SUR LA PESTE
Par M. UE Baron DESGÈ%ETTES.
lu y a déjà quelques années que nous annonçâmes, par la voie des journaux de médecine, le don que nous avait fait d’un ouvrage publié en 1/1-78, à Bologne, par^Bavera, sur la peste, M. le baron Marchant, alors digne maire de Metz, et que l’administration a depuis rendu à notre arf, qu’il exerce avec autant de distinction que de succès.?^
Nous nous proposons aujourd’hui, non pas d’aiinoncer simplement, mais de faire connaître, avec quelques détails, un ouvx’age d’une date postérieure, écrit sur le même sujet, avec beaucoup plus d’étendue.
Voici le principal titre de cet ouvrage in-8°, imprimé à Avignon, caractères gothiques, encadré dans lin frontispice décoré d’arabesques gravées en bois et d’un âsséz bon goût de dessin : Celeherrimi atque acutissimi jureco^àiiÊ dom: Jo. Francisci de Sancto-Nazario doctoris PaptèiTsi's : jura m-
terpretantis in florenti Achademia Avenionensi ad cives Aveniorienses de peste libritres.
On voit au verso une figure qui représente l’auteur, a genoux, offrant son livre à un dignitaire assis dans un fauteuil ambras, la tête couverte, et dont le costume paraît être celui d’un magistrat.
La page suivante contient une pièce de vers sous ce titre: iucü ClaudiiEnsis , Philomusi, elegia in commendationem operis Domiid Francisci de Ripa jurisconsultorurn eruditissimi. C'est ici que nous trouvons, pour la première fois, le surnom de Ripa, sous lequel l’auteiir est le plus connu.
Au revers de l’élégie mentionnée ci-dessus, on lit le privilège encadré dans des arabesques plus soignées que les premières. Cet acte, dont voici le texte, est surmonté des armoieries du cardinal légat : Reverendissimi Dom. Dom. Francisci de Claromonte, cardinalis et legati Avenionensis, edicto cautum est Jolianni de Channej^ ne quis hune magnifici Domini de Ripa, tractatum in sua legatione et ditioiie imprimere vel alibi impressum importare intra quadriemiium audeat. Pena excommunicationis latæ sententiæ, aureorum cèntum : et librorum amissionis contrafacientî imposita. ^
Vient ensuite, sous le titre à’Index alphabeticiis totius operis^ uite table vraiment analytique. Elle n’est point numérotée, et la pagination du corps de l’ouvrage n’est indiquée que par feuillets.
Après la table, on trouve, dans un cadre élégamment formé par des arabesques, ce titre, surmonté des armes de la ville d’Avignon : Jo. Francisciexnobüibus de Saucto-Nazario , jurîs utriusque , doctoris Papiensis, ad magnificos consules ceterosque Avenionenses cives , prœfatiuncula.
Epouvanté par la contagion qui désolait Avignon, Ripa se retira dans un lieu voisin. Avenionensi contagione per-
territus Masanum confugâ, oppidum sane saluherrimum, agrorum fertilitate et incolarum frequentia optumian. Mais dans ses loisirs forcés , la pensée de Ripa se reportait constamment sur les malheurs d’une ville où, après avoir reçu la plus généreuse hospitalité, il était parvenu à un haut degré de considération et de fortune. Animé par les sentimens d’une juste reconnaissance, il consacra le Traité dont , il est ici question à ses concitoyens adoptifs. Ripa nous apprend, dans cette courte préface, qu’il ne se bornait point à enseigner le droit civil et canonique, et qu’il plaidait habituellement devant les tribunaux : ^ legendi munere éf à forensi strepitu ociosus sola pestis cogitatîoiw 'vexàbar.
La première page du corps de l’ouvrage porte éncore ce titre différent des précédens : Juridîcus de peste tràctatus, editus per excellentem fureconsultum D. Jo. Franciscum de Sancto-Nazarium, cogiiominatum de Ripa , civem Papieihsemjura interpretantem inflorenti Achademia AvenionensL
Ripa reconnaît judicieusement que le nom de peste, a une acception vague, et que cependant on entend désigner de la sorte une maladie le plus souvent mortelle, se communiquant facilement, et dont l’origine est due à de mauvais alimens ou à leur privation, ainsi qu’à la corruption de l’air. On voit en effet éclater ordinairement ces sortes de pestes après les disettes qui sont les suites des années infertiles ou des guerres extérieures ou civiles, qui ont fait négliger ou se sont opposées à la culture et aux apprlvisionnemens^, ou bien lorsque la terre est jonchée de cadavres sans sépulture ou mal enfouis, ou quand les hommes exposés a toutes les intempéries de l’air se trouvent encore soumis à l’influence des eaux corrompues par diverses causes et en particulier le rouissage du lin et du chanvre. Les passions tristes qui accablent i’àme, et les excès de plus d’un genre, favorisent aussi le développement de la peste. Les démons, suivant notre auteur,.
