‹ Mélanges de médecine. Opuscules de DesgenettesChapitre 11 sur 25 · DE MADRID · texte numérisé non relu

DE MADRID

DEPUIS 1734 JDSQd’eN 1797,'

POUR SERVIR A l’hISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MÉDECINE;

PAR M. LE BARON DESGENETTES

Une réunion libre de inédecins, de chirurgiens et de pharmaciens distingués s’occupait.utilement a Madrid, dès l’jSa, de la culture des trois branches de l’art de guérir.

En 1734-5 hommes, remplis de zèle, obtinrent de Don François->Gaspard de Molina, président du conseil , évêque de Barcelone, et depuis de Malaga et cardinal, là permission de faire des leçons d’anatomie et d’opérations chirurgicales plus étendues que celles qui avaient lieu et qui étaient tout à fait insuffisantes. ’ \

Gette société, qui avait pris le nom de TcHulia literaria medica, et qui subsistait des cotisations de chacun de ses membres , étendant de jour en jour ses vues bienfaisantes et patriotiques, crut que le moment était venu de demander à l’autorité supérieure la formation d’une Académie qui aurait, pour objet principal, l’étude de l’histoire naturelle et médicale de l’Espagne, Philippe v accueillit ce projet utile , créa la corporation demandée, et lui donna des statuts ou réglemens datés de Madrid le i3 septembre i754'

L’Académie, évidemment appuyée par la faveur royale, reçut, pour président perpétuel, Don Joseph Gervi, piémier médecin du roi, i

Une ordonnance spéciale, rendue depuis par Philippe v, au Buen Retiro, le i 5 juillet 1738 , et contresignée par Don François-Xavier de Morales-Velasco , déclara officiellement la protection immédiate que le roi accordait à l’Académie.

Ses travaux reçurent une nouvelle extension , lorsque, a sçs occupations intérieures, elle joignit des publications; de ce nombre, furent les observations barométriques faites à Madrid, appliquées à la médecine, entreprises , en 1737, par Don François Fernandez-Navarette, médecin de la chambre de S. M., continuées par Don Alexandre Martinez d’Argandona, et enfin par le secrétaire de l’Académie Don Joseph Ortega, depuis 1738, jusqu’à la fin de 1746.

• La réputation de l’Académie s’étendait dans le reste de l’Europe, surtout-en Frarioe, en Angleterre et en Hollande, quand la déclaration de guerre entré la maison d’Aùtriche, en 1740, vint retarder ses travaux et diminuer ses ressources. Plusieurs de ses membres eurent aussi, dans l’armée, des emplois qui les forcèrent à s’éloigner de l’Espagne ; cependant l’Académie n’en donna pas moins, et pour la première fois, en 17%, une Pharmacopée nationale, dont la publication avait été ordonnée par une loi de l’état,, sous le règne de Philippen, c’est-à-dire, plus d’un siècle auparavant.* .

Pendant que h guerre déployait ses fureurs en 1744» l’Académié fut agitée:par des dissensions intestines que produisirent, entre autres choses, les prétentions des médecins; de la cour. Le calme se rétablit au moyen d’uçe réconciliation franche et de quelques changemens dans les statuts, qui furent approuvés par un acte émané de l’autorité du roi, fe 14 septembre de la raême.année. .

La paix procura à l’Académie un bon nombre de sujets de beaucoup d,€ mérite, qui vinrent, au retour de l’armée, se fixer a Madrid. Les plus distingués et les plus utiles à cettCi institution furent Don François Padros, Don Michel Barnades , Don Joseph Quer et Don Jean de Minuart.

La mort de Philippe v, arrivée en 1746, donna à l’Académie, dans la personne de Ferdinand vi, son fils et son sucr cesseur, un protecteur également bienveillant, et qui eût fait plus pour elle sans les charges nombreuses qui accablaient l’état. . '

L’Açadémie^eut aussi à regretter, en 1748, la perte de son digne président.

A cette époque, la mauvaise santé de S. M. la reine Donna Barbara, infante de Portugal, lit appeler , de Valence à Madrid, le célèbre professeur André Piquer, qui fut fixé pour toujours a la cour. Encore bien que l’Académie réunit, dans ses études, la culture de l’anatomie, de rhistoire naturelle , de la physique, delà chimie , de la botanique, delà raédecinè, de la chirurgie et de la pharmacie, il fut question de créer une Académie des sciençes dans laquelle la médecine proprement dite, isolée des connaissances accessoires,,n’eût plus formé qu’une section. Ce projet, qui resta alors sans exécuv tion, avait eu l’assentiment du premier ministre , le marquis de la Eusenada, homme d^’état assez connu par ses talens.

