‹ Mélanges de mythologie et de linguistiqueChapitre 18 sur 28 · L*ouesk de Ranha · texte numérisé non relu

L*ouesk de Ranha

r Le grand serpent et I*hivcr.

La guêpe qui détruit les troupeaux.

Les mauvais discours.

Les animaux dévorants.

Le doute.

La paresse et la pauvreté.

La péri qui s'attacha à KereçÂçpa.

Les impuretés.

La pédérastie.

L*enterrement des morts.

La sorcellerie.

Le doute.

L'incinération des morts.

De mauvais signes et des fléaux.

De mauvais signes et une mauvaise

chaleur.

L*hiver.

On a toujours supposé qu'il y avait une corrélation particulière à établir entre les provinces créées par Ormuzd et les fléaux opposés par Ahriinan ; les Parses, et, d'après eux, Anquetil, traduisent comme si Ahriman envoyait les animaux dévorants à Baghdht, la sorcellerie à Haêtumaty l'enterrement des morts à Haraqaiti , et ainsi des autres : tel n'est pas, à notre avis, le vrai sens du chapitre. Les diverses contrées de l'Iran étant attribuées à Ormuzd, et devant, selon la croyance parse, augmenter son pouvoir, la symétrie qui règne dans toute la religion mazdéenne exigeait qu' Ahriman opposât création à création; il ne s'agit pas pour lui de nuire à telle ou telle

production d'Ormuzd en particulier^ mais de rétablir régalité entre les deux principes en augmentant la somme de maux, à mesure qu'Ahura-Mazda accroît le nombre des biens. La liste d'Ahriman se compose des fléaux ordinairement attribués au mauvais génie et des péchés les plus sévèrement condamnés par la loi zoroastrienne. Il suflit de parcourir cette liste, d'ailleurs pleine de termes vagues et de répétitions, pour se convaincre qu'elle a été intercalée sans intention aucune de la mettre en rapport historique ou géographique avec les provinces d'Ormuzd. Il n'y a pas plus de raison de placer l'hiver dans l'Airyana vaéja, que de mettre le siège du doute à Niçâ ou celui des mauvais discours à Môuru. Ce sont là des maux d'une nature générale, destinés à tenir en échec la création d'Ormuzd, mais non à frapper telle contrée en particulier. C'est pourtant Terreur qui a servi de point de départ à toutes les conjectures. L'hiver étant créé en opposition à l'Airyana vaêja, on a supposé que cette région devait être particulièrement froide, et l'on a cherché au nord, du côté des sources de l'Oxus et de l'Iaxarte, ou vers le plateau de Pamir, quelque rude- climat qui pût convenir à cette province. Le fait est d'autant plus étonnant, que l'Airyana vaêja est constamment décrit comme un lieu où les hommes vivent dans l'abondance et le bonheur, et que l'hiver est au contraire regardé dans VAvesta comme le plus grand de tous les fléaux ; on lui donne l'épithète de daévordâta c créé par les dévs », à^aghavat c pervers», on le regarde comme la punition des péchés les plus énor-

mes (1), et le Vendidad suppose un démon spécial du nom de zemaka^ qui le personnifie (2). Voilà donc la contrée que les Ariens célèbrent comme la meilleure de toutes, et que le monde entier voudrait envahir, livrée en proie au plus grand des maux, comme rappellent les livres zends, fraêçtem vôighnananm (3). Encore ne disons-nous rien du grand serpent, opposé à l'Iran-vej, et que, en bonne logique, il faudrait aussi y mettre à demeure I

Les critiques modernes qui ont placé l'hiver dans TAiryana vaèja n'ont pas été plus inconséquents, après tout, que les Parses eux-mêmes, qui, par un étrange oubli de leurs propres doctrines, ont commenté et même interpolé en ce sens le Vendidad. Nous trouvons, en effet, après le verset 8, une sorte de glose explicative ainsi conçue :

€ Il y a là dix mois d'hiver, deux mois d'été; et ces mois sont froids pour l'eau, froids pour la terre, froids pour les arbres. Puis, vers le milieu de la terre, vers le cœur de la terre, vient l'hiver, le plus grand des maux. >

Sans rapport avec ce qui précède, d'un sens vague et incohérent, coupant malencontreusement l'énumération, ce développement porte tous les caractères d'une addition

(1) Vendidad, VU, 69.

(2)/Wrf., IV, 139.