peuvèat égaleinenl la produire , et la justice divine eu aurait frappé, Nabuehodonosor^ surnommé le Grand. Cette opinion n’est point d’accord avec Thisioire des Juifs, qui nous peint ce roi des Assyriens et des Babyloniens, destructeur de Jérusalem , comme attaqué seulement, pendant sept ans, d’une sorte de manie, surnommée lycanthropie, qui lui faisait croire qu’il était changé en loup. La puissance des démons ou génies malfaisans se rapproche beaucoup de la colère des dieux offensés, à laquelle les Grecs attribuaient la plupart des pestes ou dés épidémies meurtrières.
Passant a ce qu'il nomme specialia seit privilégia pestis. Ripa divise: celte partie de son ouvrage en trois articles: i” specialia tractatuum ; 2“ specialia ultimarum 'voluntatum ; 5“ specialia judieioram.
Le premier articlé traite des excuses légiti (nées par la présence de la peste : ainsi nul ne peut être contraint à se rendre dans un lieu reconnu comme infecté pour y remplir des engagemens pécuniaires, prêter serment et témoigner devant les tribunaux, et obtempérer à leurs ordres. Il en est de même des hommages dus par les vassaux à leurs seigneurs, à des époques déterminées. Cela fait naître plusieurs questions, comme celles-ci : ün débiteur n’étant pas délié par ce fait, les créanciers ne doivent-ils pas exercer leurs recours dans d’autres lieux? L’acliou de la justice n’est que suspendue. Peut-on obliger un entrepreneur a élever des édifices ou parachever des travaux quelconques? Des professeurs peuvent-ils être assujettis à faire ou continuer des leçons, et doivent-ils recevoir leur traitement entier, ou partiel et proportionné a la durée de leur exercice ? Un fermier de terres et un locataire de maisons sont-ils tenus a remplir exaciement les conditions de leur bail? Par exemple, quelle serait U position d’un particulier qui, ajoint loué une vaste maison pour y recevoir des pensionnaires, n’a pu en recevoir au-
c«n? Peut-on percevoir en temps de peste les droits du fisc ou de la gabelle? Ces questions sont résolues en faveur de ceux qui éprouvent des dommages, et toujours d’après l’autorité des jurisconsultes, dont les opinions ou ïes décisions sont citées avec précision.
Le second article traite des testamens faits en temps de peste {specudia ultimarum volinitatiim). Ripa examine ici quelles sont les formalités h observer dans ces sortes d’actes, et indique en ^iîoi elles doivent s’éloigner de celles qui sont ordinairement suivies, siirtout relativement au nombre, à la qualité et au sexe des témoins. Notre auteur dit que ceux qui ont le courage de présider à l’administration des villes ou pays infectés doivent jouir, pour tester, des mêmes privilèges que iés militaires sur le champ de bataille. ïl étend cette favéur, ou plutôt cet acte de justice, aux médecins qui soignent les pestiférés. Ripa passe ensuite, à la question de la validité des testamens et à leur révocabilité: facultative lorsque le testateur vient à guérir ou la maladie à cesser pour tous. Un prêtre, dit notre savant'jurisconsulte, ne peut ïéndre témoignage de ce qu’il a appris par la confession ; sa déposition,’ s’il en faisait une, serait de toute niilKlé, le souverain pontife lui- même n’aurait pas le droit de l’autoriser, car cèlui qui s’est confessé a cru s’adresser à Dieu seul et non à l’tin de ses ministres-: Non fuit ïlli coifessus ulho~ mini sed 'lit Dec. Cette doctrine s’enseignait et se publiait en 1622, à Avignon, dans les états de l’Eglise et sous le pontificat d’Adrien vi, qui ne dut son élévation qu a son mérite, et composa pour lui-même celte remarquable épitaphe. Adriànus hic situs est , qui nihil sibi infelicius in vitâ , quam quod imperaverat ^ duxit.
