‹ Mélanges de logique. Traduits de l'allemandChapitre 65 sur 77 · EN IIIII.OSOI'HIE · texte numérisé non relu

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simple comparaison ; la picmiôre de ces espèces apparliciUà l'Iiisloiic iialiiivllc, la seconde à la physiographie ou description de la nature. Un mot encore sur le système propre de M. Forsler touchant son origine. Nous sommes tous les deux d'accord en ce point, que tout, dans une science naturelle, doit être expliqué nnturelletnejit, parce qu'autromeiit l'explication n'appartiendrait pas à cette science. Je me suis tellement conformé à ce principe, qu'un homme d'un esprit très-pénétrant (M. O.-C.-R. Busching, dans le compte (piil a rendu de mon ouvrage), à cause des expressions : dessein, sagesse, prévoyance, etc. de la nature, méprend pour un naturaliste, mais en ajoutant {ïiine espèce particulière^ parce que je ne trouve pas convenable, dans les traités qui n'ont pour objet que des connaissances naturelles, quelque étendues qu'elles soient (où il est tout à fait convenable de s'exprimer téléologiquement), de parler un langage théologique ^ afin d'assigner à chaque espèce de connaissance ses justes limites.

Mais ce même principe, que tout, dans la science de la nature, doit être expliqué naturellement, indique en même temps les limites de cette science. Car on est parvenu à ses limites les plus reculées quand on fait usage du dernier principe d'explication qui puisse encore être confirmé par Y expérience. Où cesse l'expérience et où le recours même à des forces imagi-

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nées de la matière ^ d'après des lois inconnues et qui ne peuvent être prouvées d'aucune manière, commence à s'imposer, là déjà on dépasse la science de la nature, on en sort, tout en donnant encore des choses naturelles pour causes, mais en leur attribuant aussi des forces dont rien ne peut démontier l'existence, et dont la possibilité même se concilie dillicilement avec la raison. La notion d'un être organisé emportant avec elle l'idée qu'il y a une matière dans laquelle tout se tient réciproquement comme fm et moyen, et cela ne pouvant être conçu que comme un système de causes finales , et la possibilité de ce système ne permettant par conséquent , pour la raison humaine du moins, qu'une explication téléologiqueet non une explication mécanico-physique , on ne peut pas demander en physique d'où vient originelleiuent toute organisation. La réponse à cette question, si en général elle nous est possible, serait évidemment en dehors (\ii,\A physique; elle appartiendrait à la métaphysique. Pour ma part je dérive toute organisation d'êtres organiques (par voies de génération), et les formes ultérieures (de cette espèce de choses naturelles), suivant les lois du développement successif, des dispositions originelles (dont on trouve un trèsgrand nombre dans les transplantations des végétaux) qui se trouvaient dans l'organisation de leur souche. De savoir d'où est venu cette souche, c'est une

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question ([iii dépasse coinplélemenl les Ijonies de loiile [)hysique. possible à l'homme, et dans lesquelles j'ai cependant cru il('\i>ir nie renfermer.

Je n'avais donc rien à redouter pour le système de M. Forster, d un tribunal de l'inquisition (car aussi bien ce tribunal s'arrogerait en cela une juridiction qui n'est pas la sienne), etj'en appelle, le casécliéant, des simples naturalistes à un jury philosophique (page 166), tout en croyant difticilement que la sentence lui soit favorable. « La terre, en état d'enfantement (page 80), fit sortir les animaux et les végétaux, sans génération par leurs semblables, de son sein maternel amolli, fécondé par le limon des mers; elle produisit en conséquence les créations locales des espèces organiques, VÂjrique ses hommes [les nègres), YAsie^ les siens (tous les autres) (page 158). De là cette parenté de tous les êtres organisés (1), formant une chaîne naturelle à transitions insensiblement graduées depuis l'honmie jusqu'à la baleine, et de la baleine, en descendant ainsi (sans doute jusqu'aux mousses et aux lichens, non-seulement dans un système de comparaison, mais dans un système d'éducation en partant de la souche commune). » —

(1) Un mémoire de M. le professeur hlumenhach (Manuel d'histoire naturelle, 1779, préface, § 7) sur cette idée, très-goùtée de Bonnet, mérite d'être lu. Cet homme éminent attribue aussi VinsUnct de formation par lequel il a jeté tant de lumière sur la théorie des générations, non pas à la matière inorganique, mais uniquement aux êtres organisés.

