SUE
LES INSTITUTIONS MILITAIRES DE VÉGÈCEj
DANS -LEURS RAPPORTS CONSTANS AVEC X’HTGIÈNE SPÉCIALE ' - DÉS TROUPES. -
^ 4 gÈcé (riayius Vegetius îlenatus) vivait dans le quatrième siècle, et quoiqu’il ne fût point homme de guerre, à ce qu’il paraîtyil fut chargé, par Valentinien ii, d’écrire des Itisiilutious militaires. Cetouvrage, ainsi que des préceptes de vétérinaire d’un autre Végece (Publius), nous ont été précieusement conservés. Encore bien que l’Enÿtire fût assezpuissant sous le prince que nous venons de nommer, cependant il dégénérait de jour en jour de son ancienne splendeur. Ce fut dans cet état de choses que notre auteur compila, avec soin et sagacité, tout ce qu’il put trouver de bou dans les écrits de ceux qui l’avaient devancé. Les sources principales dans lésqiselles puisa Végèce, furent quelques-uns des ouvrages de Caton le Censeur et de Celse, ceux de Paterne et de Frontin, et les ordonnances d’Auguste,de Trajan et d’Adrien, Kous ne 'possédons plus les -ouvrages de Caton relatifs à la guerre ; nous savons seulement qu’ils traitaient des actions des rois de Rome et de l’origine des villes d’Italie , et que les quatre derniers livres offraient une histoire de la première et de^la seconde guerres puniques, ainsi que de ce qui se passa jusqu’à
la première guerre de Galba en Lusitanie. Les écrits de Gelse sur l’art militaire ne sont pas non plus parvenus jusqu’à nous J il en est de même de ceux de Paterne, plus iuiéressans, suivant toutes les probabilités, puisque l’auteur avait eu un commandement dans les armées de l’empereur Marc Aurèle. Quanta Frontin, nous possédons encore de lui l’ouvrage intitulé: et Sfratiageticon Ztftn-xv. Les
ordonnances d’Auguste, de Trajan et d’Adrien étaient des mines riches à exploiter. Végèce nous a d’ailleurs lui-même expliqué son vrai but, qui était de rétablir l’armée romaine sur les bases primitives, par l’exemple et l’imitation des vertus antiques ; //zEC ac devetionis intuku, imperator iu~
pieté ( dit-il à la fin de son premier livre, en s’adressant à Valentinien"), de wiwersis amtofihus qui rei militaris .discipiinam literis maudàperunt, in hune libellum enucleata cougessi, ut iii delectu atque exercitatione tjronum, si quis diligens velit existerez ad antiquœ virtutis imitationemfacile corrohorare possint exercitum.
Nous ne prétendons point ici faire un article complet de bibliographie sur Végèce, mais seulement indiquer les textes, versions et commentaires parvenus à notre connaissance, et surtout ceux que nous avons eus a notre disposition.
Sextus Julius Frontinus de re militari; Flavius Vege^ tins de re militari ; Ælianus de instruendis aciebus ; Mù~ desti libellas de vocabulis rei militaris. Bonoiiiœ, Joan.- Aati de Éenedlctis , , in-folio.
Fl. Vegetii Renati viri illustris de re militari libri quatuor. Sexti JuinFrontini viri consularis de stratagèmatis libri tolidem. Æliani de instruendis aciebus liber umts {à Théodore Thessaliense latinus factus'). Modesti de vocahulis tpi militaris liber item umts. Item picturœ belliccB exx passim Vegepio adjectœ. Sinit omnia ad antiques codices maximè Budœi quod testàbiiur Ælianus. Lutetias', apiid Christiamim fTechelium , suh scuto Basiliensi, anno M. D. XXXII (iS’Sa) decimo kalendas septembres , in-folio.
Flapü Vegetii v. inl. de re militari libri quatuor ; post omnes omnium editiones ope veterüm librorum correcti à Godescalcho Stewechio Heusdano. Accesserunt Sex. Julii Frontini stratagematôn libri quatuor ; in eosdem Francisci Modii notæ, et G. Stewechii conjectanea ; Ælianus de instruendis aciebus. Modestus de vocabulis rei militaris ; castrametatio Rom, ex historîîs Poljhii, latinitàte donata à
Jano Lascari, etc. Accessit seorsùm cjusdcm G. Stewechii in Vegetium commentarius. Antuerpiœ ^ apud Christopjiorum Plantinum,
Flavii Vegetii Renati opéra de re militari. Lugduni JÇfl/ûv’orum, i633, in-i2.
Veteres de re militari scriptores qnolquot exlant , nunc prima vice in unum reducti corpus. 1 . Flavii Vegetii Rennti institutidnùfn rei rnilitaris lihri V. 11 . Sexti Julii Frontiiii stratagematum et stratageticon lihi IV. lll. Claudius Ælianus de instruendis aciehus. IV. Modestus de vocabulis rei rnilitaris. V. Poljhiiis de militiâ et castrametatioue Rômanorum. VI. Æneæ Paliorceticus , seù de tolerendâ ohsidione. Vil. Incerti aùctoris , de re militari opusculum quod M. Tullio Ciceroni vulgo inscribitur. Accedunt I. Godescalchi Stewechii viri cl. elabpratissirnus in Fl. Vegelium commentarius. 11 . Ejusdem coujectanea, et Francisci Modii notæ in Sex.JMl.Frontinum. 111 . Pétri Scriverii in FL Vegetium et Sex. Jul. Frontiiium animadversioiies. Vesaliœ Clivorum 'ex qfficinâ Aiidreœ db Hoogeulmjsen1X1-%°.
God. Stewechii Gommentarius ad Flavi Vegetii Renati libres f de re militari, imiic prirhum jiguris æneis illusliatus. Cui accedunt loca aliquot à Francisco Màdio Brug. in Sexto Julio Frontiuo nbtata. Vesaliœ, apud yJndream ab Hoogenhujsen , 1670,
Flavii Vegetii Renati institiitionum rei rnilitaris dibri qiiinque. Lutetiœ, è typographiâ Fr.-Ambr. Didot, \ rjQ-2., jolie édition irès-recberchée.
Flnue Vegeee Rene , homme noble et illustre du fait de guerre : et fleur de cheualerie., quatre liures. Sexté Jnle Frbntin, homme consulaire, des stratagèmes, especes et subtilité? de guerre, qnatre liures, Aelian de Tordre et instruction des batailles , ung liure. Modeste des vocables du fait de guerre, ung.liure. Pareillemen^t exx histpires conceriians le fait de guerre, ioinctes a Vegece, traduicts fidellement de latin en François, et collationnez ( par le Poîygraphie, humblesecrelairehistorien du parc d’honneur) aux liures.anciens,. tant à ceux de Bude que Beroalde et Bade. Imprimé a Paris par Gbresiien Wechel. A lenseigne de lEscu de Basle. En la rue Saint-Jaques.'Lan du salut des cbresiiens, i536, in-fol. gotb., fig, en bois.
Institutions militaires de Végèce. Paris, i74^^ in-i2.
avec une préfaceét des remarques; réiraprîmées'a.Amsieudata. i^ 44 i Nous n’avons vu aucune de ces deux éditions,,
souvent citées par les bihliographes, mais bien une de inSS, avec le privilège de Cette traduction est attribuée à
Bourdon de Sigrais, capitaine de cavalerie, et,membre de l’Académie royale des inscriptions et b'elles-lettres.
Traduction de Véf'èce avec des réjle'xions militaires parle chevalier de Bongars. Paris, chez Ant. Jombert, père, 1772, in-i2. -
Commentaires sur les institutions militaires de Végèce , par le comie Turpin de Crissé. Montargis, 1779, 3 vol. in-/|,“) avec des planches. Quoique rauteur ne prenne en tête de ce travail que des titres littéraires, il est utile de rappeler qu’il avait acquis beaucoup de réputation en commandant,, comme raaréchal-de-camp, un corps de cavalerie légère, et qu’il m.ourut lieutenant-général des armées du roi.
F^egetio de Varte militari, ne la commune^ linguq^ trqdotto per TezzOné de Gafi, Gaetano. Venetia , càmih do Fridino de Montferrato , 154o , in-8“.
Vegetio delV arte délia guerra .^ iradotto del Francesco ’Ferossi.' Finegia , Gabriel Giolito de F'errari e fratelliy i55i , in-S". -
Les institutions militaires de Végèce sont divisées en cinq livres. . ' -
Le premier se compose de vingt-huit chapitres dont Toicr les titres : i° les Romains ne se sont rendus maîtres du monde que par la science des armes; 2° de quel paj^s convient-il de tirer les .soldats? 3" s’il faut lever les soldats à la ville ou à la campagne ; 4** de l’âge des nouveaux Soldats; 5“ de leur taille; 6“ à quels .signes on reconnaît ceux qui sont propres à la guerre; 7^ des professions que l’on, doit admettre ou refuser-, dans les troupes; 8“ de la marque de la milice; 9“ il faut exercer les nouveaux soldats au pas militaire , au saut et a la coursé; io° que tous les soldats doivent apprendre à nager ; 11“ de la manière dont les anciens les exerçaient avec des boucliers d’osier et des pieux au maniement des armes; 12" il est plus avantageux de pointer que de sabrer; i3" des exercices; i4° de celui dit javelot; i5° des flèches; 16" de la fronde ; 17“ des flèches plombées; 18“ des exercices du cheval ; ig” il faut accoutumer les nouveaux soldats a porter des fardeaux ; 20° de quelles armes se servaient les anciens? 21" des camps retraüchés; 22“ de la posiliuu des camps; 28° dé la
forme des camps; 24“ des retrancheniens; 25®, comment on retranche un camp devant l’eunemi; * 6 ° des évolutions; 3^ des rharches et des exercices; il faut exciter les Romains à cultiver l’art de la guerre.
Les chapitres 2,3, 4 r 5 > 6, 7,8, 9, 10 et 12 doivent fixer notre attention.
