DÉTERMINATION DE LA NOTIOX
Réflexion sur la loi de la production , nécessairement hybride.
Cest un phénomène toujours bien remarquable, qu'avec tant de caraclères dans le genre humain, en partie importants et même domestiquement héréditaires, il n'y en ait cependant pas un seul qui soit nécessairement héréditaire dans une classe d" hommes caractérisés par la seule couleur de la peau ; que ce dernier caractère, si léger qu'il puisse paraître, tient néanmoins si profondément à cette classe que, dans le mélange avec une des trois autres, elle se transmet universellement et inésntahlenient. Peut-être pourrait-on présumer, de ce phénomène singulier, quelque chose des causes de l'hérédité des qualités qui n'appartiennent pas essentiellement à l'espèce, en partant de la circonstance que ces qualités sont immanquables.
D'abord, d'où vient qu'en général quelque chose, qui n'est pas de l'essence de l'espèce, peut être héréditaire ? Tenter de répondre à priori à cette question serait une entreprise périlleuse, et dans cette obscurité des sources de la connaissance , la liberté des hypothèses est tellement illimitée^ qu'on perdra sa peine et son temps à les réfuter, puisqu'on pareil cas
d'i'NE race iii'MAiM::. 3r»C,
rliacun \\\n\ lail iiu'à sa l(He. Je ne fais alors altenlioii (ju'à la niininie iiifin/incUe dont chacun par(, t'I suivant huiuello on sail aussi généralement i-ecueillir les faits propres à la confirmer; après quoi je cherche la mienne, qui m'empêche de croire à toutes ces explications avant de m'être bien rendu compte des raisons contraires, ijuand donc je trouve ma maocime certaine, parfaitement d'accord avec l'usage de la raison dans la sciejice de la nature, et seule appropriée à une /aqon de penser conséquente, alors je la suis, sans me soucier de ces prétendus faits qui n'empruntent guère leur crédibilité et leur propriété d'expliquer Ihypothèse admise, que de la maxime dabord choisie, faits auxquels ou peul d'ailleurs opposer facilement cent autres faits. La propagation par l'effet de l'imagination des femmes enceintes, ou bien encore des juments dans des écuries princières , l'épilation de la barbe chez des peuples entiers, comme la résection de la queue chez les chevaux anglais, ce qui a forcé la nature d'omettre également dans ses générations une partie dont elle était munie dans le principe; les nez aplatis, qui sont d'abord ainsi formés artificiellement chez les nouveau-nés par les parents, etqui seraient, avec le temps, acceptés parla nature dans sa force créatrice : ces moyens d'explicationetd'autres seraient difficilement accréditéspar les faits cités à l'appui, auxquels on peut en opposer
SriO DÉTERMINATION DE LA NOTION
de beaucoup mieux prouvés, si d'ailleurs ils n'étaient pas recommandés par la très-juste maxime rationnelle : d'éprouver tout ce qui est présumé par des phéîîomènes donnés^ avaut d'admettre à l'appui des forces naturelles particulières ou des dispositions innées (suivant le principe : Principia prœter necessitaiem non sunt multiplie anda). Mais j'ai contre moi une autre maxime qui limite celle de l'économie des principes inutiles, à savoir : que dans toute nature organique^ malgré tous les changements des individus^ les espèces s'en conservent ifwariablement (suivant la formule de l'École : Quœlibet natura est conservatrix sui). Or, il est clair que si la magie de l'imagination ou l'artifice humain avait le pouvoir de changer chez les animaux la force génc* ratrice môme, de transformer le modèle initial de la nature, ou de le défigurer par des additions qui seraient néanmoins conservées à perpétuité dans les générations suivantes, on ne saurait plus du tout de quel original la nature est partie, ni jusqu'où peut aller le changement dont elle serait susceptible, ni, comme l'imagination humaine n'a pas de bornes, jusqu'à quel point pourraient être défigurés les genres et les espèces. En conséquence, j'admets le principe : de n'accorder a l'imagination aucun pouvoir de troubler la force génératrice de la nature^ ni aucune faculté aux hommes de produire par des moyens arti-
d'l'NE u.\r.i; m m.vixk. .jriT
ficiels extérieurs des changements dans l'original priniilir (les genres et des espèces, de les faire passer dans la force créatrice et do les rendre héréditaires. Car, accorder un seul cas de celle espèce, c'est comme si l'on reconnaissait une seule histoire do revenants ou de magie. Une fois les barrières de la raison brisées, Terreur de l'opinion y passe en mille endroits. Il n'y a pas de danger qu'en prenant cette résolution, je me rende, de propos délibéré, incapable de reconnaître des expériences réelles, ou, ce qui est la môme chose, que je me rende incrédule obstiné. Car tous ces faits merveilleux portent sans distinction de cachet, qu'ils ne sont susceptibles lY aucune expérimentation; qu'au contraire, ils ne peuvent être établis que par des perceptions exceptionnelles. 0/', ce qui est de telle espèce que^ tout en étant à la rigueur susceptible d'être expérimenté absolument , ne comporte cependant rien de semblable , ou s'j soustrait constamment sous toutes sortes de prétextes ^ nest quejiction, vaine opinion. Telles sont les raisons pour lesquelles je ne puis admettre une mode d'explication qui favorise essentiellement le penchant superstitieux à la magie, toujours empressé de saisir tous les prétextes, même les plus légers : c'est qu(3 le caractère qui tient de l'espèce (das Jnarten), fût- il contingent, ce qui ne réussit pas toujours, ne peut jamais être l'etTet d'une autre cause que des germes et des dispositions déposés dans l'espèce même.