(3) M. Bunsen est le seul qui ait cherché à sauver cette contradiction, en supposant qu'une révolution géolof^ique avait cliangé le climat de TAiryana vaêja, et déterminé du même coup Témigratioa des Ariens. (Ouvrage cité, t V, 2« partie.)

m DE LA GÉOGRAPHIE DE L'AYESTA.

faite après coup, ou d'une citation inopportune amenée par le mot zyâo c hiver » . M. Spiegel a signalé un certain nombre d'interpolations du même genre, dont les unes sont antérieures à la traduction pehlvie, les autres postérieures (1). Celle que nous venons de signaler est ancienne, puisqu'elle est reproduite dans le pehlvi et développée par le Minokhired. Pour se faire une idée de la foi aveugle avec laquelle les Parses acceptent toutes les contradictions qui peuvent se trouver dans leurs livres sacrés, il faut lire la description que le Minokhired donne de riran-vej ; il commence par citer, d'après le Vendidad^ l'hiver qui y règne dix mois; il en fait une peinture aussi affreuse que possible; puis il ajoute que l'iran-vej est la meilleure des contrées et le séjour des bienheureux (2). Laissant de côté le malentendu qui a fait chercher au nord l'emplacement de l'Airyana vaèja, voyons ce qu'il faut penser de la nature de ce pays. D'après le Mino^ khiredj les hommes y vivent trois cents ans, le bétail cent cinquante; le mensonge y est inconnu; le dév des mauvais désirs y a moins de pouvoir qu'ailleurs; on y voit peu de maladies; dix hommes se rassasient avec nu seul pain; il naît un enfant à chaque couple tous les quarante ans. La loi des habitants est celle des paoiryo-ikacsha^ c'est-à-dire des ancêtres, et quand ils meurent, ils sont saints. Leur chef est Gopatishâh (Keï Kobad), et leur roi.

(1) Vtber tvnigt einguchobene SteUen des Vtndidad. Mémoires de rAcadémie de Bavière, t. VI.

(2) Spiegel, Traduction de VAvesta, p. 61, note.

DE LÀ GÉOGRAPniE DE L'AVESTA. i93

Çerosh, en zend Çraosha € la Foi ». En lisant cette description, on est frappé de la ressemblance qu'elle présente " avec le paradis de Yima. A vrai dire, c'est la même peinture dont les traits sont matérialisés. Dans le var construit par Yima, il n'y a ni faim, ni pauvreté, ni maladie; les hommes et les animaux sont immortels; la nourriture est inépuisable; le père et le fils ont l'aspect de jeunes gens de quinze ans; tous les quarante ans il naît à chaque couple un fils et une fille. D'un autre côté, Yima porte dans lo Vendidad le surnom de çrûtô airyênê vaêjêliê, « célèbre dans l'Airyana vaeja >, ce qui prouve qu'il iîppartient à cette contrée. On sait enfin que Yima construit son paradis pour y transporter la semence de tous I )s hommes, de tous les animaux et de toutes les plante^ et les mettre à l'abri des rigueurs de l'hiver. Selon la tradition des Parses, Yima ouvrira son var à la fin des temps et repeuplera le monde. Or, l'Airyana vaeja ne parait pas avoir d'emploi différent; la dénomination complète de cette région est airyanem vaêjô vanuhyâo dâihjayâoy ce qui veut dire t l'excellente semence de la bonne création >. Tout nous porte donc à croire que le var de Yima et l'Iran-vej ne sont au fond qu'un seul et même lieu; c'est la région où séjournent les âmes des bienheureux, destinées à revenir sur la terre après la défaite d'Ahriman. On sait que des dédoublements de ce genre ne sont pas rares aux époques sans critique. C'est ainsi que certains auteurs chrétiens distinguent le paradis terrestre, situé à l'est delà terre au haut d'une montagne,

fdl I>E LA GÉOGRAPHIE DE L'àVESTA.

du pays d'Eden^qui, à une élévalion moins grande, fome un plateau tout alentour (4). Il semble, du reste, que les Parses aient Gonaervé un vague souvenir de Tidentité des deux contrées en question; ils mettent le var de Yima dans riran*yej, lequel lui-même est placé sous la terre (S).

On voit assez par ce qui précède que l'Airyana vaêja est un pays entièrement fabuleux. Ne nous éUmnons pas que les Parses Paient pris pour une province de Tiran. Le var de Yima a eu le môme sort ; il est devenu le Vardjemguerd (var Yima kereta c le var ^t par Yima i) qui flgure dans le Bundehesch comme nom de province. Les anciens dieux de VAvesta ayant été transformés en rois, il ne faut pas être surpris que les contrées mythiques où ils avaient leur demeure les aient suivis du ciel sur la terre. Des noms qui ne répondaient à rien de réel se sont mêlés de la sorte à la géographie véritable et n'ont pas peu con* tribué à Tobseurcir.

Parmi les régions citées dans le premier fargard, Tlranvej n*est probablement pas la seule qui soit de nature fabuleuse. Mais la plupart de ces noms de pays ne reparaissent en aucun autre endroit de VAvesta^ et les renseignements donnés par le premier fargard sont trop sommairespour que nous osions hasarder des conjectures sur ce sujet. Il est difficile pourtant de ne pas reconnaître encore le var carré (3) de Yima dans le pays de Varena

(1) DiUmann, Doi chrigtlidie Âdamhuch, p. 132, note. (i) Spiegel, Grammatik der PârsUprache, p. 120. (3) Vmdidad, II, 61.

