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est ce qui doit servir de base à toute autre foi, mùme à toute révélation .
\A\notion (le niou, c( môme la persuasion de son existence, ne peut se trouver que dans la raison seule, aperçueque par elle seule, et ne peutsurvenird'abord ennousni paruneinspiration, ni par un enseignement du dehors, si grande qu'en soit Taulorité. Aurais-je une intuition immédiate d'une espèce telle que la nature, autant que je la connais, ne puisse me la donner, toujours faudrait-il que la notion de Dieu me servît de règle pour m'assurer si ce phénomène s'accorde avec tout ce qu'exige la caractéristique d'une divinité. Quoique je ne voie absolument pas comme il est possible qu'un phénomène quelconque me fasse aussi apercevoir cequi, d'après sa qualité, nepeut jamais qu'être conçu, sans être jamais perçu, il est néanmoins assez clair que lorsqu'il s'agit seulement déjuger si ce qui m'apparaît, qui agit intérieurement ou extérieurement sur mon sens est Dieu, je dois le rapporter à une notion rationnelle de Dieu, et m'assurer en conséquence, non pas s'il est adéquat à cette notion, mais simplement s'il ne la contredit pas. Pareillement, quoiqu'il ne se rencontrât rien, dans tout ce par quoi il se manifestait immédiatement à moi, qui répugnât à cette notion, ce phénomène, cette intuition, cette apparition immédiate, quelque nom qu'on veuille donner à une telle manifestation, ne prouverait cependant
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jaiiiais Vejcisieiice d'un cire dont la notion (si ello n'est pas déterminéeavec incertitude, et par conséquent exposée au mélange de toute sorte d'illusion possible) exige une infinité en grandeur pour le distinguer de toute créature^ mais une notion à laquelle aucune expérience ou intuition ne peut être adéquate ; jamais donc l'existence dun pareil être ne serait clairement prouvée par là. Personne donc ne peut être tout d' abord ^Qvsndi&é de l'existence de l'être suprême par une intuition quelconque ; la foi rationnelle doit précéder ; ce n'est qu'alors en tout cas que certains phénomènes ou manifestations pourraient être une occasion de rechercher si nous sommes bien autorisés à regarder comme une divinité ce qui nous parle ou se montre à nous, et confirmer celte foi.
Contester à la raison le droit qui lui appartient de parler la première dans les matières qui dépassent les objets sensibles, comme l'existence de Dieu et la vie future, c'est ouvrir la porte à deux battants à toute sorte d'extravagance, à la superstition et même à l'athéisme. Dans cette discussion entre Jacobi et Mendelssohji, tout semble cependant disposé pour ce renversement, soit, ce que ne sais pas bien, simplement de la lumière de la raison et du savoir (par une prétendue force dans la spéculation) , soit même de l'usage de la raison, et tendre au contraire à l'établissement d'une autre foi que chacun peut se faire à sa guise. On devrait
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presque conclure ce dernier point en voyant la notion de Dieu, telle que Spinoza la conçoit^ établie comme la seule qui soit d'accord avec les principes de la raison (I), et cependant déclarée inadmissible. Bien (pie l'usage de la raison permette sans peine de concevoir que la raison spéculative n'est pas même en clat
(1) On compreud à peine comment ces hommes instruits ont pu trouver dans la Ciitique de la raison pure un aliment pour le spiuozisme. La Ci iliquc coii|)e entu-remenl les ailes au dogmatisme par rapport à la connaissance dos objets surscnsibles, et le spinozisme est ic tellement dogmatique qu'il dispute de rigueur démonstrative avec le mathématicien. La Critique prouve que la fable des notions intellectuelles pures doit contenir tous les matériaux de la pensée pure; le spinozisme i)arle de pensées qui cependant penseraient elles-mêmes, et par conséquent d'un accident qui n'en existerait pas moins en soi comme sujet : notion qui ne se trouve point dans renlendement humain, et qui n'y peut entrer. La Critique montre qu'il ne suffit pas à beaucoup près qu'on puisseaflirmer la possibilité d'un être, même pensé, pour qu'il n'y ait pas de contradiction dans la notion de cet être (quoiqu'il soit alors permis, s'il le faut absolument, d'admettre cette possibilité) , taudis que le spinozisme prétend apercevoir l'impossibilité d'un être dont l'idée se compose de notions intellectuelles pures, qu'on a purgées de toutes conditions sensibles, où par conséquent toute contradiction est impossible, et ne peut cependant appuyer par rien cette prétention transcendante. Le spinozisme conduit donc tout droit au fanatisme. Il n'y a donc qu'un seul moyen infaillible de déraciner toute superstition fanatique, c'est de déterminer avec précision les limites de la raison pure. — Un autre savant trouve du scepticisme dans la Critique de la raison pure, quoique la Critique ait pour but pré'.'isément de poser quelque chose de certain et de déterminé par rapport à la circonscription de notre connaissance à priori. 11 trouve également une dialectique dans les recherches critiques, qui ont cependant pour objet de résoudre et d'anéantir à jamais l'inévitable dialectique, où la raison pure, tant qu'elle est conduite dogmatiquement , se prend et s'enlace. Les néoplatoniciens, qui s'appelaient éclectiques, parce qu'ils savaient trouver partout leurs propres inepties, dans les auteurs plus anciens, mais à la condition de les y avoir mises, procédaient justement de la sorte ; il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil.
