RELATIVEMENT A L’INFLUENCE DE LA MANUTENTION DES TABACS SUR LA SANTÉ
Rosny, le aS juiilel 1827.
Monsieur et honoré Confrère,
Je viens de recevoir votre lettre du 21 du courant, par laquelle je vois que vous avez été mal informé de ce j’ai dit, dans l’une des séances de l’Académie royale de médecine, relativement à vos Observations sur les maladies auxquelles sont sujets les ouvriers employés dans la Manufacture royale des tabacs de Lyon.
Lorsque la discussion s’ouvrit sur cet objet, parlant en thèse générale, et abstraction faite des résultats de vos Observations, je fis simplement part à l’Académie de quelques renseignemens que j’avais pris à Cette, en 1789, 1790 et 1791, et qui tendaient spécialement à prouver l’innocuité de la fumée de tabac. Je fortifiai cette opinion par la double autorité d’un grand chimiste et d’un habile observateur dè l’Ecole de Montpellier.
Voici en effet, Monsieur et honoré confrère, ce qui fut lu dans l’assemblée publique de la Société des sciences de Montpellier, tenue le 25 novembre 1771, en présence des Etats de la province de Languedoc.
Extrait d’un Mémoire de M. Venel sur les effets 4 e la fumée de tabac.
« Les observations qui ont fourni le sujet de ce Mémoire ont été faites en exécution d’une commission de la Cour des comptes, aides et
finances de Montpellier, qui, à l’occasion des différends survenus entre les magistrats municipaux de Cette et les officiers de la Manufacture de tabac établie dans cette ville, au sujet des incendies des tabacs, chargea MM. Venel et Gouan, professeurs en médecine et membres de la Société royale , d’examiner les effets de ces fumées sur les hommes, les marchandises, les meubles, etc. »
« Il résulta de celte vérification, que dans le cas même où les incendies se font avec le plus grand désavantage, relativement h l’émission des fumées, les vapeur.s et fumées répandues, provenant des côtes et débris de tabac et des tabacs avariés, ne sont point insalubres; qu’un malade attaqué de phlbisie au dernier degré, et dont la maison fut remplie vingt-quatre heures de ces vapeurs, n’en éprouva rien de plus que les autres habilans de la maison, c’est-à-dire que ces vapeurs ne se manifestèrent à lui, comme aux autres, que par une odeur forte et désagréable; que c’est à l’incommodité qu’une telle odeur fait éprouver aux hommes que se bornent les mauvais effets des vapeurs produites par les incendies dont il s’agit ; que cette incommodité ne dura que pendant environ une journée, sur trois que dura l’incendie que MM. Venel et Gouan observèrent à Cette; que les marchandrses et meubles des habitans n’en souffrirent aucun dommage sensible; et enfin, que les ouvriers de tout âge et des deux sexes employés dans cette Manufacture ne sont sujets à aucune indisposition particulière, et nommément aux maladies des yeux, à celles de poitrine et aux tremblemens des inembres. »
Telle est. Monsieur et honoré confrère, la seule part que j’ai prise à la désunion que vos intéressantes recherches ont fait naître. C’eût été méconnaître les règles de la dialectique que d’arguer contre vous des dernières lignes du Rapport de MM. Venel et Gouan. Que pouvais-je opposer de concluant aux observations journalières que votre position, vous met dans le cas de faire ?
J’ai été flatté d’apprendre, par votre Lettre, que vous vous rappelez avec plaisir nos relations déjà bien éloignées de la Faculté de Paris, Il me souvient aussi que vous vous montrâtes dans vos exanjens d’une manière présageant les succès qui vous attendaient dans une ville, qui, comme Lyon, compte tant d’habiles médecins. Je dus vous féliciter, d’après ma coutume de rendre justice à tous les talens, car ces rigueurs qu’on m’a reprochées ne tombèrent jamais que sur des ignorans ou des hommes avantageux.
Je suis, etc.
Le Baron DESGENETTES.