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aux qnatre angles, où Thraètaona a tué le serpent Dahâka.

L'insertion de noms de lieux imaginaires au milieu d'une liste géographique donne à tout le premier far- $2;ard une couleur assez modenie. Les noms de ville qui y sont cités n'ont d'ailleurs rien d'archaïque : la forme Baghdhi (Bactres), si nous la comparons à la forme Bakhtari^ qui se trouve sur les inscriptions des Âchéménidesy et au grec Bi^poL, montre un affaiblissement des consonnes qui, comme l'a fait remarquer M. Spiegel, laisse déjà pressentir la forme moderne Balkh. Je n'insiste pas ici sur l'âge qu'il convient d'attribuer au premier fargard ; il me suffit d'avoir montré qu'il n'y a aucune raison pour le placer à une époque plus reculée que le reste des livres zends ; encore moins ce chapitre pourrat-il servir de point de départ pour démontrer la haute antiquité de l'Avesto.

Le caractère mythique se retrouve dans les keshvars et les paradis de la cosmogonie iranienne.

On sait que les Parses divisent la terre en sept parties appelées keshvars (zend karshavare)^ disposées symétriquement autour d'un centre qui est l'Iran. Nous trouvons déjà cette division appliquée à la terre dans YAvesta, où Ton rencontre assez souvent l'expression gâm haptôkarshavairim (1), la terre aux sept keshvars. Mais il est vraisemblable que les keshvars, avant d'être considérés comme une division terrestre, ont désigné sept mondes

(1) Buraouf, Jowmd tuiaUqttey 1846, I, p. 140, note.

distincls, répondant aux sept planètes. Quoique les noms soient assez diflficiles à expliquer, on reconnaît clairement qu'ils n'expriment aucune idée géographique ; ce sont des termes abstraits, composés de manière à se correspondre deux à deux. Les voici :

(KarshaYarem) Areiahê (Le keshvar) du mérile.

Çavahé du profit.

Fradadhfshu qui crée les troupeaux.

Vidadhfshu qui multiplie les trou-

peaux.

Vôuru-barsti Vôuru'jarsti Qaniraiha-bâmya

D'après les Parses eux-mêmes, le qaniratha (le khoun-nereis d'Anquetil) représente à lui seul la terre tout entière (1). Le Minokhired dit qu'à moins d'être dieu ou démon, l'on ne peut passer d'un keshvar dans l'autre. La première partie du mot, karshUy veut dire fossé. Cette représentation s'est conservée dans la cosmographie du manichéisme; le ciel, suivant Hani, est entouré d'un large fossé qui défend Dieu et les anges contre les agressions des démons (2).

Après avoir désigné les sept cieux planétaires, karshavare diéié employé pour marquer une division géographique, et, comme nous l'avons dit plus haut, il est déjà usité en ce sens dans VAvesta. L'idée des sept cieux n'en est pas moins restée familière au parsisme; ils sont

(1) Spiegel, Die traditionelle Literatur der Parsen, p. 106; Pimdehesch, chap. xi.

(2) Fiugel, Mani und seine Lehre, p. 219.

nommés et décrits dans VArdavirâf-nâmeh. Ils ont passé dans le judaïsme de la dernière époque, ainsi que dans la cosmographie chrétienne, où ils ont produit, par contre-coup, les sept cercles de Tenfer.

Le mot paradis^ qui a pénétré par l'hébreu et le grec dans toutes les langues modernes de l'Europe, est originaire de la Perse : pairidaêza veut dire un enclos (1) Nous ne trouvons pas ce mot employé dans VAvesta en son sens mythique ; mais on en peut reconnaître la seconde partie, daéza^ dans une locution persane qui équivaut à notre paradis terrestre, et dont nous allons dire quelques mots, kangnliz. D'après le Bundeheschy le Kangdiz est un pays où séjournent les bienheureux, voisin du Yardjemguerd ; Massoudy en fait une grande ville, fondée par Kaï-Khosrou aux extrémités de l'Orient et habitée par plusieurs empereurs de la Chine (2). Dans Firdousi, c'est le château d'Afrasiab, pris d'assaut par l'armée des Iraniens (3). La science géographique persane s'est emparée du Kang-diz, c'est à partir de ce lieu qu'elle compte les degrés de longitude. La première partie du nom se trouve une fois dans VAvesta (4), sous la forme kanhay que les Parses traduisent par kangdiz; mais l'étymologie de kanha est obscure.

