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DES JEUX DE BALLE, BALLON ET DE PAUME

PAR M. LE BARON DESGENETTEA

r h ITSViXf^s ,

Le mot de chasse, pris dans l’acception la plus étendue, pourrait s’appliquer à la vénerie ou chasse des grosses bêtes, et plus spécialement dü cerf; à la fauconnerie qui est la chasse des oiseaux', enfin à la pêche elle-même, et désigner toutes les poursuites, tous les genres de guerre que les hommes font aux animaux sur la terre , dans les airs et au sein des eaux.

La chasse est un des exercices les plus anciennement connus et des plus anciennement pratiqués. Il appartient encore plus à l’état de nature qu’à la civilisation. Les fables-des poètes et, par conséquent, les plus anciennes traditions nous peignent, en effet, les hommes réunis et errans comme des troupeaux avant de former des sociétés régulières ; on nous les représente les armes à la main, étonné leur donne d’autres occupations que la chasse et la pêche. C’est encore l’état où se trouvent plusieurs nations sauvages. L’Ecriture Sainte nous apprend

b peu près les mêmes choses ; elle nous cite un Nemrod qui fut un grand chasseur : magnus Venator coram Domino et cependant le Seigneur le repoussa. Nous voyons qu’au contraire il accueillit avec faveur celui des fils d’Adam qui cultivait les fruits de la terre, et lui en offrait les prémices sur les autels. La chasse est frappée de proscription dans les livres de Moïse, tandis que cette occupation est divinisée dans le paganisme. Diane en était la déesse j on l’invoquait par des chants et le son des instrumens en partant pour la chasse ; on lui sacrifiait au retour, on plutôt orï lui offrait en hommage l’arc , les flèches et le carquois. Apollon partageait avec Diane l’encens des chasseurs ; on attribuait b l’un et à l’autre l’art de dresser les chiens, qu’ils communiquèrent au centaure Chiron , pour honorer sa justice. Celui-ci eut pour disciples dans cet art, ainsi que dans quelques autres, tels que l’équitation, le maniement de l'arc, celui du javelot, les plus fameux héros de l’antiquité parmi les Grecs. Ce Chiron , auquel on attribue aussi des connaissances en chirurgie, qui doit être la première partie delà médecine que les hommes aient étudiée, est sûrement un personnage mythologique des plus anciens, puisqu’il est antérieur aux temps reculés et semi-fabuleux de la conquête de la toison d’or et du siège de Troie. La fable veut que Chiron fût né des amours de Saturne avec une simple mortelle. Dès son adolescence, il se retira sur des montagnes escarpées et dans la solitude des forêts, où il s’appliqua à l’observation des astres et à l’étude des plantes et de leurs propriétés. On dit qu’il devint un habile médecin , et qu’il communiqua a Esciilape toutes les connaissances qu’il possédait, et tout le monde sait qü’Ésculape est regardé comme le Dieu de la médecine. Chiron eut encore d’autres disciples illustres , oomme guerriers, conquérans et chefs de nations; tels furent Castor et Pollux, Hercule, Jason , Méléagre,Diomède,ThéséevAnhille et plusieurs autres. Les récits de ces temps éloignés et obscurs disent aussi qu’Herenle, en prenant des leçons de Chiron j eût le malheur de blesser son maître avec une flèche , et qu’il en résulta une plaie , puis un ulcère incurable. Accablé des douleurs les plus vives, Chiron pria les Dieux de faire cessër ses tourmens. Jupiter exauça sa prière, et le plaça dans le zodiaque, où il formela constellation du sagittaire. On attriboe aussi à Chiron le premier calendrier grec employé par les Argonautes dans leur expédition, de même qu’un Traité sur

les maladies des chevaux. Un tableau antique, trouvé dans les ruines d’HercuIauûm , représente le centaure Chiron donr liant à Achille des leçons de musique.

L’homme, en se livrant exclusivement à la chassé, en fit un art qui le rendit supérieur et redoutable à tCUs les animaux, quels que ftissént leur force, leiir ruseou leur cotirage. Quand bien même nous aurions en notre possession des documétis suffisans pour tracer l’histoiré de la chassé j dans les pre- ' miers âges, ils n’offriraient pas des litres bien honorables potir reSpècé humaine. Nous verrions nos semblables déchirer les animaux avec leurs ongles et leurs dents, sucer leur sang avec avidité, et dévorer leurs chairs le plus souvent palpitantes !