Chap. 2. — De quels pajs. doit-on tirer les soldats? Cette question rentre dans celle de l’influence du climat .sur le caractère physique et moral des nations. Kous traitions de cet objet fort au long ^r^que nous.étions chargé, à la Faculté de médecine de Pans, de l’enseignement de la physique médicale et de l’hygiène, conjqintemenjt avec le savant et estimable Halle. Si notre mémoire est fidèle, nous disions, entre autres chose||, à peu près ce qui- suit :
« On rencontre, dans l’histoire de l’esprit humain, deux houimes supérieurs qui ont beaucoup donné à l’influence des climats , et on a même dit qu’ils avaient été trop loin. Le premier est Hippocrate, et le second est Montesquieu. L’un est le plus grand des médecins ; il marche a une si grande distance en avant de tous, qu’on ne peut, suivant la remarque de Barthez, assigner quél est celui qui vient le plus près de lui ; quant à l’autre, il est regardé comme le preinier homme qui art écrit sur les lois , et il se trouve aussi à la tête des publicistes. Quoique Hippocrate et Montesquieu aient été doués de beaucoup de génie , le'caractère et les qualités de leur esprit ne sej-essemblent point; ils ne se rapprochent que par la sagacité et l’étendue dé leurs vues, et ie précieux talent de génépaliser leurs idées. Montesquieu travaillait sur les lois dès -hommes, imparfaites comme eux , % mobiles comme leurs passkms, Hippocrate étudiait et reciiejllait soigneusement, pour les transmettre àux autres , lès lois de là nature, qui sont éternelles comme elle. Hippocrate employait toute la force de sa tête, et appliquait toutes ses connaissances à l’art de conserver les hommes en san0, ou de diminuer la somme de leurs maux physiques, et tout ce qu’il a écrit sur les climats devrait être gravé en lettres d’or dans nos modernes temples d’EsCulape et d’Hygie.- Que la doctrine du père de lâ médecine sur, les climats soit donc le sujet de nos , fréquefites méditations, et que sêsv,précieuses observations sur leur inévitable influencé ne sortent jamais de notre mémoire. . ..,, C’est l’Europe et l’Asie qù’Hippocrate et notre Montesquieu avaient.en vue; c’est de là que partent leurs
observations, et c’est pour ces deux contrées du monde qu’ils ont spécialement paf lé..... Nous allons commencer par exposer les idées d’Hippocrate, parce qu’il est le plus ancien et le plus positif. Nous nous bornerons même souvent à indiquer les livres et les chapitres dans lesquels Montesquieu a parlé de l’influence des climats, parce que cétte matière nous entraînerait trop loin.,.. On pourrait d’ailleurs transcrire Hippocrate, parce qu’il n’y a rien à retrancher. Au contraire, il faut abréger Montesquieu , parce qn’aa lieu de partir de l’observation des phénomènes physiques bien appréciés, et surtout des observations roéiéorologic[ues, il a pris pour base une organisation de l’homme souvent hypothétique, empruntée à des médecins tels quels, n’étant pas médecin lui-même. » ■
Voici lé'tex'te de Végèce : « Rerum ordo deposck^ ut ex quitus provinciis vel imtionibus tjrories legeiidi mnt primâ parte ttacteiur. Constat enim, ih omnibus locis et ignavos et strenuos nas'ci. Sed tamen, gens-gentem prœbcdit in belle^ et plaga côeli ad robur non tantum corporum , sed etiam animorum plfirinmm/valet, quo loco ea quœ à doctissimis hominibus comprobata. sunt , non omittam. Qmnes natioues quœ vicinæ sunt soli, nirnio ealore siccatas, ampliùs qtiidem sapere , sed minus habére san^inis dicunt : ac propterea constnntiam ac Jiduciam coininùs non habere pugnandi, quia ineluunt vulnera , qui se exiguum sànguinem habere noverunt. Contra , septentrionales populi , remoti à solis ardorïbus , inconsultiores quidem , sed tamen largo sanguine redundantes, sunt ad bella prornptissimi. Tyrones igitur Jü temperatioribus eligendi sunt. plagis ^ quitus et copia sangüinissuppetat advulnerummortisque contemtum, et non possit deesseprudentia , quœ et niodestiam servatin castris, et non parùm prodestin dimicatione et consiliis^» « L’ordre naturel demande que j’exaraiiie d’abord d’où fl faut tirer des soldats. Quoiqu’il naisse en tout pays de braves gens et deè lâches, on voit Cependant des nations l’emporter sur d’autres , à quoi le climat contribue beaucoup en influant plus ou moins non seulement sur la vigueur du corps, piais même sur celle^e l’ame. Les peuples trop rnéridionaux , disent des hommes très-instruîts , desséchés par l’ardeur du soleil, ont plus de jugement, mais moins' de valeur, parce qu’ils craignent oite le peu de sang qu’ils ont ne s’épuise par les blessures. Les peuples trop septentrionaux, ati contraire,
ne ressentant que faiblement 'la cbaleur du soleil, ont moins de jugement, mais plnsde valeur, parce qu’abondant en sang, ils craignent moins de le répandre. Il faut donc tirer les soldats de ces climats tempérés, où l’abondance'du sang, suppléant h celui qu’on peut perdre par les blessures, rassure le soldat contre la crainte de la mort, fet où on trouve aussi cette intelligence qui maintient le bon ordre à la guerre , et qui n’est pas moins utile dans les combats que dans les conseils, a I
. On voit facilemens que Végèce s’est livré, comme Montesquieu,.à des hypothèses physiologiques. .
L’expérience des siècles a conduit les nations modernes à des ^levées territoriales respectives ; ainsi, il n’est plus question , chez lés peuples les plus nombreux , que de déterminer l’emploi le plus avantageux des troupes d’après les lieux d’où elles proviennent. .
CnAP. 3. — S’il faut lever les soldats à la 'ville ou à la campagne: .
Sequitur utrwn de agris an de urhibus utilior sit tyro réquiramus. De quâ parte nurnquam dredo potuisse dùbitari, dptiorem armis rusticam plebemquçe sub divo. et in laboribus enutntur ; solis patiens ; umbræ negligèiis •, balneorum riescia ; ^eliciarum ignarà ; siniplicis anirnipparyo contenta ; duratis- a:d omnem lüboTurh tolerantiam membris : yiii gestareferruTïi, fossam duccre , onus. ferre , consuetudo ' de rurè est. Interdùm tamen nécessitas exîgit.fitiam ürbanos ad arma compelli; quiubi nomen dedere militice^primum laborare^ de currerppor tare pondus t et sçlempulveremqueferre condiscantfpàrvo viclu utanturét rustico, interdùm subdit’o^ intprdian sub papilionibus, commorentur. Tune demùm ad usumerudiantur armorum ; èt si longior expéditio emergity in angariis plurimùm detinendi sùnt , procuîqùe habendi à civitatis illeccbris; ut éo modo et corporihus eorum robur accédai, et aiiimis. Nec infeiendum est post urbem conditam, Romànos ejc eîvitate profeclos semper ad bellum sed tune Jtuîlis voluptatibusfrangebantur. Sudorem cursit et campestri exerreitio eolleçtam nàudo juventus ahluebat in Tjberi. Idem bellàtor., idem agrîcola, généra timlùni mutabat armorum. Quod usque-adeo verum est ut aranti Çiumtio Cincinnatô dictaturam caustei oblatam. Exagris Grgo supplendum roburprœcipuè videtur c^efcitûs* Nesçio
enim quomodb minùs mortem timet, qui mùiùs deliciarum novit in vàâ.
« De qui doit-oa attendre un meilleur service, ou du soldat levé dans la campagne,, ou de celui que l’on prend dans les villes? Je ne crois pas que l’on ait jamais pu douter que les gens de campagne ne soient plus propres à porter les’armes : ils sont déjà faits aux injures de l’air, et nourris dans la peine; ils savent supporter les ardeurs du soleil, ne connaissant ni l’usage des bains, ni les délices de la ville. Dans la simplicité de moeurs qu’ils ont conservée,"tout est presque superflu pour eux j endurois aux travaux-les jplus pénibles, ils sont dans l’habittide de manier le fer, de creuser des fossés et de porter des fardeaux. Cependant, la rtécessité oblige quelquefois de prendre des soldats dans les villes; alors dés qu’ils sont enrôlés, il faut les accoutumer à travailler aux camps, 'a marcher en troupe, à se contenter d’une nourriture frugale et grossière, h. porter des fardeaux, a ne craindre ni le soleil ni La poussière, à passer les nuits tantôt sous la tente et tantôt , en plein air. Après cette première préparation , on leur montrera le maniement des arnies, et si on prévoit qu’on ptfisse en avoir besoin pour une longue expédition, il faudra les tenir le plus long temps qn’dn pourra dans les camps, où, éloignés des débauches de là viiie, ils puissent, p^r ce genre de vie, fortifier Ipurs corps, et prendre l’esprit militaire. Je n’ignore point que, dans lès premiers temps de la république, ce fut toujours dans Rome que.sè levèrent les armées ;'mais on ne pouvait pas s’amollir dans une vdlle où l’on ne connaissait ni luxe ni plaisirs. La'jèunêsse, après la fatigue de la course ou d’autres- exercices, alj|Lit nager daps te Tibre et y laver sa sueur. On n’avait point imaginé d’autres bains. Lé guerrier et le laboureur était alors le même homme qui ne faisait que chau-ger, dans l’occasion, ses.'outils contre des armes. C’est un fait connu qu’on alla chercher Quintius Cincinnatus a la'charrue ppur lui offrir la. dictature. Les armées doivent donc être principalement recrutées des gens de la campagne, et l’on doit compter plus sttr leur coul'age; èn effet, céiix qui ont moins goûté lé.s douceurs de la "vie ont moins sujet de craindre ta mort. »
La justesse de ces principes a été démontrée dans nos armées modernes. Les corps de milices ou régiraens proviaciauxj levés spécialement a la campagne, ont loujouis
soutenu, parmi nous, riionneiir de leurs diaîveaiix , patiicii-lièremenl dans la guerre' de sept ans, dont ils réparèrent lesdésastres. Au contraire, les hommes recrutés dans les villes a prix d’argent, se montrèrent le rebut des troupes, et, sur neuf mille , il en (Téserlait communément trois mille par an. François i®' recommandait, par une ordonnance de 1 543 , d’enrôler dans les villes les. mehdians, vagabonds et gens sans aveu ; on sait ce qu’il fa trop souvent avec de pareils soldats, qu’il fallait contenirave"c des étrangers stipendiés. Il est d’ailieürsindi'spënsable de tirer delà campagne la cîuvaleriev^ qui rie peut se recruter q.ue d’hommes habitués à soigner et manier les chevaux. , ' -
GnAf. De T âge des iwuveaux soldats, n Nuncqud
cetate milites legi conveniat expToremus ^ et quideuâ si antiqua consuetudo servaùda est., incipicnteni pufyertatehi ad d-elèctum cogeudam nulhis ignorât. Nom enim tantùm celeriiis, sed etiam perfectiùs îrnbibuntur , quœ discuniùr à pueris. Deindè müitaris dlacritas , saltus et cùrsiis cuite tentandusest, quàm corpus 'ætdtepigrescat. J^etôcitas enini est, quae percepto exeràtio strenuum efficit bellatorém....
«Si l’on vent suivre l’ancienne coutume, il est certain qu’on petit comprendi;e dans les levées'ceux qui entrent en âge de puberté. Ge qu’on apprend alors s’imprime plus promptement et.plus profondément dans l’esprit; d’ailleurs, pour donner au corps la légéreté que deruandent les exercicefe du saut et de la course, il ne "faut pas attéridre que ies années l’aient appesanti ; c’est cetie légéreté, entretenue par l’usage , qui faitie bon soldat. » Végècecite, a l’appui dè ce qu’il vient de dire, un passage de Sâilusle, ^aris lequel'çet historien rappelle ce qu’était raucienne éducation des soldats romains. ^ \
Nous sommés arrivés graduellement dans' notre'organisation militaire actïielle à ce qu’il y avait dé plus raisonnable a faire, et le resté dé l’Europe suit, a peu de chose près, les mêmes règles. On pensé généralemeiif, et d’après urtp longue;expérience, qu’il faut commencera servir de dix huit a vingt ans, et finir de quarante a quarante-cinq.
Voici, au reste, ce qui, a lieu eu France au tîioroent ot\ j écris (1827). La loi du 10mars 1818 ,' sur le recrutement de ' l’armée, porte qu’il aura lien par des engageme'ns volontaires, à leur défont J' par des appels, suivant les mesures légis-^ lalives établies pour la çonsci iption. La même loi dit que les
engageniens ne pouiront avoir lieu avant Tâge de dix-huit ans révolus ; sont exclus et ne pourront, à aucun titre, servir dans les armées françaises, les repris de justice et les vagabonds ou gens sans aveu déclarés tels par jugement.