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Celte idée ne ferait pas reculer le naturaliste, comme si c'était une monstruosité (page 75) ; car c'est un jeu qu'on s'est permis plus d'une l'ois, mais qu'il a délaissé, parce qu'il n'aboutit à rien; mais il en est détourné par la considération qu'en quittant ainsi le terrain solide et fertile de la physique, il s'égare dans les déserts de la métaphysique. J ajouterai aussi une crainte, cependant virile^ d'avoir peur de tout ce qui détourne la raison de ses premiers principes, et lui permet de vaguer dans des imaginations sans fin. Peut-être M. Forster ne s'est-d par là proposé que d'être agréable à un hy penné ta physicien (car il y en a, témoins ceux qui ne connaissent pas les notions élémentaires, qu'ils afîectent aussi de dédaigner, et qui néanmoins se mettent héroïquement à l'œuvre), et fournir à la fantaisie l'occasion de s'attirer un ridicule.

La véritable métaphysique connaît les bornes de la raison humaine , et entre autres vices héréditaires qu'elle ne peut jamais nier, c'est qu'elle ne peut ni ne doit absolument pas imaginer à priori des forces foiidamcjitales (parce qu'elle ne produirait ainsi que des notions entièrement vaines); (prcllo ne peut faire autre chose que réduire au moindie nombre possible celles que la nature lui montre (si elles ne dilÏÏMcnt (|u'en apparence, et qu'elh^s soient identiques au fond;, et rechercher à cet elTet \m\q, Jorce

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foiidiuncntiiU' dans !•' inoiidc, s'il s'af^il de |>l»ysiijuc, et //o/\4- du monde, s il s'agit de niétupliysique (c'est-à-diiv d'assii^ner la luree (jui nu dépend plus d'aucune autre). Or, nous ne pouvons donner d'une force fondamentale (puisque nous ne la connaissons que par le rapport d'une cause à un elïet) aucune autre notion cpie la notion qui se tire de l'elfet, ni lui trouver d'autre nom que le nom qui exprime ce rapport (1). Or encore la notion d'un ôtre organisé est celle-ci : qu'il y a un être matériel qui n'est possible que par le rapport respectif de tout cequi se trouve e/i lui comme lîn et moyen (notion dont part en réa-

(I) Par exemple, l'nna^e (Ei«bi7dimy) dans l'Iionime est un effet que nous ne regardons pas comme identique avec les autres effets de l'àme. La faculté qui s'y rapporte ne peut donc être qu'imagination (comme faculté fondamentale). De même sous le titre de forces motrices sont comprises les forces fondamentales d'attraction et de répulsion. Plusieurs ont cru nécessaire d'admettre pour l'unité de la substance quelque force fondamentale, et ont même cru la reconnaître, quand ils donnaient simplement le titre commun de différentes forces fondamentales, par exemple, que la seule faculté fondamentale de l'àme est la faculté cognilive, comme si je disais que la seule force primitive de la matière est la force motrice, parce que l'attraction et la répulsion sont comprises sous la notion commune de mouvement. Maison désire savoir si elles ne pourraient pas aussi en procéder; ce qui est impossible. Car les nolions iiiféricurei, en ce qu'elles ont de différent, ne peuvent jamais être dérivées d'une idée supérieure : et pour ce qui est de l'unité de la substance, si elle semble renfermer déjà dans sa notion l'unité de la force fondamentale, c'est une illusion qui tient à une mauvaise définition delà force. Car la force n'est pas ce qui contient la raison de la réalité des accidents (c'est-à-dire la substance), c'est simplement le rapport de la substance aux accidents, en tant que la substance contient la raison de la réalité. Mais divers rapports peuvent bien être attribués à la substance (sans préjudice pour son unité).

