nature, on en sort, tout en donnant encore des

choses naturelles pour causes, mais en leur attribuant aussi des forces dont rien ne peut démontrer l’existence, et dont la possibilité même se concilie difficilement avec la raison. La notion, d’un être organisé emportant avec elle l’idée qu’il y a une matière dans laquelle tout se tient réciproquement comme fin et moyen, et cela ne pouvant être conçu que comme un système de causes finales , et la possibilité de ce système ne permettant par conséquent , pour la raison humaine du moins, qu’une explication téléologique et non une explication mécanico-phvsique , on ne peut pas demander en physique d’où vient originellement toute organisation. La réponse à cette question, si en général elle nous est possible, serait évidemment en dehors de la physique; elle appartiendrait à la métaphysique. Pour ma part je dérive toute organisation d’êtres organiques (par voies de génération), et les formes ultérieures (de cette espèce de choses naturelles), suivant les lois du développement successif, des dispositions originelles (dont on trouve un trèsgrand nombre dans les transplantations des végétaux) qui se trouvaient dans l’organisation de leur souche. De savoir d’où est venu cette souche, c’est une

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question qui dépasse complètement les bornes de toute physique possible à l’homme, et dans lesquelles j’ai cependant cru devoir me renfermer.

Je n’avais donc rien à redouter pour le système de M. Forster, d’un tribunal de l’inquisition (car aussi bien ce tribunal s’arrogerait en cela une juridiction qui n’est pas la sienne), etj’en appelle, le cas échéant, des simples naturalistes à un jury philosophique (page 166), tout en croyant difficilement que la sentence lui soit favorable. « La terre, en état d’enfantement (page 80), fit sortir les animaux et les végétaux, sans génération par leurs semblables, de son sein maternel amolli, fécondé par le limon des mers; elle produisit en conséquence les créations locales des espèces organiques, YAjrique ses hommes (les nègres), Y Asie , les siens (tous les autres) (page 158). De là cette parenté de tous les êtres organisés (1), formant une chaîne naturelle à transitions insensiblement graduées depuis l’homme jusqu’à la baleine, et de la baleine, en descendant ainsi (sans doute jusqu’aux mousses et aux lichens, non-seulement dans un système de comparaison, mais dans un système d’éducation en partant de la souche commune). » — -

(1) Un mémoire de M. le professeur Blumenb.ach (Manuel d’histoire naturelle, 1779, préface, § 7) sur cette idée, très-goûtée de Bonnet , mérite d’être lu. Cet homme éminent attribue aussi Yinslinct de formation par lequel il a jeté tant de lumière sur la théorie des générations, non pas à la matière inorganique, mais uniquement aux êtres organisés.

412 DE l’usage des principes téléologiques Cette idée ne ferait pas reculer le naturaliste, comme si c’était une monstruosité (page 75) ; car c’est un

jeu qu’on s’est permis plus d’une fois, mais qu’il a délaissé, parce qu’jl n’aboutit à rien; mais il en est détourné par la considération qu’en quittant ainsi le terrain solide et fertile delà physique, il s’égare dans les déserts de la métaphysique. J ajouterai aussi une crainte, cependant virile , d’avoir peur de tout ce qui détourne la raison de ses premiers principes, et lui permet de vaguer dans des imaginations sans fin. Peut-être M. Forster ne s’est-il par là proposé que d’être agréable à un hyper métaphysicien (car il y en a, témoins ceux qui ne connaissent pas les notions élémentaires, qu’ils affectent aussi de dédaigner, et qui néanmoins sc mettent héroïquement à l’œuvre), et fournir à la fantaisie l’occasion de s’attirer un ridicule.

La véritable métaphysique connaît les bornes de la raison humaine, et entre autres vices héréditaires qu’elle ne peut jamais nier, c’est qu’elle ne peut ni ne doit absolument pas imaginer à priori des forces fondamentales (parce qu’elle ne produirait ainsi que des notions entièrement vaines); qu’elle ne peut faire autre chose que réduire au moindre nombre possible celles que la nature lui montre (si elles ne different qu’en apparence, et qu’elles soient identiques au fond), et rechercher à cet effet une force

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fondamentale dans le monde , s’il s’agit de physique, et hors du monde , s'il s’agit de métaphysique (c’est-à-dire d’assigner la force qui ne dépend plus d’aucune autre). Or, nous ne pouvons donner d’une force fondamentale (puisque nous ne la connaissons que par le rapport d’une cause à un elfet) aucune autre notion que la notion qui se tire de l’effet, ni lui trouver d’autre nom que le nom qui exprime ce rapport (1). Or encore la notion d’un être organisé est celle-ci : qu’il y a un être matériel qui n’est possible que par le rapport respectif de tout ce qui se trouve en lui comme fin et moyen (notion dont part en réa-