La présidence perpétuelle de l’Académie , dévolue ^ par ses statuts , au premier médecin du roi, fut successivement occupée, en cette qualité, depuis 1748 jusqu’en 1797 iiiclusiveinent, par Don Joseph Sunncl, Don Manuel Martinez de Larraga, Don Mucio Zona, Don Manuel del Pueyo et Don François Martinez Sobral.

D’après ses statuts , l’Académie nommait un vice-président annuel, lorsque Piquer ^ h son insu, et par l’effet d’une sollicitation irréfléchie , fut désigné j par un ordre du roi j vice-président perpétael. La compagnie se conforma avec respect aux volontés souveraines , et n’en estima pas moins Piquer; mais son zèle se ralentit à un degré qui ne fut que trop préjudiciable. A la mort du vice-président, qui eut lieu en 177^, l’Acadériiie rentra dans ses droits, et lui donna pour successeûrs, jusqu’en 1797 inclusivement. Don Diego Pufcell, Don Joseph Amar , Don Joseph Lafarga, Don Joseh Garcia de Rnranda , Don Antonio "Escobar, Don Maniiel Pereyra , Don Antonio Franseri, Don Michel Barnadeset Don Grégoire Garcia Fernandez. Don Antonio Franseri, qui était vice-président, pour la seconde fois , en 1797 , l’était encore^ en i8o5, quand nous eûmes, mon collègue et ami, M. Duméril et moi, l’honneur d’êtré reçus associés étrangers de l’Académie dé Madrid pendant notre séjour;en Espagne relativement a la fièvre jaune'.

Avant de pouvoir se procurer convenablement, dans l’enceinte de Madrid , un jardin roj'al des plantes, ce qui n’eut lieu qu’en 1755, bn aVait établi un jardin provisoire dans le potager royal de Migascalientes, terrain légué par le premier pharmacien de Philippe V, Don Louis Riqueur , à Ferdinand vi, lorsqu’il était prince des Asturies.

Eli irjrj ^, le gouvernement chargea le premier professeur,

Don Casimir Gomez Onega, de visiter les principaux jardins de la France , de l’Angleterre et de la Hollande, pour pouvoir donner à celui de Madrid plus de perfection. Ce savant se lia, dans les divers pays qu’il parcourut, avec les Jussieu, Duhamel, LeMonnier, Macquer, Morand, Rouelle, Lorry, neautné, Valmont de Bomare, Darcet, Rpzier, Gouan, Cusson, Pringle, Banks, Solander, Forsler, Magellan, Fothergill, Van Royen , Burmann et quelques autres. Don Casimir Ortega, qui était d’ailleurs secrétaire de l’Académie pour la correspondance étrangère, entretint toujours un commerce de lettres avec les savans que nous venons d’indiquer, et au nom desquels ij faut ajouter celui d’Auguste BroUssqnet. .

-L’Académie éprouva cependant,-dansles dernières années du règne de Charles iir, des ralentissemens indépendans des académiciens, et que l’on qualifia, en Espagne même, d’une manière plus sévère : Là veidad de la liistoria no permitte disimular que ha estado va,rias veces amënazada ds un letargo que suspendiese enteramente sus funcioJies, .etc. Ces paroles sont tirées de la préface des Mémoires de l’Académie dont il sera parlé à la fin de cette Notice.

Il régnait,déjà, en 1790, dans cette compagnie, la plus noble émulation , lorsque Charles iv, approuvant-de nouveau ses statuts, en 1791, en ordonna la stricte exécution. Ce souverain a fait davantage, en déterminant les travaux , les attributions et les réglemens intérieurs de l’Académie par son ordonnance'datée d’Aranjuez , le aS mai 1796, et coa- .tresignée DonSébastieri Pinnuela , Philippe, évêquedeSalamanque j Don Domingo Codina, etc.

S’il est vrai que l’histoire adresse, un jour, des reproches à Don Emmanuel de Godoï/sur sa toute-puissante administration, elle n’oubliera pas sans doute qu’il fit aussi quelque bien, et, pour nous renfermer dans ce qui concerne Fart de guérir, cllédira que le prince de la Paix fut ie proteèteur de l’Académie royale de médecine de Madrid, et qu’il fonda dans cétte capitale la première chaire de clinique.