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lité tout anatomiste comme j)hysiologisle). Une force fondamentale, cause d'une organisation, doit donc être conçue comme une cause qui agit suivant des fuis^ de telle sorte que ces fins doivent être données comme fondement à la possibilité de l'effet. Or enfin,, nous ne connaissons de force de cette nature, agissant d'après son principe détenninant , qu'e/i nousmêmes par l'expérience, à savoir dans notre entendement et notre volonté, comme cause de la possibilité de certains effets opérés uniquement d'après des fins, ç,''ç.?X-k-û\\Qi\Q^ œuvres d'art. L'entendement et la volonté sont en nous des forces ou facultés fondamentales, dont la dernière, comme déterminée par la première, est une faculté de produire quelque Qho?,Q suivant une ide'e qu on appelle fin. M<iis nous ne devons concevoir en dehors de toute expérience aucune nouvelle force fondamentale, telle que serait cependant celle qui agirait en vue d'une fin dans un être, sansnéanmoins avoir le principe déterminant dans une idée. La notion de la faculté d'un être est donc d'agir de soi-même conforme'ment à une fin j mais une faculté d'agir sans but ni dessein qui serait en elle ou dans sa cause, comme une force fondamentale particulière, c'est ce dont l'expérience ne donne pas d'exemple; c'est cependant ce qui peut très-bien être imaginé, mais d'une imagination vaine, c'est-à-dire sans la moindre assurance qu'un objet quelconque peut y

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correspondre. <Jiu' la laiise des êtres or!j;anisés soit iroiivéc dans le monde ou hors du monde, il faut, ou renoncer à toute détermination de leur cause, ou concevoir à cet effet un être intelligent ; non |)as comme si nous apercevions [d\n%\i\WQ, feu Mendeissoim et d'autres le croyaient! qu'un pareil elfet est impossible par une autre cause, mais parce que, pour mettre en principe une autre cause avec des causes filiales, il faudrait imaginer une force fondamentale; ce que la raison ne nous autorise pas du tout à faire, parce qu'alors elle expliquerait sans peine tout ce qu'elle voudrait et comme elle voudrait.

Résumons-nous. Dç^sjins ont un rapport immédiat à une raison^ que cette raison nous soit étrangère ou qu'elle soit la nôtre propre. Mais pour admettre des fins dans une raison étrangère, nous devons poser la vôtre en principe, ou du moins quelque chose d'analogue, parce que des fins ne peuvent se concevoir sans une raison. Or les tins sont celles de la nature ou de la liberté. Personne ne peut apercevoir a priori qu'il doive y avoir dos fins dans la nature ; mais on peut très -bien voir a priori qu'il doit y avoir une liaison de causes et d'effets. L'usage du principe téléologique par rapport à la nature est donc toujours empirique. Il en serait de même des fins de la liberté, si les objets de la volonté devaient être donnés comme

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principes de détermination à !a liberté par la nature (dans les besoins et les inclinations), afin que la raison décidât, en les comparant entre eux et avec leur ensemble, ce que nous devons prendre pour fins. Mais la critique de la raison pratique fait voir qu'il n'y a pas de principes pratiques purs qui déterminent la raison a priori^ et qui, par conséquent, lui donnent sa fin a priori. Si donc l'usage du principe téléologique pour les explications de la nature ne peut pas donner d^une manière suffisamment déterminée et pour toutes les fins le principe fondamental de la liaison causale, parce qu'il est restreint aux conditions empiriques, on doit au contraire attendre ce principe d'une théorie téléologique pure (qui ne peut être que celle de la liberté}^ dont le principe a priori contient le rapport d'une laison en général à Tensemble de toutes les fins, et ne peut être que pratique. Mais comme une téléologie pratique pure, c'est-à-dire une morale, est destinée à réaliser ses fins dans le monde, elle n'y devra pas négliger la possibilité de ces fins, en ce qui concerne soit les causes JinaleSy soit la convenance de la cause suprême du monde pour un ensemble de toutes les fins, comme effet, par conséquent tant la téléologie naturelle que la possibilité d'une nature en général, c'est-à-dire, en un mot, la philosophie transcendantale, afin d'assurer une réalité objective à la téléologie pratique pure, en vue do la

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possibilité de l'objet dans la pratique, c'est-à-dire afin d'assiirei- la possibilité de la lin qu'elle se propose de réaliser dans le monde.