Chap. 5. — De la taille des nouveaux soldats. « Pro~ ceritatem tjronurn à comule Mario scio seinper exactam^ ita ut senos pedes , vel certè quinos et denas uncias liahentes inter alare's équités, vèl in prirnis legionum coJiortibus probarentur. Sed tune §,rat amplior multiludo et ptures sequebantur militiam armatam.^Nec dùm enim civüis pars flûrentiorem abduxerat juventutern . Si nécessitas exigeritj, non tàm staturce rationem couvenit hqbere , quàm vïrium.' Et ipso Homero teste nohfallimur, qui Tydeum minorèm quidem corpore, sedfortiorem animis fuisse signi/icat,
M Je sais que le consul Marins exigeait, pour la cavalerie légère et les premières cohortes de chaque légion, des hcmmes de six pieds (le pied romain était plus petit que le nôtre de treize lignes), ou au moins de cinq pieds dix pouces; mais le peuple romain était plus nombreux alors et plus porté à la guerre. Le goût des emplois civils n’enlevait pas, comme aujourd’hui, la plus brillante jeunesse. Ainsi, dans l’impossibilité où nous sommés maintenant de réurnr la taille et la vigueur, il faut préférer celle-ci. Homère nous autorise a le faire, en: nous représentant Tydée comme un homme d’un trèsgrand courage, quoique d’une très-petite taille. » * ;
■ Turpin de Crissé a commenté fort judicieusement (il y a environ cinquante ans) ce cinquième chapitre. Voici, a trèspeu de chose près, ce qu’il nous a dit: « On remarque que, dans les temps les' plus reculés toutes les puissances ont toujours préféré d’enrôler des hommes de haute taille à ceux d’une moindre stature. Les,Romains , sur ce point , ontpeasé comme leurs prédécesseurs j leurs successeurs bnt pensé comme eux , et tous les peuples pensent comme les Grecs et les Romains. En effet, un homme de haute taille en impose davantage au premier, aspect ; il prévient plçis en sa faveur. Il est certain qu’une troupe dont la taille est élevée esl-pWs
belle, qu’elle satisfait les yeuxmais il y a une condition
absolument nécessaire, c’est qu’elle doit-être égalé; car si elle ne l’est pas , et que ces hommes de haute taille\soient entremêlés de petits', les,uns et lés autres, se dépareront continuellement. On est communément dans l’idée qu’un bonnno de haute taille est plus fort,plus leste, plus ingambe. Cela
est vrai, s’il est bien cônstitué, si toutes les parties de son corps sont bieii proportionnées ; mais si elles ne le sont pas , et s’il n’est que'graiid, il sera plus faible, il aura plus mauvaise grâceqii’un homme plus petit qui sera bien pris dans sa taille. Frédério-Güillauiiie ;t, roi de Prusse, avait la fureur des hommes de la plus haute taille. Il voulait surtout que les soldats des bataillons, de ses gardes eussent six pieds. Son successeur n’a pas le même système. Il veut bien des hprames de taille, fbrts et robustes, mais il a réformé ces colosses, qu’il, faut laisser à ces princes qui, pour conserver un air de-souverainélé, ealrétiennent Un ou deux'iàtaillons qui leur serr vent de gardes, et ne sont point destinés à faire'la guerre.
« Les Romains choisissaient, pour leur cavalerie légionnaire, des hommes de six pieds. Gette taille revenait à cinq pieds cinq pouces-six lignes de notre mesure. Il n’est, pas douteüx qu’un cavalier doit être d’une taille plus élevéèqu’un fantassin , moins pour satisfaire le coup d’œil que pour qu’il puisse faciiemenf monter à èbeval : or , le cheval d’un cavalier devant avoir quatre pieds dix à dix pouces et demi, il faut que sa taille^ soit proportionnée. Gomme celle des Romains était généralement peu élevée, iis composaient presque toute leur cavalerie de Thraces, qui étaient grands, très-courageux, et menaient parfaitement leurs chevaux. ' '
« On a., en France, la manie des hommes de haute taille pour toutes les troupes en général. Il est sans doute nécessaire que la cavalerie soit élevée, par la raison que j’ai dit plus haut j mais s’il était possible de limiter la taille du cavalier, elle ne devrait être que de cinq pièds cinq pouces jusqu’à cinq pieds sept à huit pouces au plus. Tout ce qui excède cette taille est trop grand , parce qu’il est rare que les hommes au, dessus de cinq pieds huit pouces soient bien pro,portiorinés. La taille du fantassin doit être-tlepuis cinq pieds trois jusqu’à cinq ou six pouces au plus. Celle des dragons , institués pour combattre à pied et à cheval, cinq pieds quatre ou cinqpoucesau plus. Cette fixation cependant nie peut être exactement exécutée, parce qu’on engage, à dix-sept ou:dix-buit ans, un homme qui n’a paS; encore pris sa croissance, çt qui, au bout de deux ou trois ans, de cinq pieds deux ou trois pouces qu’il avait, se trouve avoir cinq pieds neuf à dix ponces. Cela est rare , mais cela s’est vu et peut se voir encore : or , oii ne peut pas renvoyer d’un régiment d’infanterie ou de dragons un homme qui <I’âilleujrs se conduit bien, parce qu’il a une taille fort au dessus de celle qui coriviebt à l’espèce d’arme à laquelle il est
attaché; mais on peut prescrire à ceux qui sont chargés des recrues ,^anl, pour l’infanterie que pour les dragons , de ne ■ point engage^ des hommes au dessus de la taille, qui convient à l’uue et Tautre arme, ceux-ci de\^nt être réservés .pour la cavalerie. , , -
« Presque tous les colonels d’infanterie s’attachent à avoir des hommes de la plus haute taille, de jeunes grenadiers de .cinq pieds sept à huit pouces, et sans barbe., inais.lestes et de belle figure. Avant ladernièré guerre, les grenadiers se choisissaient entre eux; cet usage estaboli : les grenadiers ne sont plus consultés, c’èst r.état-rnajor et les officiers de grenadiers qui les choisissent : j’ai même ouï-dire qu’on faisait plus : un bel homme se présente pour s’engager, a condition qu’il sera grenadier, on'iie'balance point; et, sans savoir.s’il a les qualités requises, on le fait grenadier, sans autre raison que telle de sa haute taille. 11 est vrai que les grenadiers eti font bieiïlôt justice, et qu’ils savent;, en peu de jours, ce qp’il'a dans l’âme ; mais cela n’empêche pas que celte conduite des chefs ne soi t.ni militaire, ni j uste, qu’elle ne dégoûte de vieux soldats qui pourraier^t prétendre à lagrenade , et qui en sont exclus , parce qu'ilarrive une recrue <ie belle taille. Il serait à désirer qu’on rendît aux grenadiers la prérogative de choisir, leurs caraaradesq ils en seraient meilleurs ;■ fa compagnie serait :plus unie,; ils seraient tous solidaires les uns'pour les aïittes, et une compagnie, ainsi composée , se ferait toute hacher en pièces plutôt que de faiblir, „> . ■
« Oïl serait presque tenté de croire que, depuis quatorze ou quinze ans, nous somrties'.tombés en démence, d’au tant plus que, dans plusieurs corps, on choisit aussi les officiers à la taille. La manie'aujourd’hni est dé satisfaire les-yeux, et l’on donne, des louanges outrées à un régiment qui sera tout composé de colosses, qui aura des grenadiers sans barbêi mais grandsbien faits et de jolies figurés, tandis qu’on ne regardera pas, un. régi ment composé de soldats plus petits, mais qui-aura beaucoup de chevrons et plusieurs plaques , qui aura des grenadiers à moustaches qui auront fait la guerrei et deS'officiers qui, quoique plus petits de tmUe.v auront prouvé qu’ils en valaient bien de plus grands. Les femmes, le peuple admirent et se récrient â la vue de ces beaux régimeiis, et ne jettent pas même un regard sur les bons ^ mais le peuple est toujours peuple, et lesfemnijés toujours femmes dans celte circonstance. Ce qui-doit paraître surprenant, c’est qu’il y a des officiers-généraux qui devraient
savoir apprécier la bonté d’im régiment, qui se laissent ce- ^ pendant séduire par- les yeux, et se mettent au niveau du peuple et des femmes.
M Ce qui fait préférer un homme de haute taille , c’est qu’il a réellement meilleure raine sous les armes, et qu’en général un homme de belle taille et bien fait marche mieux, fait des pas allongés sans se gêner, conséquemment les évolutions se font plus promptement, et on peut les multiplier, si cela est nécessaire, sans les fatiguer. Quant au courage, il se trouve daüs im petit homme comme dans un grand ; il en est de même de la force; il n’est personne qui rr^ait vu de ces colosses renversés par des hommes de cinq pieds deux ou trois pouces, mais nerveux. On a vu des hommes de la plus haute taille pâlir a l’asp^ de l’ennemi, et d’autres , d’une très-petite stature ,,graB(nr, pour ainsi dire., à mesure qu’ils approchaient de lui.
« n est cependant vrai qu’une troupe composée d’hommes de hante taille , a un, aspect majestueux ; elle paraît même plus à craindre et plus redoutable qu’une ci)mposée d’hommes plus petits. Cela est-si vrai que l’idée que l'on a eue en donnant des bonnets aux grenadiers, n’a pas été seulement de les distinguer des autres soldats , mais encore fîe les biire paraître plus grands, dans l’espérance qu’ils en imposeraient à l’ennemi. Lorsque les Romains marchaient au combat, ils ôtaient l’étui de cuir qui couvrait leur casque, afin que lés" rayons du soleil, réfiécjiissant-sur l’airaip , leur armée parut plus redoutable. Leur casque était surmonté’d’un cimier ; les uns avaient un dragon, les autres un lion, d,’amres uu aigle , et ce cimier était,ombragé^^de plumes de diverses couleurs, qui élevaient l’homme fort au dessus de sa taille. Sans aller chercher de.s temps si reculés -, on peut voir au cabinet d’estampes de la bibliothèque du roi, un-tournois fait entre les chevaliers de la toison d’or; ils sont tous représentés â cheval, armés de pied en cap. Leurs casques sont surmontés de cimiers et de plumes qui les ombragent ; il y en a même, dans le nombre, dé si élevés qu’ils devaient prêter à l’homme deux pieds par delà sa taille ordinaire. C’est par les yeux que la -crainte se communique à l’âme, pour peu qu’elle ne soit pas bien assurée, et rboinme faible se grossit les objets a mesure qu’il s’en approche. Il ne faut cependant pas croire que ce sentiment de crainte puis.se être général dans une armée. »
La loi du 10 'tuars i8i8 , qui régit notre armée en i8'i7 , contient le tableau que'nous reproduisons ici.
Attendu riusuffisance des ressources que présentent les produits du recrutement pour la cavalerie et les armes spéciales de la ligne, le Roi a permis que les engagés volontaires fussent reçus jusqu’à nouvel ordre ;
Savoie ;
à I métré 6go miljiin. (5 pieds 2 pouces 6 lignes).
à I mèlre.721 millim. (5 pieds 3 pouces 6 lignes ).
à I mètre 774.Diillim. (5 pieds 5 pouces 6 lignes).
Les sujets qui n’ont pas la taille indiquée au tableau cidessus, et auxquels la décision de S. M., qui vient d’être citée, est applicable, ne seront pas reçus s’ils ne rachètent cet avantage par une bonne conformation et une constitution robuste.
D’après la loi du lo mars i8i8, sont exemptés du service militaire :
1°. Ceux qui n’auront’pas la taille d’un mètre 67 centim. (soit 4 pieds lo pouces, ancienne mesure) ;
2’. Ceux que les infirmités rendront impropres au service.
Il s’est répandu une opinion assez accréditée, savoir : que la taille des hommes est diminuée parmi nous depuis environ trente ans. Nous n’avons encore aucunes données positives pour pQuvoir rieri affirmer sur cet objet. Nous avons aussi entendu dire que la diminution détaillé dans les jeunes gens appelés à servir avait été suffisamment constatée pour que le ministre de la guerre ait ordonné, le 3 février 1822, une diminution de deux pouces dans les canons -de fusil d’infanterie. Ce perfectionnement du modèle de 1816 est tout a fait étranger aux rapports de la taille des hommes avec leurs armes; il n’a eu pour but que d’alléger le poids des canons, et de donner au tir plus de précision.
Chap. Q. jd quels signes on reconnaît ceux qui sont propres à la guerre, — v Sed qui delecturn acturüs est, vehementer intendat, ut ex vultu , ex ociilis -, ex omni coiiformatione memhrorum eos eligat , qui implere 'valeant officia hellatoris. Namque non tantum in hominibus, sed
■ Pour les dragons. ■)
Les ouvriers d’artillerie.
' Les régimens du génie, j Pour les cuirassiers. î , Les régimens d’artillerie « à pied et à cheval. !
Pour les carabiniers de; Monsieur. J
etiam in equis , canibus virtus multis declaralurindiciis, sicut doctissimorum hominum disciplina comprehenditur : quod etiamin apibus Mantuanus auctor dicit esse sejvandum:
Nam duo suntgénéra ; hic vielior, insignis et ore,
Etrulilis 'vlanis squamis; Me hotridus aller
Desidiâ Idlamqüe Lrahen's inglorius alaum.
