FRAGMENS
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PAR M. LE BARON DESGENETTES
Aja gymnastique est la partie de l’hygiène qui traite des ffiottvemens. naiurels et dirige les diverses espèces d’exereicos du corps pour la conservation ou le ïétablissement. de la santé. C'est un art antique qui Kut particulièrement ealtivé et réduit en principes par les Grecs, et que l’on veut, avec raison, rétablir sur des bases plus solides, telles que les lois de l’organisme et spécialement la théorie des forces musculaires.
Si nous examinons ce qu’était la g5'mnastique chez les an^ ciens, nous voyons qu’ils la définissaient, l’art ou la science des différens exercices du corps. Ces mêmes anoiens divisaient la gymnastique, i° en, athlétiquej a® en médicinale; 3® en miliiaire-
Les auteurs classiques dans ce genre sont Jérôme Mereuriali, Pierre Fabri, regardé comme auteur à&V Agnosticoii ^ et Octavien Fakonieri (iVofee adinscriptiones Athîeticas). Van Dale a rassemblé des particularités curieuses sur la gymnastique et la tenue des gymoases, dans un ouvrage intitulé : Dissertatioîies antiquàmm marmorum. Jean Meursius, dans Ou opuscule ; De ùrchestrâ., seu de saUatiômbus veterum, a donné les plus grands détails sur cette partie de la gymnastique des anciens. Enfin Burette a publié, vers la'nioitié
(lu dernier siècle, dans les recueils de notre Académie des Inscriptions et Belles-lettres, des mémoires sur la gymnastique des anciens, Ges écrits exacts, profonds , méthodiques, peuvent tenir lieu de tous les travaux antérieurs.
Les médecins de nos jours considèreiît la gymnastique sous un point de vue tout à fait spécial. Guidés par des vues judicieuses, éclairés par une saine critique, nos contempo-r rains examinent rinfluence que les actes.de locomotion exercent sur l’organisme animal. Ainsi ils se bornent aux résultats des exercices de la marche, de la course, de la danse, de la chasse, des jeux de balle, de pâüïne et même de volant, de l’escrime, de la natation, de la.lecture à haute voix et cadencée ou de la déclamation. Ces mêmes médecins considèrent les effets que produisent dans l’homme les diverses espèces d’exercices spontanés; l’influence du mouvement spontané du corps sur sa constitution organique; les exercices spontanés du corps, considérés comme moyens prophylactiques ou curatifs. Enfin ils indiquent les maladies auxquelles l’exercice spontané est contraire. Passant de ce premier article a une subdivision, après les exercices spontanés, les médecins placent les gestations. Ils examinent leur influence sut l’organisme , ce qui les conduit à l’étude des effets divers de l’équitation, du mouvement en diverses voitures èt de la navigation. Ces diverses gestations sont considérées comme moyens prophylactiques ou curatifs. Enfin ils examinent les maladies auxquelles les diverses gestations sont contraires. L’étude des mouvemens entraîne celle des effets du repos. C’est surtout dans les maladies externes que les effets du mouvement et du repos ont été bien déterminés par David, de Rouen.
Toute imparfaite qu’était la gymnastique des anciens , ce fut cet art emprunté de la Grèce, qui, au centre de l’Italie, présida a l’éducation ou mieux à la formation des armées romaines, et leur donna une vigueur corporelle et une discipline qui conquit le monde connu de leur temps. L’agilifé,
la force, le courage, .qui est presque toujours la Gonfiance dans la force, tenaient leur rang a côté des qualités les plus estimées de l’esprit et du génie.^ Souvent elles se troibvaient heureusement réunies dans les mêmes hommes. Sans cette éducation mâle et la faculté de soutenir les fatigues et les travaux guerriers, il fallait renoncer au service et aux emplois militaires, et même aux grandes charges publiques, car on n^estimait guère que ceux qui avaient porté les armes. G’est ici le lieu de rappeler une belle scène de ShakeSpare dans sa tragédie de César. Les conjurés qui complottent sa mort, cherchent, pour obscurcir les grandes qualités du dictateur perpétuel, tout ce qui peut leur donner sur lui un léger avantage. C’est de la force du corps, qui n’égalait pas chez lui son génie, que Gassius tire ^on principal argument.