(1) Dans la description d'une cérémonie de purification, on lit ces mots*, ff aétadha hé aéU matdayapna anhâo %emô pairidaé*am pairi daêiayan^ ff Alors ces mazdayaçniens feront sur cette terre un enclos, b {Vend,, V, 146.)

(2) Voyez Introduction à la Géographie d'AhouHfédût p. GGXX.

(3) Schâh'Nameh, édition de M. Mohl, t. IV, p. 99.

(4) AlHUirye9ht, cardé XIV.

19S DrE LA GÉOGRAJ^BIE DIS L'AVESTÂ.

Le sens de daéza n'ofiPre, au coatraire, point de difficulté. Daêza répond exactement au sanscril deha^ qui est seulement employé dans le hallage philosophique pour désigner le corps, comme enveloppe matérielle de l'âme; mais le féminin dehty usité dans les VédaSy est resté plus prés du sens primitif, et marque une levée de terre, un rempart (1) . Tel est aussi le sens de daéza; pairidaiza répond donc i notre mot drconvallation.

Les Parses se sont servis de ce terme, ainsi que de var^ poui* marquer des lieux fabuleux. Si nous en jugeons par le Schâh-Nameh, qui reproduit avec la plus grande fidélité les conceptions de la vieille mythologie iranienne, il semble qu'il y ait eu un grand nombre de daêzas; le ch&teau de B&hfflau (3), le château blanc, le château d'airain, lesquels, comme le Kang-diz^ sont conquis par les héros fabuleux de l'Iran, sont le souvenir encore reconnaissable d'anciennes spéculations mythiques ou astronomiques (3).

(1) Ayam ivâdur ika madishtha âsa yatye *fidro vfUrahatffe mamâda | purûni yaç cyautndçambarasya vi navaiim nava ca 'dehyo han. \ « Voilà l'Aie] était le douxoteaivrant breuvage dont Indra s'enivra pour tuer Vrlira, anéantissant les nombreux efforts de Çambara et ses quatre-vingt-dix-neuf remparts » (RiQ-véda, VI, xltu, 2. Cf. VII, 6, 5.)

(2) Schdh'Nameh, édition Hohl, t. II, p. 541 ; t. IV, p. 99; ibid., p. 536. Le moyen âge chrétien se faisait du paradis terrestre une idée qui se rapproche beaucoup des châteaux ou dits du Schâh-Nameh. On se figurait le paradis entouré de hautes rauraiUes et flanqué do tourelles. (M. Alfred Maury, Essai sur Us légendes jriéuses^ p. 86.) D'après oao légende qnf, suivant toute apparanca» vient do TOrient, Alexandre s'en va à la conquête du paradis terrestre; il arrive jusqu'aux murs de la forteresse, qu'il ne réoesit pas à franchir. (Zaeher, AUxandri âfagni Uer ad para d i m i en ,)

(3} C'est à des représentations de ce genre qu'il fant rapporter le •uivaot de Celse, conservé par Origène (Apolagiet VI» 2S^ : <

hï. LA GÉOCr.APHIE DE L'AVESTA. 1S9

Les observations que nous venons de faire se touchent toutes par un point, c'est que la Géographie de VAvesta est essentiellement fabuleuse. II ne faut pas nous laisser induire en erreur par les Parses; aucun peuple n'a pratiqué révhémérisme d'une façon plus complète. Tous les noms sont historiques pour eux; il n'y en a peut-être pas un seul qui doive l'être pour nous. Dans les prétendus rois de l'ancien Iran, on a reconnu des divinitésvédiques ; les contrées mentionnées dans les livres zends, à l'exception de quelques noms aisément reconnaissables, n'ont pas plus de réalité que les personnages. Cette absence de tout renseignement positif est un des caractères les plus singuliers de VAvesta; on n'y trouve même pas le nom du peuple pour lequel il a été composé. Les livres zends sont une mine inestimable pour la mythologie comparée ; ils ont la plus haute valeur pour le critique qui étudie les. religions; mais le géographe a peu de chose à y prendre, et l'historien ne saurait assez s'en défier.

ont quelque chose de semblable (à l'échelle de Jacob) dans leurs cérémonie? de Milhra;ils onl une figure symbolique représentant les deux grands mouvements du ciel, d'une part le mouvement des étoiles flxes, de l'autre celui des planètes et le passage des âmes à travers ces astres. Cette flgure est une échelle (en grec xÀtpix^, probablement des enceintes concentriques disposées par échelons), avec sept portes, t une huitième porte nu-dessus. La première porte est de plomb, la deuxième d'étain, la troisième de cuivre, la quatrième de fer, la cinquième d'un mélange de métaux, la sixième d'argent, la septième d'or, lis attribuent la première à Saturne, la seconde à Vénus, etc. » Comparez oussi le célèbre passage d'Hérodolo sur les sept enceintes d'Ecbalane, peintes de différentes couleurs [UUl. 1, 03).

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