Sous le troisième titre, Specîalia judicîorum, Ripa énumère les moyens de dilation autorisés pour les plaideurs eî gens d’affaires, ainsi que les devoirs des magistrats dans
l’exécution de leurs fonctions. Quand les tribunaux ordinaires sont fermés par nécessité, un juge peut désigner un autre lieu pour y rendre la justice : Tempore pestis judex eligat tribunal in domo sua vel in aliqua turri in qua jus dicat ex fenestra ; et faciat scribi in actis quod elegit ilium locum propter periculum pestilentiœ. La décision que l’on vient de lire est appuyée sur l’autorité du fameux Pierre Balde de Ubâîdis qui, dans la seconde moitié du quatorzième siècle, enseigna le droit tour à tour dans les écoles de Pérouse, de Padoue et de Pavie.
La troisième et en même temps la dernière partie dè ce traité , qui a pour titre : Juridica remedia y ce qui doit être traduit par Remèdes convenables ou reconnus efficaces, se divise en deux sections, dont la première indique les moyens préservatifs et la seconde les moyens curatifs de la peste.
D’après l’influence dangereuse de l’air corrompu, il faut s’attacher d’abord à se procurer un domicile saluljre ; or, rien ne coutribue davantage à la salubrité que l’abondance et la pureté des eaux. Interest reipublicæy nous djt Ripa, in civitate. salubres et optirnas esse aquas, cujus l'eigratia plurima statuit legurn veneranda majestas. Notre auteur examine ensuite avec de grands détails la jurisprudence spéciale . des eaux, ou tout ce qui est relatif a leur droit de propriété, au maintien de leur pureté, à l’entretien de leur libre cours et de leur distribution, soit en plein air, soit par des canaux ou aqueducs; aux encouragemens et aux récompenses qui sont dus à ceux qui procurent pour T utilité publique des eaux abondantes et salubres. Tout cet article est fort intéressant, quoiqu’il soit mêlé de quelques erreurs, comme la défense positive de planter des arbres sur les bords des canaux : or, celle opération procure deux grands avantages,, savoir r qu’clie corrobore la berge des canaux et sert a verser une grande quantité d’air pur ; on doit aussi tenir coinpie de
l'ombrage que les arbres procurent. Au reste, on ne doit point être surpris de l’importance donnée a ces objets; elle' a été sentie et reconnue de tous les temps. Les nilomèires ou mekyas destinés en Egypte à diriger les irrigations, et qui sont de la plus haute antiquité, ont puissamment contriburi a la fertilité de ce pays. Nous trouvons aussi dans VEsprît des /.orV,Jivre xvui, chapitre 7 , Je passage suivant: Cf Les hommés, par leurs soins et de bonnes lois, ont rendu la terre plus propre h être leur demeure. Nous voyons cpuler des rivières là où étaient des lacs et des marais; c’est un bien qne la nature n’a point fait, mais qui est entretenu par la nature. Lorsque les Perses éiaieut les maîtres de l’Asie;, ils permettaient à ceux qui amenaient de l’eau de fontaine en quelque lieu qui n’avait point encore été a^rrosé d’çau , d’en jouir pendant cinq générations; et comme,il sort quantité de ruisseaux du mont Taurus, ils n’épargnèrent aucune dépense pour en faire venir de l’eau. Aujourd’^iui, sans savoir d’où elle peut venir, on la trouve dans ses chaîüps et dans ses jardins. Ainsi, comme les nations dévastatrices font des maux qui durent plus qu’elles, il y a des,nations industrieuses qui font des biens qui ne finissent pas même avec eiies. » '
Bipa, continuant à traiter de .ritidispensable nécessilé d’entretenir la salubrité de l’air, parle de la police des cloaques ou amas d’immondices déjà établis avant la manifestation de la peste, ou qui doivent être creusés en conséquence. Les soins dont il vient d’être fait mention ont surtout pour objet la propreté de la voie publique, des places, marchés et boucheries. - ^
Un article séparé traite des cimetières et des sépultures, ainsi que île ce qui doit être observé relativeraèut à ,1a sûreté et à la décencç des funéiailles, et obvier, aux inconyéuiens qui pourraient en résuller. Ke donnant rien aux souvenirs
des affections les plus chères, de la reconnaissance ou des respects les mieux mérités, Ripa dit que la sépulture des morts est instituée dans le seul intérêt des vivans. Ad removenduni etiamfetorem ex cadaverihus provenientem, à majorihus nostris inventa sunt sepülcra, non defunctorum causa quia ad eosfacilis jactura sepulcri^ sed viventium gratia instituta, quitus cadüvera narihus fétida et oculis infesta occultentur. '
Ici s’élève une question morale dont la solution est importante* La société a-t-elle le droit de contraindre des malfair leurs à enterrer les cadavres des pestiférés? Ripa, croyant que cette opération peut compromettre la vie, se prononce négativement, parce que, dit-il, si d’un côté l’intérêt public parle, d’un autre côté la voix de l’humanité réclame encore plus haut. On ne devrait doue astreindre a remplir cette fonction que des hommes condamnés à mort et avec l'assurance d’une commutation de peine.