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d'apercevoir la possibilité d'un élre tel que nous devons concevoir Dieu , aucune foi, aucune opinion fondée sur la vraisemblance d'une existence ne permet qu'une raison puisse concevoir V impossibilité d'un objet, et en reconnaître par d'autres motifs la réalité. Hommes d'intelligence et de grands sentiments! j'honore vos talents et chéris votre humanité. Mais avez-vous bien réfléchi à ce que vous faites, et aux conséquences de vos actes contre la raison ? Sans doute vous voulez conserver une liberté de penser illimitée; car sans elle ce serait bientôt fait même des élans du génie. Nous verrons ce qu'il adviendra naturellement de cette liberté de penser, si la conduite que vous commencez à tenir prend le dessus.
A la liberté de penser est d'abord contraire la contrainte civile. On dit, à la vérité, que la liberté de parler ou d'écrire peut sans doute nous être enlevée par un pouvoir supérieur, mais non la liberté de penser. Mais penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pour ainsi dire pas en commun avec d'autres auxquels nous communiquons nos pensées, et qui nous font part des leurs ? On peut donc bien dire que celle puissance extérieure, qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées, leur ôte aussi la liberté de penser, l'unique trésor qui nous reste encore malgré toutes les charges sociales, cl qui peut
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seul Iburnir un remède à tous les maux attachés à celle condition.
Deuxièmement. La liberté de penser se prend aussi dans ce sens, qu'elle a pour opposé la contrainte de la conscience. Celle contrainte a lieu lorsque, indépendamment de tout pouvoir extérieur dans les affaires de religion, des citoyens se posent en tuteurs à l'égard d'autres citoyens, et qu'au lieu d'arguments, par des formules de foi obligatoires, accompagnées de la crainte poignante du danger d'une investigation personnelle, ils savent, grâce à une impression faite à temps dans les esprits, bannir tout examen de la raison.
Troisièmement. On entend aussi par liberté de penser la soumission de la raison aux seules lois quelle se donne elle-même. A cette liberté est opposée la maxime d'un usage sans loi de la raison (afin, comme le rêve le génie, de voir plus loin qu'en se donnant des lois pour limites). D'où la conséquence naturelle, que si la raison ne veut pas ê!re soumise à la loi qu'elle se donne elle-même, il faut qu'elle subisse le joug de lois qu'une autre lui donne ; car sans une loi quelconque rien ne peut aller loin, pas même le plus grand non-sens. La conséquence inévitable de cette absence de loi dans le penser (d'un affranchissement des restrictions employées par la raison), c'est qu'une liberté de penser y trouve sa
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perte ; et comme il n'y a presque pas là de malheur, mais la faute d'un véritable orgueil, la liberté est perdue (étourdiment , verscherzet), dans le sens propre du mot;
Telle est la marche inévitable des choses. Le génie se complaît d'abord dans son audacieux élan, après avoir jeté le fil avec lequel la raison le conduisait autrefois. Bientôt il charme aussi les autres par des sentences impérieuses et de brillantes promesses; il semble s'être enfin placé sur un tiône qu'une raison tardive et pesante ornait si mal, sans toutefois cesser d'en tenir le langage. La maxime alors admise de l'impuissance d'une raison souverainement législatrice, nous l'appelons, nous autres hommes vulgaires, une extravagance j mais pour ces favoris de la bonne nature, c'est de V illumination. Cependant, comme une confusion de langage ne peut tarder à naître parmi eux, puisque la raison seule peut prescrire valablement pour tout le monde, et que chacun maintenant s'abandonne à son inspiration propre , de ces inspirations intérieures doivent alors finir par sortir des faits extérieurs garantis par des témoignages, de ces traditions, qui dans le commencement môme étaient choisies, mais qui avec le temps sont devenues des enseignements obligatoires , doit sortir en un mot l'entier asservissement de la raison aux faits, r'est-à-dire la superstition, jiarce que la supcrsiilion