Sit ergô adolescens Martio operi depiitandus, vigilantihus oculis, erecta cervice , lato pectore, humeiis mnsculosis, valentibus hrachiis , digitis longioribus , ventre modicus ycrurihus, suris etpedibus non superjluâ carne distentis, sed nervorum duritia collectis. Cùm hœc in tjrone signa deprehenderls, proceritatern non magnoperè desideres ; utiliùs est enim fortes milites esse quàm g? andes.
(c Celui qui sera chargé de choisir des soldais ne saurait trop chercher dans les yeux /dans les traits du visage et dans la confortnàlion de toutes les parties du corps, ce qui promet un bon soldat; car certains signes annoncent la vigueur,non-seulement dans les hommes, mais encore dans les chevaux, dans les chiens, même,dans les abeilles. Si l’on en croit Virgile, il y en a, dit-il, de deux sortes : on reconnaît l’activité des unes à leur figure agréable , aux petites écailles brillantes dont elles sont couvertes; la paresse des autres, à leur figure hideuse, à la langueur, à la pesanteur avec laquelle elles se traînent. Il faut donc examiner si le jeune homme qu’on destine à la guerre a l’œil vif, le tête droite, la poitrine large, les épaules musculeuses, les bras longs, le poignet fort, le ventre peu distendu, la jambe sèche et débarrassée, ainsi que le pied, de chairs superflues, mais resserrés au contraire par leurs ligamens et leurs tendons. Lorsque vous apercevrez ces marques, préférez-les à la haute taille, car il vaut beaucoup mieux qu’un soldat soit vigoureux que grand. »
Au temps de Valentinien ii, on ne pouvait guère doriàÉï de détails plus étendus sur le choix des hommes destihés au service militaire. IN'ous ne croyons pas qiïe l’on ait donné chez aucun peuple moderne les mêmes soins que nous à cétte importante partie de l’organisation des troupes. Depuis çlus de trente ans, on a publié en France sur cet objet des instructions qui se sont toujours perfectionnées dans l’intérêt de l’état et dans ceux des citoyens qui en sont inséparables. . Le 19 avril 1810, M. Souvüle soutint devant la Faculté de médecine de Paris, sous notre présidence, et en grande partie
d’après nos leçons , une thèse qui avait pour titre: Examen des infirmités ou maladies quipeu\fent exempter du service militaire, et nécessiter la réforme. Cet écrit, réiinpriraé plusieurs fois sous la même date et le même format in-4®, a été très-recherché et consulté par les conscrits.
L’année suivante, et sbus la date du i5 mars i8ii, il parut, d’après les ordres de M. le comte de Cessac , ministredirecteur de l’administration de la guerre, urié instruction générale sur la conscription, suivie de nouveaux tableaux des infirmités qui rendent ceux qui en sont atteints impropres au service niilitaire. Ce travail fut rédigé par les inspecteurs-généraux du service de santé dés armées, W approuvé par M. le comte Math. Dumas , directeur-général de la conscription.
Nous nous bornerons a la simple indication des maladies. Ce qui nous engage particulièrement à prendre ce parti, c’est que M. Vaidy a commenté fort judicieusement lès instructions relatives à la levée des troupes ( Dictionm àes Sciences médicales, article hjrgiène militaire) ^ encore bien qu’il ait opéré, en 1818, sur des tableaux antérieurs à ceux de i8îi^ dès-lors et actuellement encore en activité.
i®' Tableau. •— Des irfirmités évidentes pour lesquelles les sous-préfets doivent proposer la réforme, conformément aux et 5i de la section 4 du chapitre 4 du
titre I®' de Y Instruction générale sur la conscription i“. La privation delà vue ; '
2". La perte totale du nez •
3®. La mutité ( impossibilité de parler) j Taphonie permanente ( privation de la voix) ; la surdité complète (perte de Kouïe);
4“. Les goitres volumineux et incurables, gênant habituellement la respiration ;
5°. Les écrouelles ulcérées ;
6“. La perte du.membre viril, celle des deux testicules; 7®. La perte totale d’un bras , d’une jambe, d’un pied, dhine main ; la perte irrémédiable du mouvement des mêmes parties;
8”. Les anévrismes des principaux troncs artériels 9°. La courbure des os longs ; le rachitis, ou nouùre, porté au point de gêner évidemment les mouvemens des membres ;
10®. La claudication bien marquée, qdelle qu’en soit la nature : celle-ci doit être é.uoncée d’une manière précise. Il
en est de même de la rétraction considérable et permanente des muscles fléchisseurs ou ,extenséurs d’un membre, ainsi que de leur paralysie, ou d’un état de relâchement constant qui s’oppose au libre exercice des mouvemens musculaires d’un mémbre ; le marasme décidé, caractérisé par les signes * d’éthisie et de colliquation, lesquels devront être énoncés dans le rapport. . '
s^Tableatt. — Des infirmités ou maladies qui donnent lieu à l'invalidité absolue ou relative pour lé service ■militaire , et dont la connaissance -ainsi que le jugement sont réseTyés aux conseils dé recrutement des. déparlemens. ■ i®. Les grandes lésions du crâne provenant de plaies considérables, de dépression ou enfoncement des os, de leur exfoliàtion ou extraction ;
2®. La perte del’œil droit du de sôn asage. Ce défaut rend impropre au service de soldat dans la ligne y mais il n’empêché pas de remplir des fonctions utiles dansurt autre service ;
3 °. La fistule lacrymale incurable , les ophthalmies chroliiques, les fluxions fréquentes sur les yeux, ainsi que des maladies habituelles , soit; des paupières, soit des voies lacrymales, portées au point de gêner sensibleméfft la vision;
4 °. L’affaiblissement de la faeulté visuelle, les défauts permanens de la vue qui empêchent de distinguer les objets a.la pprtée uécessaire pour le service de guerre; la myopie, l’amblyopie, la nycîalopie. Le strabisme n’est pas une cause d’exemption. Les défauts de la vue présentent beaucoup de difficultés à l’examen ; ■ : .
5 °. La difformité du nez susceptible de gêner considérablement la respiratiGn;. l’ozène et tout ulcère rebelle des fosses nasales ou de là voûte palatine; la carie des os piè ces parties, et les polypes reconnus incurables ;
6°. L’hâleine infecte par cause irrémédiable, ainsi que les écoulemens fétides des oreilles , et la transpiration habituelle du même caractère et portant celui d’incurabilité y 7°. Pour les soldats de la ligne, la perte des dents incisives et canines de la mâchoire supérieure ou inférieure ; les fistules des sinus maxillaires ; la difformité incurablè de l’une ou l’autre mâchoire par perte de substance, par nécrose ou autre accident capable d’empêcher de déchirer la cartouche, de gêner la mastication et dé nuire au libre exercice de la parole ;
8". Les fistules salivaires et l’écoulement involontaire de la salive reconnus incurables ;
g'‘. La difficulté de la déglutition résultante de la paralysie ou de quelque autre vice constant ou lésion incurable des parties servant à cette fonction j
lo". Les vices permanens et bien constatés des organes del’ouïe, de la voix et déjà parole, portés à un degré, considérable et capables, d’en gêner beaucoup l’exerGicè ;
II®. Les ulcères et tumeurs d’un caractère scrofuleux bien prononcé j
12°./Les bosses du pourtour de,.la poitrine, ainsi que les déviations de la colonne vertébrale assez considérables, pour gêner la respiration, ou pour ne pas permettre le port des armes et de réquipemeni militaire ;
i 3 °. La phtbisie au premier, second et troisième degrés.; l’asthme.décidé, ainsi que l’hémoptysie ou crachement de sang habituel, fréquent et périodique J..
i 4 °- Les hernies irréductibles et celles qui ne peuvent être contenues sans danger. Celui qui est atteint d’une don.bie hernie n’est pas susceptible du service miliiaire;
1 5 .°. Le,calcul, la gravelle, l’incontinence habituelle ou rétention fréquente des urines, ainsi que toutes les maladies graves ou lésions des voies urinaires, les fistules dé çcs parties , soi^ qu’on, juge,incurables ceS diverses affections, soit q.u’eUes exigent les soins habituels de l’art de,guérir^ :
i6°. La rétraction permanente d’un testicule, portée au point de l’engager douloureusement dans..l’anneau, .le sarcocèle, rhydiDcèje, le varicocèle, toutes les.affections graves du scrotum , des testicules et des cordons spermatiques, reconnues incurables • V
17°. Les hémorroïdes ulcérées f les fistules à l’anus reconnues incurables; le fiLux hémorroïdal périodique et abondant; le flux de sang intestinal, habituel et chronique; l’incontinence habituelle des matières fécales; la chute habituelle du rectum ;
18°. La perle totale d’un pouce, d’un gros orteil, du doigt indicateur de la main droite, ou des deux autres doigts d!une,main ou d’un pied; la mutilation des dernières phalanges d’un ou de plusieurs doigts d’une main, d’un pied; la. perte irrémédiable du mouvement de. ces mêmes parties ;
Les difformités incurables des pieds, des mains, des membres ou d’autres parties, capables de rendre la marche et le maniement des armes difficiles, d’empêcher le port .de l’équipement, ou de s’opposer au libre exercice des mouvotüens, dans quelque arme que ce soit ; ;
2o“. Le^ varices volumineuses et multipliées;
21°. Les cancers, les ulcères invétérés, d’un mauvais caractère, incurables, ou dont il serait imprudent de tenter la cure ;
2 2°. De grandes et anciennes cicatrices peu solides, surtout si elles sont adhérentes aux organes du mouvement et accompagnées de déperdition de’ substance; si elles sont croûteuses ou parsemées de varices ;
23°. Les maladies graves des os, telles que le diastasis, l’ankylose, les caries, les nécroses, le spina venlosa', les tumeurs osseuses et celles du périoste, lorsqu’elles sont considérables, ou situées de manière à gêner le mouvement, et qu’elles ont été traitées sans succès.
24°. Les maladies de peau susceptibles de communication , lorsqu’elles sont anciennes, héréditaires ou rebelles, comme la teigne, les dartres vives, humides et étendues, la gale opiniâtre et compliquée, l’éléphantiase, la lèpre ;
25®. L’état de cachexie décidée (scorbutique, glanduleuse ou autres), reconnue incurable, et caractérisée par des symptômes évidens et anciens; les hydropisies incurables ;
26“. La faiblesse et l’extrême maigreur, jointes à une petite stature, ou à une stature très-élevée et hors des qiroportions ordinaires;
27°. La goutte, la sciatique, les douleurs artbriliqüéàet rhumatismales invétérées, qui empêchent les mouvemens dès membres et du tronc ;
28“. L’épilepsie, les convulsions, les mouvemens convulsifs, généraux ou partiels ; le tremblement habituel de tout le corps ôu d’un inembre; la paralysie générale ou partielle; la démence, ta naaiiie, l’imbécillité.
La publication de ces tableaux, commentés fréqueniment par des notes étendues, devait être terminée par des réflexions et des conseils que l’autorité adraitiistralive supérieure n’a pas jugé convenable d’accueillir et de faire paraître. Nous avons regretté surtout l’inexécution du paragraphe suivant, que nous croyons utile de reproduire.
« S’il est un moyen direct de parvenir à ces heureux rérsùltats , c’est le choix dès tommes de l’art appelés pour les visites. Sans chercher a rien diminuer de la confiance que méritent beaticbup de médecins et de'chirurgiens civils des départemens^ il y aura toujours un grand avantage, pour ces sortes d’examens, à donner la préférence à des chirurgiens-
majors de régimens, habituelieraent. et officiellement consultés sur les réformes ' ainsi qu’aux médecins et chirurgiens en chef des hôpitaux militaires, ou à ceux,qui, après avoir long-temps exercé leurs taléns. aux.armées, jouissent, dans les départemenSjde la retraite acquise par leurs bons services».
