‹ Mélanges de médecine. Opuscules de DesgenettesChapitre 10 sur 25 · A LA FIEVRE JAUNE · texte numérisé non relu

A LA FIEVRE JAUNE

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Par M. le Baron DESGENETTES ~

/ '"i KAiîS LA SEANCE Dtr 6 NOVEMBRE

^ DE l’aCADÉME ROYALE DE MEDECINE , LES TROIS SECTIONS REDNIES,

Messieurs., .

Éa question à l’ordre dii jour est celle-ci : Acceptérat-on ,- -rejetterà-t-on purement ou simplement^ ou bien môdifierà-t-^on le Rapport dè-la Conîmission sur les documens Chervin ?

Quand oh iioüs a proposé un ajournement indéfini j c’est comme si-roû nous eût dit : répondez

point au Ministre de Vintérieur^ parce que vous êtes institués pour le faire toutes les fois qu’il invoquera i’assistance de vosJuïniéres. '

Malgré la brièveté dont je cherche à m’imposer la loi, je suis forcé de remonter un peu plus haut.

Nous nous occupions paisiblement, Messieurs, de nos travaux académiques ordinaires, quand la question de

la fièvre jaune est tombée au milieu de nous comme une pomme de discorde.

A peine, en effet, eûmes-nous entendu le Rapport des Commissaires sur les documens Chervin, qu’il s engagea une violente discusion. MM. les Commissaires envoyés à Barcelonne se crurent offensés, et l’un d’entre eux, M. Pàriset,,qualifia dans une apologie animée le

Rapport de vos Commissaires ^.Acte: d’accusation .

Non, Messieurs, il n’y avâit rien de semblable ; vos Commissaires avaient, d’après leur conviction, rendu justice au dévouement désintéressé de M. Chervin. N’ayant pu cacher qu’il était en contradiction avec la Commission de Barcelonne, ils sont loin de s’être écartés, en vous en informant , des égayds du&à des eonfrères éstimables. j^pn. Messieurs, je k répète, il n’y.eut.point là d’acté d’accu? sation : si le rapport eût porté ce caractère, ce rne sérait pas moi qui viendrais l’appuyer et le défendre d’ail? leurs l’Académie tout entière a voté l’impression dedâ riposte de M. et les,signataires du;Bapp0rt,(p’est

une justice qui leur est due), ont tous, pris part à décision. , - ;

Ici, Messieurs, jà me sentirais porté à reprccfier,à MM, les Commissaires de Barcelonne, leur trop grande susceptibilité, si j e n’étais reteüu par une Ponsidérâtion, c’est qu’il,faudrait adresser de semblables reprochés à M. Chervin,. Or, Messieurs, je ne puis.usurper cette fonc?

tioa censoriale, qui appartiendrait tout au plus à l’Aca- •démie. Mais ne ferions-nous pas bien xi’àbandcmner tôut^ à-£adt le cliamp de la controverse à M. Chervia et à -MM. les 'Gommissairës de Bareelonne ? Il serait absurde de nous constituer les ju^es de leurs assertions contradictoires, puisque nous navons: aucun moyen d’eriquete ^possible : d’ailleurs ne .perdons pas de v ue que nous sommes officiellement chargés d’une seule chose ; c’est-ïà-dire, de déclarer si lés documens Chervin, tels qu’ils sont parvenus a noire connaissance, doivent être pris en considération. ’Vdus îe savez tous aussi . Messieurs , M. Chervin a, pendant nos débats, publié un écrit dans lequ^ il a discuté-les principes du ministère en matières sanitaires, ét, avoc^moins de ménagement-encore, il a déclaré-que nous n’étions plus en mesure dé prononcer sur là valeur de seédocumeris; en Un mot,il a décliné votre compétence dans les termes les plus positifs. Je vaiis d’àbord défendre contre M. Chervinla comluite de l’administration supérieure, en fait de matières sanitaires.'; après quoi je soutiendrai votre compétence......:;... Mous

avons une loi sanitaire assez récente, qui pose en principe et comme reconnue la contagion de plusieurs maladies, et, entre autres, de la fièvre jaune. Gommé tous les -actes de ce genre, elle a placé des punitions à coté: des infractions et des délits ; il est des cas dans lesquels elle a prononcé la peine capitale ! Peut-on, dans cet état de

notre législation, penser qu’il se trouverait des ministres qui suspendissent ou éludassent l’exécution d’une sem^ blable loi d’après des opinions médicales isolées? Supposons M. Chervin Ministre de l’intérieur : je me péfr mets de lui demander ce qu’il ferait alors? Je n’ai pas fini de. dire ce qui est en faveur de l’administration; et le voici. Elle n’ignore pas que plusieurs lois ne sont que temporaires, et peuvent ainsi être modifiées ou abrogées; c’est pour cela, que, pouvant retenir par devers soi les documens dont la chambre dés députés lui avait fait le renvoi, elle a soumis ces mêmes documens à votre examen et à votre discussion. Je ^pehse, dé bonne-foi^ que l’administration ne pouvait mieux agir........ Je passe à

votre compétence. Nul doute qu’elle ne soit établie par l’ordonnance du Roi, qui a créé l’Académie, et par le renvoi, qui nous a été fait par le Ministre. Cela n’a pas empêché M. Chervin, au mépris du droit et du fait, d’appeler de,votre jugement à intervenir, et il a dit, toujours au puElic, qu’il se souciait peu de l’assentiment de notre compagnie. Il est évident qü’il a oublié plus qiie le sentimént des convenances. Quel est, en effet, le médecin autorisé à dire qu’il nous mésestime collective^ ment? il ne serait cm ni écoutée Je ne crois pas non plus que M. Chervin pensât cé qü’il a écrit : les passions portées dans la discussion des affairés, oppriment le jugement,-xomme Salluste le fait: dire à César opinant