Les excès dans le coït sont très-dangereux en temps de peste, et sont rangés parmi les causes qui la produisent; c’ést ' pour cela qu’il faut bannir de l’enceinte des villes les artisans de prostitution publique. Pestilentiœ causam (dit Ripa) in coitu immoderato constare descripsi .* Jiœc autem cessahit si scelestoslenones , peslferasque lenas et communes castitatis vàstatores extra urhem esse jusserimus. 11 pense à peu près de la même manière au sujet des mendians valides, et nous apprend qu’ils employaient toute sorte de moyens frauduleux pour exciter la compassion et alimenter leur fainéantise.
La disette étant aussi reconnue comme l’une des causes fréquentes de la peste. Ripa traite des encouragemens a donner à l’agriculture et des moyens d’assurer au peuple, par une sage économie, les produits des récoltes, et il trace ensuite, avec beaucoup d’étendue, les devoirs des magistrats relativement
à la formation des magasins de subsistances, à leur distribution et à la fixation du prix des denrées de diverses espèces.
La transgression des lois sanitaires, l’usure portée à l’excès, les vols multipliés commis sur les personnes ou dans les maisons contaminées, et jusqu’à la violation des tombeaux, sont malheureusement une suite inévitable de la démoralisation qui se montre toujours à découvert en temps de peste. Il a donc fallu disserter sur ces délits et leur assigner des peines.
Il est aussi question du service ou des corvées de garde (milice bourgeoise) dus par les citoyens en temps-de peste, et, accessoirement, des exemptions légales.
Enfin, Ripa arrive à la curation médicale proprement dite. Rien n’est plus faible dans tout l’ouvrage, et cela ne peut servir qu’à retracer quelques-unes des opinions médicales du temps, aujourd’hui discréditées.
L’article des médecins est fort étendu. Tout en invoquant leur ministère, et ayant déclaré formellement ailleurs qu’il assimilait leurs dangers à ceux, des soldats dans les combats, Ripa reproduit une partie des injustices dont la médecine et les médecins ont été trop long-temps l’objet. Cependant , après avoir cité un passage satirique de Macrobe, notre auteur ajoute: Sed ahsit quod ego detrahàm medicmali scientiœ et medicis erudüis qUos saltem propter necessitatem dehemus honorare , ut liabet Ecclesiasticus , nam puhlicæ necessitati sœpè cohsuLunt , et sanitatem ægvo restituunt. Imperiti dutern medici non miniis quàm sicarii in odio sunt hahendi; hii enlm sunt qui rempublicam destruunt, hii sunt qui, jdm mortuis quos longâ inediâ perdiderünt , sofhiiinculasfadmit et delicatos cihos ; sic fadmit indocti légistes qui uiiicâ solutione quœcumque argumenta résolvant^ et si malum medicum volueris rationibus et opprobriis confusiim reddere, ad Pliniüm, Senecam, Sidouium etFrancisciim Petrarcham recuiras.