Un des plus grands maîtres de la guerre dans les temps modernes, le maréchal de Saxe, a développé les avantages qui résultent de la vigueur corporelle des troupes. Il a affirmé positivement que l’armée la plus fortement coristituée finirait toujours par vaincre. C’est encore lui qui a dit prophétiquement que la guerre finirait par être .toute dans les jambes , c’est-a-dire dans les marches. Cet illustre capitaine ne s’étâit pojnt borné à des vues spéculatives j il s’était oct cupé, d’une manière pratique et avec beaucoup de succès, de plusieurs parties de l’hygiène des soldats.
Les'règlemens qui président chez nous à la levée des troupes, et à la confection desquels nous avons concouru depuis plus d’un quart de siècle, sont fondés sur les principes que nous venons d’énoncer. Ces règleraens offrent un code qui doit être connu de tous nos médecins, puisqu’ils peuvent être appelés, d’un jour a l’autrç, par les autorités civiles ou militaires, à porter des décisions sur la conscription et les réformes : mais laissons-là la guerre.
Plusieurs animaux, et surtout l’homme, mettent volontairement en jeu les muscles moteurs des membres, et exer-
cent ainsi l’action de mareber, de courir, sauter, danser, et autres actes qu’il faudrait peut^^êlre appeler^ comme iîe faisait Barlbez, le marcher, le courir, etc; En traitant des mouvelaens mécattiques dont nous venons de parler, arrêtons-nous d’abord au marcher.
Scs mouvemens réagissent visiblement sur l’ordre actuel des fonctions ïhiernés ; ainsi ils donnent à la circulation, à la respiration, à la digestion et autres fonctions, une ma^. uièredifférente d’être; ils augmentent sensiblement l’énergie des deux premières, et diminuent celle de la troisième , je veux dire de la digestba.
Considérez un homme vigoureux, marchant régulière^ ment d’un pas ferme, et ayant a faire quelques lieues.^ Par marcher iégulièreinent, i’eni ends mesurer ses forces et en régler sagement l’usage. Le développement qu’un inardbeur de cette espèce donne a ses muscles dilate le thorax, larpspiration est plus ample,; il en est de même de la circulation; tes baitemeas artériels sont plus sensibles.
Yous ne verrez jamais^ sansuéeessiié^ aucun bon marcheur se livrer à cet exercice après un repas; je ne veux pas dire après avoir pris légèrement quelquesaUmens.^ après s’êtreun peu fortifié par un du quelques verres de vin j -vous ne verrez jamais .ün tel homme en treprendre'une marche après un repas substautiel, s’il n’y est aoutrainl. Les animaux, eu généiralr sé livrent tous au repos après avoir mangé. Tous les hom»«es du midi dé l’Europe, tes Africains et lés Asiatiques en font autant, et s’eu trouvent fort bien. Je ne parlerai pas d’une classe d’hommes qoî, particulièrement en Espagne , prie sobrement, et du reste ne fait que hoine , manger et dormir, (tet usage â précédé de bien des siècles les réflexions et les habitudes qui sont uées des comiaissances physiologiques.
' Mais'Ces notious viennent appuyer de leur puissante autorité les principes relatifs aux conséquences du moHyement et du. repos sur l’organisme animal. iNoits voyons, en effet; que les muscles ou tes agens du mouvemeut sont liés avec lea prin-
tîipsfiix appareils organiques. Si pn coupe un ironc principal Jie nerfs se rendant à un membre, ouiui-ci est partiellement oa totalement paralysé, o’est-a-dire plus ou moins privé de sensibilité et de mouvement. On éteint aussi,ou au moins on altère ou flétrit à volonté la contractibilité en liant les.artères qui se rendent dans un membre, c’est-à-dire en interrompant avec plus ou moins d’exactitude et .de succès la comr munication entre le cœur et les muscles.