A ce double point de vue Vauteur des Lettres sur la philosophie de Kant{\) a fait preuve de l'incontestable talent d'appliquer utilement sa /je'/^e/rrt^/o/i et ses vues remanjuables, aux fins û;énéralcment nécessaires; et quoi(pril yaitquekpieprétenlionà m'adresser à l'éditeur distingué de la Réunie mensuelle de Berlin qui semble trop modeste, je n'ai cependant pas cru pouvoir me dispenser de lui demander la permission d'insérer dans son journal mes remercîments pour le service que m'a rendu l'auteur anonyme, qui m'était encore inconnu il va peu de jours, en prenant pour sujet de ces lettres la commune afifaire d'une raison, tant spéculative que pratique, conduite suivant des principes certains, et en disant la part que je me suis efforcé d'y prendre. Le talent avec lequel il expose clairement et agréablement des doctrines arides, abstraites, sans préjudice pour la solidité, est assez rare (au moins dans la vieillesse) et néanmoins assez utile, — je ne veux pas dire dans l'intérêt seulement de la popularité, mais même de la clarté des aperçus, de rintelligence et de la persuasion qui y tient, —

(1) M. le professeur Reinhold. — La seconde édition de ces lettres parut sous le nom de l'auteur à Leipzig, chez Goeschen, en deux volumes, 1790-92, in-8.

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pour que je doive un témoignage public de ma reconnaissance à l'homme qui a mis ainsi la dernière main à des travaux auxquels je ne pouvais pas donner ce cachet de facilité.

Je saisirai celle occasion pour dire un mot des prétendues contradictions qu'on aurait découvertes dans un mien ouvrage passablement étendu, avant de l'avoir bien compris. Ces contradictions disparaissent toutes d'elles-mêmes quand on les envisage dans leur union avec tout le reste. — Dans la Gazette littéraire de Leipzig, 1787, n" 94, on donne ce qui se lit dans l'introduction de la Critique de la raison pure, édit. de •1787, p. 3, 1. 7, comme étant en contradiction positive avec ce qui se trouve bientôt après, p. 5, 1. 1 et 2; car dans le premier de ces passages, j'avais dit des connaissances a priori, que celles où il n'entre rien d'empirique sont /JMre^-, et j'avais donné comme exemple du contraire la proposition : Tout ce qui change a une cause. Je donne au contraire, p. 5, cette môme proposition pour exemple d'une connaissance pure à priori, c'est-à-dire d'une connaissance qui ne dépend de rien d'empirique. — De là deux signiGcations du moi pur, mais dont j'ai pris la dernière dans tout l'ouvrage. J'aurais pu sans doute prévenir le malentendu par cet exemple de la première espèce de pro[)Osiiions : Tout ce qui est contingent a une cause. Car il n'entre rien là d'empirique. IMais

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(jiii pc'iise à toutes les occasions de malentendu ' — Môme chose m'est arrivée dans une note à la préface des Principes métaphysiques de la physique, p . XIV- XVI, quand je donne la déduction des catégories pour importante assurément, mais non pour très-nécessaire^ tandis que jaffirme expressément cette nécessité dans la Critique. Mais il est facile de voir que, dans le premier de ces ouvrages, les catégories ne sont mentionnées que dans im but négatif, pour prouver tjue par elles seules (ou sans intuition sensible) il n'y a pas de connaissance possible des choses; ce que l'on voit déjà clairement tout en se bornant à V exposition des catégories (comme simples fonctions logiques appliquées aux objets en général). Mais comme nous en faisons cependant un usage où elles appartiennent réellement à la connaissance des objets (de Texpérience), la possibilité d'une valeur objective de ces sortes de notions à priori a dû être particulièrement prouvée par rapport à la connaissance empirique, afin qu'on ne les jugeât pas sans signification aucune, ou {{'origine empirique. C'était là le but posiiij par rapport auquel la déduction est sans aucun doute absolument nécessaire.

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