Ivcs livres des plus anciens jurisconsultes nous àpprennént que l’usagé de la chasse était libre pour tous les hominés suivant le droit des gens. Lé droit civil particulier s cbàque nation apporta des restrictions à cette liberté indéfinie: Solon , voyant que le peuple négligeait les arts de première nécessité pour s’adonner passioni^ément à la chasse, la lui défendit’j mais celte défense fût méprisée quand cègrand législateur sé fut éloigné d’Athèflés, où là pins grande paftié dé ses lois fut cépendant observée de son vivant-, et rnême alors qü’iî n’existait pius^ '■ - ‘ . " ' , ' ' ■

Chez les Romains, la chasse était permise soit sur léùr'fôhds on ceux d’autrui ; mais il était libre au propriétaire de cha-qiré férfâin d’empêcher qu’un autre particulier y entrât pour chasser ou sûtr’eménî. ' -

' Pour nous borhèr a ce qui se passait ér< France , au coin-^ meûcéménï de nôtre monarchie i nous- éirons,:d’après des autorités iTréciisâblés, que’la chasse étstît libre de roêinè que chez les'Rbnîaîn's. La loi saiiqùe en réglait et délérrniriait plusiéti'Fs pârtiéSi'La châsse a été restrèîrite dans la suite par dés-ordônnançes dé nos rois, ét plus-Bouvent éncotè'par là volonté arbitraire' dedéurs* grands vassaux, à des classes spéciâiés et privitegiéés ; èt ellé a "été expressément défeiidue â d’autres' Làinsi elle' a été défendué au clergé, qui n’en à pas inoirfè cbâssé’déptiiâ le cérf ét le sabgliér jùsqu’au^làçins. Là-chassé’ a été défendue au peuplé déS villès, dés bourgs, viltagés èf câmpâgfrèa: Cépendant^ commé tiné grande aisance riVâiîsâ tôujoôrs avec les privilèges, de ricbes bourgeois, dés (ïôrpbfàtîoris entières', dés villes et même dés provinces jôtiissnietîb àtnrptémènt dü droit de ébasse avant l ybgi- Aujourd’hui la chàSsë et la faculté d’en user sont réglées par des

lois plus favorables à l’égalité des hommes et à la qualité de propriétaire exerçant avec plus ou moins d’extension les droits civils.

Dès les temps les plus reculés, l’homme, d’après Uintelligence dont il est doué et qui tient à son organisation a étudié la manière de vivre des animaux, pour les surprendre et les subjuguer plus facilement. Il a varié ses embûches selon la variété de leur caractère et de leurs allures. L’homme instruisit le chien, dompta et monta le cheval, s’arma du pieu, du dard, aiguisa la flèche et fit tomber sous ses coups l’ours, le léopard, le tigre et le lion ; enfin il perça de sa main depuis les bêtes féroces qui rugissent dans les forêts et les déserts, jusqu’aux aigles qui planent dans les cieux.

On pourrait, outre les grandes divisions déjà indiquées, distribuer méthodiquement la chasse d’après les animaux avec lesquels on la fait. Si elle a lieu avec des chiens, n’importe la race, elle se nomme vévfirie; avec des oiseaux, elle s’appelleyhuco/nrerze. Les instrumens dont on se sert, pour atteindre et frapper les animaux, pourraient faire admettre une troisième division ; ainsi, il y aurait lâchasse aux chiens j celle aux oiseaux, aux armes blanches ou à feu, et aux pièges. La chasse avec les chiens se subdiviserait selon les espèces employées , en chasse au limier, au chien courant, au couchant, au lévrier, etc. La chasse avec dés armés purement défensives est devenue rare depuis l’usage de la poudre à canon. INous supposons ici, pour un moment, que les divers genres de chasse ne sorit pas réunis , quoiqu'ils le soient presque toujours. La chasse qui se ferait avec des armes seulement offensives, se diviserait suivant les moyens ^divers que l’on emploie, comme le fusil simple ou double, la carabine, le tromblon ou espingole, le couteau de chasse, la pique, la baïonnette courte et large dans son milieu , enfin le trident préférable aux deux dernières armes par sa solidité et deux moyens vulnérans de plus, La chasse aux pièges offrirait toutes les ruses et instrumens dont on se sert pour attraper les animaux. Il y a aussi une autre espèce de chasse dont il faut faire mention, c’est celle que les Romains nommaient amphîüiéâtrale {venatio ludiaria^ venatio amphitheatralis). Cette chasse avait lieu dans leurs cirques, leurs amphitbéâ'' très ou leurs arènes. On lâchait dans ces espaces circon> scrits et plus ou moins magnifiquement décorés et couronnés par des milliers de spectateurs, on lâchait toutes sortes d’ani-