Si la mesure conseillée par les inspecteurs généraux eût . étéadoptée, l’état serait mieux servi, et les familles traitées avec équité ; on eût enfin évité, le scandale de ces actes judiciaires qui ont flétri, pour leurs attestations mensongères , tant dé misérables indignes de porter le nom de médecins.
Chap. 7. -r- Des professipns que Von doit admettre pu refuser dans la miliee.*
« Piscatores, aucupes^ dulciarios, liiiteones, omnesque qui aliquid tractmse videhuntur ad gjnœcea pertiriens, longé arbitrer pellendas à castris. Fahros ferrarios, carpentarios, macetlarios, et cervorumaprorumquevenatores^ convenit sociare müitice. Et hoc est in quo totius reipublicœ salus vertitur , uttjronesnon tantum corporibus, sed etiam animis prœstantissimi deliganfur. Vires régni et romani nominisfundamentum inprimâ delectorum examinatione consistunt. NeclevehocoJfciumputetur,autpassim quibuscunque rnandandum, quod apud veleres inter tant varia généra virtutum , iu Sertorio prœcipuè constat esse, laüdatum. Juventus enim, cui defensio provinciarum ,, cui bellorum committendafortuna est, etgenere, sixopia suppetat, et moribus debet excellere. Hohestas enim idoncum militem reddit. Verecundia dum prohibetfugere ,facit esse victorem. Quid enim prodest si ex^rceatur ignavus 7 Nuii~ quam exercitus prqfecit cujusjn. probandis tjronibus cloudicavit electio. Et quantum usu experimentisque cognovimas , hinc tôt ubique ah hostibus ilîatæ sunt clades ; dum longa pax militem Jiegligentius incuriosiusque legit : dum honestiores quique civilia sectantur officia, dum possessio- Jiibus indicti tyrones per gratiam aut dissimulationem probantium taies sociantur armis , quales dornini haberef astidiunt. A magnis ergo viris magna diligentia idoneos eligi convenit funiores.
« Je voudrais que l’on exclût de la milice les pêcheurs, les oiseleurs, les pâtissiers, les tisserands et, en général, ceux qui exercent des métiers convenant mieux aux femmes. On fera bien, au contraire, de préférer les forgerons, les charp'entiers, les bûcherons et les chasseurs de .bêtes fauves.
Si le salut de la république dépend de choisir pour soldats, non seulement les mieux faits, mais les plus courageux do. ses sujets J si les forces de l’empire et, la gloire de nom romain ont leur principe datas,ce premier choix, tous les détails en sont iinporlans; c’est pourquoi le soin des levées est une commission si délicate, et on ne doit pas la donner indifféremment a tout le monde, puisqu’elle demande des taleus que nos ancêtres admirèrent dans Sertorius , parmi tant d’autres qualités militaires. Ou doit même chercher, autant qu’on peut, la naissance et les mœurs dans la jeunesse à qui on confie la défense des provinces et la fortune des armes. On fait ordinairement un brave soldat d’un homme bien né, l’honneur l’oblige do vaincre en l’empêchant de fuir ; mais ni les exercices , ni les camps ne donnent des senlimens à ceux qui eu manquent : des armées levées sans choix ne deviennent jamais bonnes ; ‘nous l’avons appris par notre expérience. Tant de pertes que ips ennemis nous ont fait éprouver partout, ne doivent s’imputer qu’au relâchement qu’une longue paix avait introduit dans les levées, à ce goût dominant qui entraîne les ineilieurs citoyens dans les charges civiles, à la négligence et a la lâcheté de ceux qui remplissent les milices de misérables soldats, que les particuliers dédaigneraient pour valets. Un mérite supérieur et une application particulière dans ceux qui seraient chargés des levées, corrigeraient ces abus.»
Chap. 8. — De la marque de^ la rnilice. r-r Sed non statim puTictis signorum scrihendus est tyro delectus ; verum antp. exercititio pærtentandus , ut utrum verè tanto operi aptus sit, possit cogiiosci. Et nelocüas in illo requirenda videtqr et robur : et utrùm arrnorum disciplinarn ediscere 'valèatf utrùm hàbeat confidçhtiam milüarem. Plerique enim quamvis non improhahiles videantur in specie, tamen experimentis comprobantur indigni. Rèpuâiandi ergo minus utiles , et in locum eorum strenuissimi subrogandi sunt. In Omni enim corijlictu non tàm prodest multitudo quàm virtus. Signatis itaque tjronibus per quotidiana exercitia, arrnorum est demonstrauda doctrina. Sed hujus rei usum dissimulatio longæ securitatis abolevit. Quem invenias qui docere possit quod ipse non didicit....?
K Malgré les'soins que l’on aura apportés à choisir les nouveaux soldats, il faut lès éprouver pendant quelque temps, avant que de leur imprimer les marques de la milice. Il serait imprudent de s’en rapporter absolument aux apparences
la figure, qui sont souvent trompeuses, et ce n’est que dans les exercices qu’on peut décider si les hommes ont la légèreté et la force qu’exige la profession des armes, s’ils ont de l’intelligence pour apprendre leur métie^r, et s’ils sont nés avec du courage. Tous ceux qui manqueront de ces qualités, doivent être renvoyés sur-lé-champ, parce que c’est moins le nombre qui gagne les batailles que la valeur. Alors on marquera pour la milice ceux qu’on aura jugés véritablement propres à faire des soldats, et l’on commencera à leur montrer le maniement des armes dans les exercices journaliers ; mais l’oisiveté d’une longue paix a aboli cette pratique. Qui trouvera-t-on aujourd’hui qui puisse enseigner ^e qu’il n’a jamais appris? »
Yegèce nous explique ailleurs (livre ii, cbap. 5) en quoi consistait cette marque : Victuris in cute punctis scripti et mutriculis insertijurare soient. Ces piqûres , pratiquées Sur les inains ou sur les bras , représentaient la première lettre du nom de l’empereur ; elles étaient appelées stigmata, et différaient de celles qu’on imprimait avec un fer chaud sur le front des esclaves fugitifs, et des calomniateurs, ainsi que de celles des affranchis, qui avaient la tête rasée, l’oreille percée, et qui portaient une toque d’une forme particulière. Les marques sur le front étaient flétrissantes ; celles des affranchis u’avaient d’autre objet que d’indiquer leur condition, et celles des soldats étaient honorables, jmisqu’elles prouvaient leur admission dans les légions.
■Le chapitre g ; Il faut exercer les nouveaux soldats au pas militaire, au saut et à la course; le chapitre lo, que tous les soldats doivent apprendre à nager, rentrent dans la gymnastique militaire, sur laquelle nous manquons d’un traité qui soit en harmonie avec nos connaissances actuelles. Le chapitre 12 : il est est plus avantageux de frapper d’estoc qiie de taille, ou, ce qui est la même chose, de pointer que de sabrer, est un article fort important, car la première de ces manières de se servir du sabre produit les plaies pénétrantes, c’est-a-dire les plus graves de toutes.
Nous ne pouvons omettre de rapporter le texte presque entier <lu vingt-huitième chapitre , savoir: qu’il faut exciter les Romains a l’étude de la guerre : « Cette ardeur martiale qui anima les hommes de tous les temps, n’est point refroidie; ces mêmes sols qui ont produit tant de peuples illustres, tels que les Lacédémoniens, les Athéniens, les
]M[arses, les Saranites, les Péligiens, en un mot, les Romains, ne sont point épuisés. Les Epirotes n’ont-ils pas eu un intervalle de mérite et de réputation ? Les Macédoniens, les Thessaliens n’oni-ils pas conquis la Perse, et pénétré jusqu’à l’ïnde? Les Daces, les Mœsiens, les Thraces ont été de tout temps si belliqueux, que Thistoire fabuleuse s’est crue en droit de faire naître chez eux le Dieu de la guerre. Sans perdre le temps à détailler les lalens militaires de toutes les nations, il suffirait, pour prouver ce que j’avance, dé parler des Romains qui les ont vaincues; cependant nous éprouvons actuellement que ces mêmes Romains ayant penché depuis quelque temps, les uns vers un agréable loisir, les autres vers des emplois civils, nos exercices militaires sont insensiblement faits avec plus de négligence ; qu’on s’est accoutumé ensuite à les regarder comme inutiles ; qu’on les a enfin oubliés tout'a fait., Il ne faut donc pas nous étonner que cela nous soit arrivé dans cette sécurité qui suit ordinairement une longue paix, puisque, dans l’intervalle de vingt ans qui s’écoulèrent entre les deux guerres puniques, les Romains, victorieux et tranquilles, s’engourdirent de façon à ne pouvoir tenir contre Annibal, mais, ranimés enfin par la perte de l|urs consuls, de leurs capitaines, de leurs armées entières, ils ramenèrent la victoire dès qu’ils eurent repris les exercices et la discipline militaires.'
M Neque enim degeneravit m hominîbus maHius calor^ nec efjetœ sunt terræ quœ Lacedemordos, quce Atiwnîenses, quæ Marsos, quœ Samnites, quœ Pelignos, quœ ipsos progenuere Romanos. Nonne Epirotœ armisplurimùm aliquandd valuevunt? Nonne Macedones ac Theasalisuperalis Persis usque adIndiam hellando penetrarunt? Dacos autem et.Mœsios et Thraces, in tantum hellicosos semper Juisse mauifestum estant ipsum Martem fahulæ apud eos natum esse confirment. Longiim est, universarum provinciarum vires enumerare coiitendam, cùm omnes in romani imperii ditionè consistant. Sed longæ securitas pacis , hommes partim ad dilectionem otii, partim ad civilia traduxit officia ita çura exercitii militaris primo negligentiuS agi, postea dissimulari, ad postremum olim in oblivionem perducta cGgnoscitur : nec aliquis hoc superiore ætate accidisse miretur ; cùm post priinum punicum hélium , viginti et quod excurrit , armorumpax ; ita Romanos illos uhique victores Qtio et armôrum desuetudine eriervaverit ; ut secundo pu-
nico hello Annibali pares esse non passent. Tôt itaque considibus, tôt ducibus, tôt exercitihus amisssis, tune demùm ad victoriam peruenerunt, cùm usum exercitiumque rnidtare condiscere potuerunt. »
Le comte Turpin , dans le discours, placé en titre de ses , Commentaires, s’exprime de la sorte avec une éloquence vraiment militaire et civique.
Je termine, comme Végèce a fini son premier livre, par des exhortations à ses compatriotes, de ne pas négliger dans la paix de tenir les soldats en haleine par le travail et par l’exercice, et je dirai, en changeant l’expression, et non le fond du précepte : «La valeur n’est point dégénérée chez les «Français, et la terre qui a produit les Dugüesclin, les « Bayard, les Turenne, les Gondé, les Luxembourg j les Catinat est toujours la même; elle ne s’ést point épuisée en les « mettant au jour; mais, dans la sécurité d’une longue paix,
« une partie de la nation s’est livrée à des plaisirs tran- « 'quilles, et l’autre à des fonctions entièrement étrangères à la gueire. »
Que d’illustres capitaines de notre temps on pourrait placer à la suite et sur la ligne de ces grands noms! Mais s’il nous a été donné de les admirer de près, c’est’à d’autres qu’il appartient de les classer dans les fastes de notre gloire nationale.
Le second livre contient les chapitres suivans : i, division de la milice ; 2, différence entre les légions et les troupes auxiliaires ; 3 , cause de la décadence des légions ; 4 j ccmhien les anciens menaient de légions à la guerre ; 5, comment se forme la légion; 6, combien il y a de cohortes par légion et de soldats par cohorte ; 7, noms des grades et des officiers de la légion ; 8, noms des commandans des anciens ordres, GU divisions de la légion; 9, des fonctions du préfet de la légion; 10, fonctions du préfet des camps; ri, fonctions du préfet des ouvriers; 12, fonctions des tribuns des soldats; "i3, des centuries et des enseignes de l’infanterie ; i4î des tiirmes ou compagnies de cavalerie légionnaire; i5, manière dé mettre une légion en bataille, et des armes des centurions et des triaires; 16, que les hommes pesamment armés combattent de pied ferme; 17 , que le nom et le grade de Ghaque soldatétaient écrits sur son bouclier ; i'8, l’art d’écrire par notes et de compter , recherché dans le nouveau soldat; 19» gratification des soldats; 20 , des promotions;21, des
trompettes, cornets et buccinesj 22j de l’exércicc des troupes; 28, comparaison de la guerre avec d’autres professions: 24, des outils et machines de la légion.
