‹ Mélanges de numismatiqueChapitre 26 sur 80 · Même tète de femme ; devant, Tacrostolium · texte numérisé non relu

Même tète de femme ; devant, Tacrostolium

i^\ Aigle pécheur sur un dauphin : dessous, la légende araméennepTM? — A. 4. Poids, 5«',20.

(Collection de M. le duc de Luynes. Voy. pi. VI, n* 5. )

Cette pièce a été gravée dans la Numismatique des satrapies j pi. XII, n"* 1 ; mais je l'ai fsût dessiner de nouveau pour donner plus exactement la forme des quatrième et cinquième lettres. La légende avait été lue par M. le duc de Luynes aawiM, c'est-à-dire Âbd-^inop, ou les serviteurs de Sinope-, mais cette lecture reposait sur Tidentité supposée du ^ et du Q phénicien, identité qui n'est plus admise aujourd'hui. Sauf cette lettre, la légende avait été bien lue ; je dirai seulement que la sixième lettre, dont on ne voit que la partie supérieure, peut être um ou un t , ou peut-être même un 3 ou un ^ aussi bien qu'un n ; c'est ce qui ne pourra être décidé que par un autre exemplaire de cette médaille, unique jusqu'à présent. La quatrième lettre est certainement un d, bien que sa forme diffère un peu de la forme usuelle ; elle ne peut être un d, car la forme araméenne de cette lettre est bien déterminée par l'inscription du Sérapéum et le lion d'Abydos.

Il faut donc lire, selon toute probabilité, \n1y9. avec la cinquième lettre douteuse ; le nom peut êlre Abdémon ou quelque nom semblable. Dans tous les cas, ce personnage ne peut avoir été qu'un dynaste paphlagonien , qui a régné dans les environs de Sinope ou qui a peut-être été maître de la ville vers la même époque qu'Ariaratlie , et la médaille ne peut être séparée de celles d'Ariarathe, avec lesquelles elle a la plus grande ressemblance.

J'arrive maintenant aux pièces portant le même nom de satrape que celle de Sinope, mais offrant un type étranger à la numismatique de cette ville.

6. Baal assis sur un siège, la main gauche appuyée siu* un sceptre, et tenant de la droite un aigle, un épi et une grappe de raisin ; derrière, la légende araméenne iiTaSîra {Baal-Gazor) ; dans le champ, un monogramme grec composé des lettres MY.

i)\ Un griffon ailé dévorant un cerf; dessous, la légende niviN {Ariorat). — A. 5. Poids, 5«',03. (Musée Britannique. Voy. pi. VI, n*6. )

7. Même pièce, du même coin, mais la légende du droit mal frappée. (Collection de M. le duc de Luynes.)

8. Même type, sans l'épi, et lalégende en caractères carrés. ^\ Mêmes type et légende, cette dernière incomplète, en

caractères araméens ordinaires. — JR. 5. Poids , 5^.31. ( Mus. Brit. Voy. pi. VI, n» 7. )

9. Même type ; légende en caractères carrés, incomplète au commencement, et altérée par une cassure du coin.

i). Même type et légende complète en caractères araméens ordinaires. — JR..6.

(Cabinet des médailles. Voy. pi. VI, n*» 8.) Sur ces quatre pièces, le nom d'Ariorate est écrit toujours de la même manière, et en caractères absolument pareils à ceux des médailles au type sinopéen ; mais il n'en est pas ainsi de la seconde légende; sur les deux premiers exemplaires, les deux légendes sont écrites avec les mêmes caractères , tandis que sur les deux autres , la seconde légende est écrite en caractères de forme carrée, d'une exécution fort négligée, et de plus, défigurés par les cassures du coin. Toutes ces pièces portant le nom d'Ariorate, tant celles qui nous occupent que celles au type de Sinope, ap-

partieiinent évidemment au même prince; elles sont toutes du même poids, et ont d'mlleurs toute l'apparence de pièces contemporaines. Les unes ont été frappées soit à Sinope, soit en imitation des monnaies sinopéennes ; mais où ont été frappées les autres, et que signiOe cette légende Baal-Gazor?

Commençons par établir la justesse de la lecture que nous proposons. C'est grâce au premier exemplaire du Musée Britannique, pièce inédite jusqu'à ce jour, que nous avons pu lire cette cuiîeuse légende ; elle y est conçue en caractères araméens ordinaires comme les mots Ariorate, Téribaze et les monnaies de l'atelier de Tarse ; les lettres sont très-nettes , et la pièce est parfaitement bien frappée.