(I) Par exemple, l 'image ( Einbildung)dcins l’homme est un effet que nous ne regardons pas comme identique avec les autres effets de l’Ame. La faculté qui s’y rapporte ne peut donc être qu’imagination (comme faculté fondamentale). De même sous le titre de forces motrices sont comprises les forces fondamentales d’attraction et de répulsion. Plusieurs ont cru nécessaire d’admettre pour l’unité de la substance quelque force fondamentale, et ont même cru la reconnaitre, quand ils ..donnaient simplement le titre commun de différâtes forces fondamentales, par exemple, que la seule faculté fondamentale de l’Ame est la faculté cognitive, comme si je disais que la seule force primitive de la matière est la force motrfce, parce que l’attraction et la répulsion sont comprises sous la notion commune de mouvement. Maison désire savoir si elles ne pourraient pas aussi en procéder; ce qui est impossible. Car les notions inférieures, en ce qu’elles ont de différent , ne peuvent jamais être dérivées d’une idée supérieure ; et pour ce qui est de l’unité de la substance, si elle semble renfermer déjà dans sa notion l’unité de la force fondamentale, c’est une illusion qui tient à une mauvaise définition delà force. Car la force n’est pas ce qui contient la raison de la réalité des accidents (c’est-à-dire la substance), c’est simplement le rapport de la substance aux accidents, en tant que la substance contient la raison de la réalité. Mais divers rapports peuvent bien être attribués à la substance (sans préjudice pour son unité).

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lité tout anatomiste comme physiologiste). Une force fondamentale, cause d’une organisation, doit donc être conçue comme une cause qui agit suivant des fins, de telle sorte que ces fins doivent être données comme fondement à la possibilité de l’eiïet. Or enfin, nous ne connaissons de force de cette nature, agissant d’après son principe déterminant, qu’e/i nousmêmes par l’expérience, à savoir dans notre entendement et notre volonté, comme cause de la possibilité de certains effets opérés uniquement d’après de^ fins, c’est-à-dire des œuvres d'art . L’entendement et la volonté sont en nous des forces ou facultés fondamentales, dont la dernière, comme déterminée par la première, est une faculté de produire quelque chose suivant une idée qu’on appelle fin. Mais nous ne devons concevoir en dehors de toute expérience aucune nouvelle force fondamentale, telle que serait cependant celle qui agirait en vue d’une fin dans un% être, sans néanmoins avoir le principe déterminant dans une idée. La notion de. la faculté d’un être est donc d’agir de soi-même conf ormément à une fin ; mais une faculté d’agir sans but ni dessein qui serait en elle ou dans sa cause, comme une force fondamentale particulière, c’est ce dont l’expérience ne donne pas d’exemple ; c’est cependant ce qui peut très-bien être imaginé, mais d’une imagination vaine, c’est-à-dire sans la moindre assurance qu’un objet quelconque peut y

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correspondre. Que la cause des êtres organisés soit trouvée dans le inonde ou hors du monde, il faut, ou renoncer à toute détermination de leur cause, ou concevoir à cet effet un être intelligent ; non pas comme si nous apercevions (ainsi que feu Mendelssolin et d’autres le croyaient) qu’un pareil effet est impossible par une autre cause, mais parce que, pour mettre en principe une autre cause avec des causes finales, il faudrait imaginer une force fondamentale; ce que la raison ne nous autorise pas du tout à faire, parce qu’alors elle expliquerait sans peine tout ce qu’elle voudrait et comme elle voudrait.

Résumons-nous. Des fins ont un rapport immédiat à une raison , que cette raison nous soit étrangère ou qu’elle soit la nôtre propre. Mais pour admettre des fins dans une raison étrangère, nous devons poser la vôtre en principe, ou du moins quelque chose d’analogue, parce que des fins ne peuvent se concevoir sans une raison. Or les fins sont celles de la nature ou de la liberté \ Personne ne peut apercevoir a priori qu’il doive y avoir des fins dans la nature ; mais on peut très-bien voir a priori qu’il doit y avoir une liaison de causes et d’effets. L’usage du principe téléologique par rapport à la nature est donc toujours empirique. Il en serait de même des fins de la liberté, si les objets de la volonté devaient être donnés comme

