A M. LE GÉNÉRAL LAURISTON
Cadix, le 8 vendémiaire an XIV (3o septembre i8o5.)
GeN3BRAI, ,
. Je me rendais chèz vous quandde canon de .la place m’a averti de votre départ.
J’allais pour vous prévenir que je ne cesserais, pendant mon séjour à Cadix, de m’occuper des hôpitaux qui re^ çoivent nos Français, et que j’espérais que cette surveillance ne serait p^ inutile. .
Voici mes rapports^ terminés par cette troisième lettre avec le général commandant en chef l’expédition; mais je desire encore 4 ui confier mon opinion sur l’objet de ma , mission actuelle en Espagne.
1®. Si l’épidémie de 1800 n’â pas été la fièvre jaune, au moins a-t-elle avec ÆÜe la plus grande analogie.
2“. On ne peut assurer que la maladie en question ait été apportée de l’Amérique septentrionale ou d’ailleurs, et on trouve dans les localités, l’ordre interverti des saisons, et la prédominance de certains vents, de quoi développer une afP^tion semblable.
,3°. La doctriné générale de la contagion est fondée sur
des bases si peu arrêtées, qu’il est difficile de rien statuer de positif sur ce fait particulier.
4 ®. Le gouvernement espagnol ayant adopté, sans réserve, le système de- la contagion, il en est résulté des mesures de police sanitaire, militairement exécutées, qui ont entravé les communications commerciales et produit beaucoup d’inconvéniens.
5 °. Il serait facile d’opposer à ceux qui ont ordonné comme à ceux qui approuvent ces mesures, les infractions journalières qui ont lieu, sans qu’il en soit résulté la propagation de la contagion.
' 6°. L’opinion connue du gouvernement ne permet plus de discussion.
7°. Il résulte de cette gêne dans la pensée, ou plutôt dans la liberté de l’émettre, une aigreur entre les hommes instruits, qui leur fait embrasser lés extrêmes: ainsi on les entend se traiter tour à tour d’hommes serviles èt de mauvaise foi, ou bien d’ignorans présomptueux.
8°. Manquant presque toujours les bonnes aventures, je ne pourrai, au moins en i8o5, étudier la fièvre jaune d’aT près nature, et je serai contraint à m’en rapporter à des témoignages rarement dictés par le savoir, la sin&érité et l’amour des hora,meSo
9°. J’ose prévoir que la commission dont j’ai l’honneur de faire partie, recueillera des documens utiles , mais qu’elle ne rapportera point une opinion décisive sur la contagion ou non-contagion de la fièvre jaune.
Je vous prie, général, d’agréer mes très-humbles salutations.
IJinspecteur-général du service de santé, des armées^
R. Desgenettes.
( Extrait àxi Journal Universel des Sciences Médicales, Tom. XLlXs
145® Cahier). , ^
Imprimerie de Troti-vé et C‘®, rue Notre-Dame-des-Victoires, n» 16.