-dans la conjuration de Catilina*. D’un autre côté, Messieurs, ne savons-nous pas que la plus naturelle et la plüs impérieuse des passions, s’exhale quelquefois avec les expressions les plus énergiques de la haine contre Fobjet le plus aimé? ne serait-il pas permis de conjecturer qu’alors que M. Chervin offensait l’Académie, il l’affectionnait plus que jamais?

Je passerai sous silence cette intervention officieuse qui fut‘écartée par le texte exprès de nos réglemens, pour dire encore un mot sur les exagérations de la sensibilité. Notre collègue M. Bailly nous a dit « qu’on avait

envoyé les Commissaires de Barcelonne à la mort.

Il se trompe; c’était à la célébrité, aux bonheurs, la gloire!

Nous crûmes un instant. Messieurs, marcher directement vers le but de la discussion, qüand nous eûmes à entendre un discours de sept grands quarts d’heure sür la contagion ou la non contagion-de la fièvre jaune. Quand j’ai cherché à me rendre compte de l’atténtion bienveillante de l’auditoire dans cette circonstance, j’ai cru que celà tenait à l’art avec lequel on avait rajeuni plusieurs d’èntre nous, en les replaçant souvent sur les

- ^ Omnes homines qui de rélus duhiis consultàrit , ab odiô, ami-^

-tilîâ, irâ atque misericordia, vacuos esse decét •’ hand facile animus venim jproçidet ubi ilia officiant. Neqiîe quisqçiam omnium luhidini simul et usai paruii. JJbi inten^ris ingenium, valet; si lùhiâdpossi— 'detfea dbminatur, animus iiihil valet. - , '

iancs des écoles les plus élémentaires........ Il nous faii-

-dra, sans doute ^ revenir bientôt à la question de la contagion ou non contagion de la fièvre jaune qui dominé toutes les autres; mais l’Académie, devant laquélle J’ai d’honneur de parler, sera peut-être renouvelée trois fois Want d’avoir pris un parti sur cette question! que disje, elle ne sera peut-être jamais résolue.......

J’arrive au Discours de M. Rochoux. Je conviens ' qu’il est rentré quelques instans dans la question ; mais, ■en s’en écartant brusquement, il nous a mis dans la nécessité d’infirmer une partie de ce qu’il a dit. Son admiration pour l’Angleterre l’a porté trop loin pour un ^Français. Nous nimons aussi les Anglais, mais sans rabaisser devant eux notre pays. La législation anglaise en •matières sanitaires, n’est pas, je crois, telle qu’on vous l’a dit ; je suis prêt a le prouver , en déposant sur le bùréaû lès pièces officielles que je dois à la courtoisie de sir John Jackson, président du comité nommé en ifii 9 par la Chambre des Communes pour la révision des lois sa^ nitaires de la Grande-Bretagne. Si cependant on produisait un bill du parlement, postérieur à la date que je viens de citer, je n’aurais plus rien à dire. M. Rochoux -n’a pas traité avec équité Fracastor, qui reposait en paix depuis i553, en-lui reprochant d’avoir été l’auteur et l’apôtre de la doctrine des miasmes. L’histoire de la médecine prouve que cet homme, justement célèbre par la

variété de ses talens, ne fît qu’adopter une théorie contemporaine. Peut-être pourrait-on dire quelque chose sur sa complaisance pendant le concile de Trente; mais laissons de côté la politique des papes et des empereurs.

Je ne terminerai point ce Discours, beaucoup trop long, sans féliciter M; le Secrétaire perpétuel sur l’impartialité dont il a fait preuve dans» la rédaction du procès-verbal de la dernière et orageuse, réunion des trois sections.,

Messieurs, j’ose avancer que nous sommes ici un assez grand nombre qui, dans l’intérêt de l’art, et pour l’honneur de l’Académie, désirons voir se terminer cette discussion. En attendant votre décision sur cet objet, je vote personnellement pour l’adoption du Rapport et de ses conclusions; je demande en même temps, avec instance ,, que l’Académie déclare formellement qu’elle n’entend rien prononcer sur les faits controversés entre M. Dhervin et MM. les Commissaires de Barcelonne.

[Après avoir entendu ce Discours, VAcadémie a fermé la discussion. )

IMPRIMERIE DE C. !.. F. PANckoUCKE, RUE DES POITEVIKS, ,N° 1 ^.

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