maux sauvages, que l’on faisait attaquer par des hommes exercés dans cet art dangereux, et que l’on nommait hestiarii. D’autres fois ces mêmes animaux étaient tués de loin et avec des flèches par les spectateurs eux-mêmes, soi te despectacle et d’amusement qui accoutumait à l’effusion du sang, exerçait aux horreurs du carnage, et entretenait ainsi la-férocité des mœurs que la société devrait adoucir. L’an de Rome 5 oi , on y conduisit 14® éléphans pris en Sicile sur les Carthaginois, et ils furent tués dans le cirque à coups de flèches. Auguste donna au peuple, dans une seule fête amphithéâtrale, 3 , 5 oo bêtes; Scaurus donna une autre fois un hippopotame ou cheval marin et 5 crocodiles; l’empereur Probus, 1,000 autruches, 1,000 cerfs, 1,000 sangliers, 1,000 daims, 1,000 biches et 1,000 béliers sauvages, ce qui fait 6,000 bêtes. Le même prince avait fait rassembler, dans un autre spectacle, 100 lions de Lybie, 100 léopards, 100 lions de Syrie, 100 lionnes et 3 oo ours. Sylla , le dictateur, avait donné avant Probus 100 lions ; Pompée 3 i 5 , et César 400. Si ces récits ne sont pas exagérés, que de trésors il fallait employer pour célébrer de semblables jeux ! C’étaient les dictateurs, les consuls , les questeurs, les préteurs et les édiles qui faisaient la dépense de ces jeux , quand ils briguaient la faveur du peuple pour obtenir les hautes magistratures.

.L’exercice de la chasse , telle qu’elle soit, a été tour à tour et à divers intervalles singulièrement exalté et déprisé, et cela a même eu, lieu chez le même peuple à des époques assez peu éloignées. Au temps de'Salluste, le grand historien, Jes Romains, de rordre -des patriciens, méprisaient la chasse, loin de la regarder comme urie image de la guerre et la pjeilieuré école de la gymnastique militaire, comme l’ont prétendu long-temps nos privilégiés. Les hommes qui couraient simplement le lièvre, et en faisaient leur occupation journalière et quelquefois leur unique soutien, étaient fort peu considérés par les chasseurs aidés de chiens nombreux et inoiités sur des chev'aux,quelquefois le gantelet surmonté d’un hoberau. Croupissant volontiers dans la détresse , la misère et l’orgued vces derniers auraient rougi de savoir signer leurs inoras, longtemps après que ce léger talent était assez répandu. Lâchasse de tous les genres a été aussi entre les hommes privilégiés qui

se livraient à cet exercice par amusement, convenances ouné-

cessité, le germe de jalousies, de guerres ou de cornbms* Elle a été, pour la masse du peuple qui cultive les campagnes,

une source de malheurs, de misères, d’esclavage et detourmens de toute espèce; la peine de mort a été imposée chez nous, au seizième siècle, au roturier qui tuerait un cerf;

Hygiéniquement considérée , la chasse a presque tous les avantages elles inconvéniens de la marche et du saut; êt même de l’équitation. Ce dernier article est un immense chapitre qui ne peut être étudié qu’au manège, etenseigné’Senlemeni avec fruit que par de très-habiles écuyers versés dansl’hippiatriqué, Ou au moins l’anàtOmié et la physiologie" du cheval.

M. Charles Loùde qui, eu publiant sa Gymnastiquemé- ' dicale et son Traité-élémentaire d’hygiène , s’est placé aux prèmiersrangs dans cé genre, a fort bien-raisonné sur lèsîâvântages et les inconvéniens de l’équitationi'G’est avec beaucoup de sagacité qu’il a classé cét exercice au nombre de ceux qu’il appelle mixtes. En effet ; réquitation '^e compose de deux mOuvemens ; le premier passif , dans lequel'le cavalier obéit aux impulsions du chêval', èt le second'actif j C’est-à'idife'da^S lequel le cavalier îïâbiîe dirige a volonté son coursièri. quitatioh communiqué au cavalier des;moüvëmens doux, brusques ou vîolens ; suivant que le cheval est plus où moins bien dressé , et particulièrement/d’après ses allures. Eprs» qu’on veut' employer l’équitatiotj comme uri moyen pr^hylactique ou curatif , il n’y à gtiere que deux nliures qureunviènnent, le pas ou le galop , et plus spécialement le petit galop de chassé, qui consiste dans des sauts ou plutôt dans des bonds mbdérés quî soulèvent verticalement le cava-

lierj conservant aveé 'a plomb lè fond de la'seMe^Dâns le grand galop les shtits- en avant sont '.télleraent prononcés y

