‹ Mélanges de logique. Traduits de l'allemandChapitre 54 sur 77 · DANS LV PENSÉE · texte numérisé non relu

DANS LV PENSÉE

se laisse du moins conduire à une forme légale, et par là à un état de repos.

Néanmoins, comme la raison humaine ne cesse jamais desoupiier après la liberté, il est nécessaire, si elle vient à briser ses liens, que son premier usage d'une liberté longtemps restée sans exercice dégénère en abus, et qu'une confiance téméraire en l'indépendance de sa faculté à l'égard de toute restriction ne se change en une foi à la souveraineté exclusive de la raison spéculative, qui n'admettia rien que ce qui peut se justifier par des raisons ohjectwes et une persuasion dogmatique, rejetant témérairement tout le reste. La maxime de l'indépendance de la raisun à l'égard de son propre besoin (la renonciation à une foi rationnelle) s'appelle donc incrédulité j non pjas une incrédulité historique, qu'on ne peut absolument concevoir comme délibérée, ni par conséquent comme imputable {'attendu que chacim, qu'il le veuille ou non, est forcé de croire à un fait suffisamment établi, tout comme à une démonstration mathématique), mais bien une incrédulité rationnelle^ un état pénible de l'esprit humain, qui ôte aux lois morales d'abord tonte la force du mobile sur le cœur, cl prépare la façon de penser qu'on appelle impiété, c'est-à-dire le principe de ne plus admettre aucun devoir. Ici intervient l'autorité, pour empêcher que la société ne tombe dans le plus grand désordre. Et

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comme le moyen le plus prompt et le plus efficace tout à la fois est précisément le meilleur à ses yeux, elle enlève la liberté de penser, et soumet celte affaire, comme loules les autres, aux lois constitutionnelles du pays. C'est ainsi que la liberté de penser, quand elle va jusqu'à vouloir s'affranchir des lois mêmes de la raison, finit par s'anéantir de ses propres mains.

Amis de Thumanité et de ce qu'il y a de plus saint pour elle, admettez ce qui vous paraît le plus digne de foi après un examen attentif et sincère, qu'il s'agisse de faits ou de raisonnements; seulement ne contestez pas à la raison ce qui fait son souverain bien sur la terre, le privilège d'être la pierre de touche de la vérité (1). Autrement, indignes de cette

(1) Penser par soi-même c'est chercher eu soi-même (c'est-à-dire dans sa propre raison) la pierre de louche suprême de la vérité; et la maxime de penser toujours par soi-même est la culture de l'esprit. Ce qui ne suppose pas tout ce que supposent ceux qui font consister cette culture dans les coïmaissances, puisqu'elle est plutôt un princij)e négalif dans l'usage de la faculté de connaître, et que souvent celui qui est trèsriclïe en connaissance est très-peu éclaire dans l'usage qu'il en fait. Se servir de sa propre raison ne signifie donc que se demander à soimême dans tout ce qu'on doit entreprendre, s'il convient d'ériger en principe universel de l'usage qu'on fait de sa raison , le motif pour lequel on entreprend quelque chose ou la règle qui en résulte. Chacun peut faire en soi-même cette expérience, et voir la superstition et le fanatisme se dissiper immédiatement par cet examen, (pioique tout le inonde ne possède pas à heaucoup près les connaissances suffisantcs pour combattre ces deux états de l'esprit par des raisons objectives : car il suffit alors de la siin|)le maxime de la conservation do la raison par elle-même. Il est donc très-facile de fonder p,ir l'éducation dans les sujets individuels la culture de l'espiit; il suffit d'habituer de bonne heure les jeunes têtes à cette léllexion. Mais éclairer ua siicle est une très-grande alîaire; il se rcnconlrode nombreux obs-

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liborté, vous ne poiincz inaïKiucr de la perdre, cl vous entraînerez dans celle inforlune lous ceux qui, sans ce niallieur, auraient assez bien pensé pour user régulièrement de leur liberté, et la faire servir en même temps au salut du monde!

tacles extérieurs qui empêchent en partie cette espèce d'éducation , ou qui la rendent difGcile.

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