La correspondance, le consensus entre .les systèmes musculaire, nerveux et artériel, produisent encore un autre résulta,t. Les musclés doivent certainement au cerveau et aux nerfs , au cœur et à ses annexes, ainsi qu’aux poumons, leur principe d’activité-et de mouvement ; mais leur action et leur mouvement ne peuvent avoir lieu sans réagir, à. leur tour, sur le cerveau, le cœur et les poumons , et ils agissent ainsi par continuité sur tous les tissus, en ma mot sor toBsJes organes animés fle vie.
Ges vérités ne sont pas nouvellres:; elles sont , au contraire, très-jmciennes, mais elles ont été obscurcies oa pardues de vue. Glalien a exprimé heuTensement oette doctrine., , qu’il trouva tlaos ses devanciers : Comensus unns , con&pimtio ma-, corisentientia omnia. L’hisloke des premiers, temps de B.^e nous offre un apologue <{ui a trait à notre .objet.. Le peuple, l’an de 4 a fondation de Rome liêo, êt 492 avant J.Æ-, éprouvait une profonde misère, due partiGulierement à la dureté et à l’avarice des grands, qui exerçaient envers les pauvres une usure sans bornes comme sans pudeiir . Le peupleaortii en pat tiè de Rome, et il se retira à trois mille pas de là ville, au-delà de l’Anieno^ sur une montagne qui, convsacrée par suite de cet évènement, reçut le nom de Mont-, Sacré. Des craintes fondées et respectives amenèrent une réconciliation. Les plébéiens restés dans la. ville redoutaient la vengeance des patriciens, et ceux-ci redoutaient, à leur tour, la force numérique du peuple. Dans cet étal de choses, le sénat députa vers la portion du peuple sortie de Rome , Le
palricien Menenius Agrippa, homtiie facond ét cher au peuple, parce qu’il était sorti de cette classe. Celui-ci se contenta de lui adresser le mémorable apologue de la révolte des membres contre l’estomac : « Les membres se plaignirent im jour, lui dit-il, que l’estomac profitait seul de leur travail et ne faisait rien pour eux j en conséquence ils lui refusèrent leur service. Mais une funeste expérience vint bientôt les détromper ; ils perdirent leurs forces et tombèrent dans une langueur mortelle. » C'était l’image du peuple exaspéré contre le sénat. La paix se fit entre eux , et fut scellée par la création de l’autorité populaire des tribuns. '
Examinons maintenant d’une manière rapide les différens exercices du corps, pour voir ce que chacun d'eux offre de particulier dans son u^e, et quelle est son action manifeste sur l’organisme animal. Parlons d’abord de ce qui est relatif à la marche ou au marcher.
La marche, qui est l’exercice le plus fréquent de l’homme, s’exécute de la sorte : on porte son corps sur une des extrémités inférieures , en s’inclinant un .peu du même, côté; pais on fléchit les articulations de l’autre membre correspondant, que. l’on porte en avant, et le poids du corps repose sut ce dernier. Le premier membre qui a été mis en mouvement répète la même action, et ainsi le corps pose alternativement sur la gauche et la. droite. Je dis d’abord la jambe gauche, puis la droite, ce qui tient, aux habitudes militaires ; mais on a aussi raisonné avec justesse, dans la statique militaire^ ce mode de progression. Geci est spécialement applicable à l’infanterie, dans laquelle il est plus facile de choisir des exemples. On part de la gauche parce que cette partie est chargée du port et du maintien de l’arme, quand elle n’est point manoeuvrée à deux mains. Les repos ou haltes ont également lieu sur la jambe gauche, le pied gauche se fixant au sol, tandis que le pied droit est eu avant, le jarret tendu, la pointe du pied basse, et que le talon du même côté vient rejoindre brusquement le talon gauche et dc^nne la première
position des pieds dans la danse, de inênie que dans le maaiement des armes.