Ri'piï, daris-Tinlentlon ile fournir aux magistrats des ba«eii pour le.choix des médecins., donne des conseils assez judicieux , mais il monlre trop d’intolerancé contre les Israélites qui ont fourni un grand nombre dé savans médecins. •
Super omnia, dit-il , eléctores dehéntadvertere ad mores medicl,, quia opportet, priüs ànhnas quàm îinguas Jîe.ri eruditas ; et idfiô Ulpianus alloquitur decuriones liis verhis ; certi de probitate moriim et arlis periliâ médicos ëligatis quïbiiyvos <ve'strosque liber os in cegritudine corporum conimittatis,—^Egpaiitem allàquor Arehionenses quisesuosque libéras in infirmUqtibus CQrnmitturit Judceis perjîdis et clirhfiauQrum.iuùnicis. Christia 7 iüs::agvosco veritaterii Chrisii dicentis:: SEme persecàti siint et vos persequentur. Mortem profeclp appétit qui à Judæd-samtateni exquirit ^ quia sine auxilio Chrisii sé sanurn fieripXitat-A
R.ipa croitrn’en avoir point; dit assez, et il emploie .une page entière a7citér de nombreuses autorités pour fortifier la sienne. Ainsi, après avoir reproché aux Juifs leur déprar vaûon, dans les termes les plus injurieux j il ajoute : Sed quid rationibus contendo persuadere christiauis ne corpus vitqrnque 'Sitam credant judæis ? Audi ergo qiiid sancta sjnodus septirna disposuerit : Nullus eoriim quihi sacro sunt ordine, mit Inïçus/azinia Judœorum manducet, aut cum eis habitée y aut dliquem ah eis éorum in injîrmitatihiis suis vocsi , aut medicinam ab eis percipiaty aut cum eis in baîneo lavet ; si xerb quisquani hoc fecerit y si cléricus sit depoualur ^ si liiïcus cxcomunicetur. ■
Notre auteur montre beaucoup de méfiance relaiivemei>t à la conduite dés médecins dans leurs rapports avec les pestiférés. Il recommande a l’autorité de se tenir en garde contre les graves inconvéniens qui pourraient résulter de leur ignorance, de leur cupidité et de leur défaut de courage. Les médecins ont maintenant plus d’inslructlon ; leur pi^
Bnier salaire est sans duuie^l’utiliié de leurs services; quant a leur courage,,on en connaît tant d’exemples, qu’un médecin qui reculerait aujourd'’h.ui devant les dangers de notre profession, se couvrirait de m’épris.
Abandonnant rénumération des vices qui peuvent souiller l’exercice de la médecine, Ripa nous dit qu’il ne veut plus s’occuper que des vertus des médecins, et il exige d’eux par dessus tout, la douceur du caractère, la sobriété et la chasteté : Nulli magis convenit mansiietudo quam medico ; nam qui vulneribus sanaTidis prœest, 'vino dehet et oleo uti, exemplo Satnaritaiii ^ elc.
Sohrietas etsi ah omnibus scrutanda sit, à medico maxime amplectenda, quia venter pinguis et vino œstuaus facile despumat in perniciem œgrotantium.
Pudicitia valdè mediciim exornat: luxuriosus medicus à populo habetur odio ; pudicus auteni omnibus carus exisüt.. Non enim potest toto corde œgrotantibus mederi qui feminarum nexibus alligantur, elc. "
Ripa exigerait encore d’autres qualités ; il voudrait qu’un médecin fût modeste; mais sentant que celte,vertu appartient a peu de monde, il décide qu’il est des cas dans lesquels il est permis de se louer soi-même, et c’est de cette permission que nous voyons beaucoup de gens user encore aujpufd’hai.
Notre auteur revient, malgré ce qu’il avait promis, sur les sauvegardes de la société relatives à l’exercice de la médecine, et il traite plusieurs questions qui ne sont applicables qu à. des charlatans et a des abus criminels,. Nous en tirons cependant cette conclusion, qu’il n’existait point en i5oo de Code spécial de police médicale. Ce Code, l’un des premiers besoins de la société, est encore-a faire.
Presque toutes les dispositions pénales relatives à la peste, et indiquées par Ripa, sont fondues dans notre loi sanitaire, ce qui me dispense d’en parler.
Ripa veut que les médecins recommandent aux malades dé remplir leurs devoirs religieux. On prenait dans nos anciennes Universités cet engagement formel, en recevant le le droit d’exercer la médecine.
Lorsque l’insuffisance de l’art et les lois de la nature livrent le malade à une mort certaine, Ripa lui conseille des secours spirituels, qu’il compare à autant de médicamens. Ce sont des plantes , de l’huile, des baumes, etc. On voit qu’il a abusé de la métaphore. Il invoque vainement l’autorité de saint Augustin et celle de saint Ambroise pour faire l’éloge du jeûne J ce qu’ils en ont dit n’avait aucun rapport avec l’espèce, qui est la diététique des pestiférés.
Mais j’applaudis Ripa quand je le vois rappeler des passages des Psaumes de David, des ïusculanes de Cicéron et des Homélies de saint Bernard, dont la sublimité et la sagesse doivent porter le calme et la consolation dans le cœur des mourans.
Voici , pour finir hibliographiquement, les lignes qui terminéat l’ouvrage :
Impréssum fuit prœsens opus in civitate Avenioni per solertem impressorem magistrum Johannem de Cliannej, (Auno Domini i522, die 12 septembris, cumprivilégia.)
Extrait du JoiraNAL compi.émentaib.e du Diclionaire des Sciences médicales (gS®. Cahier, août 1836; tome xxv).
PARIS , IMPRIMERIE DE C. L.‘ F. PANCKOUCKE