Nous ne ferons que deux remarques sur ce second livre. La première portera sur un passage du ch4pitre 3 , cause de la décadence des légions, et la seconde sur le 10® chapitre, des fonctions du préfet des camps.
<e 1°. Legionum nomen in exercîtit permanet hodieque, sed per negligentiam superiorum temporum, rohur infractum est, cùm virtutis præmia occuparet amhitio^ et per gratiapi promoverentur milites. —
«On conserve encore aujourd’hui dans l’armée la dénomination de légions, mais elles se sont abâtardies depuis que, par un relâchement qui est assez ancien, la brigue a surpris les récompenses dues au mérite, et que, par la faveur, on est monté au grade que le service seul obtenait auparavant.
«2°. Erat etiam castrorum prœfectus, licet inferior dignitate {prœfecto legionis), occupatus tamen nonmediocribus cousis : ad quem castrorum positio, valli et fossæ œstimatio pertinebat. Tabernacula vel casæ militum^ cum impedimentis omnibus , nutu ipsius curabantur. Pfœterea œgri contubernales et medici, à quibus curabantur ^ expensas etiam ad ejtis industriam pertixiebant.
« Il y avait aussi un préfet des camps ; quoiqu’inférieur en dignité au préfet de la légion , il avait un emploi considérable; la position, le devis, les retranchemens et tous les ouvrages du camp le regardaient. Il avait l’inspection sur les tentes, les baraques des soldats et sur tous les bagages. Son autorité s’étendait aussi sur les médecins de la légion, sur les malades réunis et leurs dépenses. »
Le troisième livre contient les vingt*six chapitres suivans:
, I, des armées ; 2 , des moyens de conserver la santé dans les armées; 3, les subsistances d’une armée; 4; de la conduite qu’il faut tenir pour éviter les séditions ; 5, quels sont les différons signaux militaires ; 6 , des marches d’une armée dans le voisinage de l’ennemi ; 7 , du passage des grands fleuves; 8, comment on établit les camps; 9, dans quelles circonstances il faut employer la ruse ou la force ouverte; 10, de ce qu’il faut faire quand on a de nouveaux soldats, ou d’aaciens qui ont perdu l’usage des combats ; 11, des précautions nécessaires le jour d’une bataille; 12, qu’il faut sonder les dispositions du soldat avant de combattre ; i3 , du choix du
terrain propre à combattre; i4, de l’ordre de bataille;
15, disposition des troupes, des espaces et des intervalles;
16, de la disposition de la cavalerie; de la réserve; i8, du poste des officiers généraux dans une bataille, 19, par quels moyens on peut résister en bataille rangée aux ruses de l’ennemi ; 20, des différons ordres de bataille, et comment, avec un nombre inégal et des forces inférieures , on peut obtenir la victoire ; 21, qu’il faut faciliter une issue à l’ennemi enveloppé pour le défaire plus aisément; 22, des moyens d’éviter le combat ; 23 , des chameaux et des cavaliers cafaphractaires ; 24, des chariots de guerre et des éléphans;
25 , des ressources après une défaite partielle ou générale;
26, maximes générales de guerre.
Nous nous bornerons a quelques observations sur les chapitres 2, 3 et 23 .
I Chap. 2, des moyens de conserver la santé dans les armées.
« Nwic {quod vel maximè providendum est') quemadmodian sànitas custodiatur exercitûs , admoneho, : hoc est , locîsy qquis^ tempore, medicinâ exercitio. Locîsnednpestilenti regione juxta herbosas paludes, ne aridù y et sine opacitate arborum campis aut collibus, ne sine tentoriis œstàte milites commorentur, ne tardiùs egressiy et calore solisy et fatigatione itineris contrahant morbum y sed pO‘ tiùs in æstate luce cœpto itinere ad destinata perveniant. Ne sœvâ hyeme iter per nives , ac pruinas noctibusfaciant , aut lignorum patiantur inopiam y aut minor illis vestium suppetat copia. Nec sanitati enim, nec expeditioni idoneus miles est y qui algere compellitur. Nec perniciosis vel paliidosis aquis utatur exercitûs. Nam malœ aquæ. potus , "neneno similis, pestilentiam bibentibus générât. Jam vero ut occasu œgri contubernales opportunis cibis rejiciantur, ac medicorumque arte curentur, principiorum, tribuno-^ rumque et ipsius comitis, qui majorem sùstinet potestatem y jugis qiiœritur diligentia. Mole enim cum his agitur.y quibus nécessitas et belli incumbit, et morbi. Sed rei mïlitaris periti, plus quotidiana armorum- exercitia ad sanitatem mi~ litum putaverunt prodesse , quam medicos. Itaque pedites ^ine intermissione , imbribus, vel nivibus sub tecto y ieliquis diebus exerceri in campô voluerunt. Similiter équités non ^oliirn m planis, sed etiain in abruptis et fossarum hiatu difficillimis sernitis, seque et equos suos assidue exercere
jusserunt , ut nihïl iis in necessilate prœlii accidere posset inçognitum. Ex quo intelligitur, quantb studiosiùs armorum artem doeendus sit semper exercitus , cùm ei làboris eonsuetiido et in castris sanîtatem, et in conjlictu possit prœstare victoriam. Si autumnaii, œstivoque tempore diutiàsin iisdem locis militum multitudo consistât ^ ex contagione aqtiarum, et odoris ipsius foèditate viliatis haustibus, et aere corrupto, perniciosissimus nascitur morbus, qui prohiberi non poteU aliter, nisiffequentimutatione castrorum.
<c En vain on aura de bonnes armées si on ne sait pas y maintenir la santé. Les moyens qu’on peut proposer, comprennent les eaux, les saisons, les remèdes et les exercices. Quant aux lieux, les précautions qu’on doit prendre, c’est de ne pas tenir les troupes dans des campagnes ou des collines sèches, sans arbres et sans couvert ; par rapport aux saisons, dè ne pas les faire camper l’été sans tentes; de ne pas les faire partir trop tard les matins dans cette saison, de peur que le poids de la chaleur, joint à la fatigue du chemin, ne leur cause des maladies. Il faut plutôt les mettre en marche à la pointe du jour, afin d’arriver de bonne heure à l’éndroit marqué. Dans un hiver rigoureux, on ne doit pas les faire marcher de nuit par les neiges et les glaces, ni les laisser manquer de bois ni d’habits. Le soldat qu’on fait morfondre de froid n’a ni forcé ni courage pour une expédition. A l’égard des eaux , il faut éviter de boire de celles des marais, et, en général , toutes les mauvaises eaux, qui sont une sorte de poison, et engendrent des maladies épidé-miqnes dans une armée. Pour les remèdes, les officiers des légions, les tribuns, et le comte même qui est revêtu du commandement, doivent se faire un devoir de veiller qu’aux heures marquées on donne aux soldats malades les alimens convenables à leur état, et qu’ils soient bien traités par les médecins; car, dans une affaire, on tire un niauvais service de soldats qui ont l’ennemi et la maladie à combattre; mais les habiles gens ont toujours pensé que la pratique journal lière des exercices militaires'valait mieux pour, les troupes que les médeciris ; c’ést pourquoi les anciens exerçaient sans relâche les soldats, comme nous l’avons dit, dans'le Champ de Mars, à découvert, lorsque le temps le permettait, et à couvert dans les' jours de pluie et dq neige. Ils obligeaient aussi la cavalerie de s’exercer tantôt en rase campagne, tantôt
dans des lieux rompus, dans des chemins difficiles et coupés de fossés, afin que, dans une action, il ne pût rien arriver que les hommes et les chevaux n’eussent pratiqué. On peut s’assurer qu’on ne saurait rien faire de mieux que de tenir les troupes dans une pratique continuelle de leur métier, et que cette habitude au travail est tout ce qui peut contribuer à leur procurer la santé dans les camps, et la victoire dans les combats.Enfin, il faut observer qne,-si on laisse trop longtemps une grande armée dans les mêmes lieux pendant l’été ou dans l’automne , la malpropreté, la corruption des lieux, l’infection de l’air y répandent des.maladies capables de la détruire, et qu’on ne les peut éviter qu’en changeant souvent de camp. »
Ge chapitre est rempli de préceptes d’h^^giène dont nous nous plaisons a reconnaître la solidité, quoiqu’ils pussent être disposés plus méthodiquement. Avant que la physique et la chimie, aujourd’hui confondjièsensemble, nous eussent donné plus de lumières, on ne pouvait guère faire davantage. Il est mieux aussi, comme le < 3 it Pline, de prévenir la chute d’un homme que de le relever : Meliùs est lahentem sustinere quàm lapsum erigere. Mais les maladies sont inévitables en campagne, malgré tous les soins de l’hygiène, et il faudrait aujourd’hui, dans un traité général sur l’art de la guerre , parler amplement, ce que n’a pu faire Végèce, du service des'ambulances, des infirmeries régimentaires et des hôpitaux temporaires et sédentaires des diverses lignes. Cette matière, extrêmement étendue, demandèrait un traité à part. C’èst un édifice qui reste encore à construire, mais dont ii ne faut qü’une main habile pour rassembler les matériaux épars. Malgré tout ce qu’avait fait Louvois pour l’administration de nos hôpitaux militaires, sous le règne de Louis xiv, BOUS lisons, dans les Commentaires du comte Türpin, qu’une de nos armées, forte de soixante-huit mille comlrattaus, passée en Italie en 1733, perdit vingt-huit, mi lie hommes, dont douze dans les batailles de Parme et de Guastalla, et seize mille dàus les hôpitaux. Pendant la guerre de 174151a France eut successivement plus de deux cent mille hommes en Bavière et en Bohême, dont il ne rentra pas le quart dans notre partie, et on mit la mauvaise tenue des hôpitaux au nombre des plus grands fiéaux de l’armée. Il en fut de même en 1742, quand l’armée, auxordres du maréchal Maillebois, se relira de la Westphalie. Durantl’hivçr de 174^5 les troupes
furent mal couchées et très-resserrées dans leurs quartiers • des fièvres malignes (typhus plus ou moins grave), qui moissonnaient’ les habilans, la malpropreté, la’ fétidité de l’air, la chaleur excessive des poêles, le froid extrême, les marches fatigantes et les mouvemens continuels des troupes, causèrent beaucoup de maladies. Les hôpitaux s’encombrèrent; peu de malades y guérirent, et malgré l’arrivée des milices et des recrues, l’armée du maréchal de Broglie se trouva réduite à moins de moitié. A la fin de 1744 ) et vers le commencement de. 1745, l’armée auxiliaire, commandée, en Bavière, par le comte de Ségur^ depuis maréchal et ministre de la guerre sous le règne de Louis xvi, eut beaucoup de malades par les mêmes causes qui les occasionèrent en i 743 . La cupidité des entrepreneurs et même celle des régisseurs, quoique regardés comme généralement plus désintéressés, la négligence ou la connivence des fonctionnaires chargés de leur surveillance et de leur direction, étaient l’objet de toutes sortes de réclamations qui, d’ordinaire, n’aboulissaient a rien. On désirait, et le vœu en fut souvent exprimé, qu’un officier-général fut chargé par le com- ;mandaat en chef de la haute administration du service des hôpitaux de chaque armée. A la fin de la campagne de 1742 ? le maréchal de Maillebois avait envoyé le marquis de Brézé, brigadier d’infanterie, commander à Amberg en Bavière. Cet officier supérieur reconnut que la friponnerie des administrateurs faisait périr plus de soldats que la dysenterie qui .était épidémique. Pour faire cesser les abus , M. de Brézé établit des officiers au dessus, et avec la surveillance de chaque espèce d’employés ; il donna ses ordres a chacun, fit planter une potence dans la cour de l’hôpital., et promit de faire pendre le premier qui contreviendrait a ses ordres, fût-ce même l’entrepreneur. La mortalité diminua, les malades commencèrent à guérir, et toute l’armée en témoigna sa reconnaissance a M. de Brézé. Sans approuver complètement cette rigueur, nous croyons devoir faire observer que le temps de la terreur, dont nous sommes bien loin de vouloir faire l’éloge, fut favorable, au moins sous nos yeux , à la tenue des hôpitaux militaires. Les abus dont nous venons de parler, étaient à leur comble dans la guerre de sept ans. Nous citons textuellement, pour le prouver, un passage du comte de Turpin, témoin oculaire : « Les hôpitaux militaires, surtout ceux des armées, sont un gouffre dont il est, pour ainsi dire, impos-
sible de sonder la profondeur; toutes les friponneries qui s’y commettent sont sans nombre; elles révoltent l’hoUtiête citoyen, affligent l’homme sensible, mais elles enrichissent un tas de coquins, etc.» L’ordonnance de Louis xv de 1747, due au comte d’Argenson, ministre de la guerre, et qui doit être considérée comme le fruit d’une grande expérience personnelle et d’une haute sagesse, mit un terme a ces maux. Le duc de Chftiséul porta, dans l’administration des hôpitaux m’ilitahes, les vues élevées qui ont signalé son ministère. Le comte de Saint-Germain et surtout le prince de Montbarrey ordon^ fièrent de nouveaux perfectionnemens d’après les conseils de Colombier ; enfin y le maréchal de Ségür fit rendre, en , uneol-dorinancedu roi qui a subsisté, sans.altération, jusqu’en 1792, et reproduite ainsi pendant onze ans avec un simple protocole adapté à la diversité des temps et deS gouvernemens. Le service de sauté militaire est aujourd’bui régi par une ordonnancé du roi du 18 septembre 1824, deux régiemens d’exécution datés l’ün du 20, et l’autre du 3 o décembre de la même année,* et arrêtés par S. Ex. le ministre secrétaire d’état de la guerre. Notre dévoie, comme inspecteur, est de nous conformer a ces actes, et de les faire eiçécuter en ce qui noûs concerne, quoique nous n’adoptions point iiitérieurement plusieurs de leurs dispositions.