. L’impression plus ou moins vive et appréciable que le marchér fait sur l’organisme, dépend dé sa durée. Cette impression tient aussi beauco^up à la nature du sol sur lequel ou marche et qui présente de nombreuses variations depuis les aspérités des rochers nus ou couverts d’épines jusqu’aux molles pelouses des parcs et des jardins d’agrément. Ceux qui marchent dans des roules difficiles reçoivent de rudes secousses, et les autres ne sont affectés que par de légers ébranlemens qui retentisseht faiblement dans les cavités splanchniques et n’agissent sur les fonctions des viscères que d’une manière presque insensible. La marche prolo igée sans {Produire de fatigue ranime les tissus et augmente leur vigueur ; elle est donc un des grands moyens de l’hygiène. Les bons marcheurs-se portent ordinairement bien, mangent de bon appétit, boivent avec plaisir, et, ce qui est le.plus Leareux complément, digèrent bién. Les principes de bonne conduite dans la marche sont populaires. L’adage italien : CM va piano va sano fcM va sano va lonianoy n’a pas besoin de commentaire. . . -
L’homme a cela de plus désavantageux que les autres animaux", c’est qu’il faut qu’il apprenne à marcher , et la ma-, nière de le-lui apprendre n’est point une chose aussi indifférente qu’on peut le penser. Il ne faut pas se ‘presser,,à cet égard, comme on le fait trop souvent. On doit attendre que les enfans aient pris-des forces, et qu’ils aient, dans un langage vulgaire mais assez exact, les reins forts, c’est-à-dire les lombes, les hanches, les cuisses etJes jambes assez fortes, les pieds assez solides pour les porter. Sans cela, il résulte pour tout le reste de la vie un vice choquant dans la démarche. Ce vice de statique consiste à porter le corps en avant, en arrière et de côté, avec un balancement irrégulier l’on appelle dandiner, et qu’il faudrait peut-être nointner dindoner. Cette mauvaise démarche a d’ailleurs l’incon-
vénient grave de priver ié corps d’une base, d’une assiette solide, et de le rendre noji-seulement ridicule, mais inapte a plusieurs exercicès agréables., utiles et même indispensables. Cela fait aussi soupçonner, moralement parlant, un homme sans a-plomk Examinez les hommes connus par un caractère pronoocé et vigoureux; la régularité de leur démarche et le déploiement, un peu sec des organes locomoteurs annoncent la; stabilité inflexible des résolutions prises. Lorsque les enfans sont parvenus a neuf mois et que la 1 iberté de leurs mou*vemens indique la possibilité de ce nouvel exercice, la meilleure méthode pour leur apprendre: à marcher est de les: prendre par la main, ou de lesreîenir avec des lisières; mais ce qui surtout est un excellent moyen de développemeat, ç’est^ de laisser les enfans s’agiter et se démener a volonté sur des paillassons , des nattes, des tapis dans les intérieurs et les saisons xigoureuses ; dans les autres temps sur l’herbe quand elle n’est point humide f enfin sur le sable ou sur la terre. .Ce cfue je viens de dire proscrit, l’usage des raoym coercitifs de toute espèce,, qui enchaînent et. paralysent les mouvemens naturels. Il faut ici, reconnaître l’importapce des leçons que l’aiilenr d’Emile a données sur réducation des enfans. le ne balance point pour dire que s’il eut quelquefois plus de droits à l’admiration des hommes, il n’en eut jamais davantage à leur reconnaissance.
Extrait du 11-7® cahier (màrs 1828) , tome xxx, da Jouraal complémeataire du Dictionaire des Sciences médicales.
PARIS. ~ IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUGKE