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DE LA DÉCLAMATION ET DE LA NATATION

ϻAR M. LE BARON DESGENETTES

Ïje volant est un jeu ou üii exercice qui procure des mbuvemens agréables et utiles dans l’intérieur des habitations surtout (dans les temps droidst II convient particulièrement aux jeunes gens (des deux sexes et surtout aux iSllés et à tous ceux qui mènent une vm.sédentaire. A Paris, et peut-être 4ans beaucoup d’autres lieux, on joue au volant en plein air : passe pour les jardins publics et privés, les places et même les cours 5 mais dans la capitale j sur le déclin des jours d’été et par les temps frais, on jQue,au milieu des rues les plus fréquentées; jeunes filles et garçons bondissent en se livrant impétueusement à l'exercice du volant, ce qui est fortincommode pour les.piétons réfléchis ou distraits, marchant la tête inclinée Un peu en avant, parce qu’ils ont fréquemment le pez relevé et la tête brusquement portée en arrière par de grands coups ide raquettes. Le modeste jeu de boules est la consolation et le passe-temps d’une foule d’hponêtes ci-

foyens réunis, surtout dans nos jOnrs fériés, aux barrières de la capitale, sur quelques boulevards un peu délaissés et pardessus tout, aux Champs-Elysées. C’est un exercice très* agréable , peu fatigant et très-salutaire, qui convient aux personnes même peu robustes, qui fait faire beaucoup de inouveméüs très-variés , soit en courant, marchant au moins d’un pas précipité, soit en se baissant et en se relevant, soit en étendant les bras et en projetant les boules. Tout le monde a vu sur nos quais et nos’bdulévards cette petite lithographie qui représente avec tant de vérité nos joueurs de boules. Ce dessin, qui est une sorte de débauche d’un beau -talent, est dû au crayon de l’un de ces Veruet qui font un si noble usage de leur pinceau en le consacrant à la gloire militaire de notre pa^

e jeu de boules est un exercice -amusant qui, par les différeutes inflexions qü’ii donne âüx muscies de presque toutes les parties du corps, est un de ceux qui, sans trop le fatiguer, peuvent lui procurer les secousses les plus favorables, et contribuer le plus puissamment au maintien de la santé. Le jeu de quilles convient à tous les âges de la vie. On proportionne cet exercice â la force de ceux qui le pratiquent; ainsi, il y a des quilles et des boules en rapport avec toutes les forces; elles varient pour le volume et le poids depuis celles que l’on peut mettre dans ses poches et son chapeau, jusqu’à celles que l’on transporte dans des brouettes et même des charettes. Les orthopédistes, c’est-à-dire les médecins qui ont pour but de redresser; dans le jeune âge, titiè organisa^ tibn vicieuse ou incomplète, ont indiqué avec raison le -jèu de qüîllés comme un raoyeiï^d’éxercer ûtîîènjènt lè'brâs gàu^ cbë lôrqu’il est plus^aiÊle que le bras droit. Mais;tôus 'lés bommes, même les plus fbfî's'ét lès mieüx proportionnés une main qui devient plus forte qiie l’autre, ét il faut raêtâè dire un bras pour parler avec exactitude. Lè plus dévèloppë des deux est celui qui a été le plus exercé, et c’est presqûè toujours le droit. <Gè serait une chose fôrt avàritageuse d’bâ-’ bit.Uer les ehfansa sé servir également des deux mainsv’èt*èîi faire ainsi des ambidextres , et on doit , entendre , par dette expressiéo, ceux qui ont une égale facilité pour se servirdè leurs deux mains. Les avantages qui Tesultent de cetté’ faculté sont suffisamment sentis et appréciés. Les ndmbréüsès mutilatiôns, résultat de nos guerres, offrent journellemehrà nos regards les avantages attachés à la faculté de suppléer un

Bras par un autre. Il faut dire aussi que les progrès de la niécauique adoucissent tous les jours le sort des mutilés et que d’autres arts congénères cachent ou déguisent le spectacle affligeant des mutilations,

On définit l’escrime , Part de se défendre ou de porter des coups l’épée h la main. Cela s’apprend en s’exerçant de bonne heure et journellement avec des fleurets qui se'nomment en latin rudes, çe qui a fait appeler l’escrime gladiaLura ruddaria. Les maîtres qui enseignent cet art commencent par habituer et rompre le corps de leurs élèves aux différentes positions qu’il doit prendre;- ils leur apprennent à ployer facilement le^ articulations et à leur donner de la souplesse dans tous les mouvemens généraux et d’ensemble; ils montrent ensuite a exécuter les mouvemens partiels du bras et surtout du poignet, car c’est la main qui porte ou qui pare les coups. Les premiers mouvemens se nomment hottes, et les ,seconds parades. Après ces, préliminaires, ces mêmes maîtres d’armes enseignent à mêler ou à combiner ces, divers mouvemens, de manière à tromper son adversaire par de fausses attaques que l’on nomme Enfin , les maîtres

d’eseriipe vous apprennent à vous servir avec le plus d’avantage possible des feintes et des parades. Cette partie, qui est le complément de l’art, se nomme assaut, et est la parfaite image d’un coinbat à toute ouîrarice.

Nous ne voulons considérer ici l’escrime que sous le point de vue de la gymnastique athlétique ou médicale , c’est-àdire comme moyen de développer les forces sans avoir égard à ce qui constitue la gymnastique purement militaire, ou , ce qui est la même chose, l’attaque ou la défense.. Nous dirons donc que l’escrime imprime à l’homme uir maintieii fixe, solide, assuré, Dans l’état de station et en garde, tout est avantageusement d.ispQS.é pour l’action. Dès qu’on est en mouvement et fendu , le corps se porte en avant et en arrière avec une grande vivacité. La stabilité ou l’assiette consiste surtout à mouvoir peu lé pied gauche, à en faire le centre ou le point d’appui sur lequel le corps gravite et bat en retraite, ou se porte en arrière pour revenir rapidement en avant. Presque tous les muscles sont dans une action continuelle ; les jambes travaillent autant que les bras; à proprement parler, les jambes travaillent mêroe davantage, car elles sont toutes les deux eu action, tandis qu’il n’y a qu’un bras qui soit fortement occupé ; l’autre ne sert, en quelque sorte, que de balan-

eier. Quoi qu’il en soit, le corps entier , et les viscères e» particulier, éprouvent des secousses violentes et rapides, qui retentissent dans toute la macbine. Enfin , les variations or^ ganiquesque fait naître cet exercice lui assigneiit une place fort importante dans la gymnastique athlétique et médicale. Malgré ce que nous venons de dire, les hommes de l’Europe moderne se sont plutôt appliqués à l’escrime dans l’intention de vaincre dans les combats singuliers, que pour sé procurer un beau développement, et faire briller et admirer leur grâce sous les armes. Le duel, fort ancien parmi nous, a été autorisé par nos rois et par les parlemens; on en a des exemples méraorableé qui remontent à i3^5. Le dernier eut lieu en 1547, entre Gui-Chabot de Jarnac et François de Vivone de la Châtaigneraye, en présence dû roi et.de toute la cotir. Ces, deux seigneurs se battirent à pied et avec l’épée. Vivone mourut des blessures qu’il avait reçues, et Henri 11 résolut dès ce moment de ne plus permettre les duels. Dès i386, i4o3 et-1409, nos rois avaient défendu ou limité les duels. Ils furent défendus de nouveau par un édit de 1569, l’ordonnance postérieure de Blois , un arrêt du parlement de Paris de iBggjpar Louis xiii en 1611, i6i3, i6i4,1617,1624, 1626 et i654‘ Louis xïv défendit les duels encore plus sévèrement que ses prédécèsseurs , et fit exécuter les règiémens , comme on peut en juger par ses édits de i643 et i65i, par l’ordonnancé de 1670, et plusieurs déclarations de 1679 , 1704 011711. Louis XV fit serment à son sacre, exemple suivi dejpuis par nos rois, de n’exempter personne de la rigueur des peinés ordonnées coutredes duels, et il renouvela, par umédit de 1729, les défenses portées par les règleméns antérieurs. Les peupies les plus civilisés de l’Europe , pour ne pas remonter plus haut que 15oo , ont prodigieusement varié' la forme dè leurs épées. Les Espagnols et les Napolitains, comme leurs Vassaux , sont ceux qui ont le plus long-temps conservé les épées de trente-deux pouces avec une ample garde ou coquille. Plus tard, dans le reste de l’Europe, la noblesse et les officiers des troupes portèrent des épées qui allèrent en décroissant de longueur, et avant notre révolution , elles étaient si courtes, surtout dans les états-majors des places, qu’on les nommait plaisamment Zwe^e^; mais ce qui n’est pas risible , c’est que ces lames triangulaires et très-aigués faisaient des blessures très-dangereuses ; d’ailleurs, ceux qui en étaient armés se touchaient presque du pied droit,.

et que, pour me servir d’une expression empruntée de l’art, on se joignait de suite sous la coquille. Les maîtres français se sont toujours distingués par la simplicité et la franchise des principes et une taciturnité imposante, et contrastant singulièrement avec les vociférations fatigantes et continues des Italiens. Nous pouvons affirmer qu’il n’est point d’exercice qui procure d’aussi vives commotions que celui des armes. Tous les muscles des ^ras , des cuisses, des jambes, plusieurs de ceux du torse et de la tête éprouvent alternativement des mouveraens de flexion et d’extension, de pronation et dé supination qui forcent les appareils ligamenteux à s’étendre et à se raccourcir avec une mobilité'qui doit promptement, dans le jeune âge, augmenter leur force et leurs proportions. On imprime, par cet exercice, au tronc et à tous les viscères des commotions qui doivent leur être favorables en facilitant la circulation et en augmentant l’énergie de tous les organes. Les orthopédistes doivent surtout invoquer les secours de l’escrime pour développer les adolescens lents , paresseux, phlegmatiques, ceux que la morosité éloigne des jeux et des plaisirs de leur âge, enfin ceux qui croissent lentement, et ne le font pas avec rectitude, soit qu’ils pèchent par la conformation de la poitrine, les jambes ou la colonne vertébrale. On procure , par l’escrime, a ces êtres faibles, plus de ressort dans les solides, et de fluidité dans les liquides. Assez souvent on les voit se redresser, grandir et acquérir une force, une agilité et une grâce dans le port du corps dont on ne les aurait jatmis crus susceptibles. On ne peut donc trop répéter que l’escrime, enseignée par de bons maîtres, peut seule donner la pose calme, noble et aisée, qui semble surtout désigner, pour la profession des armes et le commandement, ceux qui en sont doués. ^ .

Les éclats répétés de là voix que nous avons désignés sous le nom de voctférations , engagent à dire un mot de la déclamation, que les anciens plaçaient au rang des exercices de la gymnastique, talent d’ailleurs agréable, utile et même indispensable dans quelques professions et plusieurs circonstances de la vie. Un assez bon nombre de médecins de l’antiquité, entre autres Gelse, iEtîus , Oribase , ont conseillé la déclamation ou la lecture soignée et a haute voix, comme un moyen de guérison dans diverses maladies, et comme prophylactique pour ceux dont les digestions sont léntes et pénibles. Il est positif que là déclamation agit non-seulement

d’une manière directe sur l’appareil eniier de la respiration mais qu’elle agit de proche enf proche et secondairement sur tous les organes. Le diaphragme, mu plus rapidement, im^ prime aux viscères contenus dans la cavité abdominale dès secousses continuelles qui augmententent l’énergie de leur action, et par conséquent les^fortifient.

La natation est un exercice tout à fait différent de ceux dont nous avons traité jusqu’ici. Lorsqu’un accident vous fait tomber dans l’eau, il est essentiel de savoir nager; la natation est aussi un talent fort utile pour les gens de guerre, les chasseurs et les pêcheurs. Les anciens, qu’il faut toujours considérer comme les premiers maîtres de la gymnastique athlétique, médicale et militaire, faisaient un grand cas de la natation, qu’ils avaient réduite en un art auquel ils don-r naient beaucoup de soins. Ils avaient, pour but principal, de se garantir^de l’action d’un élémeiit redoutable. L’homme est un des animaux les plus impropres a la natation, à cause de sa tête qui pèse au bout d’un long levier, quand il est horizontalement dans l’eau. Mais l’hommedoit-il nagerborizontalelnen^? Je crois que non. L’homme nage si peu naturellement, que, s’il n’a point reçu de leçons, il se noie d’ordinaire quand il tombe dans une eau profonde. Nous voyons, au contraire, les quadrupèdes les plus volumineux franchir les fleuves les plus rapides avec autant de succès que d’assurance. L’homme qui ne sait pas nager, devient souvent pusillanime, et le cœur le plus bouillant de valeur est enchaîné sur le rivage, parce qu’il redoute une mort peut-être ignoble ou au moins obscure dans nos préjugés populaires, quoique Poniatowski, couvert de sang, et précipité dansI^Adler par les feux de l’ennemi, ait fini aussi glorieusement sa vie dans les flots, que s’il l’eût perdue au milieu des bataillons les plus épais. Les taureaux, traversant les fleuves, ont exercé les pinceaux des plus grands maîtres. Ils ont peint surtout sous ce déguisement le plus puissant des Dieux, errant d’abord dans une prairie émaillée de fleurs, souffrant plutôt qu’il ne paraît rechercher les caresses d’une mortelle; il ploie ses jarrets vigoureux , reçoit stir son dos la trop confiante Europe, et la portait comme en triomphe quand il s’élance avec elle au milieu des ondes. Le sanglier ainsi que le porc, sorl congénère, sont parfaitement construits pour nager ; je n’avais jamais été a portée dé m’en convaincre aussi bien qu’en 1812 en marchant sur Moscou. Arrivé sur les bords du Borysthène, et résolu à y passer la nuit, je fus

tout à coup frappé par des cris très-bruyans , et que je reconnus comme partant de quelques chasseurs de la garde italienne qui poursuivaient des porcs, et de ces animaux qui cherchaient à échapper à leur poursuite. L’un de ces porcs, d’une taille énorme, et, malgré cela , fort leste, se trouvant barré sur la route par quelque obstacle, se jeta a l’eau j il fut à l’instant suivi et entouré par des nageurs arniés de ces sabres courts que nous nommons briquets. Il éluda quelque temps la poursuite; atteint, il reçut plusieurs coups sans paraître blessé ; enfin, un coup de pointe ouvre largement les parties latérales du cou, et il versa un torrent de sang qui rougit les ondes autour de lui. On vit alors entièrement disparaître, dans les mouvemens rapides, que lui inspira sa défense , ce que le porc a d’ignoble : c’est le sanglier d’Erymanthé aux prises avec Hercule c’est celui qui succomba sous les coups deMéléagre , celui qui versa le sangd’Adonis. Le nôtre blesse plusieurs de ceux qui le poursuivent ; le fer s’échappe des mains de quelques-uns d’entre eux. Un nouvel assaillant survient; il est armé d’un long levier, il frappe l’animal à la tête et l’assomme; alors il chavire et reparaît sur le flanc ; après avoir un instant disparu sous l’eau. J’oubliais de dire que ses cris prirent, dans la fureur du désespoir, un caractère effrayant, et dont le son prolongé sur les deux rives y, répandit l’alarme, comme dans une surprise de l’ennemi au milieu d’une nuit obscure-

- Si nous recherchons maintenant quel fut l’état de la natation chez les anciens, nous verrons qu’il fut très-avaucé particulièrement chez les Egyptiens , les Gyecs et les Romains, commefaisant partie de la gymnastique athlétique et militaire. Ces peuples avaient consacré à la natation de nombreuses écoles. Ceux qui se seraient abstenus de les fréquenter étaient regardés comme des hommes pusillanimes, bons à reléguer , tout au plus, parmi les feinmes; mais, dans aucun temps et dans aucun pays que je sache, les femmes n^ont aimé les hommes de cette espèce; elles recherchent et honorent, au,contraire, la force et le courage, comme, un appui de leur faiblesse naturelle. L’histoire, ainsi que des monuiuens de divers genres, et particulièrement les bas-reliefs des colonnes triomphales, représentent souvent des guerriers tout armés, franchissant, à la nage, de larges fleuves et des tbrrens rapides. La désuétude de la natation, dans nos exercices militaires modernes, nous oblige à traîner a la suite de nos

armées des équipages énormes. Je sais bien qne les pontonà servent à autre chose qu’à passer des hommes et des chevaux puisque l’artillerie et tous les approvisionnemens passent dessus ; mais je dois faire observer que les ponts, meme ceux que l’on nomme volons^ ne peuvent arriver et se placer partout où on en aurait besoin. C’est un fait positif que les armées modernes sont souvent arrêtées par des obstacles qu’auraient franchis celles des anciens. D’après cela, ne devrait-on pas apprendre a nager à tous les soldats? La natation fut aussi en honneur parmi les Gaulois, nos valeureux ancêtres, et, sans remonter aussi loin, les chevaliers français, a leur réception, devaient faire preuve de leur habileté dans l’art de nager, et ces exercices se pratiquaient encore sous le règne de Louis xi. On ne sait par quel motif les nations , en se poliçant, se sont écartés de cette utile institution. En effet, nous voyons que tous les peuples sauvages, que tous les barbares de l’Asie, de l’Afrique, des Amériques et de l’Océanique savent parfaitement nager, et nagent presque debout.

Revenons aux Européens, car on ne peut trop insister sur la nécessité de multiplier et perfectionner nos écoles de natation. C’est ùn moyen puissant de donner aux jeunes gens, c’est-à-dire à l’espoir de la patrie, une constitution physique et des habitudes qui les rendraient susceptibles des travaux les plus pénibles; quelques-uns y trouveraient aussi le contrepoison d’une éducation molle et efféminée. Nos écoles actuelles de natation font pitié quand on les compare avec les naumachies des anciens. Nous les avons surpassés dans la confection des routes, des ponts, des canaux, des ports; faisons aussi bien pour les écoles de natation, dont on pourrait aussi tirer parti pour l’éducation navale.

Celui qui nage exécute, pour se soutenir sur l’eau, des mouvemens rapides et continuels; mais ce fluide offre trèspeu de résistance ; les contractions et les redressemens successifs des membres ne causent plus de chpcs, de répercussions de mouvemens, n’ébranlent plus tout l’organisme, comme la course, le saut, la danse , l’escrime. Cependant , la natation exige des mouvemens musculaires puissans, qui deviennent secondairement, et de proche en proche, une cause impulsive ou excitante pour tous les appareils organiques. Un résultat important de cet exercice, c’est l’impression de l’application de l’eau sur la peau, en vertu de sa pesanteur , de sa température et autres qualités physiques. On

peut conclure , de cè qui vient d’être dit, que la natation ne ressemble point au bain simple, et qu’il y a entre eux des différences rêmarquables. Dâüs la natation, les mouvemens vifs et répétés que l’on fait pour se soutenir à la surface de l’eau, sont bien propres a la faire pénétrer dans le corps , et à y produire une action utile. On acquiert aussi,-par cet exercice, une force morale, une hardiesse qui, dans, plusieurs circonstances, peuvent être avantageuses pour soi ,*61 pour porter du secours aux autres. Quels que soient, au reste, les avantages qiîe nous atlacbons à la natation , nous ne nous dissimulons point ses inconvénîens. IMous avouerons .sans contrainte qu’elle convient peu à ceux qui sont nés faibles et délicats, a ceux qui ont la poitrine peu développée, et qu’il faut surtout les empêcher dé se livrer à la natation après le repas. De fréquens exemples Ont fait ressortir les dangers de cette imprûdeuce, tandis que des hommes bien constitués, et qui en ont graduellement contracté l’habitude, peuvent, sans inconvénient, se plonger dans l’eau en sortant de manger. Les lois de la physique indiquent assez pourquoi on se soutient difficilement sur l’eau-avec une poitrine étroite, et comment bn s’y soutient si bien avec; d’amples poumons remplis d’air. lien est de même des gens secs et maigres, comparativement à ceux qui sont fort gras, et sont sur l’eau comme un morceau de liège.

Parmi ceux qui ont traité des avantages et des principes de la natation ,-on doit placer au premier rang Kenelm Digby, Winraann et Tbévenot. Le dernier est celui qui a le mieux exposé tout ce'qu’il faut-pour arriver dans cet art au degré de perfection désirable. Il a placé dans son ouvrage-intitulé : ŸArt de nager, des gravures qui indiquent les différerites positions que le corps doit prendre dans l’eau ; ses préceptes sont fondés sur ce que l’expérience'a appris de plus positif. Ceux qui bouquinent'sur Jés quais* de la câpitale et autres lieux pourront trouver sur leurs pas une Lrocbure ayant pour titré : Y Art de nager entre deux eaux. Get écrit-n’a rien de Commun avec la gymnastique; il est simplement destiné à former au talent d’obtenir et surtout de conserver des places soüs les régimës tes plus opposés. ^

J.-B. Léroÿ, de l’Académie des Sciences, a donné le plan d’uné école d;e natation, avec lâ description de divers globes ou tdbes' eu fer-blanc, formant des scaphandres impénétrables, tant pour passer une rivière sans mouiller ses vêtemens,

que pour se garantir de^l’action de l’eau froide, et sauver,^ même au milieu des rigueurs de l’iiiver, ceux qui sèraieiit dans le danger de se noyer. L’éxpédient principal auquel on a recours pour former des nageurs armés de la sorte, est une poulie mobile portée par une corde attachée à deux poteaux. placés aux deux extrémités d’un canal ou bassin pratiqué exprès pour servir à, cet exercice. On fixe sur la poulie: une corde garnie: de quelques bandelettes* à l'ajde desquelles l’apprenti nageur * soutenu à la surfaceNde l’eau, peut recevoir les leçons .d’^n bon maître. Ce travail d’un académicien estimé et très-répandu dans le mfinde fut bien accueilli ; et, malgré celte prévention favorable, après un mûr examen , je crois ce projet défectueux. La natationdans un:éanal ou bassin , étroitement limité; est un joujoti propre à amuser des; enfaus. Ceux qui excelleraient dans cette baignoire perdraient toute présence d’esprit en tombant dans une grande masse d’eaii, et s’y enfonceraient de plusieurs pieds; et, en supposant qu’ils revinssent un moment à la surface de l’eau, leur tête ne sé remettrait pas davantage. Observez tous les peuples nageurs; enfans, et dès qu’ils vont à l’eau, ils commencent par,plonger, c’est-à-dire enfoncer la tête dans l’eau;: ils débutent ainsi dans l’apprentissage de, l’art par la plus grande des difficultés. Dans la plupart de nos provinces, où l’éducation a quelque chose de plus agreste et de plus mâle qu’à Paris, nous avons; vu apprendre et appris nous-même à nager , ainsi qu’il suit : d’abord le plongeon ; une main amicale vous redressait un instant, pu vous laissait encore barboller quelques secondes. On formait en^ suite un faisceau de joncs demi-ijircuiaire ou décrivant un angle obtus, et on appùyait dessus le menton et les deux bras. Quand on sènlait son-corps soutenu, on abandonnait par instans , on chassait devant soi, et, au besoin, o» reprenait son appui. Arrivé dans la capitale, et entouré de toutes sortes de maîtres, par les soins et les sacrifices de nos bons parens, nous reçûmes, aussi des leçons; de natation. Elles étaient méthodiques et bien raisonnées. Wotre institua leur connaissait assez bien les puissances locomotrices, et il en faisait une démonstration qui égayait beaucoup ses, élèves: se dépouillant de sa robé de chambre, de SQu bonnet de nuit et de ses pantoufles, il se plaçait à platrventre sur un fil, et expliquait avec démonstration lés mouvemens qu’il convient de pratiquer. Il répétait moins heureusement ses leçons

au milieu de la rivière, où il ne conservait plus que l’avantage d’un énorme embonpoiut. Notre véritable maître, le praticien, était le porteur d’eau de la pension, très-babile et prudent nageur. Quand nous avons eu besoin de revenir sur la théorie de la natation comme partie de la gymnastique, et, par conséquent, de l’hygiène, nous avons trouvé de très-bonnes choses dans un écrit de Nicolas Roger, inséré dans la Bibliothèque économique de 1783,

Extrait du 122® cahier (août 1828), tomexxxi, du Journal complémentaire du Dictionaire des Sciences médicales.

PARIS. ~ IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKE

RUE DES POITEVINS, N° l/j-

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