Chau. 3 .— Des subsistances d’une armeè. -^ Cette partie de ra.dministration militaire, inconnue des anciens et fort imparfaitè dans nos temps modémes, a‘été réglée chez nous en l'jqS, ainsi qu’il suit : elle se divise en neuf sections, savoir ; t® les vivres-pain; 2° les vivres-viande; 3 “ le fiz; 4° le sel et le vinaigré ; 5 ° reau-de-vie ; 6® lé chauffage ; 7° le fourrage; 8® la paille de couchage; 9” la subsistance des troupes en marche; ‘
: Vivres-pain. Ctlle première partie de la subsistance se partage en trois articles principaux, 1° les approvisionnemens ; 2° la fabrication du pain j S® les distributions.
Le sac de grain pesant 200 livres, poids de marc, donné i 8 o rations de pain, du poids ordinaire dé 24 onces, d’ou il suif qu’il faut deux sacs de grain par homme pour sa subsistance d’uneannée. Ainsi,en supposant une armée de 3 o,ooo hommes, il lui faut, pour un an , 60,000 sacs de grain ; mais comme la ration de campagne est de 28 onces, ou d’un sixième eu sus, il faut y ajouter 10,000 sacs pour les officiers m.autres parties prenantes et les cas imprévus; ce qui fait
en tout 85,000 sacs, avec les^juels on peut faire vivre, pen^ idant une année, une armée, de 3 o,000 hommes.
. Ce calcul est établi d’après la fourniture du pain composé de trois quarts froment et un quart seigle sans mctractionde son. Les achats de grains doivent se faire dans cetie proportion; s’il était ordonné une extraction quelconque, il faudrait un approvisfonneraenf au prorata du déchet.
, ^ On régla, en 1792 , par un décret, qu’il serait fait une extraction de i 5 livres de’son par quintal;, ou de 3 o livres par ,sac ; mais la rapidité du mouvement des armées et la diffi-, cuité du blutage ont souvent fait suspendre cette opération. Dans le cas où elle serait reprise, il convient d’observer que le déchet, d’après l’extraction ci-dessus, est de trois vingtièmes par sac de farine de 200 livres y de sorte que si; on a .besoin de 85 ,poo sacs de fai ine non blutée pour un approvisionnement de 3 o,oon hommes pendant un bn , il faut y ajouter, en cas de blutage, un surcroît, de i2,^3o sacs, qui sont les trois vingtièmes de 85 ,ooo sacs;, et porter , par conséquent, i’approvisionnemént jusqu’à 97,’jSo.
, Les achats se font èn grains de première qualité, autant que possible. Ceux qui sont'maigres, grêles , et récqltés dans les temps pluvieux:, ne-dohnent que du soiî; ceux .niélés, charbonnés et mouchetés ne sont pas reçus. La pellicule des bons grains est mince ; il ne doit s’y tro.uveT ni pièrrës ni poussière, point d’iyraie èt aucun germe moisissenx.
Le sac de grain pèse 202 livres brut, et compris le sac., qui pèse 2 livres, le tout poids, de. marc ; .l’on exige même je plus souvent deivendeurs 204 livres brut, a cause des déchets, :^ont répondent les,grands magasins. Si les mesures, du pays où l’on achète ne répondent pas àu poids ci-dessus , on les y fait rapporter par une opération de calcul, et l’on traite en coêséq'uence.
^ Une armçe doit être approyisîpnnéé en pain pour trois ans , ou au-moins pourideux j et les approyisionnemens-dissémihês sur trois points déterminés derrière elle, dans des places -bien couvertes et hier) sûres”, l’une au eêiitre et les deu?,autres suula droite ei la gauche.
II y-a aussi des ressources abondantes à tirer du pays eiînçmi et de ses magasins. -
Indépendarnujent de cela , il existe , soit aux froiitières', soit dans rintérieur, deS magasins de grains et de farines destinés aux armées ; mais lorsqu’on entre en pays ennemi, l’on est quelquefois obligé de créer ces établissemens. Alofs
il faut avoir l’attention de les placer dans des bâîimens vastes, sains, bien aérés et à l’abri de rhumidité.
Les emplacemens pour la conservation des grains né sont pas toujours convenables a celle des farines : il faut aux grains des greniers bien secs, avec un air transversal ; la chaleur , sans humidité, ne les incommode point ; les farines veuîent de la fraîchèur sans humidité, et la trop grande chaleur pourrait lèur nuire; aussi préfère-t-on pour elles les étages d’un bâtiment â ses greniers.
La propreté des magasins est le premier secret de là conservation des matières j elle doit être portée jusqu’à dà plus grande recherche ; on ne doit souffrir ni toiles d’araignées , ni poussière sur les m'ürs ou dans la charpente des greniers. ^ ,
On sait d’ailleurs que lës grains et les farinés sont sujets a différentes impressions dé l’air, qui sont pour eux, des maladies qu’une habile manutendon peut prévenir ou guérir. Les grains s’échauffent dans les sacs dès que les premières chaleurs dü printemps commencent a se faire séntir, et il est de toute nécessité de les mettre en couche de i 5 à i8 pouces de hauteur àu plus, séldn les ernplàceméns, mais surtout suivant les climats.
Ce n’est pas tout : dans les climats humides j il s’introduit dans les greniers une foule de papillons qui déposent leurs œufs sur les grains, et y engendrent dés veçs' qui eri dévorent la substance. Il n’y à pas d’autre moyen, de détruire Ces insectes et de lés empêcher de s’établir dans les grains, que de pelleter et cribler ceux-ci alterdativëment et sans discontinuer depuis avfil j ûsqu’à la de ‘septembre. Lé cbarençon est aussi un insecte dévastateur des gréniers , si on né l’en expulsé par des mancéuvres fréquentes, et surtout par celle du criblage. On se sert de criblés aTeut et a peignes de fer pour nèttoÿér les grains, de vàns et de cribles de peau pour les vaiiner, e| de pelles de bois pour, iè pelletage. •
Il est encore d’autres maladies des grains que souvent ils apportent avéc eux de l’élràngër, tèlleâ ^ue le%out de mer, quand ils ont été un peu avariés, 6ü celui du lorreillage, qui résulte d’une manœuvré employée pour sécher les grains au feu.
Il y à aussi une opération importante, c’est cell.e du mélange ou méteil. Celle-ci s’exécute en versant sur le plancher d’un grenier, trois sacs de froment contre un sac de seigle,
suivant la grandeur du mélange que l’on veut faire, et elle précède toujours l’envoi des grains au moulin. Le blé, ainsi mélangé, s’appelle méteil; il demande le même entretien, et est sujet aux mêmes’ déchets que le froment et le seigle séparés.
ün sac de grain de 202 livres brut doit fendre 200 livres de farine aussi brut et le sac compris, ou 198 livres net j et on ne doit la recevoir que lorsqu’elle est refroidie et pas mouillée. Les moutures sont bonnes quand la farine est douce. '
Quand les meules de moulin sont neuves ou repiquées de neuf, il faut y faire passer des sons avant que d’y faire moudre du grain, sans quoi la farine pourrait contenir du sable ou du gravier. La farine doit ensuite être reposée quelque temps avant d’être employée.
Ou ne porte aux armées que des farines, et elles passent des magasins à la manutention pour être converties en pain.
L’instruction que nous abrégeons indique^où doivent être placées les manutentions et l’espace qui leur est nécessaire , ainsique les magasins de,pain; elle prescrit de se servir, pour la fabrication, d’eau courante autant que possible ; elle traite des fours de campagne et du transport du pain ; vient ensuite ce qui est relatif à la construction des fours de campagne.
Après la formation des étabiissemens, on s’occupe de Ja fabrication.
Le travail Ordinaire d’un four de munition contenant 55 o rations, est de six fournées dans les vingt- quatre heures, à raison de quatre heures par chaque, distribuées ainsi qu’il suit:
Pétrissage, une heure et demi-quart; pour peser, tourner, mettre en couche et laisser lever , trois-quarts d’heure ; pour enfourner, une demi-heure; cuisson, une heure et demi-quart; laisser essuyer le pain avant de le retirer du four, dont On ouvre la bouche, et ensuite défourner., une denii-heure. ün four de 5 oo rations fait le même ouvrage en un peu moins de temps; mais, dans les circonstances urgentes, on fait jusqu’à huit fournées par jour, 'a raison de trois heures par fournée.
Qn met dans le pétrin 117 livres d’eau pour 198 livres de farine, ce qui fait 3 i 5 livres; quand la pâte est bien pétrie, on la laisse reposer une demi-heure, après quoi ou la divise par parties de trois livres et demie, qu’on tourne
sur une planche pour former les pains , et on les met aussitôt en couche sur les sacs vides qu’on a étendus par terre, dans ia partie des travaux qui est entre le four et le pétrin.
Le sac de 198 livres de farine, avec les 117 livres d’eau qu'on y met, produit 180 rations, ou 90 pains de trois livres cuits et rassis j la demi-livre de plus qu’on a mise en pâte s’évapore à la cuisson.
On juge de la bonté du pain par la couleur, par l’odorat et plus encore par le goût. Le pain, pour être bon , ne doit pas être brûlé; il doit être bien cuit et d’une couleur .dorée également; la croûte ne doit point se séparer de la mie : à son ouverture, on doit sentir une odeur douce et balsamique; on doit voir la mie parsemée de petits yeux innombrables et serrés : à la déglutition, une saveur agréable, comme tin goût de noisette , reste dans la bouche. Telles sont les qualités apparentes d’un pain bien fabriqué. Quelquefois, en ouvrant le pain, on le trouve compacte et spongieux, et l’on pense qu’il est entré trop d’eau dans sa fabrication; mais c’est une erreur. Le défaut de ce pain, c’est de n’être pas assez cuit, soit qu’il ait été.saisi d’abord, soit que le four li’ait pas été assez chauffé, soit enfin que le pain n’y soit pas resté assez long-temps. / ■
Après avoir reconnu la qualité du pain , on s’assure également de-son poids. '
En campagne, on a soin de tenir le pain au quart ou demi-biscuité , et quelquefois totalement biscuité, quand les circonstances l’exigénî. T
Pour biscuiter le pain totalement , l’évaporation de la cuisson est de 'jS livres, en sorte que le sac de farine ne rend plus que 286 livres 8 onces en 167 'rations de 24 onces, et un restant de 16 onces de pâte.