Voici le pian des travaux dont est chargée l’Académie : -

1°, L’étude de l’histoire naturelle et médicale , principalement dèTEspagne. Ceci entraîne des recherches sur les topographies ; la longitude et la latitude des divers lieux déterminées astronomiquement; la nature et prédominance des verrts; laqua-

lité des terrains et les minéraux , végétaux et animaux qu’ils offrent ou nourrissent, considérés comme.médicamens ou alimens ;.les produits économiques dès bêtes bovines, des moutons, des abeilles, des vers-à-soie, été.; les épizooties, les moyensde les traiter et d’empêcber leur influence sur la production desépidémies', les Herborisations nécessaires pour former des flores provinciales qui indiquent les propriétés des végétaux , soit en médecine, soit dans les arts, et leurs rapports avec la salubrité des divers climats, etc. ; l’examen méthodique des fossiles, comme les minéraux, les terres qui servent aux poteries, le charbon de terre, les salines, etc. ; l’analyse des eaux potables et minérales du royaume, indépendamihent des travaux ordonnés pour le rétablissement ou l’entretien des antiques et fameux bains j des observations sur le ca-^ raetère et l’éducatiou physique et morale des habitans’des divers pays , et l’influence de l’imagination sûr les maladies ; les calculs de naissance dans les deux sexes ; les probabilités sur la durée, de la vie dans les différéns, climats des vastes possessions espagnoles ; les moyens de prévenir la multitude d’aveugles, d’estropiés et autres communément ‘a charge à l’état, en indiquant le parti que l’on pourrait en tirer dans les sciences , les arts et les divers emplois ; enfin, dresser, des tables nécrologiqueset d’autres sur les naissances en Espagne.

2°. La descriptmn des maladies endémiques et leur tràitement, ainsi que les moyens d’en détruire les causes, si cela est possible. . ^

3 °. Une relation.exacte des épidémies, qui ne sont pas aussi communes qu’on le croit vulgairement ; une recherché' scrupuleuse et attentive des causes qui puisse donnerdes moyens d’obvier aux contagions ; une exposition individuelle iqui .permette d’évaluer les bons soins et fasse connaître les; négligences ouïes fautes commises pour s’opposer au retour de semblables fléaux , et lés corobattrè avec succès dans les mêjnes circonstances.

4 *’. Tracer, pour la jeunesse espagnole destinée à la culture de la médecine et des .sciences naturelles j un plan d’éducation adapté aux besoins publics, au génie et au-caractère national.

5 °. La bibliographie médicale, chirurgicale, pharmaceutique et des sciences naturelles; la recherche, la conservation dès manuscrits et bons livres, et la réimpression de ceux qui sont utiles et rares, et, dans tous les cas, constater les décour

vertes faites par des Espagnols, et que des étrangers se sont souvent appropriées.

6'. Le perfectionnement delà nomenclature-médicale espagnole, et la eorreçtion de ce qu’elle peut avoir de défectueux. . . -

'j° La censure des ouvrages de médecine et sur les sciences qui sont l’objet des études de-l’Académie ; les traductions d’après les langues mortes ou vivantes, et il est bien entendu que ces traductions devroiit être faites d’après les textes originaux. •

8°. La médecine légale, ou ce qui a rapport aux naissances tardives, a l’infariticide , aux erapoisonnemens, aux suffocations, spontanées ou produites par la violence, à la mort apparente ou vraie, h l’iinpuissauce, aux signes de la virginité, aux blessures ou coups mortels, à l’aliénation men-' taie, et autres objets sur lesquels il faut des connaissancés spéciales pour porter un jugement décisif.

9°. Là direction de là construction et de l’emplacement des hôpitaux civils j militaires et de la marine ; les lazarets, hospices, casernes, prisons, boucheries, cimetièresj lès avis à donner.pour les soins dûs aux pauvres, et assurer là salubrité des nônvellea populations.

10. La solution des problèmes^relatifs-à l’inocnlation de la 'variole, à la contagion de la phthisie , aux infirmités .réputées incurables, etc., ayant soin de proposer annuellement des prix pour asseoir un jugement sur les points les plus contestés.

Il"* La police médicale, qui s’occupe de l’extinction de la variole,'des maladies vénériennes et de la peste, etc;;, qui règle ce qui est relatif aux boutiques de limouadiérs et aux cuisines, et y prohibe l’usage du plomb, du cuivre, dttiaiton, etc.

i.a“. La manière de' détruire l’anarchie médicale, chirurgicale et pharmaceutique, en chassant les charlatans, plus daugereuxquelapestemême.-

1 3 °. Lavérification de la falsification des drogues, les moyens de se lës procurer sans altération, et de reconnaître lès fraudes que la cupidité emploie au préjudice du genre humain.

1 4 °. L’examen des divers spécifiques, des remèdes nouveaux, des miracles, des choses extraordinaires, des monstruosités et autres objets qui peuvent avoir des rapports pins ou moins directs avec la médecine et les sciences auxiliaires, et toujours

dans les vues d’uiilité publique que S. M. s’est proposées dans la formation de l’Académie.