quand un chèval vigoureux est bien lancé ,*ôu doit voir à; la fois, dans ce mode dé progrêssioil ;'les qUÿiru^pièds- êx l’air; c’est ce qué l’on cbserve- dans’les'grandes'cbatge^de cavalerie coulées h fond ; suivant le langage de cette ürme. ' Nous passons aux''jeux de-felle, ;de paume, de volans, que nous réunissons , en quelque sorte, en un' faisceau. Ces jeux ne diffèrent guère entré eux que par la forriie, 'le volume et le poids du'projectile, et, à'cause decela, ils ne sont pas également de toutes les saisons, de. tous les instaus , et de tous les âges' db la vie. La:- faculté qui est coramune-à tous est d’exercer tés muscles; ainsi donc tous ces jeux, quoique lé volant ne soit pas interdit aux vieillards valides, convièftnehfâ l’erifarîcë','à l’adolescence:,' a la jeunesse et a l’âge mur. Ces exercices, dans lesquels on peut aequérir'des

forces et de l’adresse^ favorisent la transpiration et excitent sensiblement l’appétit- Quand ils sont portés à l’excès, ils deviennent très.-ffaligans, et peuvent produire des inflammations dangereuses fit attaquer plusieurs fonctions.

. La paume est, entre, tous les jeux d’exercice et d’adresse, le plus beau que les hommes aient imaginé. Gomme il exige un vaste local et un attirail tout particulier, il a l’inconvénient d’être* fort cher, et, par conséquent, à la portée d’un petit nombre d’amateurs. Quoi qu’il en soit, quand pa ne s’abandonne pas au jeu de paume avec trop d’ardeur , et qu’on ne le porte pas jusqu’à la lassitude prononcée, il procure une transpiration favorable , donne une énergie et un jeu parlieulier à tous les muscles du corps qui sont exercés tour à tour au moyen des courses, des sauts, des mouvemens allongés, raccourcis et précipités que les joueurs sont obligés de faire. Ce jeu convient beaucoup aux personnes robustes et agiles qui sont détournées de la chasse par leur goût ou leurs occupations habituelles. La paume f qui est un moyen prophylactique, peut devenir très-utile à ceux qui sont naturellement indolens, ou dont la fibre musculaire, d’ailleurs peu exercée, est primitivement flasque ou légèrement irritable.

Le jeu de la longue paume a peut-être moins de partisans que celui de la paume proprement dite, de celui qui a lieu dans un espace circonscrit par des murs élevés, et éclairé convenablement pour cet objet. Mais la paume longue n’est pas moins salutaire que l’autre, et elle a sur elle un grand avantage, c’est d’être à la portée de tout le monde, parce qu’elle est très-peu dispendieuse. Nous ne pensons pas même qu’il y ait parité entre le jeu de paume, exercice pris dans une enceinte recouverte, et l’exercice de la paume longue eu plein air sur une longue lice, dans une place publique, un large quai, ou le long d’an grand édifice élevé et offrant une ligne droite. Dans le midi de la France, en Italie, en Espagne et presque toutes les îles de la Méditerranée, le jeu de paume longue est un exercice très-commun, et il forme jour- Helleraent, pour un grand nombre de spectateurs, un amusement des plus vifs; d’un autre côté , ce jeu réunit, rapproche tous les hommes dans les pays que nous venons de citer. Les maîtres de l’art forment les citadins plus ou moins aisés, et les grands plus ou moins riches. La plus grande émulalation, et jé ditais même l’égilité, .régnent dans.ces jeux. Vêtus souvent uniformément, et la plupart du temps comme

les athlètes de l’antiquité, leurs corps bien dessinés prennent les plus belles attitudes énergiquement prononcées, exécutent tous les raouvemens dont ils sont susceptibles. A Rome, les femmes de toutes les classes se portent en foule dans ces lices, comme elles se rendaient dans les colisées et les amphithéâtres des anciens. Mais ce sont surtout les nombreux artistes de tous les pays, passionnés pour la belle nature, qui viennent chercher des modèles dans ces lieux : empruntant souvent d’un seul homme et plus souvent de plusieurs les formes développées sous leurs yeux, ils parviennent à créer leurs ouvrages les plus parfaits. Quand on assiste à ces jeux dans l’ancienne capitale du monde, on se croit transporté au temps des Césars. C’est au Champ de-Mars, au pied du Capitole , le long des murs du Vatican, qu’ont lieu ces attrayans spectacles, ün peuple ardent s’identifie par ses regards, ses cris, ses applaudissemens, aux acteurs de la scène, et, parmi les étrangers , les imaginations les plus lentes en sont ébranlées, et les plus phlegraaiiques se trouvent rapidement électrisés.

Extrait du 120® cahier (juin i8a8), tome jtM, du Journal complémentahe -du Dictionaire des Sciences médicales.

PARIS- — IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCROUCKE

KUE DES POITEVINS, N° l/i-

DU JEU DE VOLANTj DE BOULES^ DE QÜILLES5

DE l’escrime,

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