Au demi-biscuité, l’évaporation est de 54 livres une once, et le sac rend 178 rations, avec un restant en pale de 28^ onces. . ' ' ..
, Au pain ordinàire, l’évaporation n’ést que de 4 ^ livres ; en sorte qu’il reste,- comme on l’a déjà observé, 270 livres de pain en 180 rations.
L’usage du pain totalement biscuité, en campagne,^esl rare; il est plus communément demi ou quart biscuité. Ces procédés, comme on le voit, consomment un peu plus de farine eu desséchant davantage le pain; mais ils le rendent aussi plus propre à se conserver.
Le biscuit est un autre genre de subsistances dont 1 usage
est plus commun dans les places assiégées et sur les vaisseaux que dans les armées ^ pn n’y emploie que de la farine pure de froment, sans son, et 198 livres de farine,doivent rendre i 5 q rations ou galettes de 18 onces chacune en biscuit.
On ne peut taire, en 24 beures, que cinq fournées de biscuit dans le mêtne four, parpe qu’il depande plus de travail et de cuisson que le pain ordinaire, et que le four doit être aussi beaucoup plus chaud. *
Le biscuit doft être Gassant 5 quand il est bien sec, on le met dans des lonneauX; de 2 pieds 3 pouces de diamètre au ventre, et un pied i i pouces aux deux bouts, sur 3 pieds 4 pouces d.e longueur.
Chaque tonneau de* cette dimension contient i 5 i ra’ions. de 18.puces : on ne peut mettre que cinq tonneaux couchés, sur le ventre dans un cais^son dé vivres ; par eau , un hateau, qui porte . 3 oo sacs de farine, peut Gharget 200 tonneaux de biscuit. r. /
Il est , eu surplus ,très-prpdent de se ménager des ressources en cmnpagne , en se donnant tou|oürs Une distribution d’ayânce, et en faisant réserver, d’unp distribjatiop 'a l’autre, une certaine quantité de rations toutes chargées sur les voitures, pour subvenir aux besoins pressans du seryice et aux caaimprévus. ; .v — ;; '
L’ordre des distributions est réglé avec beaucoup de détails; elles se font ordinairement pour quatre jours, et la yeidle que le pain est dû. > ' ;
2°; Kivresrviande. Celte fourniture, qui a toujours lieu aux .années , n’espdue qu’aux individus présens et effectifs, La ration est de huit onces- par botume et- pUr jour. La fourniture Se fait régulièrefùent, trois quarts en'-bceuf et t»u quart en vache dans les' cas difbçjles,Xa viande doit être belle , saine,,biepcsajgnée;, et.distriboée p poids exact;',, les têtes.ef les fressures se donnent en grâlifîcSipn. . , ; .
Les boucheries doivent s’établir derrière le camp, le plus l^rps. possible deS;eaux. L’usage est d’abattre; les animaux, la veille i de-la distribution, ou dans la nuit qui la précède, de manière que la viande ait le temps, de se? saigner et de sé refroidir. : . ; ,
< Les .distributions se font d’ordinaire pour deux jours au plus dans les chaleurs; dans les temps froids, on peut les faire pour trois ou quatre jours; mais il est;mieux de suivre constamment, à cet égard, l’ordre une fois établi, et de n’y %dtbettre dé variation qu’autant que les mpuvemèns des
troupes elles opérations militaires peuvent l’exiger. Au reste, le soldat inielligènt ne laisse jamais gâter la viande; il la boucane à la fumée de la cuisine, et, par ce moyen, il la conserve bonne et saine au moins pour le lendemain, pu bien il la fait cuire d’abord, surtout si l’on s’attend a quelque mouvement, et l’emporte ainsi en état de lui servir de nourriture a la fireraière balte. Les distributions de viande se font, par coinpagnie, dans le même ordre que celles du pain., . ^
r A l’égard de la quanti^ des bœufs dont on aura besoin polir la campagiîê, le calcul en est très-fac;le. On èstiraele poids des boeufs, l’un dans l’autre, a 5 oo livres de viande; en sorte qu’un bœuf sert pOur mille bomraes, a raison d’une demi-livre cbacun par j.our, d’où il suit qu’une armée de dojooo bommes consommerait Ao bœufs par. jour , 900 bœufs par mois, et 10,800 bœufs par an; a quoi l’on ajoute un quart pour les cas imprévus; ainsi, l’approvisionnement doit " être de i 8 , 5 po bœufs pour l’année. , /
d'i iîiz. Celte fournifu^ celle du pain, tant pour les quantités attribuées a cbaqué grade , ,que pour les jours et la forme des distributions,, ; ’
Quand le riz est r^re, ou que l’on en manque , il est remplacé par deux onces de iégùmes seps par ï|omme ; et quand eps deux fournitures sont impraticables, oà'accorde un supplément de solde. ,, , , î
La cpnsQmmâtipn, à raison d’une once de riz, par lldmme, par jour, serait de a^S.livl par [pur pour, une arnape -de dojoop bomraes, et, par çprîsèquenî, de ^jpÇp liv, par niois, et de, 1575,000 liv. par.an, à quoi l’on dé,yr^ tqpjpu^^ ajoitter un supplément pour les .cas imprévus', et ppr,tér lep approylsiounemens â 750,000 livres.V . r
4 “. Sel et vinai^Ke- fZeiXe partie des subsistances militaires exige aussi un appcoyisionnement assuré; elle n’a lieu dans les garnisons qu’en vertu d’une décision ministérielle spéciale.
Le sel est de première nécessité , et se distribué régulièreinent, en campagne,, à raisom d’une livre par bomme par mois.' , i ' '■ ^ i
Le vinaigre, utile a la cpnservàtion de la sanie, surtout dans les cbaleurs, se distribue également à raison d’une pinte par jour pour vingt hommes. Cette distribution cpnimence quand le général l’ordonne , et elle ne cessé que quand il le juge â propos, , ^ ^ , ,, ,
Ü est aisé, d’après les. données précédentes, de regler la
quantité de ces approvisionnemens pont une armée de 3 o,ooo hommes, en observant que le sel est une consommation journalière, et que le vinaigre ne se distribue guère que pendant les chaleurs, et en se ménageant toujours un surcroît d’approvisionnement.
5 °. Eau-de-vie. Cet article ne fait, en aucun temps, partie des distributions régulières; cependant, il est d’un grand usage aux armées, dans les marches forcées ou dans les expéditions hasardeuses; mais cette liqueur ne se donne jamais qu’en gratification , d’après les ordres des généraux. Chaque distribution, soit générale, soit particulière, doit donc être autorisée, et la ration ordmaire est d’une pinte pour seize hommes. '
6®, Chauffage. Fourrages. 8*^. Paille de couchage aux armées. ff. Subsistances des troupes en marche. Lés quatre articles précédéns ne sont ici portés que pour mémoire et complément du service des subsistances militaires.
Des lois spéciales et des réglemens fort bien faits et trèsdétaillés ont statué sur tout ce qui concerne l’approvisionnement des places en cas de siège.
L’action et le choix des alimens ne pourront jamais être mieux connus et déterminés que d’après des observations faites sur des’masses d’hommes qui, comme des troupes réunies sous les,mêmes conditions atmosphériques, soient uniformément nourries, habillées, logées, appliquées aux mêmes exercices, ayant les mêmes habitudes, et, à peu de chose près, les mêmes passions. Les soldats doivent donc être étudiés avec le plus grand soin sous cè rapport spécial, et la médecine militaire peut rendre, sous ce point de vue, de nouveaux services a l’hygiène, Cette importante partie dés institutions médicales ne doit pas se borner à faire jouir l’homme de la santé ; elle doit chercher à étendre l’usage de ses facultés, et à les diriger vers un but utile.
Nous ne pouvons résister au plaisir de remettre en circulation une belle pensée de Barthez, perdue dans un discours i;^Nova doctrina de fimctionihus naturæ humanæ ), pro-^ noncé, en 17^4» ce grand médecin, dont le génie, trop souvent méconnu par la médiocrité et l’envie contemporaines , fera l’admiration de la postérité : « Wondum hactenùs quæsita ffit , quce tamen inventu non admodum ardua videtur, ars appîicandi doctrinam medicam ad mores harrdnum reger}dqs. Intereà , duhium esse non potest , quinjùxta çbservatam eu jus vis harninis constitutioneni} medica ope ,
in ipso excoli possint semxnà virtutis et humanitatis, dtque deteri altiàs reposita vitiorum incitamenta. »
Chap. 23 . .Des chameaux et des cavaliers cataphractaires.
Camélos aliquaniœ nationes apud veteres in aciem produxeruntfUt ürsiliahiin Africâ, Macetes hodieque producünt. Sed hoc genus animalîum arenis, et tolerandœ sitiaptum, confusas etiamin pulvere ^ vento vias , ahsque errore dirigere tnemoratur. Ccéterum prœter novitatem, inefficaxhello est.-» ..
Sigrais, quoique fort érudit, se trouvant embarrassé pour traduire les mots Uhiliani et Macetes ou Magetes, car on trouve l’un et l’autre dans les manuscrits, a donné cette version plus qu’incomplète.
«Anciennement, quelques nations ont combattu sur des chameaux, comme font encore,aujourd’hui certains peuples d’Afrique. Cet animal, fait pour les sables et pour endurer la soif, sait, dit-on, par un instinct sûr, reconnaître les chemins que la poussière a couverts. Au reste, excepté la nouveauté qui peut d’abord étonner, il n’est pas d’un grand usage dans les combats. »
Aucun des commentateurs de Végèce ne nous apprend ce qu’étaient les. Ursiliani, et ils croient que Màcetes ou Magetes sont les mêmes que les Macédoniens.
Quant à l’expression de cavaliers, cataphracîaires (équités caiaphractati), elle signifie littéralement : armés de toutes pièces ou de pied en cap. On frouve également, dans les bons écrivains latins, la dénomination de imvis cataphraçtqta, pour désigner un vaisseau armé en guerre.
Le comte Turpin n’a point commenté ce qui est relatif aux chameaux et aux éléphans, parce qu’ils sont, a-t-il dit, inusités dans nos armées européennes. Mais les circonstances nous ont mis à même, à l’armée d’Orient, de recueillir, sur l’usage spécial des chameaux, considérés comme monture, quelques renseignemens, que le silence dé nos écrivains militaires, sur cet objet, nous engagé à publier. Kôus répétons que.nous ne nous proposons point de parler ici du chaniéau comme bête de somme ou simple moyen de transport pour des fardeaux. ^ ’ ;
L’ordre du jour de l’armée, du 20 nivôse an vu, daté du Caire, portait : ■ . :
Bonaparte, général en chef, ordonne : ; .
Art. i". Il sera créé un régiment de dromadaires,, qui
sera composé de deux escadrons; chaque escadron de quatre compagnies; chaque compagnie d'un capitaine, d’un lieutenant, d’un maréchal-de-logis-chef, dé deux niaréchaux-delogîs, d’un brigadier-foqrrier, de quatre brigadiers, d’un trompette et de cinquante dromadaires. '
2. Chaque escadron seracommandé par un chef d’esçadron le régiment, par un chef debrigade, un adjudant-major, un quartier-maître et des chefs d’ouvriers nécessaires.
3 . Les hommes seront montés sur un dromadaire , armés dé fusil, bayonette, giberne comme l’infanterie, :et d’une trèslongue lance. Ils seront habillés dé gris, àvec un turban et un manteau arabes, conformément au modèle qui sera fait. : ^