Viennent ensuite les statuts de cette compagnie, qui se compose de quatre classes d’académiciens savoir : d’ordinaires, d’honoraires, d’associés et de correspondans nationaux et étrangers.

Les académiciens ordinaires, qui forment plus spécialement l’Académie, sont au nombre .de trente-cinq, sans compter le président-né, savoir: vingt médecins, cinq chirurgiens lettrés, cinq pharmaciens approuvés, cinq savads cultivant les^ sciences naturelles, et tous résidant nécessairement à Madrid.

Nous passons sous silence le reste des régleraens, pour arriver au volume de Mémoires,, format ^ 0 - 4 ®, publié en , a l’Imprimerie royale de Madrid , et dédié h Charles iv {Memorias de la real Academia niedica de Madrid). Ces Mémoires commencent par une notice historique sur l’Académie.' Viennent ensuite le plan de ses travaux que l’on vient de lire, les statuts et la liste de ses membres de toutes les classes. Ce qui est plus important, c’est l’indicalion'des Mémoires par où nous terminerons, et dont voici le titre :

i". Dissertation sur la respiration et la circulation du sang considérés comme prémier principe de la vitalité des animaux^ par Don I.gnace-Marie Ruiz de Luzuriaga.

2“. Appendix. Parallèle des expériences publiées par Girtanner en 1790, sur l’irritabilité, comme principe de la vie, avec l’Essai, publié, en 1785, à Edimbourg, par Lnzuriaga,sous le titre suivant : Tenlamen medicuminaugurale de reciprocâ et mutuâ sjstematis sanguinei et nervosi actione. . ' ■ . ■

3 ®. Observations sur la culture du riz dans le royaume' de TTalence .J et son influence sur la salubrité, ^av T)oü Antoine-Joseph Cavanilles. L’auteur conclut qu’il serait trèsaVanîageux de supprimer cette culture.

4 °- Mémoire sur le bléit de Prusse^ par Don Louis Proust.

5 ". Mémoire sur la mine de for , vulgairement connue • sous le nom de pyrite , même: ; ^

6®. Observations sur Vinfluence de la lumière solctire, particulièrement dans la purflcation de Vacide nitrique, expliquant pourquoi les eaux fortes pour ïessai des niatières d'or ne sont pas pures ^ par Don Dominique Garcia Fernandez.

Discours sur un point de médecine légale , par J. B. S. APX (il s’agit d’une accusation d’impuissance, et la décision est négative). .

8“. Mémoire sur un moyen de faire artificiellement les eaux martiales, dans lesquelles Voxigénation du fer ne change pas , et qui ne précipitent point par le repos , par Don Grégoire Baunarez.

Q“. Mémoire sur Je quinquina , par le même.

10°. Résumé sur les principales propriétés du platine et ses usages, pav Don François Chabaneau. '

ïi°. Mémoire sur les effets de U alcali -volatil dans les substances animales , par Don Joseph Iberti.

12°. Dissertationsur les genres de plantes, îovaûa , actynophyllum, araucaria et salmia, et la réunion de quelques autres que Linné a regardés comme distincts, par Don Joseph Pavon.

1 3 °. Dissertation sur la colique de Madrid par Don J.-M.-R. de’Luzuriaga.

i 4 °. Mémoire sur la ratanhia , par Don Hippoljte Ruiz. i 5 “. Mémoire sur la vraie calaguala et deux autres racines.qui, sous le niême nom ,nouiviennent deVAmérique méridionale, par le même. ' , .

i6“. Mémoire sur la chanchalagua , et son commerce au Pérou et au Chili, par le même. ~

ïf. Mémoire sur la racine de quinquina, découverte au Pérou , par le même. '

i8“. Dissertation sur les suites funestes de l'inertie de T utérus après les accouchemens, sur les moyens de les prévenir et d'y remédier, par Don Jean Hirigojti.

ïf. Réclamation en faveur des Espagnols de la décou-, verte par laquelle on dessale Veau de mer en la distillant, et indication d'un nouveau procédé , '^aY Don J.-M.-R- de Luzuriaga.

20°. Mémoire sur une difficulté périodique de respirer, qui prouve l'influence de la lune sur le corps humain , par Don Antoine Franseri.

Ces courtes notes suffiront pour engager à consulter les Mémoires de l’Académie royale de médecine de Madrid.

Estraii du 1 13“ cahier du Journal compléfneiitaire du Diclionaire des ■ ' Sciences médicales.

Imprimerie de C.-L.-F. PANCKODCKE , rue des Poitevins, n° i4.

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