Tout le monde est d'accord sur les trois premières lettres S91 ; mais dans la quatrième , M. le duc de Luynes, et après lui M. Blau , ont vu un S; Cependant , en se référant aux médailles de Pharnabaze, les seules où cette lettre ait été reconnue avec certitude , il est facile de s'assurer qu'elle a une forme complètement différente ; elle y est toujoiu*s figurée ainsi 7, et cette forme se rapproche beaucoup de celle usitée dans l'inscription d'Eschmunasar, 7 . La lettre qui nous occupe a une toute autre forme , A ; les deux jambages sont égaux, également inclinés, et sans aucune courbure ; c'est évidemment un ghimel ; cette lettre ne s'était pas encore rencontrée sur les monnaies de l'Asie Mineure ; mais on la voit sur celles de Gébal en Phénicie, et sur le sarcophage d'Eschmunasar, et sur ces deux monuments elle a exactement la môme forme que sur notre médaille, forme qui a été conservée dans l'alphabet grec d'Athènes jusqu'à Tarchontat d'Euclide.

La cinquième lettre de ifotre légende est un zàin, exactetement semblable à celui des médailles de Tarse. La sixième est un vav, comme dans la légende du revers, et dans celle

de Téribaze» et enfin la dernière est un daleih ou un resck, exactement semblable aux deux resek du revers. On peut donc lire 1*172^93 « en se conformant rigoureusement aux exigences de la critique paléographique.

Gazor est le nom indigène de la ville appelée Gaziura par les Grecs; ville située sur l'Iris et ancienne résidence des souverains du pays, m^s abandonnée au temps de Strabon. (Fa^coupa, naXoeiov ^oiXetoy» vvv i ëprifioy. Strab., XII, 3, 16). C'est près de Gaziura que Mithridate mit en déroute le général romain Triarins(Dion., XXXY« 12). On ne sait rien d'autre de cette ville, qui conserva son atelier monétaire sous les derniers rois du Pont, ainsi que l'attestent les médailles frappées à cette époque avec la légende TAZIOrPON et les types ordinidres de la province. J'ajouterai qu'il existait sur la côte, entre Sinope et l'embouchure de l'Halys, un endroit appelé TaCoupov, ou Zoyopa, dans les périples du Pont Euxin, et Fa^xapov dans le texte de Ptolémée. (Voy. Arrian., Peripl. 21, et la note de Mûller, dans les Geographi minores. )

Le mot Gazor est purement sémitique. Il y avait en Palestine , sur le territoire de la tribu d'Éphraîm , une ville autrefois capitale des Cananéens, et appelée en bébreu nta , nom que les Septante écrivent Tat^èp, et qui dans les livres des Haccabées a revêtu une forme plus hellénique , FaH^apoL ( Josue , X, 33 ; XII, 12, etc I Macab. , XIV, U). Une peuplade vivant parmi les Philistins et sans doute originaire de Gazer se nommait nu (I Sam., XXVII, 8).

Quoi qu'il en soit de ce rapprochement, qui semble établir un rapport entre les populations de la Cappadoce et de la Palestine , le Baal-Gazor doit être assimilé au Baal- Tors des monnaies ciliciennes ; c'est la même divinité suprême, analogue au Zeus des Grecs, et adorée par toutes les

populations sémitiques qui s'étendaient depuis Tembouchure de THalys jusqu'à celle du Gydnus. Nous verrons pins loin un autre exemple de l'usage de mettre le nom d'une divinité à côté de son image sur les monnaies.

La légende dont nous venons de proposer une nouvelle lecture a été lue fort différemment par nos devanciers -, M. le duc de Luynes {Num. satr., p. S7) lisait lias Svi, Baaï- Phègor^ et M. Biau '^'lais hn, BaalrPharnouh {Zeitschrift der UorgenL Gesellschaftj 1856, p. 87) ; mais ces deux savants ne connsdssaient pas la belle pièce du Musée Britannique que nous avons publiée, et sans laquelle il eût été impossible d'arriver à une lecture certaine. Il est difficile d'expliquer la présence sur la même médsdlle des lettres araméennes ordinaires et des lettres carrées ; c'est une de ces singularités qui se rencontrent quelquefois dans la numismatique, et celle de Tarse en offre une analogue en réunissant sur la même pièce une légende en caractères ordinaires , et une en caractères cursifs.

Il me reste à dire quelques mots d'une médaille de la même catégorie que les dernières, mais dont la légende est différente.

10. Baal assis , une main appuyée sur un sceptre , et tenant de Vautre un aigle et une grappe de raisin ; à côté, la légende n-îTT..?

j^\ Griffon dévorant un cerf ^ légende nulle ou effacée. A\ . 5.

( Blau , De iVtim. Achstnm, , tab. I , n"" &. )

Je ne connais cette pièce, qui fait partie de la collection de M. Blau , que par le dessin qu'il en a donné luimême, et d'après lequel la pièce serait en mauvais état. De l'aveu du savant philologue, la légende du droit est incomplète, et il a dû y en avoir une seconde sous le griffon. Il vaut mieux attendre un nouvel exemplaire de

cette importante médaille, et s'abstenir de toute conjecture au sujet de la légende ; je me bornerai à dire que l'interprétation qu'en propose M. Blau est trop contraire aux règles de la numismatique de cette époque , pour pouvoir être acceptée par les numismatistes.

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