DÉTERMINATION
DE
LA mim D'UNE RACE HLIAINE
Les connaissances répandues par les voyageurs modernes sur la diversité de l'espèce humaine, ont plus excité l'entendement à la recherche sur ce point qu'elles ne l'ont satisfait. Il importe beaucoup ici d'avoir bien déterminé la notion qu'on veut élucider par des observations, avant d'interroger à ce sujet l'expérience; car on n'y trouve (dans l'expérience) ce dont on a besoin qu'autant qu'on sait d'abord ce qu'on doit chercher. On a débité beaucoup de choses sur les différentes races d'hommes. Quelquesuns entendent par là des espèces d'hommes presque entièrement différentes. D'autres, au contraire, se bornent sans doute à une signification plus étroite, mais ne semblent pas trouver celle distinction beaucoup plus importante que celle par laquelle les hommes se distinguent les uns des autres par le tatouage ou les vêtements. Je n'ai pas d'autre dessein pour le moment que de déterminer avec précision cette notion d'une race. Il y a des races dans l'espèce humaine.
3i6 DÉTERMINATION DE LA NOTION
L'explication de l'origine des races réellement existantes, et qu'on estime pouvoir ainsi nommer, n'est qu'un accessoire dont on peut faire ce qu'on voudra. Et cejjcndant je vois que des hommes, d'ailleurs pénétrants lorsqu'il s'agit d'apprécier ce qui a été dit dans ce but depuis quelques années seulement (1), n'ont fait attention qu'à cet accessoire, je veux dire l'application hypothétique du principe, mais que pour le principe même, qui est cependant l'affaire capitale, ils l'ont à peine effleuré. C'est le sort de plusieurs recherches qui ont les principes pour objet, et ce qui peut par conséquent dissuader de toute contestation et de toute justification en matière spéculative^ mais recommander au contraire une détermination plus précise et une explication du malentendu y comme le seul parti prudent à prendre.
Cela seul qui est héréditaire dans une [espèce animale peut autoriser à y reconnaître une différence de classe.
Le Maure (Mauritanien), qui, brûlé par l'air et le soleil de son pays, diffère si fort de l'Allemand ou
(1) Voir les Philosophes pour les gens du movde d'Engel, part. II, p. 125 cl s. (c'est-à-dire le traité piécident, n. vin, édit. Hoscnlir. t. VI, p. 355) ; VObservation de Kant dans la Revue mensuelle dn Berlin, t. VI, p. 391.
d'uni: UACt lu MAINE. 3i7
(lu Suédois par la couleur de la peau, le créole français ou anglais des Indes occidentales, qui semble paie et épuisé comme s'il sortait à peine de maladie, ne peuvent pas plus être comptés, par cette raison, comme dilll rentes classes de l'espèce humaine, que le paysan espagnol de la Manc/ie, qui est habillé de noir comme un maître d'école, parce que les moutons de sa province ne doiment que de la laine noire. Le Maure qui ne sort pas de la chambre et le créole qui est élevé en Europe, ne diffèrent pas des habitants de notre partie du monde.
Le missionnaire Demanet, parce qu'il est resté quelque temps dans la Sénégambie ^ croit pouvoir bien juger à lui seul de la couleur noire des nègres, et n'entend |)as que ses compatriotes, les Français, aient une opinion là-dessus. J'affirme, au contraire, qu'on peut aussi bien juger à dislance, en France, par exemple, de la couleur des nègres qui ont habité longtemps ce pays-là, et mieux encore de ceux qui y sont nés, ^i Ion se propose de décider en conséquence de la différence de celte classe dhommes avec les autres, que dans le pays même des noirs. En effet, l'influence du soleil d'Afrique ^^ur la peau du nègre, ce qu'il y a, par conséquent d'accidentel dans le fait, doit disparaître en France, et la seule couleur noire de naissance, le noir héréditaire, le seul caractéristique, reste seul. On ne peut se faire une idée
3i8 DÉTERMINATION DE LA NOTION
sûre de la couleur propre des insulaires du Sud, d'après les descriptions qu'on en connaît jusqu'ici. Car, bien que certains leur attribuent la couleur acajou, je ne sais cependant pas ce que je dois rapporter de ce brun à Faction du soleil et de l'air, et la pari qui doit en être faite à la naissance. Un enfant d'un couple de cette variété, qui serait né en Europe, permettrait de distinguer sûreraenl leur couleur propre, celle qui leur rew'icnl jiaturellement . Je conclus d'un passage que je lis dans le voyage de Carteret (qui dans son voyage maritime était assurément peu descendu de son bâtiment, mais qui avait cependant visité plusieurs insulaires) que les habitants de la plupart des îles doivent être blancs. Car, dans V ile de Fréinlle ( à proximité des îles qui font partie de la mer des Indes), il a vu, dit-il, pour la première fois, le véritable jaune de la couleur de peau de l'Indien. On ne peut pas non plus se prononcer d'une manière bien décisive sur la question de savoir si la forme de la tête des habitants de Malicolo doit être attribuée à la nature ou à l'art, ou jusqu'à quel point la couleur naturelle de la peau des Cajres dilîcre de celle des nègres, et si d'autres propriétés caractéristiques sont héréditaires et de nature, ou si elles sont seulement accidentelles.
Ii'l.NK RAC.K IllMAlNK. 319
On peut admettre, par rapport à la couleur de la peau, quatre classes d'Jiomuies bien distinctes.
Nous ne connaissons avec ccrlilude, en fait de dilTérences liérédilaires de la couleur de la peau, que celles des blancs., (\qs jaunes indiens, des nègres j des rouges cuii>rés d'Amérique. Il est remarquable que ces caractères semblent se prêter d'une manière particulière à la division par classes du genre humain, par la raison d'abord que chacune de ces classes est aussi passablement éloignée de l'habitant des autres (c'est-à-dire séparée detoute^lesautres, mais groupée dans les parties qui la forment). La classe des blancs s'étend du cap Finistère, par le Nord, rOby,la petite Bucharie, la Perse, l'Arabie Heureuse, rAbyssinie,les extrémités septentrionales des déserts du Sahara, jusqu'au cap Blanc en Afrique, ou à l'embouchure du Sénégal ; la classe des 7wirs s'étend de là jusqu'au cap Noir, et, en exceptant les Gafres, en rétrogradant jusqu'à l'Abyssinie ; la classe jaune se Irouve proprement dans l'Hindoustan, jusqu'au cap Comorin (une variété mélis des hommes de cette classe se rencontre dans l'autre péninsule de l'Inde et dans quelques îles du voisinage ) ; la classe des rouges cuivrés est pro-