4i6 DE l’usage des principes téléologiques principes de détermination à la liberté par la nature (dans les besoins et les inclinations), afin que la raison décidât, en les comparant entre eux et avec leur ensemble, ce que nous devons prendre pour fins. Mais la critique de la raison pratique fait voir qu’il n’y a pas de principes pratiques purs qui déterminent la raison a priori , et qui, par conséquent, lui donnent sa fin a priori . Si donc l’usage du principe téléologique pour les explications de la nature ne peut pas donner d'une manière suffisamment déterminée et pour toutes les fins le principe fondamental de la liaison causale, parce qu’il est restreint aux conditions empiriques, on doit au contraire attendre ce principe d’une théorie téléologique pure (qui ne peut être que celle de la liberté ), dont le principe a priori contient le rapport d’une raison en général à l'ensemble de toutes les fins, et ne peut être que pratique. Mais comme une téléologie pratique pure, c’est-à-dire une morale, est destinée à réaliser ses fins dans le monde, elle n’y devra pas négliger la possibilité de ces fins, en ce qui concerne soit les causes finales , soit la convenance de la cause suprême du monde pour un ensemble de toutes les fins, comme effet, par conséquent tant la téléologie naturelle que la possibilité d’une nature en général, c’est-à-dire, en un mot, la philosophie transcendantale, afin d’assurer une réalité objective à la téléologie pratique pure, en vue de la

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possibilité de l’objeLdans la pratique, c’est-à-dire afin d’assurer la possibilité de la fin qu’elle se propose de réaliser dans le monde.

A ce double point de vue V auteur des Lettres sur la philosophie de Kant (1) a fait preuve de l’incontestable talent d’appliquer utilement sa pénétration et ses vues remarquables, aux fins généralement nécessaires; et quoiqu'il y ait quelque prétention à m’adresser à l’éditeur distingué de la Revue mensuelle de Berlin qui semble trop modeste, je n’ai cependant pas cru pouvoir me dispenser de lui demander la permission d’insérer dans son journal mes remercîments pour le service que m’a rendu l’auteur anonyme, qui m’était encore inconnu il y a peu de jours, en prenant pour sujet de ces lettres la commune affaire d’une raison, tant spéculative que pratique, conduite suivant des principes certains, et en disant la part que je me suis efforcé d’y prendre. Le talent avec lequel il expose clairement et agréablement des doctrines arides, abstraites, sans préjudice pour la solidité, est assez rare (au moins dans la vieillesse) et néanmoins assez utile, — je ne veux pas dire dans l’intérôt seulement de la popularité, mais même de la clarté des aperçus, de l’intelligence et de la persuasion qui y tient, —

(1) M. le professeur Reinhold. — La seconde édition de ces lettres parut sous le nom de l’auteur à Leipzig, chez Goeschen, en deux volumes, 1790-92, in-8.

418 de l’usage des principes téléologiques pour que je doive un témoignage public de ma reconnaissance à l’homme qui a mis ainsi la dernière main à des travaux auxquels je ne pouvais pas donner ce cachet de facilité.

Je saisirai cette occasion, pour dire un mot des prétendues contradictions qu’on aurait découvertes dans un mien ouvrage passablement étendu, avant de l’avoir bien compris. Ces contradictions disparaissent toutes d’elles-mêmes quand on les envisage dans leur union avec tout le reste. — Dans la Gazette littéraire de Leipzig, 1787, n° 94, on donne ce qui se lit dans l’introduction de la Critique de la raison pure , édit, de

1787, p. 3, 1. 7, comme étant en contradiction po-

sitive avec ce qui se trouve bientôt après, p. 5, l. 1 et 2 ; car dans le premier de ces passages, j’avais dit des connaissances a priori , que celles où il Centre rien d’empirique sont pures, et j’avais donné comme exemple du contraire la proposition : Tout ce qui change a une cause. Je donne au contraire, p. 5, cette même proposition pour exemple d’une connaissance pure à priori , c’est-à-dire d’une connaissance qui ne dépend de rien d’empirique. — De là deux significations du mot pur , mais dont j’ai pris la dernière dans tout l’ouvrage. J’aurais pu sans doute prévenir le malentendu par cet exemple de la première espèce de propositions : Tout ce qui est continrent a une cause. Car il Centre rien là d’empirique. Mais

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qui pense à toutes les occasions de malentendu? —

Même chose m'est arrivée dans une note à la préface des Principes métaphysiques delà physique, p. XIV- XVI, quand je donne la déduction des catégories pour importante assurément, mais non pour très-nécessaire, tandis que j’affirme expressément cetle nécessité dans la Critique. Mais il est facile de voir que, dans le premier de ces ouvrages, les catégories ne sont mentionnées que dans un but négatif, pour prouver que par elles seules (ou sans intuition sensible) il n’y a pas de connaissance possible des

choses; ce que l’on voit déjà clairement tout en se

bornant à Y exposition des catégories (comme simples fonctions logiques appliquées aux objets en général). Mais comme nous en faisons cependant un usage où elles appartiennent réellement à la connaissance des objets (de l’expérience), la possibilité d’une valeur objective de ces sortes de notions à priori a dù être particulièrement prouvée par rapport à la connaissance empirique, afin qu’on ne les jugeât pas sans signification aucune , ou d 'origine empirique. C’était là le but positif par rapport auquel la déduction est sans aucun doute absolument nécessaire.

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